Doctor who et les Fujoshis

Par Angela Seraille et Antonin Meyer, M1CMW Groupe 2.

 

Doctor Who est plus qu’un rendez-vous télévisuel pour ses fans. Une fois plongé dans cet univers, il existe des rendez-vous autour de la série qui envahissent un autre terrain culturel et permet à des gens de se réunir, notamment les concerts Doctor Who organisés par la BBC pour lesquels il y a plusieurs dates par an.

En regardant ce concerts, on peut s’apercevoir qu’une bonne part du public est féminin. La BBC l’a bien compris, en mettant durant ces concerts le personnage du Docteur dans des situations embarrassantes. Par exemple, en usant de procédés de mise en scène sous-entendant que le Dr pourrait être nu dans la salle ! Déclenchant de la part des fans, une réaction collective d’excitation de type de celles que l’on peut voir dans des clubs de striptease. On se réfère ainsi à une étude (?) dans laquelle le « fandom » est l’expression de l’imaginaire permettent aux adolescents de vivre une sexualité naissante. Sexualité qui peut s’exprimer sur le web via des espaces dédiés (forums, tableaux Pinterest, utilisation de plate-formes collaboratives…) permettant à tout un chacun d’exprimer, de partager et de nourrir cette sexualité.

Ces espaces sont également des espaces d’expression artistique. On y écrit, on y dessine, on y colorise, on y détourne les intrigues et les personnages de la série qui sont là pour nourrir un imaginaire. L’analyse de différents profils Pinterest tend à montrer que les fans inconditionnels ne se basent pas que sur une seule série. C’est également un espace de « cross-over » (mélange de différents univers pour en créer un nouveau) dans lesquels les intrigues s’emboitent.

Nous allons analyser la façon dont les femmes en particulier, récupèrent ces univers sous deux axes :

  • L’image de la femme « fujoshi ». Dans une tradition clairement héritée du Japon, la « fujoshi » étant une « otaku » féminine. N’oublions pas que la notion d’ « être fan » n’est pas la même en France et au Japon.
  • Nous allons ensuite voir comme ces femmes s’organisent en communauté pour partager une passion.

Grâce au questionnaire on a pu voir le rôle que pouvaient avoir les réseaux sociaux pour les fans de Doctor who. 102 de nos interrogés c’est-à-dire la totalité utilisent Facebook, Twitter est utilisé par 41,2 % des usagés, et Tumblr est lui utilisé à 15,3 %. Les réseaux sociaux sont importants pour cette communauté geek fan de Doctor Who. Les réseaux sociaux sont composés de choix. En effet, les utilisateurs décident de leur photo de profil, de leur photo de couverture, mais aussi des internautes qu’ils vont suivre sur Twitter ou bien les pages et les groupes qu’ils vont rejoindre sur Facebook. Nous avons pu voir par le biais du questionnaire que seulement 33 % avait une description sur un réseau social en liens avec Doctor who. Cependant quand nous allons plus loin, on peut constater qu’il y a d’autres manières qui permettent de s’identifier comme fan de la série. En effet par exemple sur Facebook le nom prend une place importante, certains vont mettre dans leur nom « who » en référence à Doctor Who, ou encore le terme « whovian », d’autres vont mettre un mot en lien avec la série comme nom par exemple avec Camille, qui a mis comme nom « wibbly wobbly », ce qui fait référence à un des termes de la série. Mais les fans choisissent pour certains d’autres méthodes qui permettent de les identifier comme aimant Doctor Who. D’autres vont s’identifier comme fan par d’autres moyens sur les réseaux sociaux. Certains décident de s’identifier comme fan en utilisant les images. Dans les personnes qui ont accepté de répondre au questionnaire, une grande partie avait une photo de profil en lien avec la série. On a pu constater par exemple certains membres du groupe « gallifrance » avait mis un docteur en photo de profil. Mais il y a aussi des personnes qui se montrent cosplayer en docteur par exemple Caro Whovian, qui donc par le cosplay en photo de profil se montre elle-même, tout en se montrant leur appartenance à la communauté des “whovian”. C’est aussi le cas d’une femme ayant répondu dans le questionnaire en disant “Ma photo de profil est mon cosplay du septième Docteur.” Parfois c’est seulement la photo de couverture qui est en lien avec la série. Cela a pu être constaté aussi par le biais du questionnaire. Une femme a dit « j’ai actuellement une photo de la première saison nuwho en couverture Facebook ». Elle dit donc qu’elle a une photo représentant la première saison de la version de 2005 de la série. Ce n’est pas la seule à faire ça puisqu’une autre femme a écrit « ma photo de couverture est un montage de Doctor Who, dès que je le peux je place des références à Doctor Who dans mes posts. » Donc elle se sert de sa photo couverture pour être identifié comme fan, mais elle va aussi écrire des choses en lien avec le docteur sur Facebook. Il y a divers processus qui font que les fans se représentent comme fan de la série. Mais l’écrit joue aussi un rôle dans la construction d’une base de fan.

Les admirateurs s’identifient comme aimant la série sur internet, mais les échanges vont permettre l’échange dans la communauté de fan. En effet, les réseaux sociaux jouent aussi un rôle dans la construction de fandom, et donne lieu à des échanges qui peuvent permettre aux individus d’être intégrés au sein de la communauté des fans de la série. En effet, 50 % des interrogés échange parfois leurs ressenties sur les réseaux sociaux après le visionnage d’un épisode, tandis que 27,5 % échangent tout le temps après le visionnage d’un épisode. Le fait d’échanger sur internet et sur les réseaux sociaux d’un ressenti joue un rôle intégrateur. En parlant d’un épisode, on échange avec d’autres fans, ce qui identifie l’individu comme fan de Doctor Who, et l’intègre donc dans la communauté des whovians. On peut dire que les réseaux sociaux ici sont une véritable plateforme de communication pour les fans de la série. On s’est aussi attardé dans le questionnaire de savoir si les fans échangeaient aussi en dehors de la diffusion des épisodes en échangeant sur les personnages, la série, ou encore sur les intrigues. 78,6 % des fans interrogés disent avoir des échanges sur les réseaux sociaux sur la série, ce qui représente 80 individus, sur un échantillon de 102 personnes. On leur a demandé sur quelle plateforme avaient lieux les échanges, 91,1 % des échanges se font sur Facebook, 29,1 % sur Twitter. Certaines plateformes restent minoritaires pour discuter de la série, il n’y a que 11 % qui utilisent les forums, et seulement 8,9 % qui utilisent Tumblr. Certaines autres formes de discussions sont utilisées par les fans, mais elles restent minoritaires, dans les plateformes citées pour les échanges dans la catégorie autre de la question, on a pu voir des individus citer Instagram, What’s app, Pinterest, les blogs, le site d’art deviant art ou encore YouTube. La conclusion qu’on peut tirer de cela sur les échanges des « whovians », c’est que les échanges se font plutôt dans le cadre personnel, sur des réseaux sociaux où on a plus tendance à montrer sa véritable identité de type Facebook ou encore twitter. Alors que sur les blogs, tumblr, ou les forums on est souvent identifier par un pseudo. Donc les fans font des échanges dans le cadre personnel, ce qui montre que les fans incluent la série télévisée dans leur vie quotidienne. Ces échanges peuvent se faire sur les réseaux sociaux sur des groupes ou des pages de fan sur Facebook par exemple. Le fait d’être sur une page ou sur un groupe fait que l’individu est intégré à la communauté de fan.

Cependant, un autre phénomène a pu être constaté dans le rôle des réseaux sociaux, celui du partage de création faite par ceux qui aiment la série. Dans notre questionnaire, 59 de nos interrogés soit 57,8% ont avoué avoir déjà créé quelque chose en lien avec la série.

Dans la question à choix multiples sûrs qu’elles étaient leurs créations, les réponses ont été variées. 40% des créations sont picturales, que cela soit les dessins ou les montages photos. Alors que les montages vidéos ne concernent que 10 personnes, et la rédaction de fan-fiction ne concerne que 19 individus. On peut classifier les créations en deux types, celle qui est destinée au cadre personnel et celle qui est destinée au web. Dans les créations dans le cadre personnel on trouve par exemple la création d’un loup-garou version doctor who, des écrits sur un cahier, des dessins pour décorer la chambre, ou encore de la menuiserie en créant par exemple des objets de la série grandeur nature, encore la création de goodie, c’est-à-dire d’objet en liant avec la série, ou bien leur modification. Par exemple, un homme a peint les tournevis du docteur, ou une femme qui a modifié son sac à dos en faisant un sac à dos aux couleurs de la série en peignant dessus la cabine bleue du docteur. Dans les créations qui concernent le domaine du web, on trouve des créations artistiques, mais aussi du contenu contenant des informations sur la série. Quand on leur a demandé de décrire leurs créations, certains disent faire des vidéos hommages au docteur, d’autres des montages, mais on retrouve aussi de la peinture avec le digital painting sur Photoshop. Dans la création plus informatique, on retrouve la création de page Facebook, mais aussi de tumblr ou encore de site web. Plusieurs personnes ont dit crée des dossiers concernant la série, donc il regroupe des informations et les rédiges pour le site web Gallifrance qui est un fan-club associatif sur la série. Ces créations donnent lieu à des partages pour plus de 66 % qui disent les partager sur internet et sur les réseaux sociaux. Tout cela est en réalité rendu possible grâce au web, qui devient donc pour la communauté de fan qui devient une plateforme de création et d’échange. Pour conclure, la plateforme web permet aux individus de s’identifier comme fan, d’échanger avec les autres, et partager des créations, ce qui permet une sociabilité entre les membres de la fandom.

Les réseaux sociaux jouent un rôle important dans la fandom, mais on constate de nombreuses dérives notamment chez les femmes qui sont fans de la série. Nous allons donc voir que cela donne lieu à un “fantasme” de faire partie de ce monde fictif.

Nous avons pu voir que les réseaux sociaux jouent un rôle important de regroupement des adorateurs du docteur. Cependant, on a pu voir certaines déviances par le biais du questionnaire, les femmes vont pour certaines utiliser les réseaux sociaux pour prendre part à cet univers fictif. On constate deux types de tendances. La première est celle de vouloir faire partie de l’univers en tant que compagne. Cela se confirme dans le questionnaire puisque 75 % ont répondu oui à la question « avez-vous déjà voulu être compagne du docteur ? ». Pourtant, certaines poussent le fantasme plus loin, par exemple une étudiante en master a dit avoir pour description sur tumblr « child of Earth ». Ce qui signifie pour les fans de la série qu’elle se définit comme enfant du docteur. Les enfants du docteur sont en réalité les compagnes de ce dernier. Cette phrase montre qu’il y a une volonté d’être compagne du docteur, mais pour autant ce n’est pas la seule. C’est aussi le cas d’une étudiante en BTS qui a pour description sur Twitter « Travelling in Time and Space with a madman in a blue box, La fille aux soufflés, Whovian, Ozzie loves the squaddie ». Sa description signifie qu’elle voyage dans la cabine bleue avec le docteur, « la fille aux soufflés » fait référence à Clara, une compagne du docteur. Ici on peut l’interpréter comme une volonté de voyager avec le docteur en tant que Clara, il y a donc bien un fantasme d’être la compagne du docteur. Cela touche aussi les fans les plus jeunes, une lycéenne a répondu qu’elle avait pour description sur Twitter « Assistante personnelle de Kate Lethbridge-Stewart à UNIT et femme de Mike Yates sur Facebook, fan de Doctor Who et surtout de UNIT sur Tumblr et agent de UNIT, assistante de Kate Stewart, petite sœur de Petronella Osgood, compagne occasionnelle du Docteur ». Pour cette lycéenne se fantasme va bien plus loin qu’être la compagne, elle se définit comme compagne occasionnelle du docteur, mais se définit aussi comme sœur d’un personnage de la série, et aussi comme membre de UNIT un groupe militaire qui lutte contre les extraterrestres. Donc ici le fantasme va bien plus loin qu’être la compagne du docteur. Cependant, ce n’est pas le seul phénomène que nous avons pu constater, il y a aussi le fantasme d’être seigneur du temps et donc d’être le docteur par extension. Une lycéenne a mis comme description Twitter « I have a secret, je suis un seigneur du temps ». Ce qui montre la volonté de faire partie de cet univers est d’être comme le docteur. Donc on peut y voir que par les réseaux sociaux il y a une volonté de faire partie de cet univers fictif.

Le Cosplay est une pratique qui montre aussi qu’il y a une certaine volonté de participer à cet univers fictif. Cette pratique reste minoritaire parmi les femmes, seulement 37 % le pratique, cela représente au total 22 femmes. La pratique du cosplay concerne 17 femmes dans le questionnaire qui se cosplay en docteur. Une étudiante en licence a dit dans le questionnaire avoir pour photo de profil, le cosplay du septième docteur, une autre elle a mis une photographie d’elle en dixième docteur. Même si cette pratique est faible, elle reste importante, et montre le désir de montrer son appartenance à un groupe et aussi de montrer la volonté de faire partie de ce monde fictif et de tenter de le rendre un peu plus réel. Il y a une réelle volonté de prise de part à la fiction, et cela peut dépasser les limites de la fiction et venir déborder sur la limite de la vie personnelle des fans. En effet dans le questionnaire 63 % des femmes ont avoué déjà acheter un vêtement qui leur rappelait le docteur. Ce qui montre qui montre que le docteur a une place dans leur quotidien. Pour certains cela peut même aller plus loin, puisqu’une femme a dit vouloir se cosplayer « mais pour l’instant on n’a pas trop les moyens, sinon ça serait en compagne et mon chérie le docteur ». Cela montre que la personne souhaite que son couple soit comme le duo mythique de la série, ce qui relève d’un certain fantasme.

Néanmoins, on peut expliquer la volonté de vouloir prendre part au monde de Doctor who parce que certains fans y voient un caractère sexuel et romantique. Nous avons demandé aux femmes comment elles voyaient le docteur.

Le docteur est bien un voyageur, ou encore un seigneur du temps, voir parfois un homme dangereux, ces réponses étant objective et c’est des acquis poser par la série. Néanmoins, certaines humanisent le docteur, en votant qu’il est un être humain. Elle lui donne donc un caractère atteignable, ce qui montre un certain fantasme. 11 femmes l’ont défini comme l’homme parfait, et 9 comme un super héros. Une lycéenne l’a même défini comme un prince. Il y a une tendance à l’idéalisation du docteur par les femmes. Cela montre donc qu’elle accorde au personnage un caractère sexuel. On a essayé de comprendre la vision que pouvaient avoir les femmes de la relation de la compagne et du voyageur du temps. On peut voir dans plusieurs réponses que certaines fans ont tendances à voir une relation amoureuse là où il n’y en a pas. Seulement 4 femmes ont dit que la relation du docteur et de sa compagne n’était qu’amicale. Pour les autres la relation du dixième docteur et de rose était plus qu’ambiguë, cela peut se confirmer par le baiser que le docteur a donné à Rose. Pourtant, certains voient une relation amoureuse là où il n’y en a pas, par exemple certaines personnes voient la relation d’amy et du docteur comme une relation amoureuse. En réalité cette relation est amicale puisqu’elle voyage avec le docteur et son ami Rory. Cette interprétation va bien plus loin avec la création de mouvement. Un mouvement s’appelle Whouffaldi se mouvement est présent sur tumblr, mais aussi Twitter et Facebook. Ce mouvement voit en Clara et le docteur joué par Capaldi une certaine ambiguïté amoureuse, voire même sexuelle. Alors que pour autant dès la saison 8 où le docteur est joué par Peter Capaldi, Clara a un petit ami et le docteur lui dit dès le premier épisode « je ne suis pas ton petit ami ». Dès le premier épisode, la base de la relation est posée, pour autant cela n’empêche pas le mouvement de se développer. Cela donne lieu à des montages, des GIF, ou encore la reprise de citation pour appuyer leur propos. L’histoire de la série est juste l’histoire d’un homme qui voyage avec une humaine dans le temps et l’espace, pourtant un nombre de fans féminin y voit un caractère sexuel et amoureux. Pour finir, on peut donc y voir qu’il y a une forte volonté de faire partie de cet univers, parfois cela dépasse même la frontière du fictif et parfois cela peut conduire jusqu’à une surinterprétation de la série afin de combler un désir affectif et sexuel.

Donc il y a un caractère fantasmé de la série, et une certaine volonté de reproduire la magie de la série au réel. Mais nous allons voir qu’en réalité la série contribue à une confusion de la fiction et de la réalité.

La série contribue à inscrire la série dans le réel par plusieurs moyens. La promotion de la série prend racine dans le monde réel et cela en plusieurs points. Pour commencer la cabine du docteur est présent à Londres dans la rue A3220. Cela contribue à rendre le docteur un peu plus réel pour ceux qui regardent la série. De surcroît, la promotion de la série se base sur des lieux réels. En effet pour la saison 9, le choix a été fait de mettre les ennemis du Dalek dans le métro de Londres pour la promotion de la sérieCette promotion contribue à intégrer la série dans le monde réel et donc cela permet aux fans de dépasser la limite de la fiction assez facilement. La promotion de la série fait aussi référence à une iconographie populaire. La promotion de la saison 9 est aussi passer par des photographies, dont une qui a été très vite associer à l’image des Beatles prise à abbey road.

Cette photographie a été associée à celle des Beatles pour trois raisons. On retrouve 4 personnes sur le passage piéton avec le leader devant, une même voiture dans le fond, et on retrouve la compagne du docteur pied nu, tout comme Paul McCartney. En faisant référence à une iconographie populaire, ils inscrivent la série dans le monde réel. Cette association a provoqué un débat chez les fans, puisqu’ils ont très vite interprété que le fait que Clara soit pied nu cela insinue la mort du personnage, ce qui a provoqué rapidement une tristesse chez les fans ce qui montre bien que la frontière entre le réel et le fictif reste parfois flou pour les whovians.

La série efface aussi les frontières du fictif par plusieurs moyens. Pour commencer, l’existence d’un épisode de Noël inscrit la série dans une même temporalité. L’épisode de Noël est diffusé à Noël, ce qui fait coïncider la temporalité du docteur et des téléspectateurs. De plus la série dans une réalité géographique, même si la série reste fictive en parlant de planète imaginaire et de population extraterrestre, elle reste néanmoins inscrite dans une époque et dans une réalité. On a pu voir un épisode sur le Blitz de Londres. L’incendie de Londres de 1666 est expliqué dans un épisode en 1982, le docteur met le feu à une boulangerie pour éviter une invasion extraterrestre. La série se base sur des éléments historiques dans certains épisodes et elle reprend l’événement historique et y incorpore des événements de fiction. Mais elle reprend aussi des lieux communs, par exemple lors d’invasion alien, elle représente la France avec la Tour Eiffel, les États unis par le biais de la maison blanche, et Londres par Big Ben. Parfois certains épisodes présentent des personnages historiques comme la reine Elizabeth première ou encore la reine Victoria. Ces personnages permettent d’inscrire plus la série dans le cadre réel, notamment pour les Anglais, mais parfois même pour les Français notamment lors d’un épisode où le docteur se rend au musée d’Orsay.

La série fait parfois référence à des icônes du monde de l’art et cela a plusieurs reprises. Dès le troisième épisode de la première saison, on y voit Charles Dickens. Mais cela n’est pas le seul à être utilisé dans le cadre de la série, on y retrouve aussi Shakespeare pour le domaine de la littérature. Par ce biais, elle incorpore la série dans le monde réel. Un des épisodes les plus aboutis en terme de représentation d’icône de l’art est celui de la cinquième saison sur Van Gogh. On y retrouve des éléments narratifs de sa vie et on a une représentation du mal-être de l’artiste et de son manque de succès. Dans cet épisode le docteur est au Musée d’Orsay et en voyant le tableau l’Église d’Auvers-sur-Oise du peintre, il y détecte une anomalie ce qui le conduit à se rendre à l’époque du peintre. Dans cet épisode on y voit l’artiste peintre ces oeuvres, notamment l’Église d’Auvers-sur-Oise, la nuit étoilée ou encore les tournesols. Dans cet épisode la chambre du peintre est reproduite d’après le tableau de l’artiste. Cet épisode aboutit sur plusieurs mélanges entre fictif et réels. La peinture des tournesols a été peinte pour la compagne du docteur, et la nuit étoilée a désormais le vaisseau du seigneur du temps sur la peinture. En incorporant des références à des auteurs et à des peintres la série s’inscrit dans un passé historique réel ce qui tend à rendre le docteur plus réel pour les fans et donc à conduire les fans plus facilement à fantasmer sur le docteur. Pour finir la série facilite les admirateurs du docteur à franchir la limite du fictif en y incorporant la série dans un monde réel, avec des références à des lieux, des personnages ou à des évènements réels.

Ce côté fantasmer qui dépasse parfois le coté de la fiction est visible dans le questionnaire. En effet trois de nos interroger nous parlent des conséquences que cela peut avoir sur un certains nombres d’individus. Lorsqu’on leur demande qu’est-ce que la fandom de doctor who, certains expliquent que cela peut aller dans une certaine déviance. En effet une femme nous a écrit : « C’est assez proche des fandoms Harry Potter et Star Trek. Le fandom DW reprend beaucoup du code moral de la série. Il y a évidemment le côté émotionnel et aussi du porno comme dans tout fandom mais je pense que la fibre morale et tolérante de la série se ressens plus dans ce fandom (et dans celui de Star Trek). Il y a des batailles futiles entre classic et nuwho, mais chacun y trouve son compte. ». Elle nous explique donc qu’il y a des conflits internes dans la fandom mais que certains individus vont même jusqu’à y crée de la pornographie, notamment les fujoshi. Ce n’est pas la seule à rendre compte de cela, en effet une femme nous a écrit que «pour elle « la fandom se divise en plusieurs catégories: -Les fans de sf toute période qui ont tout vue ou compte tout regarde, ils aiment aussi bien que la série classique que la série actuelle et regarde la série pour l’univers, le scénario et le personnage du docteur (je me considère comme faisant partie de cette catégorie, et c’est les meilleurs) -Les fans qui ont une vie, ils ont pas le temps de se taper les classiques -Les fans de vielle sf année 60-70 bien kitch qui seront plus fans des classiques qu’autre chose -Les fangirls, celle qui font des fanfictions romantique où elles s’amusent à mettre en couple des personnages qui ne devrais pas l’être dans des fanfictions (surtout le docteur et le maitre, c’est leurs rêves), pour moi elles ont encore beaucoup de chose à apprendre (ça n’inclue pas toute les filles bien sûr, seulement une partie, celle-ci sont en majorité sur tumblr) -Et les groupies, amoureuse du docteur, elles n’ont aucune raison valable de suivre la série, pour elles, dès que que docteur est vieux ou moche, c’est nul, à éviter (Ne représente pas encore toute les filles encore une fois) Pour conclure, c’est toujours un grand plaisir de rencontrer des fans de DW mais certains sont insupportable. ». Elle parle des fujoshi lorsqu’elle dit que des fangirls font des fictions romantiques. Elle porte même un jugement négatif sur cette communauté qu’elle dit connaître grâce à Tumblr, qui est une des grandes plateformes où se développe la communauté. Elle dit même que certains fans sont des « groupies » et qu’elles sont insupportables. On peut ici que certaines pratiques sont déviantes dans la communauté de fan, et on va pouvoir plus en profondeur quel est ce clivage et comment on peut caractériser ces fans qui sont plus « extrêmes ».

L’image de la femme fujoshi.

La fujoshi est une femme faisant partie d’un fandom dont elle tire une excitation érotique, et qui représente la totalité de sa vie sentimentale et sexuelle. Elle vit sa sexualité dans le fantasme et se met par conséquent en marge de la société. Parce quelle n’a pas besoin d’avoir une interaction réelle avec le sexe opposé. Dans la représentation japonaise, cela peut aller jusqu’à un dégout ou une peur du sexe opposé. Elle se néglige et consacre la totalité de son argent à sa passion. On retrouve dans l’image de la fujoshi, l’expression d’une sexualité adolescente telle qu’elle a pu être décrite dans certaines études sur la sexualité des geeks. Elle en est le pendant extrême, puisque cette façon de vivre sa sexualité ne se limite pas à l’adolescence et peut se prolonger sur la totalité de la vie. En France, le phénomène est relativement peu courant et reste assez limité dans le temps. On est d’avantage dans une expression geek de la sexualité et dans des comportements moins extrêmes, bien que l’on retrouve certaines similitudes. Les femmes occidentales pourront effectuer des rencontres avec le sexe opposé une fois dépassé la peur de la relation, fonder une famille tout en continuant à vivre leurs passions ; Souvent en couple avec une personne également fan des mêmes séries, ou du même genre d’univers, capable d’accepter ou de partager ces bizarreries.Certaines fondent même leur carrière là-dessus, en devenant illustratrices, écrivains, parfois avec un succès phénoménal, comme ce fut le cas pour E.L. James « 50 Shades of Gray » étant à la base une fan fiction web de « Twilight » !

Les fandom de Dr Who on tendance à faire des cross-over entre Dr Who et Harry Potter. Nous sommes dans la répétition des mêmes mythes. Ainsi un ou une élue se verra trouvé(e) par une puissance supérieure (le Dr, Dumbledore…) et entreprendra un voyage initiatique.

Dans la projection de l’imaginaire érotique des fandoms, on distinguera deux tendances différentes : la projection érotique de soi et la projection érotique de personnages entre eux. A ce titre, Docteur Who est un cas d’école :

On retrouve des images mettant en valeur les histoire d’amours explicites entre Rose et le Xème Docteur, mais aussi l’émergence de relations non officielles, comme celle entre Amy Pond et le XIème Docteur, ou la frustration du personnage de Martha Jones avec le Xème Docteur.

D’un autre côté, on a la projection d’une image de soi aux côtés du docteur seul, certains Docteurs ayant plus de succès que d’autres, en fonction de leurs interprètes. Le Xème et le XIème ayant le plus de succès…

Le mythe du Docteur fonctionne sur le même principe que celui du prince charmant. Ce prince charmant est un extraterrestre et qu’il est là pour mettre en valeur et développe les qualités de ses compagnes, qui sont souvent au départ des femmes qui ont des vies assez banales : Rose est vendeuse, Martha étudiantes en médecine, Donna est intérimaire, régulièrement confrontée à la précarité, et Amy fait de petits jobs proches du téléphone rose, Clara est enseignante… Le fier destrier est un vaisseau en forme de cabine téléphonique… Et c’est cette étrangeté familière qui fait accepter l’irruption du personnage du docteur dans le quotidien. C’est cette part d’absurde.

Le Docteur invite donc à voyager dans le temps et l’espace, laissant ainsi ces femmes transformées, prêtes à vivre différemment leurs vies.

D’après les données quantitatives que nous avons récupérées, confirmant l’existence de ces fandoms, la fan qui vie par projection sexeulle est considérée comme groupie et, ainsi que le mentionne l’une des interrogées n’a « rien à faire là ». Le fandom de Dr Who est pourtant considéré comme très inclusif. L’érotisation des personnages te des situations, bien qu’elles soient construites par le showrunner, Steven Moffat, met autant le créateur que les fans mal à l’aise. Moffat le dira explicitement dans une interview, confronté au même type de fandom sur une autre de ses séries, « Sherlock », qui génère des fandoms basés sur le phénomène de « bromence ».

On observe donc que la mise au banc sociale dont sont victimes les fujoshis s’étend aux cercles de fans qu’elles fréquentent, le mettant réellement en marge, y compris dans le cadre de leur passion.

Les groupies et leurs espaces d’expression.

Ces groupies, à rebours des autres types de fandom, utilisent des espaces d’expression solitaires, moins collaboratifs qu’auparavant. Elles exposent les contenus qui les intéressent sur Tumblr ou Pinterest, alors que les fandoms plus classiques utilisent davantage Facebook et Twitter et rentrent en interaction les uns avec les autres.

Les précédents fandoms du même type (autour de Tokyo Hotel, Shaman King…) utilisaient des espaces collaboratifs de type forum pour échanger des fans fictions, des dessins… On retrouve cette logique aujourd’hui avec les fans de Sherlock qui échangent des contenus érotiques via Tumblr, mettant en scène les deux protagonistes masculins. Le plus souvent, dans la tradition fujoshi, la majorité des histoires que ces fans s’inventent sont de nature homosexuelle, La projection érotique de soi se vivant d’avantage en solitaire. Sur ces espaces d’expression, les personnages sont déformés pour êtres conformes à la projection fantasmatique désirée. Ils sont déformés tant graphiquement que scénaristiquement. C’est cette déformation notamment qui pousse au rejet ou à une infantilisation des personnes concernées par le reste des communautés.

Suite à des entretiens avec des fans masculins de Dr Who, on retrouve une certaine gêne autour de l’existence de ces fans-là que l’on préfère ne pas voir. Si certains considèrent que cette projection érotique est un moyen comme un autre d’entrer dans une passion qu’ils souhaitent partager, force est de constater que, n’ayant pour leur part aucune projection érotique dans les univers dont ils sont fans, ils ne peuvent s’identifier à cette catégorie de personnes. Au mieux, ces personnes sont considérées par le reste de la communauté comme des « enfants » qui grandiront et deviendront intéressants « plus tard ».

Conclusion.

Ces femmes à la marge d’une communauté très active, rejoindront peut-être, à terme, un fandom plus général ou sortiront de l’isolement pour construire une autre vie. Néanmoins, face au rejet qu’elles subissent alors qu’elles vivent une sexualité relativement commune (comme on le dit sur Internet, « if it does exist, there is a porn of it ») ces femmes ont développé d’autres moyens de communiquer, de partager et de transmettre.

Internet étant le lieu du cross-over, des pastiches et de la récupération culturelle des contenus, ces fans sont l’expression d’une appropriation du réseau. Appropriation qui est naturelle puisqu’elle rentre dans la même logique que celle des fandoms, et on commence à en faire une exploitation commerciale, via le transmédia par exemple, au travers duquel fonctionne une bonne partie de l’économie Marvel. Ce micro-phénomène qui a toujours existé prouve de part sa répétition dans le temps, qu’il est une forme de « déviance » socialement acceptable. Il est un pendant de la récupération culturelle propre à la pop et propre au web.

Bibliographie

  • Combes, Clément,  « Du rendez-vous télé » au binge watching : typologie des pratiques de visionnage de séries télé à l’ère numérique », Études de communication [En ligne], 44 | 2015, mis en ligne le 01 juin 2015, consulté le 1 janvier 2016. URL : http://edc.revues.org/6294
  • Leroux, Yann, « Quelques points de rencontre entre la culture geek et les adolescents », Enfances & Psy 2012/3 (n° 56), p. 127-132. DOI 10.3917/ep.056.0127, consulté le 3 janvier 2016.
  • Monniello, Gianluigi « Constructions du héros à l’adolescence », Topique 2013/4 (n° 125), p. 19-34. DOI 10.3917/top.125.0019, consulté le 3 janvier 2016.
  • Mémeteau, Richard, pop culture réfléxions sur les industries du rêve et l’invention des identités, Zones, octobre 2014, 253 pages.

Sitographie :

Annexe :

  • https://docs.google.com/forms/d/13kHAuLz-mHcmtJJbnse7P6Sj2MxUWOUzpoLM-zXeT20/edit?usp=drive_web

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