L’impact des évolutions technologiques sur l’industrie musicale

Mohamed SAIDANI

 

L’évolution technologique a, depuis la seconde révolution industrielle, bouleversé les habitudes en société. Les industries culturelles et plus précisément la musique, ont subi un chamboulement dans la manière d’être crée, produit, communiquée, et consommée. Du phonographe à la numérisation des pistes audio sous le format mp3 ou AAC en passant par le vinyle, la casette ou encore le CD, la musique a connu plusieurs révolutions technologiques découlant de plusieurs innovations qui ont à chaque fois modifié les habitudes des usagers.

Durant plusieurs décennies, la musique et son support étaient indissociables, l’évolution numérique détruit cette dépendance rendant le rendu sonore dématérialisable.

De ce fait, il serait donc intéressant de s’intéresser à l’impact de l’évolution et des avancées technologiques sur l’industrie de la musique.

Pour ce faire, dans un premier temps, il sera important de montrer historiquement les évolutions engendrées par les différents supports. Dans un second temps, il s’agira d’étudier l’impact de l’arrivée du numérique et de la dissociabilité entre la musique et le support que celui-ci entraîne.

 

MACHINES, SUPPORTS ET SON : UNE HISTOIRE INDISSOCIABLE 

Phonographe, gramophone et disque ou la naissance de l’industrie musicale

La musique et son support ont la même histoire depuis la création de l’industrie musicale que l’on estime au début du XXème siècle. On parle d’industrie de la musique depuis l’arrivée du phonographe et surtout du gramophone qui ont massifié la consommation musicale. C’est cette massification de la consommation privée de musique qui caractérise l’utilisation de l’expression « industrie musicale » qui induit donc la production en masse d’un matériel pour la retranscription et l’écoute du son. Le phonographe inventé en 1877 par Edison est une révolution dans le sens où il est dorénavant possible d’enregistrer et de lire une piste sonore. Il faudra tout de même attendre quelques dizaines d’années, environ 25 ans pour que le phonographe se démocratise, souvent présent dans les animations de foire. Néanmoins, l’innovation majeure est le gramophone car c’est lui qui va s’imposer chez les ménages durant les années 20. Le gramophone ne s’attelait qu’à la lecture du son et non pas à l’enregistrement comme le faisait le phonographe d’Edison.  Le modèle « Victorla » d’Emile Berliner, inventeur du gramophone, définit la période ou la musique devient accessible chez le particulier ; C’est le début de l’industrie musicale au sens contemporain du terme. C’est donc dès le début des années 1900 que nous assistons à la naissance de l’industrie musicale.

Gramophone, modèle Victrola d’Emile Berliner
Phonographe de Thomas Edison

La question du support du son lui-même se pose aussi. Phonographe et gramophone ont tous les deux conçut un support le cylindre de métal chez Edison et le disque shellac chez Berliner. Il faut comprendre que les supports étaient seulement compatibles à la machine de lecture qui leur était destinée. Cette incompatibilité a engendré une véritable bataille dont le disque shellac est sorti vainqueur à coup de campagnes mercatique féroce tout en sachant tout de même que le disque shellac était plus simple à stocker, à produire et avait une plus grande facilité de capacité « d’accueil » à l’enregistrement du son. La production de masse de ces disques caractérise aussi l’industrie du disque au tout du moins à l’utilisation de l’expression. Par exemple, plus de 27 millions de disques ont été vendus annuellement aux Etats-Unis durant les années 1910. Il est relativement admis, qu’à cette échelle, le terme d’industrie est utilisable. La production des disques shellac s’estompe peu à peu, l’arrivée des machine des tourne disque électriques rendait l’utilisation de la gomme-laque (composant du disque shellac qui permet la lecture) moins indispensable, l’industrie du disque se penche, dès lors, sur des disques en vinyle. La Seconde Guerre Mondiale a perturbé l’importation de la gomme-laque et a par conséquent renforcé le disque vinyle comme support de référence. La production du disque shellac s’est arrêtée en 1948, le disque vinyle devenant le support que toutes les maisons de disques utiliseront dorénavant.

Le disque vinyle et ses formats, créateur involontaire d’une segmentation des auditeurs

L’importance du vinyle n’est pas a négligé, ce support et ses évolutions technologiques ont quelque peu transformé la consommation de la musique. En effet, en 1948 Columbia, l’une des majors dominantes de l’époque, crée le LP « long player », le disque vinyle 33 tours aux microsillons réputés incassables qui peut contenir 25 minutes de pistes sonores. RCA, autres majors, crée son propre microsillon, le 45 tours, une année plus tard. Il s’agit d’un disque qui peut contenir 4 minutes de son. Le nombre de tour détermine le nombre de tour à la minute. Ainsi plus il y a de tour et plus le disque de désagrège, la technologie de Columbia réussit à stopper l’usure des disques avec les microsillons, tout comme le fera RCA un an plus tard.

Alors qu’il aurait été logique d’assisté à une guerre sans merci institué de fait par la volonté des deux majors de dominer le marché, il n’en est rien, il s’agira plutôt de constater l’invention du « single » et de « l’album ». A leur insu, les laboratoires de recherches et développement des deux majors ont créé ce qui allait définir dans sa forme la culture musicale même. En effet, les auditeurs ont désormais le choix entre écouter le son phare de l’artiste ou tout son univers musical, entre format court et format long. Le publique peut être scindé en deux catégories, les fans de chansons populaires qui collectionnent ou plutôt achètent des 45 tours, et les véritables mélomanes qui vont plutôt s’orienter vers les 33 tours et donc l’album. Cette catégorisation ou avec d’autres mots, cette segmentation va perdurer plus d’un demi-siècle. Les artistes ne sortent plus de musique mais des singles ou des albums.

L’utilisation de ces vocables est intrinsèquement sociologique dans le sens où il modifie et altère la perception de l’auditeur-consommateur que celui-ci a de la musique. Il n’écoute plus seulement une musique mais la musique référence de l’artiste matérialisée dans un 45 tours, ou l’univers, le message ou encore la sensibilité de l’artiste compactés dans un 33 tours. Ces terminologies sont encore ancrées dans nos sociétés comme références du format de ventes, le terme « single » à toutefois tendance à s’essouffler laissant la main mise au terme « album ». Il est désormais possible pour les majors et les différents labels d’utiliser le marketing à des fins différentes, promouvoir le single puis l’album ou inversement, l’idée étant de toucher les fans de musique populaire tout comme les mélomanes les plus aguerris. De ce fait la segmentation des auditeurs double les canaux de ventes matériels. En effet, le 33 tours et le 45 tours ne sont pas en concurrence mais se complète, ainsi au lieu de vendre soit un album soit un single, les majors peuvent vendre les deux à la fois aux mêmes auditeurs. Elles ont donc désormais la potentialité d’augmenter leur vente de manière exponentielle ce qu’elle ne pouvait pas faire en se limitant à un seul format.

Le disque vinyle et les microsillons qui en découlent, ont donc altéré la culture musicale elle-même et non pas seulement la qualité du son.

La cassette audio ou la liberté d’usages

La cassette audio est une autre mini révolution pour l’industrie musicale. Au-delà de son caractère novateur, elle va, elle aussi, créer une nouvelle manière de consommer la musique allant jusqu’à défier la suprématie du vinyle.

La cassette audio arrive sur le marché durant les années 1970 après plusieurs années de recherche et de développement de la part de Phillips. Elle utilise la technologie de la bande magnétique pour enregistrer et écouter du son que ce soit de la musique ou un autre type de musique. Elle permettait d’établir une liberté à l’auditeur sans précèdent, celui-ci pouvait enregistrer, programmer, échanger, et découvrir sans limite la musique qu’il souhaitait. Ainsi, les artistes en herbes pouvaient enregistrer leurs musiques sur une K7 (abréviation française de cassette) et ensuite la partager à qui bon leur semble. La cassette fut une aubaine pour le milieu Hip Hop durant les années 80, on peut même suggérer que la cassette à aider le style urbain à se démocratiser, les intermédiaires comme les maisons de disques pouvant être dorénavant contourné. Est née ce que l’on connait sous le nom de « compilation ». Conçut par des DJ (disc-jockey), les compilations étaient un amas de musique que ceux-ci enregistraient et vendaient ou donnaient pour faire leur pub.

 

La cassette est vendu en 1979 à 2 milliard d’exemplaires autant que la vente de disque vinyle. A partir 1983, la cassette dépasse largement la vente de disque vinyle qui lui s’essouffle.

Ce succès s’explique aussi, au-delà de l’amélioration de la qualité de son proposé par la cassette, par le caractère nomade de celle-ci. Elle pouvait être insérée dans un autoradio ou dans des appareils portables et donc être écouter en dehors du cadre domestique. La sédentarité du disque vinyle ne permettait pas à l’auditeur d’écouter sa musique préférée n’importe où. L’ubiquité de la cassette lui donna un avantage considérable sur le disque vinyle. Le Walkman, technologie crée par Sony en 1979, le Ghetto Blaster et l’autoradio ont permis à la cassette de devenir le support audio le plus moderne et populaire des années 1980.

Cependant, un problème de taille a été posé par la cassette audio. L’enregistrement que permettait la cassette a fatalement engendré des copies des disques vinyles de l’époque ainsi que leurs échanges et leurs partages. Ainsi, l’industrie musicale via la RIAA (Recording Industry Association of America) utilise déjà le terme de « pirate » (« home tapers ») pour désigner celui qui enregistre la radio ou des disques vinyles via des cassettes audio. Pour compenser les pertes entraînées par les copies, le lobby de l’industrie musicale réussit à imposer une taxe sur les lecteurs de cassette et les cassette vierge.

La cassette audio a pour sa part aussi modifié les habitudes de consommation de la musique, ainsi que la culture elle-même en intronisant ou plutôt en démocratisant des styles de musique que les majors ne développaient pas comme le hip hop notamment.

Avec l’arrivée du compact disc (CD) et surtout des lectures numériques au début des années 2000, la cassette audio va quasiment disparu voyant même le vinyle lui repasser devant.

Le CD, outil de cadrage des libertés d’usages

Alors que la cassette audio laissait à l’usager la liberté d’enregistrer, de copier, de programmer sa cassette comme il le souhaitait, le Compact Disc lui le restreint à sa seule écoute ou lecture.

Il faut tout de même noter que le CD apporte comme chaque nouveau support une amélioration cette fois ci notable de la qualité sonore. Le son est plus clair et plus respectueux de la réalité que ces prédécesseurs. Il est surtout développé par l’industrie de la musique du fait de son caractère inaltérable. Il ne peut ni être copié, ni être partager. La cassette audio et surtout sa capacité de copie étaient une épine dans le pied de l’industrie de la musique que le CD vient enlever. Dès le début des années 1980, et plus précisément en 1982, Sony et Phillips lance le CD. L’industrie de la musique l’impose complétement au début des années 1990, en dédaignant la cassette audio.

C’est aussi à cette époque que l’industrie du disque obtient son plus gros bénéfice mercantile, s’appuyant sur la réédition des vinyles en CD. Il faut savoir que le CD, tout en offrant une qualité sonore bien meilleure que le vinyle, coûte aussi moins cher à produire, minimum moitié moins. Ainsi en limitant les copies et en réduisant les coûts de productions à tous les niveaux et surtout sur l’objet de vente, ou dans d’autres mots l’amélioration de la chaîne de valeur de l’industrie musicale va permettre d’engendrer des bénéfices sans précédent encore. La diminution des copies augmente par effet de levier le nombre de ventes de CD. Associée au coût relativement peu élevé du CD, il y a création d’un bénéfice non négligeable. Le fossé qui se créé entre les revenus et les coûts définit « l’âge d’or » de l’industrie du disque.

Ventes de CD par support

L’arrivée du CD définit aussi l’arrivée du numérique dans le monde musicale. Le disc compact utilise la technologie optique, un faisceau de lumière (laser) frappe le disque en rotation, les irrégularités qui sont sur la surface réfléchissante créent des variations binaires. L’information binaire est transformé en un signal analogique par un convertisseur analogique-numérique (ou plus simplement un lecteur CD).

Ainsi les machines et les différents supports ont chamboulé la manière de consommer de la musique par rapport à la manière dont les auditeurs-consommateurs la consommaient au début de ce que l’on appelle l’industrie musicale. Que ce soit les lecteurs ou les supports, gramophone, phonographe, vinyle, cassette ou CD, chacun a su créer des nouveaux usages, à son insu ou non, que les auditeurs-consommateurs se sont appropriés. Néanmoins aucun n’a marqué de réelles ruptures avec la technologie précédente. Le son et le support étaient indissociables à chaque fois, que ce soit avec le vinyle, la K7 ou encore le CD, il s’agissait simplement d’évolution matériel palpable, qui malgré tout ont eu un impact non négligeable sur notre manière de consommer de la musique. Nonobstant, le numérique crée une véritable rupture par rapport aux autres évolutions technologiques.

 

Les mutations numériques : La dématérialisation du son et de nouveaux enjeux pour l’industrie de la musique

On parle de dématérialisation du son pour définir le caractère non palpable de la musique que l’on écoute. Sans son support (CD, cassette, vinyle), le son n’est pas palpable et n’est donc plus un matériel. Le son est dissociable de son support et n’est donc plus matériel ; C’est ici que l’expression de « dématérialisation du son » prend tout son sens.

Cette dématérialisation est une véritable rupture dans le sens où l’industrie de la musique et notamment l’industrie du disque se voit délester du matériel qui caractérise sa nature industrielle. Sans support du son ou en d’autres mots sans vinyle, sans CD ou encore sans cassette, pourrions-nous parler d’industrie du disque ou d’industrie musicale ? La question est centrale à l’heure où les mutations engendrées par le numérique modifient sans précèdent le monde de la musique et du son.

Cette dématérialisation pose plusieurs questions : Qu’advient-il des technologies antérieurs ? Comment l’industrie de la musique s’adapte à cette rupture technologique ? Quel impact a eu l’arrivée du numérique dans la musique ? Elle pose aussi notamment la question de l’illégalité du partage de contenu exclusif, comment les artistes et les maisons de disques font face aux téléchargements illégaux ?

L’ordinateur personnel socle des transformations de consommation musicale

L’ordinateur personnel a été inventé durant les années 60 par une société italienne « Olivetti » grâce à l’ingénieur Pier Giorgio Perotto. Néanmoins c’est dans les années 70 que l’ordinateur personnel devient grand public avec notamment l’Apple II ou le Commodore PET. Il faudra tout de même attendre l’arrivée du Web et des connexions Internet durant la seconde partie des années 90 pour voir une massification du taux d’équipement d’ordinateur chez les ménages (surtout aux Etats-Unis).

Pourquoi s’intéresse-t-on à l’ordinateur personnel ? Il a tout simplement été l’outil central de la numérisation du son et de sa volatilité. Il est entendu par volatilité, la capacité du son à pouvoir être partagé, écouté et transporté sans son support matériel. Ainsi l’ordinateur grâce à Internet et surtout au Web, a mis en réseau des auditeurs-consommateurs du monde entier qui se sont échangés la musique devenu dématérialisée : c’est l’apparition du Peer 2 Peer (P2P), il existe le terme français « pair à pair ». La musique désormais compressée sous le format mp3 peut facilement être partagé entre les auditeurs-consommateurs. Le mp3 est le format sous lequel la musique est compressée, il s’agit d’un fichier informatique (donc une multitude de données numériques réunit sous une même dénomination) dans lequel est codée la musique. Ce format permet aux utilisateurs d’ordinateurs, du fait de son faible poids, de se partager des musiques via des logiciels de partage de fichier, Napster (1999) étant l’un des pionniers dans ce domaine. Le format mp3 est vite adopté par les utilisateurs du fait de sa capacité à restituer une qualité de son plutôt convenable malgré son faible poids (en octets).

La numérisation du son permise par l’ordinateur ne perturbe pas seulement la consommation du son mais également sa production dans son sens créationniste. La création musicale longtemps limitée par les instruments musicaux classiques ou dits organiques, se voit chamboulé par la numérisation. Déjà l’électronique, via les boîtes à rythme, les synthétiseurs et séquenceurs analogiques, avait chamboulé la culture musicale en modifiant en profondeur certains styles musicaux comme le funk, la Pop ou le disco par exemple. Ces styles utilisent de fait des rythmes plus rapides, des sons plus synthétiques, créant ainsi des sous catégories et enrichissant a fortiori la culture musicale dans son ensemble. Néanmoins la véritable révolution a été l’arrivée des synthétiseurs et des séquenceurs numériques. En effet, ils ont la particularité de créer des sonorités nouvelles et permettent des arrangements complétement innovants.

Le célèbre synthétiseur Moog
Le séquenceur MIDI, Akai MPC 2000XL

Découle de ces nouvelles sonorités et de ces nouveaux arrangements, des nouveaux styles musicaux. La dance, la techno et le hip hop, n’existeraient pas à l’heure actuelle. L’impact est donc considérable, le seul fait de la numérisation du son institue des branches dorénavant indissociable de l’arbre qu’est la culture musicale.

Le changement ne s’opère pas seulement sur la création en elle-même mais aussi sur son accessibilité. Avant l’arrivée des synthétiseurs et séquenceurs analogiques puis numériques, la musique se composait essentiellement avec des instruments classiques (dits organiques en opposition à synthétiques). Piano, basse, guitare (classique ou électrique), violon, instrument à vent et batterie étaient utilisés pour n’importe quelle composition, il suffisait de les enregistrer à l’aide d’un micro et d’une salle insonorisé pour restituer un son de qualité. Seulement, la production était assez élitiste du fait des prix des instruments organiques : 500€ pour une guitare, quelques milliers d’euros pour un piano.

Ainsi de nombreux fans ne se cantonnaient qu’à l’écoute malgré des velléités de création certaines. L’ordinateur via la numérisation du son va permettre d’abattre les barrières à l’entrée de la production érigé par l’industrie musicale (à son insu, le prix des instruments se justifiant du fait de leur coût de fabrication).

Les logiciels de MAO (musique assistée par ordinateur) ont complétement fait disparaître l’élitisme de la composition et de la production musicale. En effet, ces logiciel contiennent en leur sein des banques de sons et notamment la numérisation de certains pianos, certaines guitares, certaines batteries, en bref, de tous les instruments organiques (ces banques portent le nom de Vsti). Ils permettent en plus de pouvoir enregistrer, mixer, séquencer, échantillonner des sons, et ce sans limite grâce à des plug-ins ou Vst (ajout qui permette de modifier la structure sonore d’un son).

Bien plus bon marché, ces logiciels ne demandent que la possession d’un ordinateur, ils réduisent l’accès à l’entrée de la production.

De plus, ils ont, du fait de leur caractère numérique, ils sont facilement « crackable » c’est-à-dire que le protocole de sécurité est contournable par les « crackers ». Ils sont donc aisément trouvable gratuitement sur le Web. Cette gratuité, aussi illégale qu’elle soit, fait croître de manière dantesque le nombre d’artistes et d’opportunité pour ceux-ci de se faire connaître du grand public. Les barrières ont donc belles et biens disparu du fait du numérique.

En est induit, la multiplicité des indépendants engendrée la facilité d’accès à la production, à l’enregistrement ainsi qu’à la distribution.

Lecteur de son numérique portable et plateforme d’écoute streaming, autres mutations des consommations musicales

Cette nouvelle manière de consommer a complétement renouvelé l’industrie musicale. Les ventes de CD chutent de manière spectaculaire à partir du début des années 2000. C’est la fin de l’âge d’or de l’industrie du disque. Le P2P permettant la gratuité de la musique sur le Web, les auditeurs-consommateurs s’y retrouvent dans le sens où ils ne sont plus dans l’obligation d’acheter les CD (de manière pratique bien évidemment, la pratique étant totalement illégale s’apparentant concrètement à du vol). Ils peuvent désormais collectionner pléthore d’albums sans débourser le moindre centime.

L’arrivée des lecteurs numériques portable (mp3) puis des IPod perpétuent cette tendance aux téléchargement illégal. L’une des conséquences est aussi la disparition des baladeurs CD et des Walkmans. Les cassettes ont survécu à l’arrivée du CD mais pas aux lecteurs mp3. Ils ne feront pas le poids face à la capacité des lecteurs numériques à ne pas subir le choc d’un « footing », et sont bien moins pratiques tant au niveau du transport que dans leur besoin de support. L’IPod permet lui d’ailleurs de se balader avec plus de 1000 musiques quand les baladeurs ont besoin d’une cassette ou d’un CD limité à une quelques dizaines de musique. De ce fait, la disparition des baladeurs CD et des Walkmans étaient inéluctables.

Cette gratuité subit par l’industrie musicale, fracturant leur hégémonie, l’oblige à prendre des mesures pour stopper l’hémorragie engendrée par la lame qu’est le téléchargement illégal induit, lui, par le P2P. L’industrie de la musique n’est pas la seule touchée, on pourrait étendre ce problème à l’industrie culturelle elle-même (Films, musiques, livres notamment). Ainsi, l’industrie culturelle en France tente de convaincre le parlement d’adopter une loi visant à réduire le téléchargement illégal et de dissuader les usagers de s’y atteler. La loi Hadopi est alors adoptée. Malgré la réduction des téléchargements illégaux, plus du fait du caractère dissuasif de la loi que de sa véritable application, les téléchargements illégaux persévèrent. Néanmoins il est tout de même intéressant de noté que le numérique impacte aussi les aspects juridiques gravitant autour du monde de la musique.

De nouveaux acteurs entrent en jeu pour contourner les téléchargements illégaux. Ayant compris la volonté des internautes d’avoir accès à la gratuité, des entreprises décide de mettre à disposition des catalogues de musiques consultables en ligne gratuitement. L’idée de ces sociétés est de rémunérer les artistes via la publicité que génère le trafic sur leur site. L’auditeur est la cible de la publicité mais a à disposition un catalogue de musique très étendu. Des sociétés comme Spotify (leader mondial des plateformes d’écoute streaming) ou Deezer ont été les grandes bénéficiaires de ce système mêlant gratuité pour l’auditeur et rémunération pour les artistes. Ils couplent aussi leur offre avec des abonnements mensuels ou annuels qui permettent la synchronisation des listes de musique de l’abonné avec son smartphone, celui-ci pouvant donc écouter hors ligne (sans connexion internet) sa musique préféré sans pour autant l’avoir charger dans son smartphone via son ordinateur.

D’autres formes de contournements sont misent à l’œuvre. Ryan Leslie, célèbre artiste de la scène Hip Hop RnB, a décidé de revoir son modèle marketing en mettant à disposition ses albums gratuitement sur la toile. Pour lui l’album est l’outil marketing pour attirer les fans à aller le voir sur scène, tout d’abord par simple plaisir personnel, et surtout du fait de certaines données qu’il a eu à disposition. L’album ne s’achète qu’une fois alors que la place de concert peut être achetée plusieurs fois par la même personne. Les fans sont prêts à se déplacer plusieurs fois pour aller voir leurs artistes favoris.

En économisant sur les coûts de production d’un disque, et en augmentant ses chances de voir sa musique écoutée par un plus grand nombre d’auditeurs du fait de la gratuité, Ryan Leslie tente de rentabilisé au maximum une certaines chaînes de valeur (toujours dans le champ lexical du monde de l’industrie, ici l’industrie musicale). Ainsi, la scène serait le véritable point de fidélisation et de rentabilité pour l’artiste.

 L’explication de Ryan Leslie en vidéo 

Le numérique a un impact non négligeable sur la création et la consommation, et l’aspect juridique de la musique mais la communication n’en est pas pour le moins épargnée.

Communication et diffusion de la musique à l’heure de la numérisation

A l’ère d’Internet, radio et télévision qui sont les grands médias de masses déclinent peu à peu. La radio, premier média de masse à diffuser de la musique, a connu des difficultés hors normes à se voir octroyer ce droit (diffusion de la musique). A chaque époque sa controverse, la radio dès le début du 20ème siècle s’est retrouvée confronter à l’industrie de la musique voyant d’un mauvaise œil la diffusion gratuite de musique qu’elle proposait. Premièrement elle ne rémunérait pas les artistes, ce fut le plus gros argument du syndicat des musiciens américains (AFM) qui va, pendant 30 ans, combattre la radio car spoliant les droits d’auteurs et mettant les artistes sur la paille. Le gouvernement américain plie face au puissant lobby de la musique et décide de ne donner des licences qu’aux radios qui s’engagent à ne pas diffuser de musique.

Néanmoins la crise de 1929 a encouragé l’essor du média libre et gratuit qu’est la radio. Celle-ci est adoptée après la Seconde Guerre Mondiale et est complétement démocratisée durant les années 1960. C’est à cette époque que le début de ce qui s’appelle aujourd’hui la promotion, débute. Le fait de marteler une musique à la radio, gros média de masse, augmente la popularité ou à défaut la notoriété de l’artiste ; Plus l’artiste est connu plus sa musique se vendra, voici la logique de la promotion ou en tout cas de ses prémices.

La télévision, s’approprie aussi la musique, remarquant son potentiel d’attraction. En vue de faire croître l’audimat, l’industrie de l’audiovisuel fait apparaître la musique à la télévision. C’est la mise en vidéo du son qui va populariser la musique à la télévision qui sera vectrice de communication et de promotion. Le Clip, qui fait notamment son apparition en 1975 avec Bohemian Rhapsody du groupe Queen, est le format qui marquera l’affiliation musique-télévision.

Premier clip apparu à la télévision Bohemian Rhapsody de QUEEN. 

Thriller de Mickaël Jackson en 1981 tendra à populariser cette pratique promotionnelle et souvent artistique, qui nous semble banale aujourd’hui.

L’utilisation de la musique à des fins communicationnelles est aussi l’une des raisons de son association à la vidéo. Le principe qui associe une vidéo (que ce soit à la télévision ou au cinéma) à la musique s’appelle la synchronisation. Elle est souvent utilisée dans la publicité de nos jours. La musique n’a jamais était aussi présente et prégnante dans la société qu’à notre époque.

La télévision et la radio ont énormément contribué à la place de la musique dans notre société, car ils ont été des canaux de communication et de diffusion très populaires cependant, ils tendent à décliner et laisse place peu à peu à Internet.

Internet est devenu une place pour la communication et la diffusion du son bien plus importante que n’importe quel autre média.

YouTube permet de poster n’importe quel clip ou même vidéo où une musique apparaît. Il est devenu un outil de communication primordial pour les artistes. Son hégémonie s’est établi lors de la première vidéo à atteindre le milliard « Gangnam Style » de Psy. N’importe quelle artiste peut communiquer sa musique sur YouTube et peut la promotionner. Facebook notamment propose à ses utilisateurs de pouvoir faire de la publicité, les artistes peuvent l’utiliser pour développer leur notoriété.

A l’époque le premier site communautaire ou réseau social à atteindre les 100 millions d’utilisateurs est MySpace, un site de partage musical qui s’est éteint au profit de Facebook qui lui ne se limite pas à la musique. D’après le site Alexa, deux ans après sa création (donc en 2005) MySpace était le 4ème site le plus consulté au monde devant Facebook et eBay et juste derrière Yahoo, AOL et MSN. Aujourd’hui des sites comme Soundcloud ou Bandcamp lui ont volé la vedette.

Cette facilité d’accès à la promotion et à la communication donnent des chances à n’importe quel artiste ce qui engendre fatalement le nombre d’indépendant. Les coûts de communication étant quasiment nuls, nombre de talent en herbe tente leur chance.

Aujourd’hui les artistes utilisent les réseaux sociaux pour avoir plus de proximité avec leurs fans. Télévision et radio mettent une distance entre artistes et fans, Internet dépasse cette limite en proposant aux fans de suivre la vie de ses artistes favoris sur Twitter, Facebook ou encore Instagram. Les labels institutionnalisent aussi leur communication sur les réseaux sociaux. Le réservoir d’utilisateurs étant tellement immense, plus d’1 milliards d’utilisateurs de Facebook et quasiment 350 millions d’utilisateurs pour twitter, les labels essayent d’en profiter pour augmenter la notoriété de leurs artistes.

L’ère du numérique, grâce aux applications, modifie les anciennes habitudes de communication qui étaient instituer depuis plusieurs années. Mais il est tout de même à noter que les habitudes concernant la musique n’ont jamais été figées, que ce soit au niveau de la communication, la diffusion, la consommation, la création ou la production dans le sens industriel du terme.

 

Pour conclure… 

Les évolutions technologiques, ont depuis le début de la création de ce qu’on appelle l’industrie musicale, modifié les usages, les habitudes, la manière d’écouter, de faire et de consommer de la musique. La manière dont la musique se propage est aussi impactée du fait des évolutions technologiques et notamment numérique via les applications de réseaux sociaux ou des plateformes d’écoutes gratuites. D’un bien matériel palpable difficilement partageable et transportable, la musique s’est dématérialisée pour devenir un bien impalpable facilement partageable et transportable.

La véritable rupture est cette dématérialisation induit par le numérique qui change et même bouleverse les habitudes vis-à-vis de la musique. Autant le Walkman était une mini-révolution du fait de sa capacité à produire de la mobilité, de faire sortir la musique du cadre domestique, autant la numérisation de la musique a complétement bouleversé sa production, sa création, sa diffusion et sa communication.

Cependant il s’agit aussi de noter et de constater le retour à la volonté de posséder un objet. Le vinyle, l’objet musicale par excellence reprend du poil de la bête depuis quelques années au niveau des ventes en volume et en valeur, les collectionneurs s’arrachant les vinyles cultes à des prix exorbitant quand ceux qui apprécient le grain du son qu’induit le vinyle se réjouissent de voir de nombreux artistes sortir leurs albums sous ce format.

Enfin, il se pourrait même que la musique elle-même est été un « laboratoire social du numérique » dans le sens où les paradigmes de mobilité (smartphone aujourd’hui walkman en 1979), de gratuité (avec Napster en 1999) et de réseau sociaux (MySpace en 2003 qui se transpose à Facebook de nos jours) ont été d’abord définit dans la musique avant d’être étendu aux autres pans de la société.

Cette vidéo transpose l’idée de la musique comme laboratoire social du numérique.

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