Facebook, dictateur de la jeunesse et de l’adulte Digital Native

 Elisabeth Pluquet

Les statistiques rapportant le nombre d’utilisateurs de Facebook sont formelles. Il y en a de plus en plus. Avec 1 million de membres en 2004, 1,86 milliard de membres en 2017 dans le monde, Facebook a vu son nombre d’utilisateurs augmenter et exploser.

C’est aussi actuellement le premier réseau social en matière de nombre d’inscrits. En effet, tous les autres restent dans les millions de membres. Qzone, réseau social des utilisateurs chinois, est le plus proche, mais ne reste qu’à 653 millions de membres. Facebook est donc devenu un réseau social monstrueux, grâce aux idées de son créateur. Le réseau touche aussi beaucoup de jeunes, ce qui inquiète les parents  et les spécialistes.

D’une manière générale, les utilisateurs passent beaucoup de temps sur le site, même en entreprise, et cela parasite beaucoup leur attention. C’est pourquoi les spécialistes du marketing utilisent cette économie de l’attention afin de transmettre un message. Beaucoup d’éléments sur le site font qu’il prend davantage de place chez ses utilisateurs. Comment expliquer cela ? Pourquoi des gens postent-ils toute leur vie, même privée, sur le site ? Et pourquoi les spécialistes donnent-ils des messages si alarmistes sur le sujet en citant le risque de dépendance ?

De prime abord, le site offre l’avantage de pouvoir garder le contact avec les personnes désirées et de conserver un certain lien social avec eux. L’absence de relations en face à face immédiate permet aussi aux personnes les plus timides de sociabiliser. Et les interactions sont organisées dans un espace, avec  la possibilité de publier du texte, des photos et des vidéos.

C’est pourquoi on peut s’interroger et se demander dans quelle mesure Facebook est-il un nouvel espace de socialisation pour ses utilisateurs en permettant à ses utilisateurs d’être reliés entre eux ?

Dans un premier temps, il faut noter que Facebook répond à un besoin de reconnaissance, lié à une injonction à exister. Le site donne aussi la possibilité de créer son identité virtuelle et amène à exister vite dans le réseau. Puis il faut aussi constater que le site entraîne un curieux mélange de la vie hors écran et de la vie “Facebook”.

I. Un besoin de reconnaissance, une injonction à exister

Maslow, dans sa célèbre pyramide des besoins (cf. annexes) signale le besoin d’appartenance. Selon lui, l’être humain a besoin de s’intégrer dans un groupe, une communauté. Il paraît peu évident aujourd’hui de ne pas avoir de compte sur les réseaux sociaux, ne serait-ce que sur Facebook. Et pour des raisons très simples, comme, en premier lieu, l’envie d’y rejoindre son groupe social.

En effet, pour retrouver ses amis, ses camarades, et sa famille, quoi de mieux que s’inscrire sur Facebook ? Le réseau permet de rester en contact avec tout son groupe, d’une façon différente du simple contact par téléphone. Bien entendu, comme avec les SMS, il y a toujours un écrit, qui reste visible. Mais il y a aussi la possibilité d’ajouter d’autres médias (photos, vidéos). Et le tout  est visible par l’ensemble de ses contacts, devenant une conversation géante avec plusieurs médias différents. De plus, Facebook propose des fonctionnalités nouvelles par rapport aux logiciels de conversations en ligne comme Skype (qui sert pour parler dans l’immédiat, là où Facebook permet les échanges en différé) et achète les autres réseaux (comme Instagram) ou imite leurs fonctions (comme par exemple le hastag, utilisé sur Twitter, qui permet de référencer des données et de retrouver toutes les informations postées avec le fameux caractère #). Et les avantages de Facebook sont nombreux. Il permet de voir la vie de son groupe, directement, sans avoir besoin de leur parler pour obtenir des informations. Ce qui est très pratique pour les utilisateurs ayant un grand nombre de contacts. Puis cela permet aussi de mettre en ligne sa vie afin que les autres utilisateurs puissent suivre les aventures du narrateur. Ensuite, chacun peut commenter les péripéties des membres du groupe, ce qui fait l’effet d’une histoire interactive dont chacun est le héros. Avec, en plus, la possibilité de retrouver des contacts perdus de vue. Facebook permet aussi d’organiser son mur pour permettre à des groupes que l’on aurait constitué de suivre certaines parties de la vie de l’écrivain. Ou encore, régler ses publications pour qu’elles soient visibles simplement d’une certaine liste d’utilisateurs. De même, simplement créer un groupe, et poster une publication visible de ses seuls membres. Tous ces aspects peuvent séduire les utilisateurs, et les amener à se servir de l’outil Facebook d’une manière plus fréquente, et créer leur identité en ligne plus sereinement, afin de  poster plus de contenus. Viennent alors des désavantages. L’utilisateur se crée, s’insère dans un groupe. Mais pour y rester, il faut pouvoir montrer par différents moyens que l’on y appartient, surtout quand tout le monde peut voir. Cela peut être vécu comme un moyen de pression, détacher l’utilisateur de ce qu’il aime faire (en le poussant à rester au niveau sur Facebook, au lieu de rester tranquille…).

D’autre part, être sur Facebook, c’est aussi être fan de quelque chose, retrouver ses égéries  sur le site, etc. L’utilisateur devient alors un homme-sandwich, portant les marques sur son compte, parce que quoi de plus normal d’afficher ce que l’on aime aux yeux de tous ? C’est aussi la faute de ces marques qui redoublent d’ingéniosité pour attirer les fans, comme par exemple :

  • l’humour, comme pour La vache qui rit (voir annexes)
  • les concours
  • des anecdotes
  • les photos et vidéos de bébés chats et humains

De plus, aimer une marque ne s’affiche pas uniquement par le pouce bleu accordé à cette dernière. C’est aussi montrer que l’on a le dernier Iphone, que l’on porte du Lacoste, que l’on a un sac Desigual, afin de montrer son niveau de vie et que l’on est dans le mouvement des innovations. Puis tenir le rythme, au risque de se faire renier par son groupe social s’il n’a pas un accès possible à ces derniers éléments.

Une fois confortablement installé sur le réseau, il est possible d’aller un peu plus loin dans l’utilisation du site. Par exemple, en découvrant des groupes relatifs à nos intérêts. Ces groupes sont des espaces de socialisation, permettant de recevoir des informations sur leur sujet et d’en discuter avec des membres, qui comportent aussi des personnes inconnues. De discussion en discussion, les utilisateurs deviendront “amis”, sur Facebook, sans s’être jamais rencontrés en dehors du réseau. Cette communauté virtuelle peut aussi devenir réelle si des rencontres sont organisées, agrandissant encore plus le groupe social de l’utilisateur. Gérer un grand réseau semble être plus facile avec Facebook, puisque l’information que l’on échangerait à un utilisateur en parlant avec lui directement peut être transmise à l’ensemble du groupe en un clic. Sans compter que, pour voir comment se portent ses propres contacts, il suffit simplement de regarder leur mur ou notre fil d’actualité, puisque Facebook reporte leur publications dessus, selon un algorithme qui change. Autrefois, alors que les échanges entre deux personnes se faisaient en face à face, nécessitant de se déplacer à la rencontre de l’autre, les échanges 2.0 se font derrière un écran, et en différé. De surcroît, la rencontre en face à face permettait souvent de dériver dans une activité à deux, comme aller boire un verre pour se raconter les dernières nouvelles. Aujourd’hui, Facebook apporte une rencontre “de loin”, dans laquelle une partie des données, de la richesse des échanges humains, se perd. Pour simplement amener à éteindre Facebook une fois la période terminée. Il est donc possible de se demander s’il s’agit d’une relation d’amitié valable ou une illusion. Avec le livre Facebook m’a tué, les auteurs mettent en scène des personnages “presque réels” qui ne peuvent se voir en vrai alors ils se rattrapent sur Facebook, par facilité et par paresse. Ce ne sont pas les seuls auteurs à dénoncer cette illusion du web 2.0. Les personnages de Faulk Richter, dans Ivresse et Play Loud par exemple, sont déchirés par l’absence de relations à l’autre, de vrai rapports humains, parce que tout se passe sur Facebook, laissant leur monde réel, hors écran, étrangement vide de sens. Avec la désagréable impression d’être seul au milieu du monde. L’utilisateur se voit surplombant les profils de tous ceux qu’il suit, en obtenant plein d’informations sur eux, dans une position plus haute, supérieure, qui ne se retrouve pas dans tous les types de rapports en face à face. Et tous ces échanges se voient sur le mur, qui affiche toutes les communications entre les différents individus et les relations entre eux. Relations qui, une fois affichées, sont une manière de communiquer avec les autres, pour afficher son statut social au sein du groupe, comme expliqué par Cardon (2009) (visible dans l’article Représentation de soi et identité numérique référencé en annexes) : “L’affichage de ses communications interpersonnelles devient ainsi une des modalités de l’expression de soi.”. Ne pas en montrer peut aussi vouloir dire ne pas en avoir, comme souligné dans la même thèse. Il faut aussi afficher son statut amoureux sur Facebook, comme le dicte la norme sociale établit. En observant différents comptes, on peut remarquer la règle suivante : il semblerait important de se montrer en couple par le biais du statut et de la photo avec si possible le couple qui s’embrasse. Et pour les heureux élus, de remercier chaque personne ayant commenté. Le même phénomène se passe pour les anniversaires. Cela ressemble aussi à l’espace “réel”, hors ligne, avec cette fixation dans le temps. Et c’est bien le problème. Tout reste fixé sur le mur pendant une certaine durée (et peut éventuellement être effacé par Facebook de manière arbitraire, ou logique (par exemple, Facebook qui fait en sorte que les publications en lien avec son ex soient moins visibles pendant un certain temps, voire propose de les effacer). On peut briser son couple, supprimer toutes les publications relatives au conjoint déchu en changeant le statut, mais il en restera quand même des traces et la personne existera toujours sur Facebook, quoi qu’il se passe.

Facebook est un lieu où il se passe beaucoup d’éléments intéressants à analyser au niveau social et il peut être tentant de vouloir prendre de la hauteur face à cela.

La “popularité” est à portée de clics, et le chemin à parcourir pour y arriver est expliqué sur plusieurs sites, comme Wikihow.  Une fois le profil et le groupe crée, l’utilisateur a accès à la vie de tous ceux qu’il suit et des profils publics. Son propre profil peut lui aussi être public et accessible à tous. Et pour triompher, il faut savoir se montrer sous son meilleur jour. Pour cela, il faut afficher ce que l’on aime, tous ses goûts, s’inscrire à beaucoup de groupes et pages.  Ainsi que poster des éléments qui intéressent son public pour recevoir le maximum de “likes” possible. Comme Facebook permet d’avoir une vue d’ensemble sur les goûts d’un grand nombre de gens, l’utilisateur peut s’adapter pour ressembler au maximum à leurs attentes et récolter le maximum de “likes” possibles.

Et une fois engagé dans la course, il faudra aussi mettre le meilleur commentaire, la meilleure photographie, dévoiler la meilleure vie sur Facebook, afin d’être considéré comme un leader. Un leader qui doit créer, inventer et organiser. Pour cela le site permet de créer des pages et des événements, pour faciliter le rassemblement de tous sous une même bannière.

D’autres fonctionnalités permettent d’améliorer encore sa popularité, qu’il faut savoir utiliser Pour ne donner qu’un seul exemple, il y a le récent : Facebook Direct Live, qui permet de se filmer en direct avec son téléphone portable et de transmettre dans le même temps sa vidéo sur le réseau. Et animer les différents groupes sur lesquels on se trouve, aller sur le mur de ses amis de temps en temps  pour être sûr de récupérer des spectateurs. Son propre mur ne doit pas sembler inactif trop longtemps.

Facebook propose aussi des moyens de récupérer des statistiques. Sur les pages, par exemple, une fonction permet de savoir combien de gens aiment et de se demander pourquoi ils partent. C’est aussi possible de suivre l’évolution de son propre mur, grâce au nombre d’amis. Il suffit simplement de le noter quelque part et de suivre son évolution au fil du temps. Et s’inquiéter si le nombre d’amis diminue. Il existe même des logiciels et extensions qui récupèrent les listes d’amis et avertissent quand un utilisateur se désinscrit d’une liste (même s’il veut que la personne ne recoive pas de notifications l’informant sur son départ), comme par exemple : Who deleted me on Facebook, bien que l’utilité, la fiabilité et la sécurité de ce genre d’outils soient difficiles à établir, ils ont au moins le mérite d’exister et de refléter un besoin (crée ou existant) des utilisateurs.

Chacun de ces outils peut aider l’utilisateur à utiliser Facebook comme vitrine de ses talents et d’animer encore plus son réseau.

Il est donc possible de se rendre compte que Facebook permet de gérer ses relations sociales comme dans la vraie vie, avec des particularités propres à ce réseau.

Ces particularités se retrouvent dans d’autres points à développer.

II. Exister vite sur le réseau avec son identité virtuelle

 

Facebook permet de se construire une identité virtuelle et d’exister plus vite et plus fortement au sein du réseau. Pour cela, il faut en premier lieu renseigner son identité, ce qui est imposé par le réseau, afin de se connecter. Cette dernière peut être réelle avec nos propres informations personnelles, ou autres pour ceux qui préfèrent une identité virtuelle. Dans ces deux cas il y a la construction d’une certaine identité, qui va être développée par toutes les informations qui seront mémorisées sur le site.

S’enregistrer permet quelques instants d’introspection, pour se définir en quelques mots, afin de remplir le formulaire d’inscription.

Si bien que se connecter au réseau, équivaut à se plonger dans cette identité inscrite sur le site. Tout ce qui apparaît sur l’écran va jouer un rôle important dans notre propre représentation de soi. Fanny Georges souligne (cf annexes) : “La Représentation de soi étant définie comme composée des signes observables à l’écran qui manifestent l’utilisateur, son agencement sémiotique est présenté à la suite : il est composé d’un embrayeur qui désigne l’utilisateur associé à des éléments qui connotent sa personnalité.”  Notre perception va donc se retrouver influencée par ce qui va être affiché à l’écran et inversement. Et notre parcours sur le site, va nous amener à changer des choses (comme quitter une page de fan d’un groupe turbulent), ce qui va modifier notre perception de nous-mêmes (ne plus se désigner comme appartenant à la communauté quittée). Un schéma peut aider à comprendre.

Ce schéma de l’article Représentation de soi et identité numérique (plus d’informations en annexes) permet de résumer les éléments qui composent l’identité chez l’individu inscrit sur les réseaux sociaux, tout en la divisant en plusieurs catégories. L’identité regroupe toutes les informations disponible à notre sujet sur le réseau, que nous en soyons l’origine ou non. Et la quantité d’informations disponible diffère selon deux grandes catégories d’utilisateurs : ceux pour qui l’on retrouve beaucoup d’informations et ceux pour qui l’on en retrouve moins, qui cachent au maximum leurs données. Mais les parties “identité agissante” et “identité calculée” visibles dans le schéma révéleront tout de même des choses sur nous.

Cela permet de confirmer qu’une identité virtuelle est créée sur le site, même si l’utilisateur tente de filtrer au mieux la diffusion de ses informations personnelles.

Cet utilisateur va continuer de travailler l’identité pour affirmer sa place dans le réseau social.

Le site permet de s’inscrire et de construire sa vie en dehors du cercle parental et d’affirmer son individualité. Par exemple, il est possible de ne pas accepter sa famille dans son cercle ou alors de paramétrer pour qu’elle ne reçoive qu’un certain type de publication et occulter le reste.

Puis, comme dans la vie hors écran, l’utilisateur sera en interaction avec ses pairs et pourra se construire via ces relations. Pour se faire accepter, il lui faudra ressembler à ses camarades, pour faciliter la relation d’amitié comme dans les groupes sociaux hors écran. Avec un avantage à noter : Facebook change le type de relation, ce n’est plus un face à face immédiat. Ce qui peut se révéler une aide pour les personnes timides  qui peuvent plus facilement maîtriser leur espace que dans la vie réelle et revendiquer une autre image qui pourra les aider à aller à la rencontre des gens.

Les moins timides peuvent aussi faire de même. Et le mur va devenir un moyen d’affirmer son existence et sa personnalité à tous, par divers moyens. Puis se différencier pour sortir du lot, être dans le groupe tout en étant différent, meilleur.

En commençant tout simplement par montrer ce que l’utilisateur fait dans la vie pour communiquer avec les autres. L’image, la publication, seront présentes pour prouver aux suiveurs que l’auteur vit des péripéties extraordinaires. Pour ensuite reconnaître l’existence de l’auteur. Parce qu’un utilisateur a le réflexe d’aller chercher les gens qu’il connaît sur les réseaux sociaux, et Internet.  Les résultats ramènent souvent sur le mur Facebook de la personne recherchée. Les personnes absentes deviennent alors invisibles, inexistantes, loin de tous les événements produits sur Facebook.

Il est donc plus facile de gérer une relation par les réseaux qu’en face à face. Tous ces réglages paraissent sécurisants et peuvent pousser l’utilisateur à aller plus loin dans l’utilisation du site, puisqu’une partie sera cachée au public.

Mais Facebook ne dort jamais, contrairement à l’utilisateur. Il y aura toujours publications de contenus, qui risquent de noyer les interventions d’une personne, qui devient alors poussée par la nécessité d’exister vite.

Il faut pouvoir tenir le rythme et fournir à ses spectateurs des informations rapidement, afin de ne pas disparaître dans la masse de contenus et le flux rapide imposé par le web. Les posts doivent être visibles au milieu des autres, et être réguliers pour se détacher de la cascade de publications.

Ce qui demande de pouvoir expérimenter différentes choses dans sa vie afin de pouvoir alimenter son fil d’actualité, ou alors de se servir de chaque élément même insignifiant sur son mur. Le pas entre sa vie privée et sa vie publique devient alors très mince, et le réseau se retrouve avec des utilisateurs qui postent toute leur vie sur leur mur, qui va être la cible d’enjeux divers.

L’individu sur le réseau se crée donc une identité qui va être rudement mise à l’épreuve. Mais il n’y a pas que son avatar qui va être mis en jeu dans cette quête de reconnaissance.

III.Mélange vie réelle et vie Facebook

Même si ce n’est pas l’identité réelle qui est sur le site, cette dernière se mélange avec l’identité virtuelle. Tout d’abord, parce que l’utilisateur met sa propre personnalité, sa propre vie sur Facebook, mettant en jeu son identité propre. C’est-à-dire, l’identité qu’il construit, qu’il veut montrer aux autres et affiner. Cet essai sera sans cesse en confrontation avec les autres qui eux aussi essaient de se construire.

Facebook incite l’utilisateur à montrer des parties de soi, qui ne sont pas nécessairement dévoilées à tout le monde, par le biais de nombreuses informations : les likes, les films, les livres lus, et les “humeurs”. Toute notre vie se retrouve fichée sur Facebook. Si l’on dit à des amis qu’on ne peut pas sortir avec eux, parce que l’on est occupé, il vaut mieux qu’ils ne reçoivent pas les notifications de nos avancées sur les jeux comme Farmville ou ne pas apparaître sur les photos d’autres amis. En plus de contrôler ses propres publications, il faut aussi vérifier les publications de ses contacts, pour vérifier ce qui peut transparaître de sa propre personne. Tout en sachant que nos amis ont des amis, qui ont des amis… Et qu’il existe un réglage permettant que nos publications, ou celles des amis soient visibles par les amis des amis et les autres contacts.

Le problème de la visibilité des publications est donc présent. Comme dans la vie “réelle”, hors écran, nous possédons un cercle d’amis proches, et des cercles d’amis plus lointains. Nous pouvons dévoiler des choses au cercle d’amis proches que nous n’avouerons jamais au cercle d’amis lointains. Tout comme la distance est différente en fonction de ces deux catégories. Nos meilleurs amis sont beaucoup plus proches de nous, s’approchent plus facilement de notre intimité. Facebook abolit cette proxémie en entier ou en partie suivant les paramètres réglés par l’utilisateur. Malheureusement changés assez souvent par Facebook.

Ces réglages rendent la gestion de notre identité numérique plus difficile. Qui voit nos informations personnelles ? Et si notre identité est malmenée, difficile de la supprimer. Surtout si c’est notre identité réelle, qui nécessiterait de la détruire pour de vraiment. Certains franchissent le pas, mais ne sont heureusement pas toujours suivis. Malgré tout, il restera encore le problème du faux “self” affiché qui n’est pas cohérent avec son vrai soi réel, les incohérences pouvant être visibles par ses contacts.

Difficile d’être soi sur les réseaux quand on veut se conformer à une certaine image, à ce qui est visible des autres sur les réseaux… D’autant que l’on voit plus de choses sur les gens sur les réseaux que dans la vie réelle !

Cela devient vite ennuyeux et culpabilisant de ne rien avoir d’étonnant à exploiter pour son mur Facebook, quand des dizaines d’utilisateurs se montrent plus inventifs.

C’est pourquoi il est toujours plus tentant d’essayer d’apparaître sous son plus beau jour, ou meilleur que les autres.

Pour bien comprendre par quels éléments il faut de passer afin de valoriser son image, il peut être intéressant d’observer quelques profils des utilisateurs de Facebook, qui sont le plus représentatif possible de l’ensemble des utilisateurs : les utilisateurs très visibles, les utilisateurs qui se cachent, et ceux qui ne se situent pas dans ces extrêmes. Par manque de temps et de moyens, il faut se recentrer sur les albums de photographies de ces personnes, déjà organisés par leur propriétaire (puisqu’ils auront ainsi mis en avant ce qu’ils souhaitaient) et plus facile à visualiser que l’ensemble de leurs publications écrites.

 

Dans ce graphique, la personne A est l’individu très visible, B est celui qui se découvre le moins, et C représente mon propre profil.

Le relevé se consacre aux éléments ordinaires, comme sa propre personne sans artifices ou mises en scènes particulières, dans son lieu de vie habituel (qui concerne les lieux de la zone géographique dans laquelle l’individu vit), avec des objets normaux (quelques utilisateurs aiment bien poster leurs achats ou leur mobilier, ou se mettre en scène avec des objets normaux) et aux éléments hors du commun comme les lieux visités qui sortent de sa zone habituelle, les cosplays (pratique qui consiste à se déguiser en ses personnages favoris pour les incarner), les goodies (tous les objets (et vêtements) représentant des univers fictionnels (de l’objet qui existe, comme une tasse à l’effigie d’une série, ou le jouet représentant un objet fantaisiste).

B a tellement peu de photos, qu’il disparaît presque parmi les colonnes des deux autres. Cet utilisateur affiche simplement douze photos, mais en réalité, il en possède un peu plus. Seulement, peu de gens y ont accès.

A est donc celui qui se montre le plus, et surtout pour des photos qui sortent de l’ordinaire. Par exemple, A a moins de photos où sa personne apparaît totalement neutre. De même, A préfère montrer des photos des endroits qu’il visite, plutôt que des photos de sa zone habituelle. Les mises en scène de A, en cosplay ou avec des objets sont plus nombreuses que les photos les plus neutres. La quantité de photos en album est aussi plus importante chez A. Et cette personne est toujours suivie plus activement par ses contacts, d’autant que son compte est accessible à tout le public. De plus, A a créé une page de cosplay, et est très actif tant sur Facebook, par tous les moyens possibles, que sur les autres réseaux, contrairement à B et C.

De fait il est possible de déduire de ses pratiques que pour avoir plus d’activités sur son compte Facebook et avoir plus de chances d’avoir une grande quantité de suiveurs, d’être plus populaire, il faut montrer beaucoup de choses plus extra-ordinaires. Par exemple, mon profil Facebook est beaucoup moins actif au niveau des photos, alors j’ai beaucoup moins de notifications que A.

Il faut aussi noter que la vie virtuelle ne fait pas tout. B est moins présent sur les réseaux sociaux mais, en dehors des écrans, est tout de même très actif, voire plus que A et C.

Mais ce pic d’activité peut ne pas suffire aux utilisateurs les plus inventifs qui vont tenter d’être encore plus visibles…

Et ceci en multipliant les profils, afin d’être encore plus efficace dans la course à la popularité. Cela revient à démultiplier son self sur plusieurs espaces, dans lesquels les éléments à révéler doivent être différents (les tons ne sont pas les mêmes sur Linkedin et Facebook).

Sur Facebook, cela revient à faire beaucoup de pages pour avoir plus de visibilité, et promouvoir sa vie sous différents angles en organisant au mieux les catégories, afin de mieux toucher son public et l’élargir.

Certains peuvent aussi avoir un compte public pour ne pas s’embarrasser du tri, ou de la création de trop de pages et groupes. Mais la vie intime de la personne ne devient plus autant privée…

On assiste donc à une mise en scène de soi, différente en fonction des outils utilisés. Comment gérer ces différentes personnalités de soi éparpillées sur différents réseaux ? Comment s’y retrouver quand différentes parcelles de sa vie sont disponibles sur plusieurs plateformes ?

Le choix en revient toujours à l’utilisateur. Garder une politique éditoriale fixe sur chaque, alimenter un petit peu certains réseaux et favoriser certains autres ou se servir des réseaux pour incarner une personnalité différente à chaque fois. Mais est-il pour autant possible de faire un lien entre l’éclatement de la personnalité et ces pratiques ?

Pour conclure, Facebook semble remplir le besoin de reconnaissance de ses utilisateurs, et est surtout une demande sociale assez forte, puisqu’il faut exister sur Facebook pour être reconnu. Le site regroupe les bases de la relation sociale, en mettant en lien l’utilisateur avec son réseau de contact proche et en lui permettant de découvrir d’autres personnes. Et comme dans la vraie vie, l’utilisateur peut sentir ce besoin d’être populaire parce que voir sa vie être “liké” par des gens est valorisant et peut amener à prendre confiance en soi.

De plus, le site est réellement une construction de l’identité, puisqu’il faut d’abord la renseigner en remplissant les champs, et réfléchir aux éléments intéressants à mettre dans les cases qui demandent une description plus libre. Puis il faut aussi affirmer l’identité construite, son individualité, toujours dans ce désir d’exister et d’être reconnu sur le site par ses pairs.  A cela près que le flux constant d’informations de Facebook impose de poster assez régulièrement pour ne pas disparaître. Plus que de la popularité, il s’agit surtout d’exister un minimum aux yeux des autres (qui risquent de ne pas voir ses publications, surtout si le mur est inondé).

Mais Facebook amène aussi à un mélange entre la vie “Facebook” et la vie “réelle”. L’utilisateur est comme une bouteille perdue en pleine mer, dans un réseau d’autres bouteilles. Que donner à son public sans dévoiler son intimité profonde ? D’autant plus que les concurrents semblent toujours dévoiler beaucoup plus, montrer une vie plus extraordinaire que sa propre vie. Alors il va falloir les surpasser, autant au niveau de la qualité que de la quantité. Démultiplier nos apparitions peut être vu comme un moyen de prendre encore plus d’espace dans cette construction.

Annexes :

Webographie

Espace transitionnels de socialisation

Statistiques concernant les réseaux sociaux

Statistiques concernant Facebook

Facebook et les jeunes en France

Facebook

La vache qui rit page Facebook

Bibliographie

  • Facebook et moi et moi et moi Nina Testut
  • Les réseaux sociaux Facebook, Twitter, Linkedin, Viadeo, Comprendre et maîtriser ces nouveaux outils de communication Romain Rissoan

Articles

  • Fanny Georges, « Représentation de soi et identité numérique. Une approche

sémiotique et quantitative de l’emprise culturelle du web 2.0 », Réseaux 2009/2 (n°154), p. 165-193.DOI 10.3917/res.154.0165

Pyramide de Maslow

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