Comment Instagram influence notre façon de manger? : Le cas de la tendance #healthy »

Marie-Valentine Gallon
Coline Péquin
M2 CMW

 

Figurant dans la liste du patrimoine de l’Humanité de l’UNESCO, la gastronomie française fait rêver bien des gourmands. Rituels cérémoniaux, soin de la présentation, qualité des mets : la France est le pays où s’alimenter peut devenir un art. Cependant, nous y remarquons deux discours clivants qui divisent le monde de la cuisine française.

D’un côté, nous avons la vision fonctionnelle de l’alimentation. Cette vision réserve l’alimentation au domaine de la santé et du bien-être. Elle engendre donc des messages nutritionnels individualisés et mettant en avant non pas les raisons gastronomiques ou symboliques mais des raisons d’ordre médical. Elle s’illustre par exemple par l’insertion obligatoires de phrases préventives sur les publicités alimentaires comme “Ne pas manger trop gras, trop sucré, trop salé”.

Mais une vision humaniste de l’alimentation refait surface : l’alimentation comme une culture, une identité commune. Cette vision réintroduit les dimensions de la sociabilité, du plaisir gastronomique et du partage dans le fait de s’alimenter. La cuisine-loisirs répond alors aux besoins de réalisation de soi et d’auto-accomplissement. Elle répond aussi à la volonté de maîtriser la fabrication de ses propres aliments. Un retour aux sources en réponse aux inquiétudes face aux polémiques diverses comme les lasagnes de boeuf qui étaient en réalité à base de viande de cheval.

Cette vision humaniste s’installe grâce à la diffusion d’émissions télévisuelles consacrées à la cuisine comme “Master Chef”, “Le Meilleur Pâtissier” ou encore “les Carnets de Julie” … En 2013, l’émission “Top Chef” sur M6 était l’émission la plus rentable[1]. Mais c’est aussi sur internet, à travers l’utilisation des réseaux sociaux que cette vision se diffuse: Facebook, Twitter ou encore Instagram. C’est sur ce dernier que nous allons nous intéresser.

En effet, c’est sur Instagram que le sujet de l’alimentation prend une place très importante. Pas seulement en France puisqu’il existe à ce jour[2] plus de 253 millions de publications référencées sur le simple mot “food”. Un chiffre vertigineux, d’autant plus qu’il existe pléthore de mots-clés pour référencer les publications sur le thème de la nourriture : dans toutes les langues mais aussi des néologismes comme les termes “foodporn”, “foodstagram”, “foodography” etc. Sous ces termes, les utilisateurs du réseau social publient leurs repas du jour, leurs adresses de restaurants ou encore le dressage de leurs assiettes. En France, des comptes spécialisés dans la nourriture connaissent ce même succès. Par exemple, le compte “topparisresto” qui partage les plus belles tablées parisiennes recueille presque 1 million d’abonnés.

Le succès de la gastronomie sur Instagram est indéniable. Cependant, un courant très précis de la gastronomie est d’autant plus plébiscité sur le réseau : celui de la gastronomie saine, reconnaissable grâce au mot clé “healthy”. En effet, la “gastronomie Instagram” est souvent associée à un mode de vie sain. “#Healthy” compte plus de 110 millions de publications sur le réseau. Ce mot-clé prône l’utilisation de produits sains et non industriels, la pratique du sport ou encore la suppression du gluten ou de la viande. Il existe ainsi des stars de la gastronomie saine sur le réseau comme l’avocat, l’aliment de la discorde qui regroupe des millions de publications et de réactions mais qui participe, à cause de sa sur-consommation occidentale, à bon nombre de méfaits écologiques[3]. Mais sur le réseau social, il est présenté comme un ingrédient sain aux multiples bienfaits. La tendance de la gastronomie saine sur Instagram prend donc une place importante. Des photos très travaillées garantissent aux utilisateurs du réseau en quête de popularité un engagement très fort de leur communauté. Quels en sont les impacts de ces publications sur nos comportements? A quel point Instagram peut-il impacter les modes alimentaires ? Comment les nouvelles technologies de l’information et de la communication peuvent impacter nos consommations alimentaires ? Nous intéresserons au cas plus précis de la nourriture saine, qui rencontre un certain succès sur la plateforme.

Pour analyser cette tendance, nous définirons quels sont les usages actuels du réseau et nous verrons qu’Instagram est un réseau social où ses utilisateurs sont susceptibles d’être sous influence en permanence. Pour étudier plus précisément l’influence alimentaire, nous nous sommes centrés sur un terrain d’utilisateurs d’Instagram français : un terrain accessible avec une population qui partage une culture de la gastronomie bien spécifique (un rythme de repas, des saisons spécifiques d’ingrédients, des campagnes de prévention publiques…). Nous avons interrogés 100 utilisateurs de l’application à travers un questionnaire. Nous les avons questionnés au sujet de leurs modes d’utilisation d’Instagram, leurs modes d’alimentation, leurs expériences et ressentis. Le terrain de ce questionnaire était volontairement large, afin de déterminer si la tendance healthy est majoritaire ou non. De plus, des entretiens avec des influenceurs de ce domaine nous a permis de comprendre plus en profondeur les mécanismes d’influence.

PARTIE 1 : Instagram : Les photos sous influence

A) Présentation d’Instagram

a.1) Présentation générale

Lancée en Octobre 2010, Instagram est une application mobile gratuite. C’est un réseau social basé sur le partage de photos et de vidéos. L’application mobile iOS est lancée le 6 octobre 2010 et sera suivie deux ans plus tard par l’application Android.  

A l’origine conçue pour partager ses photos de son simple quotidien, l’application a très vite connu le succès. Les utilisateurs ont pris d’assaut ce réseau social ouvert et public afin de mettre en scène leurs moments de vie, leurs selfies ou leurs productions afin parfois de se faire connaître.

En 2011, Apple définit Instagram comme « Application de l’année ». Un succès qui n’échappe pas au géant Facebook qui achète ce réseau social en 2012 pour 747 millions de dollars.

En septembre 2017, Carolyn Everson, Vice-President des solutions marketing globales chez Facebook a affirmé que le réseau social comptait dans le monde 800 millions d’utilisateurs actifs par mois, dont 500 millions d’utilisateurs quotidien, c’est à dire qui se connectent tous les jours[4]. Avec donc 60% de ses utilisateurs qui se connectent au quotidien, Instagram est le second réseau social dont les utilisateurs sont le plus engagés, derrière l’indétronable Facebook. Notre terrain va dans ce sens car 70,5% des personnes sondées disent se rendre sur l’application de façon quotidienne (55,1% d’entre eux y vont même plusieurs fois par jours).

a.2) Principes d’utilisation

Chaque utilisateur dispose ainsi d’un “mur” personnel où s’exposent toutes les photos qu’il a publié. Le principe de réseau social implique une interaction numérique avec d’autres utilisateurs. Ainsi, chaque utilisateur peut suivre (”follower”) ou se faire suivre par d’autres utilisateurs. L’objectif de suivre d’autres utilisateurs est de voir leurs publications apparaître dans son “feed” (une exposition de publications). Le principe est donc de rester au courant de l’activité d’autres utilisateurs dès l’ouverture de l’application.

Chaque utilisateur peut réagir aux publications par des “likes” (symbolisé par un coeur) et/ou par la rédaction de commentaires. Cependant, il est important de noter que les réglages permettent à chacun de choisir la privacité de ses publications. Ainsi, si un “Igers” (nom donné aux utilisateurs d’Instagram) décide de ne pas être visible publiquement, il peut sélectionner le mode “Privé” et ainsi choisir qui pourra voir ses publications.

Lors de ses premières années, l’application ne permettait que le partage de photos prises sur le vif ou bien enregistrées sur son téléphone. Cependant, en réponse au succès d’un autre réseau social, Snapchat, Instagram a développé ses « Stories » : des photos et vidéos visibles seulement 24h. Ces stories permettent de partager des moments de vie sans que ceux-ci soient conservées dans le temps sur son mur. Cela favorise la publication spontanée de photos et de vidéos. Les stories sont aussi une nouvelle façon d’interagir avec d’autres utilisateurs en partageant les détails de sa journée, en proposant des sondages rapides etc.

a.3) Une application centrée sur l’image

L’image est au coeur de l’application. Toute interaction avec d’autres “Igers”, pour partager son activité, ses intérêts etc., commence par le partage d’une photo ou d’une vidéo courte. Le texte ou le son n’occupent qu’une place secondaire. Il est donc important pour tout utilisateur qui souhaite se créer une place sur le réseau social de maîtriser les outils de prise photographique, sans forcément être un professionnel. Il est intéressant de noter que, grâce aux filtres intégrés et différentes techniques de réglage (Luminosité, Contraste etc), l’application rend accessible les bases des techniques de retouche photo à tous, professionnels de l’image ou non.

Il s’est imposé avec le temps une exigence de l’image. Pour faire interagir et agrandir sa communauté en capter l’attention, le rendu graphique des photos est devenu primordial. En effet, les grands comptes Instagram, ceux qui recueillent le plus de réactions et qui regroupent une très grande communauté (jusqu’à des millions de followers), sont principalement constitués de photos très travaillées, prises avec des appareils photos et non avec un téléphone et retouchées sur des logiciels. Cette exigence se vérifie dans notre terrain. En effet, 79,5% d’entre eux disent que c’est la qualité des photo qui les pousse à suivre un compte.

a.4) Typologie des utilisateurs

L’application est très plébiscité par les jeunes adultes. En effet, selon l’étude de “Global Web Index”[5], 41% des utilisateurs d’Instagram dans le monde ont entre 16 et 24 ans. Une seconde étude montre qu’en France en 2015, près de 15 % des 13-19 ans étaient inscrits sur Instagram[6]. Le terrain que nous avons abordé dans notre enquête va dans ce sens puisque environ 75% des répondants sont des jeunes (9,6% ont moins de 18 ans et 65% ont entre 18 et 25 ans).

L’étude de “Global Web Index”[7] montre aussi que 51% des utilisateurs sont des hommes et 49% sont des femmes. Il y a ainsi une parité hommes-femmes chez les utilisateurs.

Les Français suivent avant tout leurs amis, mais en 2014 près d’un sondé sur deux déclarait également suivre des comptes Instagram de photographes ou de marques[8]. Dans notre enquête, les utilisateurs Instagram préfèrent suivre quatres thèmes de contenus : La vie quotidienne des personnes auxquelles ils sont abonnés, la cuisine, les voyages puis les publications de célébrités.

 

B) Le terrain de jeu des influenceurs

Sur Instagram, deux profils d’utilisateurs se cotoient : d’un côté les influenceurs de l’autre les simples “followers”. Au premier abord, rien ne distingue ces deux profils, si ce n’est le nombre de followers.

b.1) Définition de l’influenceur

Un influenceur désigne une personne qui dispose d’une notoriété sur une thématique spécifique au travers du web et notamment des réseaux sociaux. L’influenceur rassemble ainsi une grande audience autour de lui. D’un impact direct, ou indirect, ses publications engagent, attirent l’attention, et transmettent un message qui fédère sa communauté.

Plusieurs critères permettent de définir qui est un influenceur sur Instagram :

  • Le nombre d’abonnés : C’est le premier indicateur même s’il n’est pas le plus révélateur car peut être biaisé par le mass following (suivre beaucoup de personnes pour être suivi afin d’avoir « un bon ratio de following / followers ») ainsi que la possibilité d’acheter des followers. En effet, il est possible d’en acheter afin de faire augmenter nos followers mais il n’y aura jamais vraiment d’interaction qu’avec vos vrais followers. Cependant, nous pouvons être considéré comme un “petit influenceur” à partir de 5.000 abonnés et un “grand influenceur” une fois passée la barre des 20.000 abonnés.
  • Le ratio abonnés/abonnements : C’est le deuxième indicateur. Si la personne possède plus d’abonnement que d’abonnés, ce n’est certainement pas un influenceur mais plutôt un “follower”.
  • Le ratio abonnés/réactions : C’est le troisième indicateur. Un influenceur est une personne qui est capable de mobiliser autour de ses publication. On estime ainsi qu’un vrai influenceur doit obtenir au moins une performance entre 5 et 10% de réactions parmi ses abonnés pour chacune de ses publications. Les réactions comportent les likes, les commentaires, les partages ou encore l’enregistrement des publications dans des collections personnelles.

b.2) Le rôle de l’influenceur sur Instagram

L’influenceur est devenu un nouveau leader d’opinion du digital. Il est la coqueluche des marques, car il est devenu un incontournable dans les stratégies de communication grâce à sa capacité de créer du bruit social. Cette stature confère à l’influenceur un pouvoir de prescription des nouvelles tendances. Il est donc en capacité d’affecter les comportements d’achat, les modifier ou les canaliser dans un sens, à travers une simple publication sur Instagram. Ainsi, à travers des publications sponsorisées accompagnées de code promotionnel ou des “unboxing” (le fait de filmer et de partager le moment d’ouverture d’un colis et de montrer son contenu), l’influenceur est un intermédiaire de confiance entre les marques et le public. En effet, les marques ont bien compris que l’influenceur est très souvent imité par ses followers.

Cet effet d’influence des influenceurs sur Instagram peut être mis en relation avec les études portées par Paul Lazarsfeld et Elihu Katz[9] qui s’intéressaient dès les années 1940 aux problématiques autour de la question des effets des interactions entre contenus et récepteurs en mettant en lumière le rôle du médiateur de l’influence interpersonnelle dans le flux des communications de masse — soit le rôle du désormais célèbre « flux de communication à deux temps » dans le processus de persuasion de masse.  Ce processus de « l’influence » obéit à une division du travail : les idées circulent d’abord des médias, qui sont dans notre cas les annonceurs, vers les « leaders d’opinion », puis de ceux-ci vers la masse de la population.

Aujourd’hui, dans le cas d’Instagram, il faut nuancer le rôle primaire des annonceurs : les influenceurs restent tout de même dans le contrôle des messages qu’il passent. De plus, pour conserver leur rôle de “personne de confiance” auprès de leur communauté, ils doivent veiller à leur ligne éditoriale. Ils sont en effet surveillés par leur propres communauté. Comme témoigne Laura, une influenceuse dans le domaine de la cuisine :

Je partage plutôt des adresses et des marque de nourriture saine. Le jour où j’ai fait un partenariat avec une grande marque de pâte à tartiner j’ai eu peur de me faire maltraitée par ma communauté car ce n’est pas dans ma ligne habituelle. J’ai finalement eu deux ou trois commentaires qui ont critiqué ma démarche car la marque ne leur convient pas, mais globalement ça s’est finalement bien passé.”

 

PARTIE 2 : L’influence d’Instagram dans les choix alimentaires

Parmi les thèmes les plus suivis sur Instagram, nous retrouvons la cuisine et la nourriture. Partage d’adresses, de recette ou encore conseil nutritifs : il est très fréquent de voir apparaître une publication sur ce thème dans le feed de publications, comme en témoigne notre terrain. Plus de 60% des utilisateurs Instagram que nous avons sondés disent voir apparaitre des photos de nourriture de façon très régulière (37,2% estiment en voir “tout le temps” et 25,6% disent en voir “fréquemment”).

A) Du #foodporn à la tendance #healthy, entre plaisir visuel et influence

Sur Instagram, le plaisir visuel est tout aussi important que le plaisir gustatif lui-même, et c’est justement ce sur quoi repose le food porn : un phénomène autant culinaire que sociétal. Sur le réseau, la valeur d’un plat se calcule en fonction du nombre de likes, de commentaires ou de partages reçus. Le mélange de la tendance foodporn et du réseau social Instagram a fait naître des nouvelles habitudes de consommation, donc l’une d’entre elle : le mouvement healthy, c’est à dire le manger sain. Avocado toast, bowls, vegan, ces nouveaux modes de consommation deviennent les stars de nos fils d’actualité.

 

a.1) “Attend, je prends mon plat en photo” : le phénomène du foodporn

En 1977, Paul Bocuse publie un livre de cuisine: “Paul Bocuse’s French Cooking”[10]. Le NY Review of Books[11] utilise pour la première fois le terme “gastroporn” pour décrire cet ouvrage. Selon Urban Dictionary, ce mot designe “un magazine contenant des images de nourriture alléchante provoquant deux effets simultanés : d’abord l’envie profonde de s’écrier « Oh Oui, j’en veux encore !! »,  suivi d’un sentiment de culpabilité en raison de cette accumulation d’images dégoulinantes de gourmandise.[12] Sept ans plus tard, Rosalind Coward, auteur et journaliste, emploie le terme “food pornography” dans son ouvrage “Female Desire”[13]. Selon elle, la mise en valeur de la nourriture grâce à un travail d’éclairage et de retouche provoque un certain plaisir interdit, rappelant un sentiment similaire à celui provoqué par la pornographie. Dès les années 80 et 90, c’est à la publicité de s’emparer de ce concept. Courbes, formes et textures des ingrédients sont présentées de manière quasi-érotique. Prenons l’exemple de la pub de Neslé de 1995 “c’est fort en chocolat” : du chocolat coule délicatement sur une poire bien juteuse, le tout saupoudré par une musique sensuelle et une voix-off à la voix suave… Cela ne laisse pas le spectateur complètement indifférent. Aujourd’hui, le terme “food porn” ou pornographie culinaire est un phénomène croissant visible à la télé, sur les réseaux sociaux, sur les blogs ou dans d’autres médias visuels. Il désigne, pour un amateur de bonne cuisine, “foodies”, le fait de photographier sa nourriture puis de partager ses photos avec ses amis ou ses followers sur les réseaux sociaux. C’est un culte à la nourriture. Nous montrons ce que nous mangeons mais sommes nous ce que nous mangeons?

Selon l’enquête[14] de Waitrose (une enseigne de supermarchés anglaise) publiée en 2016, poster des photos de son repas, d’une marque, d’un aliment ou du lieu où nous mangeons est devenu une forme d’expression de soi, de se mettre en scène, de se raconter. Ce phénomène a été amplifié par l’arrivée des réseaux sociaux valorisant l’image comme Facebook, Instagram ou Pinterest mais également par les nouvelles technologies permettant de mettre en valeur nos plats grâce à des réglages spécifiques : couleurs plus vives, focus sur les détails, énergie,… “Aujourd’hui, le plaisir visuel est tout aussi important que le plaisir gustatif lui-même[12]. C’est justement sur cela que repose le foodporn. “Plus la photo sera capable de faire saliver et d’éveiller les sens, plus elle sera partagée et likée sur les réseaux sociaux[12]. Le #foodporn sur Instagram est identifié plus de 146 millions de fois et les références sur google augmentent de 50 millions tous les 2 mois. Comme le dis l’étude de Waitrose “39% of people take greater care over how they present food on their plate than they did 5 years ago” : “39% des gens font plus attention à la façon dont ils présentent la nourriture dans leur assiette qu’il y a 5 ans”. Le food porn n’est plus seulement un phénomène culinaire mais il est devenu un véritable phénomène de société.

 

a.2) Photo food : transmission des savoirs et principe d’influence

« Nous adorons partager notre nourriture »[15] résume la chroniqueuse culinaire Ruby Tandoh dans The Guardian. Nous aimons montrer et faire goûter notre plat à nos proches autour d’une table mais également à l’envoyer à ceux qui n’étaient pas là. Dans les photos de nourriture sur Instagram, nous montrons des bonnes adresses mais également notre propre savoir-faire. Les influenceurs n’hésitent pas à donner leur recette dans la description, citant parfois quelques marques au passage. De ce fait, Instagram participe a la transmission des savoirs-faire : “le fait d’apprendre grâce à d’autres amateurs plutôt que par le biais de quelqu’un « qui sait » (dans le cas de la cuisine, un cuisinier renommé ou un aîné de la famille)[16].

Mais nous ne nous y méprenons pas, le partage de photos ne permet pas seulement de créer un espace de partage et de convivialité : de nombreuses marques profitent de cette engouement pour rendre leur produits “Instagrammables” et donc augmenter le bruit social sur internet autour de leurs produits. En France, à Paris, la pizzeria Popolare a conçu une pizza régina spécialement pensée pour Instagram afin d’être la plus photogénique possible.

Instagram crée également des modes “dans un univers où le nombre de petits cœurs dit aussi où se situe le « cool », ce qu’il faut manger pour rester branché.[16] Le caractère photogénique des aliments comme l’avocat rends plus désirable certains plats que d’autres, moins faciles à rendre attirants. Il est donc peu probable de trouver des photos de ragoût, de plat en sauce ou des sardines sur le réseau social, à moins que ce soit d’une manière ironique ou astucieuse. Certains aliments compatibles avec Instagram deviennent viraux et peuvent complètement changer notre façon de manger. Si nous prenons le cas du petit-déjeuner, nous sommes passé d’un bol de céréales à un pain grillé surmonté de la couleur vive de l’avocat, les fameux #avocadotoast ou les “smothies bowls”

Il est intéressant de constater que les utilisateurs d’Instagram semblent bien conscients des modes alimentaires que peut lancer Instagram et l’influence que peut avoir le réseau sur leurs modes alimentaires. Dans notre enquête, 76,9% des utilisateurs pensent qu’Instagram véhiculent des tendances alimentaires.

Ils citent notamment quatre types de tendances :

  • Des régimes alimentaires : Végan (cité 12 fois), Végétarien (cité 6 fois)
  • Des aliments : avocat (cité 14 fois), courges, graines, patate douce, quinoa
  • Des dressages d’assiette : Bowl (cité 10 fois)
  • Des repas : Brunch (cité 8 fois)

De plus, un tiers de notre terrain se dit être pleinement conscient que le réseau social les a influencé leurs choix alimentaires. Ils expliquent que les publications au sujet de la nourriture qu’ils voient dans leur feed les inspirent, les informent, donnent d’autres modèles de vie, voir les incitent à totalement s’émanciper d’un modèle de vie que leurs parents leurs avaient inculqué et qu’il n’approuve plus. L’exposition quotidienne à ces publications fait alors changer leur comportement face à leur alimentation.

“Je me suis rendu compte en voyant les plats d’autres personnes que je ne mangeais pas très bien, que je suivais simplement ce que mes parents m’avaient dit de manger (de la viande tous les jours par exemple etc) et en voyant pleins de plats qui avaient l’air bon je me suis remis en question et je me suis dit que je pourrais refaire la même chose”

Anonyme

 

“Je suis volontairement les comptes Instagram dont je veux qu’ils aient un impact sur mon comportement (exemple : comptes vegan. Je ne suis pas vegan mais avoir des idées d’alternatives pour manger vegan m’aide à limiter ma conso de produits animaux)”

Anonyme

“Instagram est une source d’inspiration, je ne copie ni ne reproduit rien mais au quotidien cela va me donner des idées et surtout je découvre de nouveaux aliments, leurs possibles utilisations et leurs bienfaits !”

Anonyme

On remarque ainsi ici l’importance du groupe social qu’un utilisateur construit lui-même et choisi de suivre. Le groupe va l’influencer au quotidien par des partages répétés de photos alléchantes de plats bien dressés et colorés. De plus, en partageant ces photos avec une légende qui exprime la simplicité de la recette, les bienfaits des aliments, etc,… le groupe va inciter l’utilisateur à reproduire ses gestes. Enfin, l’échange avec le groupe est simplifié grâce aux commentaires et messages privés directs. Cela permet une influence plus directe entre utilisateurs qui s’échangent des conseils et des recettes. Grâce au numérique, un internaute peut donc créer une sphère d’influence autour de lui qu’il choisit en y intégrant des personnes qui ne seraient peut être pas physiquement proches de lui.

“Il est vrai que Instagram à eu un gros effet sur moi, c’est là où je me suis rendu compte que mon alimentation n’était pas très bonne en regardant les compte d’autres personnes. Ça permet d’échanger avec des personnes qui pensent comme nous et qui ne se trouvent pas forcément dans notre entourage proche, de s’aider et de se donner des idées et même de se rencontrer ensuite !”

Anonyme

B) Influence de Instagram sur notre façon de consommer #healthy

b.1) #healthy : la tendance du “manger sain”

L’une de ces modes alimentaires influencées par Instagram est la tendance #healthy, signifiant “en bonne santé” en français. Tout droit venu de californie, le phénomène healthy n’est pas simplement une tendance culinaire mais également un mode de vie prônant une vie équilibré : un esprit sain dans un corps sain. A l’origine le terme désigne les personnes qui adoptent un régime végétarien voire végétalien ou végan et entretiennent leur forme physique. Petit à petit ce mode de vie s’est propagé, notamment sur les blogs et les réseaux sociaux. Cette tendance semble faire de plus en plus d’adeptes. Aujourd’hui, plus de 140 millions de posts sont publiés sur Instagram avec #healthy et #healthyfood. Comme en témoigne notre enquête, environ 90% des personnes sondées connaissent cette tendance :

Cependant, les définitions de ce terme sont dichotomiques. Nous remarquons deux approches très contrastées. D’un côté, un groupe composé de personnes plutôt adeptes porte un regard positif sur cette tendance. Ils la définissent comme le fait de “manger sainement”, “équilibré”, “faire du bien à son corps”, “manger des produits bio et de saison”.

 

“Je trouve cette tendance très bien, cela incite de plus en plus de monde à manger correctement.”

Anonyme

 

“Manger sain, équilibré tout en se faisant toujours plaisir ! Pas forcément dans une optique de perte de poids mais pour une meilleure alimentation quotidienne et une bonne santé avec en plus un intérêt pour les conséquences écologiques et mondiales !”

Anonyme

 

Un engouement certain qui se transparait dans leur consommation au quotidien. En effet, d’après l’étude du supermarché Waitrose, “60% of people claim the food they eat now is fresher and lighter than it was 5 years ago”: “60% des gens affirment que la nourriture qu’ils mangent est plus fraîche et légère qu’elle ne l’était il y a 5 ans ”[14].

Mais face à eux, nous retrouvons des personnes qui, au contraire, ne sont pas convaincus par cette tendance et y jette un regard plutôt négatif. Ils décrivent ainsi la tendance “healthy food” comme une “tendance très restrictive”, un “business” mis en place par des “pseudo diététiciens”, voir la “secte vegan”. Au contraire des adeptes qui voient dans ce mouvement une occasion de créativité culinaire, les réfractaires, eux, l’envisagent comme supprimer tout plaisir à s’alimenter : “ Healthy food, c’est manger pour vivre, sans forcément prendre plaisir”. D’autres sont réfractaires non pas pour les idées que prône le mouvement mais pour le fait que ce soit devenu une tendance :

“Le terme est totalement ridicule, ça ne devrait pas être une tendance que de manger sainement, faire du sport etc. Maintenant, le fait que cela soit porté en tête par les réseaux sociaux, peut amener à un changement des comportements de certaines personnes, et c’est un bon côté.”

Anonyme

Finalement, comme tout mouvement ou tendance, le “healthy food” sur Instagram n’a pas gagné toutes les consciences et engage un débat. Le sentiment d’appartenance chez les adeptes est très fort car ils sont convaincus des bienfaits. Au contraire, les réfractaires l’envisage comme un mouvement inutile, qui n’a pas besoin d’être autant médiatisé.

Et pourtant, en interrogeant les personnes adeptes de ce mouvement, ils assurent qu’Instagram a eu un impact dans leur alimentation. A égalité avec “mes parents”, les Instagrameurs sont la deuxième source d’influence chez les utilisateurs du réseau qui tente de manger plus sainement, avant les médecins. Les différentes publications sur le réseau ont donc un impact sur le public qui modifie ses habitudes alimentaires.

b.2) Instagram : le réseau social qui relaye largement le mouvement “healthy food”

Nous avons vu que le mouvement “healthy food” est très présent sur les réseaux sociaux, notamment Instagram qui est le réseau social le plus plébiscité dans le domaine de la cuisine. Nous venons aussi de voir que chez beaucoup d’adeptes du mouvement, c’est Instagram qui les a influencé à se tourner vers ce mode de consommation. Quels sont les mécanismes d’influence ? Comment un réseau social peut-il avoir autant d’influence dans le comportement alimentaire ?

  • Mise en scène du plaisir gustatif et des bienfaits nutritionnels

Il peut paraître très difficile de transmettre un plaisir gustatif, ressenti par le sens du goût, avec simplement à disposition la vue. Et pourtant, c’est un élément clé de la transmission du mouvement “healthy food” : donner envie de manger sainement à travers des photos alléchantes. C’est aujourd’hui devenu le travail de Laura, influenceuse food :

“Pour qu’une photo de nourriture fonctionne on peut jouer sur plusieurs critères. On peut déjà jouer sur le côté “food porn” avec des aliments qui coulent dans l’assiette comme le fromage ou un oeuf mollet, ça donne tout de suite l’eau à la bouche. On peut aussi jouer sur les couleurs : les fruits rouges ou le vert de l’avocat par exemple, ça attire l’attention ! Mais pour que ça fonctionne réellement, il faut de l’harmonie dans les couleurs de la photo. La disposition des assiettes sur la table et des éléments dans l’assiette est aussi très importante. Après, chaque compte a son identité, c’est comme ça que l’on créé une communauté.

Sur mon compte, ce sont les photos claires et colorées qui fonctionnent beaucoup, c’est un hasard car c’est juste comme ça que j’ai commencé à les retoucher et c’est ce que j’aime. Mais pour d’autres comptes, ça peut être d’autres critères qui fonctionnent, c’est très créatif Instagram !”

Les photos que Laura partage sur son compte sont donc très travaillées : de la mise en place au moment de prendre la photo jusqu’aux retouches graphiques avant la publication sur son compte. Dès lors, à travers la couleur des aliments, leur forme, leur organisation dans son assiette, Laura créé une « image sensorielle » dans le cerveau de ses abonnés. Elle invite ses abonnés à avoir une image positive de ce qu’elle mange. Et c’est à travers tous ces éléments graphiques que l’influenceuse interpelle son audience, lui donne envie pour ensuite délivrer un message…

  • L’effet de groupe numérique : les communautés healthy

Car en effet, la photo ne suffit pas en elle-même. Nous avons vu que le mouvement healthy constitue un groupe soudé sur le réseau avec un fort sentiment d’appartenance. Ainsi, comme le souligne Laura, au delà de la photo, il est très important pour elle d’engager la discussion avec sa communauté :

“Le texte qui accompagne la photo est très important et il ne faut pas le négliger. C’est en décrivant son plat dans tous ses détails que ça donne envie aux gens de commenter et de réagir. Comme ça on peut créer un vrai espace d’échange en commentaires et ça crée une sensation de proximité entre nous et donc une relation de confiance. Je suis toujours étonnée que les gens répondent autant à mes publications. C’est là où je prends en compte le statut d’influenceur, j’inspire des gens indépendamment de ma volonté. C’est agréable, car Instagram c’est pour partager. Je suis contente de pouvoir avoir un bon impact sur les gens.”

 

C’est donc en jouant à la fois sur l’aspect visuel, voir artistique, de ses photos mais aussi en créant un espace d’échange avec sa communauté que Laura influence les personnes qui suivent son activité. De plus, Laura est consciente de s’adresser à une “niche”, il est donc plus simple pour elle de souder une petite communauté active. En effet, lorsque nous interrogeons les utilisateurs d’Instagram, ils sont une minorité à révéler faire partie d’une communauté food.

Dû à leur fort sentiment d’appartenance au mouvement #healthy, ces personnes expliquent que les communautés les “inspirent” et les “motivent” au quotidien grâce à un “vrai groupe/réseau” dans lequel ils se sentent “libres d’échanger”. La communauté permet aussi de guide celles et ceux qui seraient en manque de repères : “L’impression de suivre un modèle, une vraie personne que je peux imiter”. Instagram jouerait donc les intermédiaires entre les connaisseurs qui se posent en professeurs et des apprentis prêts à les copier.

Certains expriment d’ailleurs une recherche de “reconnaissance des autres” qui les poussent à “continuer à manger sainement et poster des photos de (leurs) repas”. Cette reconnaissance, ils la trouvent à travers les likes et commentaires : des chiffres qui les rassurent d’être “dans la bonne voie”. Une certaine addiction aux likes, comparable aux addictions aux jeux ou à l’alcool qui stimulent notre dopamine. La dopamine est un neurotransmetteur qui intervient notamment dans la motivation et la recherche du plaisir, nous poussant à atteindre nos objectif. La dopamine et toutes les cellules dopaminergiques stimulent le circuit cérébral de la récompense. Un “émoi” lors de la publication d’un photo, qu’un Instagrammeur va tenter insatiablement de retrouver, comptant sur le soutien de ses pairs d’une communauté healthy pour le rassurer.

Cependant, certains restent vigilants : “Attention à suivre les conseils de bonnes personnes, car gare aux intox et mauvaises informations !”. En effet, sur un réseau social où tout le monde peut prendre la parole, le mouvement #healthy ne fait pas exception aux “fakes news”, “fake account” et autres tromperies commune sur internet.

 

C) Tendance #healthy : une vitrine mensongère ?

“Les plus petits comptes tu sais que c’est un peu plus réel, les plus gros comptes, tu sais qu’ils vendent du rêves c’est plus fake.”

Laura

 

c.1) Manger healthy : un choix adopté par conscience

Comme disait Brillat-Savarin “Dis-moi ce que tu manges, je te dirai qui tu es”, notre alimentation fait partie intégrante de notre construction identitaire. “Les pratiques alimentaires constituent un des supports par lesquels l’individu prend conscience de lui-même.”[17] L’alimentation sert également à se distinguer des autres et dessine des groupes sociaux regroupés autour d’un même alimentation constitués d’aliments de référence.

Manger marque aussi les frontières identitaires entre les groupes humains d’une culture à l’autre, mais aussi à l’intérieur d’une même culture entre les sous-ensemble la constituant. A l’intérieur d’une même société, l’alimentation dessine les contours des groupes sociaux.” [18]

Adopter une nouvelle façon de manger, différente de celle de ses parents, c’est apprendre à se distinguer par rapport à eux et rentrer dans un nouveau cercle de consommateur. Dans un entretien avec la startup Myyaam, Charlotte, auteur du blog From Liège With Love, pense qu’outre la tendance, ce mode de vie est un choix assumé et une prise de conscience.

« J’ai choisi de changer mes habitudes pour un rééquilibrage alimentaire bénéfique, en délaissant les aliments trop gras, trop salés, trop sucrés, que l’on a juste pris l’habitude de consommer alors qu’ils ne nous apportent pas ce qui est bon. […] Manger heathy, c’est me nourrir de manière consciente : consciente de ce dont j’ai besoin ou non, de ce qui me fait du bien ou non. »

Charlotte[19]

Pour elle, cette alimentation est un vrai choix en adéquation avec ce qu’elle est et ce qu’elle souhaite pour son corps. Elle ajoute que la tendance healthy, en plus d’être sain, permet également de découvrir de nouvelles saveurs et de jouer avec ses aliments pour rendre cela aussi présentable que goutu. Son repas correspond avec ce qu’elle souhaite pour son corps et ne représente aucune frustration.

« Mes repas sont un vrai moment de plaisir. Avant, je souris déjà de voir toutes ces couleurs dans mon assiette, je soigne la présentation, je trouve ça joli. Pendant, je prends le temps, je savoure. Et après, je suis fière d’avoir fait les bons choix. »

Charlotte[19]

Charlotte termine en disant que cette nouvelle façon de manger, lui a permise de retrouver confiance en soi, bien-être ainsi qu’une bonne hygiène de vie. Elle se sent désormais plus à l’aise avec son corps.

« Je ne culpabilise pas et les changements sur mon corps sont visibles ! Je me sens dynamique, responsable et positive. »[19]

 

c.2) Réalité ou reflet d’une vie saine?

“Tu as ceux qui font ça bien et qui sont influenceur j’imagine et il y a tout les autres qui mettent ce hashtag pour faire genre. Tu suis la mode alors que c’est pas forcément ta vie.”

Léa

De plus en plus d’influenceurs et d’influenceuses prennent la parole contre l’omniprésence de cette tendance. Ils dénoncent “un mode de vie purement factice dans lequel les réseaux sociaux joueraient un rôle de vitrine mensongère”[20]. D’après Jean-Pierre Poulain, l’alimentation a une influence sociale. Une personne mangeant régulièrement de la nourriture grasse de fast-food ne fera pas parti du même groupe social qu’une personne mangeant healthy. De ce fait, certaines personnes feraient semblant de manger healthy sur les réseaux sociaux pour appartenir à un groupe social en vogue.

“Dans l’analogie posée, les modèles alimentaires correspondent donc à la langue et les pratiques d’un individu à la parole; elles sont une manière particulière d’utiliser la langue pour se positionner socialement. “

D’autres personnes, protestent contre “ce poids de la quête de la perfection physique qui pèse de plus en plus sur leurs épaules et sur celles des plus jeunes[20]. En plus de manger sain, le mode de vie healthy préconise également de faire du sport régulièrement. Laura, de la chaîne “Qu’est-ce que tu fais Laura?”, EnjoyPhoenix et Horia réagissent sur Youtube et contestent cette tendance.

« Ce qui se passe en ce moment c’est n’importe quoi. Le poids, le truc healthy […], les légumes, les machins, on mange des graines, vas-y qu’on fait tous du sport quatre fois par jour, juste stop, stop, stop. […] Il faudrait arrêter de faire croire à des gens qui n’ont pas de poids à perdre, qu’il faudrait qu’ils perdent du poids. »

Horia

Cette vision est également partagée par le terrain que nous avons interrogé. Les médias sociaux font partie de la vie quotidienne des jeunes. Comme nous l’avons vu dans le partie I- a.4) Typologie des utilisateurs, Instagram est plébiscité chez ces utilisateurs et la tendance healthy y est fortement présente. Il est donc plausible que ce mode de vie impact les plus jeunes, d’autant plus si cela vient d’une célébrités ou d’un influenceur qu’ils suivent.

 

“Je pense que c’est un large sujet et une problématique qui touche plus particulièrement le jeune qui s’inspirent beaucoup de ces personnalité des réseaux sociaux aux façades parfaites !”

Anonyme

“Carences possible en suivant à la lettre les conseils des influenceurs ? Diktat de la maigreur ?”

Anonyme

“Le seul problème est de faire parce que les autres font, il faut savoir trouver son propre équilibre et qu’insta soit seulement là comme source d’inspiration et non comme modèle qu’il faut à tout prix suivre en oubliant ou en culpabilisant sur ce qui est différent chez nous alors que c’est notre plus grande richesse !”

Anonyme

 

Laura précise également que le feed Instagram ne représente pas forcément la réalité. Elle organise et prévoit ses contenus pour les jours à venir “Il n’est pas le reflet de ma vie au moment.  Je publie des photos qui ne sont pas prises sur le moment.”  Laura souligne qu’il ne faut pas prendre le feed Instagram comme argent comptant et apprendre à faire “ la différence entre la vie Instagram et la vrai vie.”

Si le phénomène fait de plus en plus d’adeptes, certaines jeunes cherchent “reproduire les conseils de ces influenceurs qu’ils prennent comme référence et auxquels ils se comparent”[20]. Cela peut faire naître un mal-être et des complexes à force de voir quotidiennement des corps parfait, des igers mangeant sain tous les jours sans jamais céder à la nourriture grasse et peu saine.

“Ce mouvement s’inscrit selon moi dans la tendance fitgirl/fitboy et dans les critères de la société a avoir un corps parfait > peut donc avoir une mauvaise influence, favorise le mal-être des gens par rapport à leur corps”

Anonyme

Les avis sont divergents autour du mouvement healthy entre le phénomène positif instaurateur d’une vie plus saine et l’aspect négatif du suiveur et du menteur.

 

PARTIE 3- Les enjeux de la tendance #healthy

A) Apparition de trouble(s) alimentaire(s)

“Pour moi cela est une bonne idée, cela peut influencer les gens à manger équilibré !”

Anonyme

 

Bien ce mouvement pose ses origines dans une philosophie positive, regroupant des utilisateurs essayant de manger plus sain; des inquiétudes deviennent de plus en plus présentes. Parmi ces inquiétudes, le mot “orthorexie” revient fréquemment. Mais de quoi s’agit-il? Quel rôle joue Instagram sur cette maladie?

 

a)1. “Une obsession du 20ème siècle”

L’anorexie et la boulimie sont des troubles du comportement alimentaire (TCA) connus et dont nous sommes sensibilisés et informés. Parmi cette famille de TCA, nous retrouvons l’orthorexie. Cette maladie vient du mot grec “orthos” signifiant “correct” et de orexia pour “appétit”. Une personne orthorexique va se focaliser uniquement sur la nourriture saine quitte à en devenir obsédée et rejeter de manière systématique les aliments vus comme malsains ou mauvais pour la santé. Elle va également éprouver une culpabilité très forte si elle déroge aux règles alimentaires qu’elle s’est fixées.

 

“Je suis tellement méfiante envers tous les aliments, que je n’arrive plus

à faire des repas « normaux »…”

Lol64qe, sur le forum de dosctissimo

 

Nathalie Dumet, psychologue clinicienne et auteure du livre “L’Inconscience dans l’assiette, 12 petites histoires pour se libérer des tyrannies alimentaires”, évoque lors d’une interview avec le journal L’obs que “L’orthorexie est une pathologie propre aux obsessions du XXIe siècle. Il est possible d’établir une corrélation avec le discours contemporain ambiant et culpabilisant sur la nécessité d’une alimentation équilibrée.[21] Iamchloe, une internaute, nous explique qu’elle ne comprends pas un paradoxe dans notre société : il faut manger cinq fruits et légumes par jour, “faire attention à ce qu’on mange, lire les compositions, fuire les sirop de glucose, l’huile de palme,…”. Pourtant, nous sommes toujours autant “soumis à des pubs pour la malbouffe à longueur de temps”.

Les récents scandales alimentaires ont aussi une part de responsabilités : lait aux salmonelles, graines germées tueuses, lasagnes à la viande de cheval,…  “Je ne consomme aucun plat préparé, j’ai pas confiance !” explique Lol64qe. Ces affaires ont fortement marqué les consommateurs et avivé le caractère anxiogène de l’alimentation. Cela a donné la part belle à la nourriture healthy tout en déstabilisant l’industrie alimentaire. Dans son livre, Nathalie Dumet raconte l’histoire de Christophe, un homme orthorexique, qui s’est fixé de nombreuses règles alimentaires restrictives.

« Avec tout ce qu’on entend dans les médias – le scandale de la viande chevaline, la grippe aviaire, la vache folle, sans compter le rôle des pesticides et autres produits chimiques dans les cancers, etc. – on ne sait plus quoi avaler sans prendre un risque, on ne sait plus à qui se fier.”

Christophe

 

a)2. “Il faut absolument manger sain”

Ce trouble alimentaire n’est pas beaucoup connu du grand public – “Non j’en ai jamais entendu parler.” (Léa, vingt-deux ans) – ou alors difficilement cernable. Pourtant, en consultant des forums, nous nous rendons compte que cela touche beaucoup de personnes et surtout des femmes, comme IamChloe :

 

“Le pain pareil est devenu un aliment de base mais avec les légumes par contre je n’ai pas mangé de pâtes depuis 6 mois (bon les frites idem c’est tabou) ni de boeuf, ni de charcuteries. […] L’autre truc, c’est de préparer un panier repas picnic à l’avance quand on fait une sortie, c’est convivial, ça détourne l’attention, il suffit de pester bien fort contre les prix des sandwiches!”

Iamchloe, sur le forum de Doctissimo

 

Une étude, publiée en mai 2017 et menée sur 700 internautes et élèves de l’University College de Londres établit un lien direct entre les troubles alimentaires et Instagram. 49% des utilisateurs de ce réseau social sera plus enclin à avoir ces troubles contre moins d’1% dans le reste de la population. Léa n’est pas choquée par ce résultat. Pour elle, Instagram est “l’endroit où tu tombes le plus sur les contenus healthy et où ça peut dégénérer.

De plus, Léa nous explique qu’il faut “faire attention aux cibles jeune” plus facilement influençable. Pour Laura, il ne faut pas “tout suivre à la lettre. Chacun est différent il faut adapter.” Il faut également faire attention à la personne qui se cache derrière : a-t-elle vraiment une vie saine? Ou cache-t-elle quelque chose? Comme nous l’avons dit dans la partie II-b)Tendance #healthy : une vitrine mensongère ?, l’igers n’est pas toujours qui il prétend être.

 

“Ce qui me dérange ce sont les influenceurs qui peuvent avoir des troubles alimentaires mais qui les cachent. Ca peut vraiment donner une mauvaise influence surtout envers une jeune public. Le problème c’est qu’on ne sait jamais qui se cache vraiment derrière un compte.”

Laura

 

De plus, à force de voir des photos #healthy, l’utilisateur assimile petit à petit cette façon de manger, comme l’explique Léa : “Vu que c’est le mode et que tu tombes sur des recettes saines, donc ça te pousse à le faire.”. Au fur et à mesure de voir des personnes – “surtout si c’est quelqu’un que vous admirez” poster des photos de nourriture saine, “cela renforce votre croyance en celle-ci, vous pouvez alors ainsi vous sentir mal par rapport à ce que vous venez de manger. Manger équilibré est important, mais en être obsédé ne l’est pas.[22]» précise le Magazine Mother Nature Network. La répétition excessive peut entraîner l’orthorexie.

 

B) Des aliments phares pas toujours bon pour l’environnement

Ils sont partout, dans les marchés, dans les courtes vidéos de recettes, sur Instagram,… Nous en mangeons au brunch, en salade, sur un toast. Ces aliments ne sont pas inconnus aux yeux des igers. Pour cause, le réseau social leur donne la part belle grâce à leur couleur et à leur relation étroite avec la nourriture saine. Mais qui sont-ils ?

 

b.1) Des aliments bons pour l’estomac mais pas pour la planète

Quand nous avons demandé aux internautes via notre questionnaire de nous dire à quels aliments la tendance healthy leur faisaient penser, ceux qui sont arrivés en tête de peloton sont l’avocat et le quinoa. Et pour cause, le monde d’Instagram regorge de plus de sept millions de photos ayant #avocado et presque deux millions de photos avec #quinoa, ce qui ne représente qu’à minima le nombre de recette avec ces ingrédients – les photos comportement ces aliments mais pas ces hastags n’étant pas comptabilisé.

Ces dernières années, les toasts d’avocat (“avocado toast”) ont rendu les igers complètement fous. Les prix pour ce plat peuvent monter jusqu’à quinze euros pour seulement un toast. Cependant, la surconsommation de ce fruit ne provoque pas le bonheur de tous. Au mexique, le premier producteur mondial d’avocat, les ravages sont palpables. L’augmentation de la consommation des Américains mais aussi des Européens avec en tête les français, fait “fait flamber les prix du fruit, rebaptisé l’« or vert » du Mexique. Une ruée qui provoque une déforestation massive et profite au crime organisé.”[23] Des pans entiers de forêt de conifères sont saccagés pour faire de la place à des champs d’avocatier. “En trente ans, les plantations sont passées de 31 000 à 118 000 hectares, selon le ministère de l’agriculture.[23] De plus, l’écosystème est également en jeu. La faune avec ses coyotes, ses pumas,… ainsi que la flore sont menacés et victime de déshydratation causées par la demande forte en eau des avocatiers. La production des avocats est aussi liée à une explosion de la criminalité. En Nouvelle-Zélandes, des bandits pillent des fruits dans les fermes pour les revendre au plus offrant.

Le quinoa connait le même constat.  Cette petite graine est cultivées depuis plusieurs millénaires dans certaines parties du Pérou et de la Bolivie, où elle constitue l’alimentation de base comme le pain en France. Cependant, entre 2006 et 2013, son prix a triplé à cause de la demande occidentale. “Dans la capitale péruvienne Lima, le quinoa était alors devenu plus cher que le poulet [24]. La population locale a arrêté d’en consommer et s’est s’est forcée à se résoudre à manger des pâtes importées, plus abordables financièrement. Tout comme l’avocat, la surconsommation du quinoa a également engendré de profonds bouleversements environnementaux. Les chercheurs de l’Institut de recherche pour le développement explique dans l’article “Les paradoxes du quinoa” que “l’extension des champs de quinoa accroît les risques agro-climatiques”. La demande étant plus importante, les agriculteurs sont obligés de cultiver en basse altitude ce qui augmente les “risques de gelée nocturne[25]  et le recours à des pesticides.

Bouleversements environnementaux et socio-économiques : les igers sont-ils au courant de ces effets causés par les aliments phares du #healthy?

 

b.2) Igers : averti ou non?

Les trucs d’effet de mode, ça a forcément un effet sur la planète”

Léa

D’après notre questionnaire, 62,8% des utilisateurs sont au courant des problèmes environnementaux causés par la surconsommation de certains aliments phares de la tendance healthy (quinoa, avocat,…). Léa a connu ces enjeux “en regardant des documentaires, des articles” et en parlant autour d’elle.

“Ma colocataire m’en a déjà parlé. A travers ces études, elle s’est intéressée à ces problématiques et nous en avons discuté ensemble. C’est un sujet assez nouveau.”

Léa

 

En effet, depuis deux environ, à côté des articles glorifiant les vertus de ces aliments, quelques titres comme “Vos tendances healthy ne le sont pas pour la planète” ou “L’avocat, l’or vert qui menace l’environnement en Amérique latine” font leur apparition.

Cependant, même si ces problématiques sont présentes dans l’esprit des utilisateurs, nous pouvons observer deux comportements différents concernant leur réaction. Si 53,6% des personnes interrogés ont fortement réduit la consommation de cet aliment, 44,6% n’ont pas changé de consommation.

Léa fait partie des utilisateurs à avoir diminué sa consommation. Néanmoins, elle nous avoue avoir du mal à arrêter complètement de manger un de ces aliments, l’avocat, car elle en rafole. Pour pallier, à ce problème, elle a décidé de respecter la saisonnalité et de choisir des produits locaux.

 

“Maintenant, je veux manger du quinoa de France et l’avocat, j’en mangerais qu’en saison. Pour l’instant je vais faire ça et après peut-être que je réduirais ma consommation mais j’adore beaucoup trop les avocats.”

Léa

 

De plus, l’omniprésence des recettes à base d’avocat et de quinoa n’arrange pas ses affaires. “Burger d’avocat”, “Oeuf cocotte avocat”, “Guacamole”, “Poke bowl au quinoa” et autres, Instagram est source de multiples recette dont les plus populaires sont souvent composés de ce type d’aliments. En plus de chérir l’avocat, elle a encore plus de mal à réduire sa consommation en voyant perpétuellement ce type de recette – “Instagram ne m’aide pas à diminuer ma consommation”.

 

Contrairement à Léa, Laura ne se sent “pas très concernée par ces problématiques”. Elle ne mange pas d’avocat chez elle mais uniquement au restaurant – “je ne brunch pas tous les jours”. Même si sur son feed Instagram, le fruit est beaucoup présent, son astuce consiste à préparer ses contenus à l’avance pour pouvoir les répartir au fil du temps : son compte ne représente pas “pas toujours la réalité”. Elle est plus préoccupée à faire attention à ne pas poster des produits hors saisons plutôt que des produits impactants l’environnements.

 

Il y a des gens qui traitent de ces sujets sur leurs blogs. Personnellement, je n’ose pas publier des photos avec produits hors-saison car j’ai peur des avis négatifs sur la saisonnalité (tomate, fraise).”

Laura

 

 

CONCLUSION

Instagram est un réseau, un mini-monde où influenceurs et influencés se cotoient quotidiennement. L’influenceur a le pouvoir de prescrire de nouvelle tendance et peut mettre en lumière des nouvelles façon de manger. Instagram est un de ses outils de prédilection. Les photos de nourriture y sont très présentes sur ce réseau. C’est notamment grâce à Instagram que la tendance healthy a fait son apparition.

Nous pouvons voir par le biais de cette étude deux approches concernant cette tendance du modèle alimentaire #healthy. Si certaines personnes y portent un regard positif car Instagram est pour eux une source de motivation, d’inspiration, d’autres y posent des réserves : reflet biaisé de réalité, quête quotidienne d’approbation du groupe, publicité … Manger Healthy est vu à la fois comme une manière de respecter son corps et d’améliorer sa façon de s’alimenter. A l’inverse, nous avons pu voir que cette tendance pouvait créer un mal-être et/ou être appréhendé seulement pour faire partie d’un groupe social. Instagram n’est pas un réseau neutre qu’il convient d’utiliser avec précaution.

Enfin il est important de noter que derrière ce modèle d’alimentation se cache des enjeux qu’il ne faut pas oublier. Dans de nombreux cas, tendance rime avec affluence. Le mouvement healthy ne déroge pas à la régle. Des photos d’alimentation saine pullulent sur Instagram et également dans l’esprit de beaucoup de personnes. Cependant, cela peut entraîner l’apparition d’une nouvelle maladie : l’orthorexie. Certaines personnes n’arrivent pas à fixer des limites et tombent rapidement dans l’excès sans arriver à s’en sortir. Manger sain devient une obsession incontrôlable. La notoriété de cette tendance et de certains de ces aliments provoquent également des effets néfastes : criminalité, sécheresse, augmentation des prix de ces denrées et déforestation.

Cette étude comporte bien évidemment des limites. Pour confirmer nos propos, il serait intéressant d’avoir plus d’interrogés via notre questionnaire mais également via des entretiens qualitatifs. Nous pourrions solliciter des jeunes âgés entre 15 et 18 ans afin de mieux cerner leur avis sur le sujet. Cela nous permettrait également de voir s’ils sont effectivement sous influence comme le pense Léa et Laura.

Nous pouvons nous questionner sur le futur de cette tendance. Est-ce qu’elle sera toujours d’actualité dans cinq ans ou va-t-elle finir dans les entrailles d’internet? La tendance va-t-elle évoluer en fonction des questions environnementales? Seule l’avenir nous le dira.

 

Notes de bas de page

 

[1] Selon le producteur de l’émission, Mathieu Bayle : “La guerre des emissions culinaire fait rage”, Hors-série Capital, Juillet-Août 2013

[2] Au 3 janvier 2018

[3] THOUNY Laura, “Vous ne regarderez plus jamais les avocats de la même façon”, L’obs, le 17 novembre 2016, consulté sur : https://www.nouvelobs.com/planete/20161117.OBS1338/vous-ne-regarderez-plus-jamais-les-avocats-de-la-meme-facon.html

[4]  BALAKRISHNAN Anita, BOORSTIN Julia, “Instagram says it now has 800 million users, up 100 million since April”, CNBC, le 25 septembre 2017 sur : https://www.cnbc.com/2017/09/25/how-many-users-does-Instagram-have-now-800-million.html

[5]  MANDER Jason, “GWI Infographic: Instagram Users”, Global Web Index, le 26 septembre 2015, consulté sur : http://blog.globalwebindex.net/chart-of-the-day/gwi-infographic-Instagram-users/

[6] “Taux d’inscription des 13-19 ans à Instagram, Twitter et Facebook en France de 2013 à 2015”, Statista , 2018 , consulté sur : https://fr.statista.com/statistiques/492065/inscription-reseaux-sociaux-adolescents-france/

[7] MANDER Jason, “GWI Infographic: Instagram Users”, Global Web Index, le 26 septembre 2015, consulté sur : http://blog.globalwebindex.net/chart-of-the-day/gwi-infographic-Instagram-users/

[8] “Quel genre de compte suivez-vous personnellement sur Instagram ?”, Statista, 2018, consulté sur : https://fr.statista.com/statistiques/625568/repartition-abonnement-Instagram-utilisateurs-france/

[9] KATZ Elihu Katz, LAZARSFELD Paul, Personal Influence: The Part Played by People in the Flow of Mass Communications, Abingdon-on-Thames : Routledge, 1955, 434p

[10] BOCUSE Paul, Paul Bocuse’s French cooking, New-York : Pantheon Books, 1 novembre 1977

[11] Le NY Review of Books est une revue bimensuelle new-yorkaise fondée en 1963 qui traite des questions littéraires, culturelles mais également des grandes questions autour de l’actualité

[12] “Le Food Porn, c’est quoi ?”, RestoConnection, 9 novembre 2015, consulté sur : https://www.restoconnection.fr/definition-food-porn-decryptage/

[13] COWARD Rosalind, Female Desire, Boulder : Paladin, 16 février 1984, 302p

[14] “The waitrose : Food and drink report 2016”, Waitrose, 2 novembre 2016, consulté sur : http://www.waitrose.com/content/dam/waitrose/Inspiration/About%20Us%20New/Waitrose%20Food%20&%20Drink%20Report.pdf

[15] TANDOH Ruby, “Click plate: how Instagram is changing the way we eat”, The Gardian, 2 novembre 2016, consulté sur : https://www.theguardian.com/lifeandstyle/2016/nov/02/click-plate-how-Instagram-changing-way-we-eat-food

[16] MORIN Violaine, “Instagram a-t-il changé notre manière de manger ?”, Le monde, 17 septembre 2017, consulté sur : http://www.lemonde.fr/big-browser/article/2017/09/17/Instagram-a-t-il-change-notre-maniere-de-manger_5186870_4832693.html#3sOgrwjh0ZupLLeV.99

[17] REGNIER Faustine, LHUISSIER Anne, et GOJARD Séverine, « I. Lire la société à travers l’alimentation », Sociologie de l’alimentation. La Découverte, 2009, pp. 5-20.

[18] POULAIN Jean-Pierre, “L’espace social alimentaire, un concept pour comprendre les modèles alimentaires”, Research Gate, Janvier 2003 sur : https://www.researchgate.net/publication/235611715_L’espace_social_alimentaire_un_concept_pour_comprendre_les_modeles_alimentaires

[19] SMEYSTERS Elisabeth, “Manger Healthy, Vivre Healthy”, Myyaam, consulté sur : https://www.myyaam.com/manger-healthy-vivre-healthy/

[20] COLLOT Marion, “#Healthy, un phénomène qui envahit les réseaux sociaux”, Maze, le 13 juin 2016, consulté sur : https://maze.fr/ecrans/06/2016/healthy-phenomene-envahit-reseaux-sociaux/

[21] MONTILLY Juliette, “Orthorexie : quand l’envie de manger sainement devient une maladie”, L’obs, 19 mai 2017, consulté le 7 janvier sur : https://www.nouvelobs.com/rue89/sur-le-radar/20170517.OBS9533/orthorexie-quand-l-envie-de-manger-sainement-devient-une-maladie.html

[22]  DUMET Nathalie, “L’Inconscience dans l’assiette, 12 petites histoires pour se libérer des tyrannies alimentaires”

[23] SALIBA Frédéric, “Au Mexique, les ravages de la culture de l’avocat”, Le monde, le 22 août 2016, consulté sur : http://www.lemonde.fr/planete/article/2016/08/22/au-mexique-les-ravages-de-la-culture-de-l-avocat_4985916_3244.html#oPbXemvtptSvBEpA.99

[24]  CORRE Julien, “Trois aliments tendances qui ruinent la planète”, Le parisien, le 6 juin 2017, consulté sur : http://www.leparisien.fr/laparisienne/actualites/societe/trois-aliments-tendances-qui-ruinent-la-planete-06-06-2017-7021854.php

[25]  COURCOUX Gaëlle, “Le paradoxe du quinoa”, Institut de recherche pour le développement, janvier 2011, consulté sur : https://www.ird.fr/la-mediatheque/fiches-d-actualite-scientifique/364-les-paradoxes-de-la-quinoa

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