Education et culture sérielle : Ou comment un divertissement devient une source pour l’enseignement de l’histoire

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Par Juliette Sergent et Léa Le Viennesse.

 

Barbara Villez, enseignante chercheuse à l’Université Paris 8, a publié en 2005 un ouvrage nommé Séries télé : Visions de la justice. Un ouvrage sur les représentations du système juridique à la télévision américaine et leur rôle dans le développement d’une culture juridique chez les téléspectateurs français. Dans cet ouvrage, Villez étudie l’impact des séries télévisées américaines sur la création d’une culture juridique. En d’autres termes, elle se demande comment les séries télévisées peuvent participer à une sorte d’éducation des téléspectateurs ou en tout cas peuvent leur apporter de nouvelles connaissances sur un sujet précis. Si l’auteur de cette ouvrage se consacre uniquement à l’étude de séries juridiques, elle nous permet également de nous questionner sur l’impact général que peuvent avoir les séries télévisuelles sur leurs audiences et le rôle qu’on peut leur attribuer en dehors d’un simple divertissement.

Ainsi, certaines séries se déroulent au coeur des systèmes judiciaires américains, d’autres élucident des mystères médicaux, certaines dépoussièrent les grands théorèmes scientifiques ou d’autres encore s’attaquent à la politique. Toutefois, un genre en particulier se prête parfaitement à l’exercice et intéressent donc beaucoup scénaristes et téléspectateurs : l’Histoire. En effet, l’oeuvre de l’historien consiste en premier lieu à créer un discours ou un récit sur un sujet, une personne, un évènement ou une époque particulière. Ce genre de récits s’inscrivent dans une longue tradition de récits populaires au caractère historique ou prétendument historique qui ont émergé bien avant la télévision. Du simple récit oral ou écrit à une adaptation audiovisuelle, les scénaristes n’ont fait qu’un pas. C’est pourquoi, il existe un grand nombre de séries historiques dans le paysage audiovisuel.

En effet, l’avènement des séries télévisées, sur le modèle des romans feuilletons et des feuilletons radiophoniques quotidien, se fait à partir des années 1940 et c’est à partir de ce moment-là que nous pouvons commencer à voir apparaître les premières séries télévisées historiques. Les grands thèmes de ces séries tournent alors majoritairement autour de la quête des origines, où un passé national est glorieusement mis en avant. Ainsi, les Américains ont produit des centaines de séries westerns des années 1950 aux années 1970 comme Bonanza ou Au nom de la loi, tandis que les Britanniques ont beaucoup revisité la période victorienne notamment avec La Dynastie des Forsyte. En France, c’est la Belle Époque, le Moyen-Age ou encore le siècle des Lumières qui fascinent, avec des séries comme Maison Close, Inquisito ou Nicolas le Floch qui respectivement les abordent.  Les tendances des séries historiques sont désormais davantage tournées vers les périodes de bouleversements sociaux majeurs comme la sédentarisation des peuples guerriers scandinaves que l’on peut voir dans la série Vikings ou le passage de la République à l’Empire romain dans Rome. Les scénaristes de nos jours se consacrent également beaucoup à des périodes spécifiques avec des séries sur les deux Grandes Guerres Mondiales comme Band of Brothers, sur la Renaissance comme pour les Tudors et les Borgia ou encore se déroulant pendant l’entre-deux-guerres telles que Downton Abbey, Peaky Blinders ou Boardwalk Empire. Ces périodes fascinent parce qu’elles semblent lointaines et exotiques tout en étant une part de notre passé.

Ainsi, les séries historique existent depuis plusieurs décennies et revisitent les périodes les plus sombres ou les plus connues de notre histoire ; toutefois depuis quelques années nous pouvons apercevoir une nouvelle sorte d’engouements pour ces séries, notamment chez les historiens. En plus d’un divertissement, la série historique se prédispose à devenir également un support éducationnel, une nouvelle forme de vulgarisation de l’histoire. Ce nouveau phénomène peut paraître paradoxal étant donné que le format même et les contraintes audiovisuelles qui sont au cœur de la création d’une série semblent être en contradiction avec les prérequis de “vérité historique” de  l’historien.

C’est pourquoi, nous pouvons nous demander en quoi les séries historiques peuvent-elles être de bons supports éducationnels et si, à la manière des docu-fictions, elle peuvent être considérées comme des nouveaux moyens de vulgarisation de l’histoire ou si, au contraire, elles induisent leurs téléspectateurs en erreurs. Nous pouvons également nous demander si les spectateurs apprennent réellement quelque chose en les regardant ou si l’histoire n’est que prétexte à une narration esthétique.

Dans un premier temps, nous verrons que les séries télévisées deviennent une entrée étonnante dans les sciences sociales, nous verrons ensuite que pourtant elles sont de plus en plus institutionnalisée et enfin nous verrons en quoi elles sont devenues un tremplin pour faire de l’Histoire.

Afin d’étudier ce phénomène, nous avons décidé de réaliser un questionnaire quantitatif dans lequel nous demandions aux férus de séries historiques quel est leur rapport à l’histoire, qu’est-ce qui les attire dans les séries historiques ou encore qu’est-ce qu’ils pensent ressortir de ce genre de séries. Notre questionnaire a récolté 100 réponses au total, dont 67% sont des réponses féminines. Il faut bien entendu aussi indiquer qu’étant partagé dans notre entourage, la majorité des réponses, c’est-à-dire 72%, proviennent de personnes âgées entre 18 et 25 ans étant encore encore étudiants ou alternants, les autres ont entre 26 et 30 ans à 16%, entre 31 et 40 ans à 3% ou ont plus de 40 ans à 8%.

 

 

  • Les séries et l’histoire : une entrée étonnante dans les sciences sociales.

 

La série télévisée est apparu dans ses premiers instants comme équivalent audiovisuel des feuilletons radiophoniques ou des romans feuilletons publiés dans les journaux pendant l’entre-deux-guerres. A ce titre et comme ses prédécesseurs, sa première intention et de divertir la ménagère ; c’est pourquoi, lui appliquer une autre utilité est étrange au premier abord.

Il est vrai que donner assez d’importance aux séries télévisées pour les présenter comme support éducationnel peut être perçu comme étrange. En effet, le premier support de la série, à savoir la télévision, a longtemps été considéré comme la culture du pauvre et comme contenant des programmes de mauvaises qualités. La télévision a même longtemps pu être décrite comme un équivalent inférieur du cinéma, qui lui est un loisir plus noble, consommé dans un premier temps par les classes sociales les plus aisées. De plus, loin de ces visions sociales, il ne faut pas oublier que la série télévisée a des contraintes liées à sa forme. Le premier objectif des scénaristes et réalisateurs et d’obtenir le plus d’audience possible. Pour atteindre cet objectif, il faut faire en sorte d’attirer le spectateur : il faut scénariser, romancer, et parfois même dénaturer des faits historique et s’éloigner de toute vraisemblance.

En effet, le ressort le plus utilisé reste l’ajout ou la modification de romances. Pour rendre le scénario et l’histoire plus intéressante, ou afin d’attirer des catégories spécifiques de téléspectateurs, les producteurs ont parfois tendance à développer, à modifier ou à mettre en avant certaines affections, relations de leurs personnages. Ainsi, la série Reign a reçu beaucoup de critiques du genre. Cette série a pour ambition de raconter l’entrée à la cour de France de Marie Stuart, reine d’Ecosse, au XVIème siècle. Outre les nombreux anachronismes et les modifications de l’histoire, de nombreuses critiques se sont portées sur la sur-sexualisation des personnages principaux, Marie Stuart et le prince François II, ou sur l’improbabilité du comportement des autres personnages comme les courtisanes de la reine qui ne semblent pas connaître les règles de la cour de l’époque.  Ainsi, la série semble utiliser le contexte politique de l’époque que comme un prétexte pour mettre en avant les intrigues amoureuses et trahisons rocambolesques.

 

Lors de la création d’une série historique, les scénaristes et réalisateurs semblent devoir choisir entre réalité historique et narration esthétique ; ils doivent faire face à des choix techniques. Afin de mieux vendre la série, les scénaristes ne sont pas tenus à une vraisemblance stricte. Pour un storytelling efficace, ils simplifient parfois la narration. C’est pourquoi, il existe de nombreuses querelles à propos de la façon dont sont réalisées certaines séries. Nous pouvons prendre l’exemple de la série Les Tudors, série de 38 épisodes crée par Michael Hirst et diffusée entre 2007 et 2010. Cette série télévisée met en scène le roi Henri VIII et sa cour en racontant le parcours de ce monarque. Dans son synopsis, la série se targue de nous dévoiler la véritable histoire :

« Vous pensez connaître l’Histoire, mais vous n’en savez que la fin. Pour en atteindre le cœur, il faut la reprendre au début. »

Toutefois, de nombreuses critiques relèvent une tendance à prendre une trop grande liberté avec l’histoire ; des listes d’erreurs et d’anachronismes circulent sur internet. Ainsi le scénariste a pu fusionner des personnages comme les deux soeurs du roi, donner à Charles Quint un fort accent espagnol bien qu’il soit de langue maternelle française ou encore créer des tenues qui s’inspirent de la période élisabéthaine mais qui ont aussi des inspirations plus contemporaine et donc anachronique. De la même manière, la représentation du roi, incarné à l’écran par l’acteur Jonathan Rhys Meyer a provoqué quelques polémiques : il n’est pas roux, n’a pas de barbe et est plus petit que le véritable Henri VIII mais surtout son corps est volontairement exposé, érotisé et ne semble pas vieillir au même rythme que les autres personnages. Son image est donc loin de ressembler à celle du roi d’Angleterre et cette esthétique moderne entend rompre avec les représentations classiques du roi. Cependant, comme le montre Nicolas Fornerod et Daniela Solfaroli Camillocci, dans l’article “A quoi servent des séries” de l’Histoire de janvier 2018, cette série ne se présente pas comme un documentaire fidèle mais comme une fiction qui nous “force à réfléchir sur nos représentations parfois figées et sur les catégories à travers lesquelles on pense l’histoire” car si le roi est souvent représentés comme vieillissant et obèse, à son avènement des ambassadeurs ne tarissaient pas d’éloges sur ce jeune souverain. En ce sens, certaines simplifications narratives et autres anachronismes peuvent s’expliquer par la volonté de simplifier la compréhension des intrigues en affublant à certains personnages des traits facilement reconnaissables comme pour Charles Quint.

Ainsi, si les séries n’ont pas la prétention de prendre le rôle de documentaires ou autres docu-fictions, elles peuvent nous permettre de penser l’Histoire autrement. Sébastien Farré un des chercheurs de La Maison de l’Histoire de l’Université de Genève, un centre interfacultaire créé pour promouvoir et développer les sciences historiques, parle même depuis les années 2000, d’un statut culturel des séries qui a changé. On parle aujourd’hui de “quality television” pour caractériser un renouveau des programmes télévisés. Selon Farré, “les scénarios se basent désormais sur des expertises beaucoup plus rigoureuses. Ils deviennent plus complexes et prennent plus d’épaisseur, ce qui est une des raisons de leur succès”. Et si, d’après lui, les séries sont avant tout du grand spectacle, elles peuvent aussi être de l’histoire, le genre d’histoire qui est susceptible d’influencer notre imaginaire et notre regard sur le passé.

 

 

  • Une utilisation institutionnalisée des séries : une nouvelle façon d’apprendre.

 

Ces dernières années, un phénomène nouveau a vu le jour. En effet, les séries télévisées, et en particulier les séries historiques, s’invitent sur les bancs de l’université : dans des recherches scientifiques, des thèses et des colloques mais également dans des cours pour les étudiants.

Les séries télévisées commencent à devenir de véritables sujets de recherche à part entière. Ce nouvel engouement se matérialise notamment par le réseau franco-britannique d’universitaires spécialisés : le SERIES, Scholars Exchanging and Researching on International Entertainment Series, hébergé par le CNRS et dirigé par Barbara Villez et qui a organisé en mars 2017 un colloque autour de la série Kaamelott. L’engouement pour les séries se matérialise également, à partir d’avril 2012, par la création d’une nouvelle collection dans les éditions de la Presse Universitaire de France (PUF) : La série des séries. Cette collection est décrite, sur sa page officielle, comme une “série d’ouvrages [qui] propose un décryptage des séries télévisées par les sciences humaines, en permettant à chaque auteur de porter un regard libre sur une série particulière”. Ainsi, nous pouvons y retrouver des thèses comme celle de Yann Le Bohec, Rome, Un conte d’amour et de mort, dans laquelle il décrypte la série à succès, notamment en confrontant la série à un travail d’historien. Pour Jean Baptiste Jeangène Vilmer, co-créateur de la collection, il s’agit “d’un projet académique, visant à montrer que, contrairement à un préjugé encore trop répandu chez les universitaires français, volontiers conservateurs, on ne commet pas un crime de lèse-université en s’intéressant aux séries”. Si la collection reçoit quelques critiques par rapport à la direction que prennent les recherches, ou au manque d’une approche plus pertinente, elle a le mérite de légitimer les séries et de marquer la nouvelle place qu’elles prennent dans la vie universitaire.

De la même manière, Open Court, une maison d’édition d’Illinois, publie depuis le début des années 2000 une collection nommée Popular Culture and Philosophy. Le principe de cette collection est d’allier pensées philosophiques et oeuvres de pop culture ce ce soit des films, de la musique, des icônes de pop culture ou encore des séries. Cette collection a per exemple publié une analyse philosophiques des intrigues de Downton Abbey, une série télévisée britannique créée par Julian Fellowes en 2010 dans laquelle on suit la vie d’une famille riche et de leurs domestiques pendant l’entre-deux-guerres, dans Downton Abbey and Philosophy : The Truth is neither here or there de William Irwin et Mark D. White.

Les séries ont donc trouvé leur place dans les collections universitaires mais également directements dans les cours et les colloques dispensés aux élèves ou ouvert au grand public. Ainsi, à l’automne 2016, Sébastien Farré et Thalia Brero ont organisé un cycle de conférences publiques sur cinq séries télévisées historiques, Kaamelott, Vikings, The Tudors, Masters of Sex et The Knick, nommé The Historians, saison 1. Le but de ces conférences consiste, selon Thalia Brero, “non seulement à amener les historiens à instaurer un dialogue avec le grand public mais aussi à intensifier la communication entre les universitaires eux-mêmes, qui ont parfois tendance à se cantonner à leur spécialité.” En plus d’être amateurs de séries, les conférenciers sont avant tout des spécialistes des périodes dont parle la série qu’ils présentent, et élaborent des discours de niveau universitaire. Les séries deviennent de bonnes bases pour enseigner une période particulière ; et même lorsque le niveau d’exigence historique de certains producteurs est faible, certaine série peuvent nous renseigner sur notre propre époque. En effet, l’acte de production d’une série historique peut nous en apprendre déjà beaucoup sur le rapport d’un pays à son passé. Ainsi, la conférence portant sur The Knick, une série se déroulant dans un hôpital de New York au début du XXème siècle, a montré que celle-ci avait un regard très progressiste et aborder de front les problèmes de discrimination des Noirs et des femmes, comme si les réalisateurs utilisaient le passé pour livrer un regard très contemporain. Les conférences The Historians saison 1 ont rencontré un grand succès avec notamment 500 personnes lors de la première conférence de Sarah Olivier sur Kaamelott.

Cette vision de l’utilité des séries télévisées historique permet même d’aller jusqu’à faire des cours d’histoire médiévale à l’aide d’une série fantastique. La série Game of Thrones au cours des trois dernières années a fait l’objet d’un nombre incalculable de séminaires et de recherches notamment dans les écoles les plus prestigieuses. En effet, bien que Game of Thrones ne soit pas une série historique à proprement parlé – elle est souvent décrite comme une série fantastique -, les personnages vivent dans un univers largement inspiré par l’époque médiévale. C’est ce contexte, ainsi que des trames politiques faisant référence à de grands évènements comme la Guerre des Deux-Roses, les monuments s’inspirant d’édifices qui ont vraiment existé comme le mur d’Hadrien pour le mur de Westeros, les moeurs des personnages ou encore les langues parlées par les personnages qui nourrissent les cours de ces universitaires. En effet, en 2015, une université canadienne proposait un cours de littérature dédié à l’image du Moyen Age renvoyée par la sage, en 2017, Berkeley consacrait un cours à la “linguistique de Game of Thrones et l’art d’inventer un langage et Harvard se sert de la série à l’occasion d’un cours d’histoire médiévale dans lequel Sean Gilsdorf, le professeur à l’origine de cette initiative, montre que que les romans et la série “reprennent et adaptent, et distordent aussi, l’histoire et la culture du monde médiévale de l’Eurasie entre 400 et 1500”.

Toutes ces entrées des séries dans le domaine de l’Histoire donne une certaine légitimité aux séries comme vecteur de connaissance ou au  moins comme premier accès à la connaissance. Nous avons pu d’ailleurs remarqué que dans notre questionnaire, la plupart de nos enquêtés considèrent la série comme un bon moyen d’acquérir de nouvelles connaissances. En effet, 89,5% d’entre eux pensent en retirer des connaissances :

D’autres considèrent même que les séries sont devenus des pans importants de leur culture historiographique. Ainsi, l’un d’entre eux  “considère que c’est comme cela que l’on apprends le monde d’aujourd’hui. De plus, [il] aime savoir comment était le monde d’avant.” si la science souhaite toucher le plus de nombre possible, il faut qu’elle soit accessible et facilement compréhensible. Cette dévotion explique également la multiplication de cours mettant des séries au coeur de leur enseignement. En parlant de Game of Thrones, un professeur de Montréal explique que : « Tous les médiévistes surfent sur la vague. La série est devenue un produit d’appel. »

Si les téléspectateurs utilisent beaucoup les séries comme source de connaissances ; ils semblent être assez regardant sur le type et la qualité des séries concernées. Pour beaucoup l’exactitude historique importe beaucoup lorsqu’ils regardent une série. Il devient alors important de pouvoir “faire confiance aux studios pour la qualité de leurs recherches” ; au contraire, les séries de médiocre qualité ne sont plus considérés comme de véritables séries historiques mais plutôt comme de simples divertissements. Ainsi, si le spectateur n’est pas dupe quant à la qualité de la série qu’il regarde, s’il doit se méfier de certaines séries ou encore s’il peut avoir des doutes, nous pouvons nous demander quelles sont les raisons qui le pousse à regarder une série plutôt que de s’informer par d’autres moyens.

 

 

  • Les séries comme tremplins : donner envie de faire de l’histoire.

 

Nous avons démontré que les séries peuvent devenir de bons supports éducationnels, à condition de bien les sélectionner ou, pour celles qui pourraient être considérés comme de “mauvais séries historiques”, de les étudier en tant que récipient d’un imaginaire particulier plutôt que comme oeuvre fidèle à l’histoire. Toutefois nous pouvons tout de même nous demander quel est l’intérêt d’utiliser les séries plutôt que des livres, des documentaires ou des manuels.

Avant d’être de nouveaux moyens d’aborder l’histoire, les séries historiques sont avant tout des séries : ce sont des divertissements qui ont pour certains de très grands succès. En effet, il est possible de remarquer depuis quelques années un engouement exceptionnel pour les séries ; leur nombre se multiplient, leur qualité augmente et leurs records d’audience explosent. Ainsi en juillet 2017, le premier épisode de la septième saison de la série Game of Thrones réunissait 16,1 millions de téléspectateurs, tous réseaux confondus mais sans compter les visionnages hors US les téléchargements illégaux.

Il est vrai que les séries historiques regroupent plusieurs critères attrayants pour les spectateurs ; Alexandre Wenger, historien de la médecine a ainsi dit : “Il n’y pas de meilleur réservoir que l’Histoire avec un grand H pour raconter des histoires qui vont captiver les gens. On trouve des histoires de trahison, de sexe, de pouvoir, d’amour, de politique”. Les séries, ainsi que les séries historiques plaisent énormément ; c’est pourquoi, les historiens, souvent fans eux-mêmes, les utilisent. Ils veulent attirer les étudiants ou intéresser leur audience en analysant leurs séries préférées.

De la même manière, notre questionnaire a démontré que le contexte historique plaît, beaucoup et ce sont les séries particulièrement immersives qui ont le plus de succès, comme nous le montre le graphique ci-dessous. Ce dernier regroupe les séries historiques mentionnés plus de deux fois dans le questionnaire.

Ainsi, les internautes nous ont pratiquement autant parlé de séries où l’histoire ne fait que de brève apparences que de séries plus clairement historiques. En effet, la série la plus citée est Game of Thrones, la série à l’esprit médiéval et fantastique de Georges R. R. Martin. Cette dernière immerge le spectateur dans une ambiance et des guerres aux allures médiévales tout en le faisant voyager dans un monde imaginaire. Il paraît toutefois nécessaire de mentionner que le grand nombre de mentions de la série a peut être été influencé par la description du questionnaire dans laquelle nous décrivions les séries historiques comme étant “de genres très divers, allant d’un biopic se focalisant sur des personnes célèbres comme The Crown ou Borgia jusqu’au récit fictionnel au contexte familier tels que Vikings, Rome ou même Game of Thrones qui reprend les codes de l’époque médiévale.”

Les deux autres séries les plus mentionnées sont, elles, très marquées par les époques dans lesquelles elles apparaissent et ont eu également beaucoup de succès quand elles sont sorties -et encore aujourd’hui-. Ainsi, Vikings, une série retraçant la sédentarisation des peuple scandinaves au travers de Ragnar Lothbrok, l’un des vikings les plus populaires au destin semi-légendaire, a recueille 4,3 millions de téléspectateurs aux Etats-Unis en moyenne par épisode pendant la première saison. The Crown, quand a elle, est une série qui retranscrit la vie de l’actuelle reine du Royaume Unis, Elisabeth II, est applaudie par les critiques et a même reçu plusieurs récompenses.

Nous avons pu voir dans notre questionnaire que ce qui fait le succès d’une série historique ne se cantonne pas exclusivement à la vraisemblance ou à la période travaillée mais tient aussi à l’intrigue, aux personnages, aux sujets et aux acteurs. Tous ces éléments sont essentiels pour attirer l’audimat et participer au succès d’une série. Et lorsqu’une série historique remporte un grand succès, c’est autant de personne qui sont susceptibles de s’intéresser ou d’en apprendre un peu plus

A travers le questionnaire que nous avons réalisé, nous avons pu remarquer que les séries semblent constituer une moyen plus accessible de découvrir ou de redécouvrir des époques, personnages ou des grands évènements que les manuels, les cours ou les livres. Elles deviennent de nouvelles porte d’accès au domaine de l’Histoire. Par exemple, l’un de nos enquêtés affirme que les séries sont “plus facile à comprendre que des livres” ; de la même manière, un autre avoue “qu’il est plus facile pour [lui] de regarder une série historique que de lire un livre d’histoire” et un dernier dit que les séries sont un moyen de “[découvrir] l’histoire de manière ludique et intéressante”. Ainsi, les séries historique peuvent se présenter comme des oeuvres de vulgarisation dont la compréhension parait plus accessible que la production d’un historien considérée alors comme trop “scientifique”. Le sociologue Sébastien Farré reprend la même idée dans un entretien avec l’Université de Genève. Pour lui, « le visionnement de Vikings modèle l’imaginaire que l’on a de cette époque bien davantage que la lecture d’un manuel scolaire ou la visite d’un musée. ». Cet accès facilité à l’apprentissage de l’histoire que présentent les séries s’expliquent par le fait que le format régulier et la longue durée -en cumulé- des séries permettent aux réalisateurs et aux scénaristes de véritablement trouver les moyens de nous immerger dans une époque. Ainsi, le fait d’avoir une durée plus importante que celle d’un film permet de glisser beaucoup plus de détails dans le récit.
Ce sont ces détails qui nous immergent mais aussi qui intéressent particulièrement les téléspectateurs comme le montre cet enquêté lorsqu’il dit : “Certaines scènes peuvent montrer des détails du quotidien de l’époque qui ne sont pas forcément importants dans l’Histoire mais qui sont intéressants”. Parfois, les séries historiques peuvent même apporter de nouvelles connaissances à ceux qui s’y connaissent le mieux en histoire. Ainsi, une des personne qui a répondu au questionnaire a écrit que “même avec des études d’histoire, il [lui] arrive de découvrir de nouvelles choses dans les séries historiques”.

De plus, le caractère visuel des séries permettent de concrétiser, de visualiser et d’ancrer efficacement dans notre mémoire des contextes, des évènement ou des personnages historiques. En effet,  par l’usage de l’image, du son, des costumes, décors et des dialogues, les séries nous permettent d’étudier certains événements de manière plus vivante. A la question pourquoi pensez-vous apprendre de nouvelles choses grâce aux séries historiques, une des réponses était :

“Même si ça ne colle pas toujours à la réalité historique, ça permet de concrétiser un peu ce qu’on voit dans les livres d’histoire, et de se faire une idée plus vivante de l’Histoire en général.”

Ainsi, les séries historiques abordent d’une nouvelle manière d’aborder l’histoire, plus vivante et ludique. Elles permettent également aux téléspectateurs de s’intéresser plus en profondeur à l’histoire et les poussent même parfois à “approfondir [les séries]  en faisant des recherches personnelle”, leur “donnent envie d’approfondir le sujet avec d’autres outils (encyclopédies, docs, internet)” ou encore les poussent à vérifier car “l’inexactitude historique [les] saoule”. Ainsi, lorsque nous leur avons demandé quelles étaient leur méthode pour approfondir leurs connaissent lorsqu’ils découvrent un personnage historique ou une période qui les intéresse particulièrement, 89% des personnes interrogées ont révélé faire des recherches sur Internet, 52,5% cherchent d’autres documentaires, films ou séries ou encore 28% regardent des vidéos de vulgarisation sur Youtube.

 

 

Pour Sébastien Farré, la fiction peut parfois influencer les choix des étudiants à propos de leur vocation. En effet, dans un entretien pour le magazine scientifique de l’Université de Genève, il prédit que “de ces séries naîtront des vocations”. L’influence de la fiction sur les étudiants demeure un phénomène complexe. Cependant, l’Université de Lausanne constitue un petit laboratoire à taille réelle : ‘elle abrite une institution unique en son genre en Europe, son Ecole des sciences criminelles. Dans les années 2000, le triomphe écrasant des Experts a vraiment suscité des vocations en criminologie et médecine, même si les nouveaux inscrits disaient avoir un vague intérêt pour la matière auparavant. Durant l’année académique 2005-2006, alors que Gil Grissom étudiait ses insectes sur les écrans de TV, l’École lausannoise des sciences criminelles a enregistré un pic historique de ses inscriptions.

En outre, dans certains cas les séries ne « créent » pas la passion, mais font en sorte que celle-ci évolue davantage. Les séries télévisées se présentent alors comme de sérieuses  rivales pour les historiens : elles offrent une reproduction du passé  plus vivante et complète tout en s’inscrivant dans une démarche mémorielle et en présentant des points similaires avec l’étude historienne. Les producteurs racontent la vie de personnages comme l’on raconte une histoire et comme l’Histoire a souvent du mal à être racontée, agrémentée d’une intrigue et dotée d’un début et d’une fin.

Ce nouvel aspect revêtu par les séries historiques leur donne une place de plus en plus importante dans le domaine universitaire, d’autant plus qu’elles sont désormais bien présente au cœur de notre société : une grande partie de la population les consomme, et cela de manière régulière. Ainsi, nous avons pu découvrir que davantage que d’éventuelles rivales, les séries accompagnent désormais les chercheurs dans leurs recherches et dans leurs cours. Elles permettent d’intéresser mais aussi de donner des exemples parlants, ou des points de départ à l’étude de grands sujets.


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