En quoi la blockchain est elle en train de révolutionner le paysage technologique?

En quoi la blockchain est elle en train de révolutionner le paysage technologique?

par Jacob Niemiec
Ce dossier est daté du 27 janvier 2018, les innovations et l’actualité étant particulièrement rapide dans ce secteur, je ne m’engage à la véracité des faits évoqués qu’à la date de publication.

 

1. Qu’est ce que la blockchain ?

La blockchain est une technologie de stockage et de transmission d’informations, transparente, sécurisée, et fonctionnant sans organe central de contrôle (définition de Blockchain France).

A l’heure actuel, il existe de nombreuses blockchain ayant toutes des spécifications techniques plus ou moins différentes, mais elles sont toutes basés sur le même système, que nous expliquons ici.

Ce système a été créé en 2008 avec la crypto monnaie Bitcoin par une personne qui est resté anonyme à ce jour, et que l’on appel Satoshi Nakamoto. Sont but était de créer une crypto monnaie fiable, anonyme et décentralisée permettant de faire des achats sur internet de façon anonyme et ayant une réelle valeur marchande, donc fiable. C’est par ces trois valeurs et solutions techniques qui en ont découlé qu’est née la blockchain, et que nous allons maintenant développer.

Une blockchain une base de données qui va contenir tous les échanges effectués dessus depuis sa création. Elle peut contenir toutes sortes d’informations. Pour l’imager on parle souvent d’un grand livre de compte qui regroupe toutes les informations des échanges effectués dessus.

Elle est décentralisé, c’est à dire que cette base de donnée n’appartient pas à une seule personne ou organisme, comme c’est le cas des banques par exemples. Ainsi toutes les blockchains publiques sont accessible à tout le monde, ce qui présente une grande transparence. C’est informations sont néanmoins cryptés, et seuls les acteurs ayant inscrits des informations dessus peuvent consulter celles ci. Tous les acteurs de ce système communiquent par des réseaux Peer to Peer cryptés.

Le cryptage se fait via un cryptage asymétrique, qui nécessite deux clefs pour décrypter un contenu. Sans rentrer dans les détails techniques qui n’aurait pas grand sens ici, il est important de préciser qu’une de ces clefs est publique et l’autre privée. La clef publique est en quelque sorte une adresse ou un IBAN publique que tout le monde peut voir pour envoyer des informations qui seront cryptés grâce à cette clef de chiffrement. Par contre pour le déchiffrement, seule la clef privée associé à ce compte peut le faire.

Les opérations qui s’effectue dessus ne sont pas validés par un seul organisme, mais par qui veut, ou plus précisément par qui peut. La validation de transactions, et donc inscription dans la blockchain, n’est pas soumise à un contrôle humain qui peut être influencé ou subjectif. Ici, si la transaction est possible elle est effectuée et inscrite sur le registre.

Une blockchain est donc distribuée, elle permet à qui veut de vérifier, sans intermédiaire, si ces transactions sont possible. Ce processus de vérification s’appelle le minage, et est rémunéré de différentes façon selon la blockchain. Les mineurs constituent des nœuds, pour essayer de valider plus facilement les blocs. Il s’agit souvent de mettre à disposition une grande puissance de calcul pour vérifier, crypter, et ajouter les transactions.

Celles-ci sont inscrite dans des blocs. Une fois qu’un bloc est validé il est ajouté à la blockchain et en fera partie éternellement. Voici un exemple de ce à quoi peut ressembler un bout de blockchain :

 

Une transaction ne peut donc être falsifié puisqu’elle est enregistré à tout jamais dans la base de donnée. Les blocs sont sécurisés à l’aide de différentes techniques cryptographiques.

Toutes les blockchain publiques fonctionnent par le biais de monnaie ou de jeton (token), qui vont constituer l’unité de celle ci. Le Monero est une monnaie anonyme, l’Ethereum définit les conditions d’un smart contract par exemple.

Dans les blockchains privées, les nœuds et donc ceux qui vérifient les transactions ne sont pas libres, c’est l’entreprise derrière la blockchain qui va les contrôler, ce qui peut avoir des avantages comme des inconvénients, c’est en tout cas ça qui rend une blockchain privée, seuls certains utilisateurs auront accès à la base de donnée crypté.

Voici un schéma représentant le processus de transaction au sein d’une blockchain :

Pour donner un ordre d’idée, un bloc sur le réseau Bitcoin est validé toutes les 10 minutes, et un bloc sur le réseau Ethereum toutes les 15 secondes.

Ce système permet des transactions très rapides, anonymes ou non, et sans passer par un tiers ce qui rend la transaction moins chère.

Aujourd’hui par exemple, tous les services de mise en relation face au demandeur et à celui qui propose sont extrêmement taxé et ne fournissent qu’un service : Airbnb, Uber, les banques. L’idée de la blockchain est de s’affranchir de ces intermédiaires et créer une réelle démocratie sans système de contrôle globale, mais aussi une sécurité très forte et surtout une traçabilité qui la rend infalsifiable.

On peut faire une analogie avec le protocole d’Internet TCP/IP , car il s’agit dans les deux cas de protocoles informatiques sous-jacents à une infrastructure décentralisée. Internet transfère des paquets de données d’un point A à un point B, alors que la blockchain permet à la « confiance » de s’établir entre des agents distincts du système.

Les Smart Contracts
Prenons un exemple littéraire pour illustrer les smart contracts, tiré de Permanence de Karl Schroeder sorti en 2002. Dans ce roman de science fiction la société « dispose d’une «économie des droits », dans lequel tous les objets physiques sont nano-marqués avec des exigences contractuelles afin que le paiement puisse être exécuté pour toutes les utilisations confidentielles des informations. Par exemple une mission militaire dans l’espace doit constamment justifier le rapport coût-bénéfice de la mission à bord du navire ou ce dernier cessera de fonctionner. » Nous avons ici un exemple très parlant du déclenchement ou non d’un smart contract, si les conditions fixés à la base sont ensuite remplie.

Ce système a été mis au point et implémenté sur le réseau Ethereum, rendant en partie la blockchain plus populaire, qui avant l’apparition d’Ethereum était surtout connu pour le réseau Bitcoin. En voici une définition de Wikipédia :

« Les Smart Contracts sont des protocoles informatiques qui facilitent, vérifient et exécutent la négociation ou l’exécution d’un contrat, ou qui rendent une clause contractuelle inutile (car rattachée au contrat intelligent). Les contrats intelligents ont généralement une interface utilisateur et émulent la logique des clauses contractuelles.

Les partisans des contrats intelligents affirment que de nombreux types de clauses contractuelles peuvent ainsi être partiellement ou totalement auto-exécutées ou exécutées à la validation ou les deux.

Les contrats intelligents visent à assurer une sécurité supérieure à la mise en application de la loi sur les contrats et de réduire les coûts de transaction associés à la passation des contrats. »

C’est donc à partir de là qu’une toute nouvelle application de la blockchain a pu voir le jour, et gagner la confiance des usagers avec l’utilisation progressive du réseau Ethereum par les entreprises et start up.

De plus, cette technologie étant Open Source, on est bien ici dans un cas d’usage de l’internet 2.0 où la communauté développe elle même se dont elle a besoin. Chacun peut ainsi créer une blockchain s’il en a les compétences, encore faut il après en trouver un cas d’usage. De plus le cryptage nécessite des ressources de calcul immense, il ne faut donc pas négliger les infrastructures, ainsi que la communauté et les mineurs.

Chacun peut aussi après 10 minutes de recherches sur internet effectuer une transaction sur un des différents réseaux blockchain.

 

La décentralisation, sécurité et traçabilité vont permettre de voir 3 grandes applications distinctes se former :

  • Les applications pour le transfert d’actifs (utilisation monétaire, mais aussi les titres, votes, actions, obligations…)
  • Les applications en tant que registre : elle assure ainsi une meilleure traçabilité des produits et des actifs (utilisation pour les copyrights, mais aussi diplômes, certificats…)
  • Les smart contracts : qui vont pouvoir s’affranchir de l’intervention humaine pour faire respecter toutes sortes d’accords et de conditions et ne plus passer par un système tierce.

 

Nous allons maintenant étudier plusieurs cas d’usage de la blockchain, certains étant encore en développement, d’autre déjà implémenté.

 

2. Cas d’usages

Les banques
A l’heure où tout se fait de plus en plus vite, il est intrigant de voir avec quelle lenteur se font les transactions bancaire. Que ce soit un virement national ou international SWIFT il faut souvent plusieurs jours pour que les différents organismes bancaires communiquent entre eux. Dans le cas d’un virement international, chaque transaction doit être enregistré auprès de la banque national pour déclarer que telle somme quitte le pays. Ripple, un réseau privé et en partenariat avec de plus en plus de banques pourrait bien changer ce constat. La société a aussi récemment créé des partenariats avec MoneyGram et American Express. Si cette solution est définitivement adopté par la plupart des grands acteurs mondiaux la vitesse des virements pourrait drastiquement augmenter, grâce aux avantages de la blockchain que nous avons vu plus haut. Des tests et des pourparlers sont en cours, le plus grands obstacles restant les organismes bancaires nationaux qui évaluent encore cette solution ainsi que sa mise en place dans les infrastructures. L’adoption de Ripple pourrait rendre des transferts possible en 3 secondes.

Les universités
En Grèce, 3 universités se sont lancées dans un programme d’inscription de diplômes dans la blockchain Cardano. C’est à l’occasion de l’Horizon 2020, programme européen pour la recherche et l’innovation que le GRNET et la start up IOHK ont lancé ce programme. Il s’agit de créer un système qui rendrait les bases de données des diplômés infalsifiables et facilement vérifiable par des acteurs nommés, Cardano étant un réseau privé son accès en est donc restreint.

La médecine
Les informations médicales de tout un chacun sont des données personnelles et intimes méritant donc un traitement confidentiel. Cependant la connaissance par des tiers se révèle indispensable en cas d’urgence comme cela peut arriver. Comment s’assurer que les premiers secours disposent de l’ensemble du dossier médical sans que celui-ci soit à la portée du premier venu ?
Une start up californienne, Blockchain Health, propose d’archiver les données médicales des individus travaillant avec des centres de recherches médicaux. Elle travaille sur un dossier médical partagé, sécurisé mais accessible grâce au système de smart contracts que la personne aura mise en place avant.
On pourrait aussi envisager un accès au dossier médical via la blockchain en ayant recours à un système de multi-signatures qui permettrait d’ouvrir le dossier grâce aux signatures conjointes du médecin et du patient. Ces signatures seraient des clefs privées donc infalsifiables. C’est tout cas ce qui motive le projet Enigma en cours de développement au MIT qui vise plus généralement à la protection des données privées.

 

L’automobile
François Stephan, Directeur général adjoint IRT SystemX chez PSA s’est exprimé sur son point de vu lors d’une interview sur BFM Buisness :

“On essaye, on regarde si ça marche ou pas. Le premier cas d’usage qui s’est avéré très intéressant c’est le carnet d’entretien du véhicule.  Aujourd’hui il y a plus de 20% de fraude sur le kilométrage des voitures d’occasion. Et on ne parle là que du kilométrage, il y a aussi toutes les révisions, faites dans tel ou tel garage. Ainsi quand on montre le carnet d’entretien du véhicule l’acheteur n’a pas toujours confiance. L’idée de PSA c’est de mettre ces informations dans une blockchain qui permettrait de partager l’information entre tous les acteurs : les garages, les concessionnaires. Des acteurs qui a priori n’ont pas de raisons de se connaître ou de se faire confiance. Et justement la blockchain permet à des acteurs qui ne se font pas confiance de se faire confiance. Grâce à la blockchain on peut donc certifier ces informations. L’impact business c’est que l’on augmente la valeur de revente du véhicule, et PSA peut revendre sa voiture neuve plus chère.”

 

Le paiement
Il existe déjà de nombreux commerces sur internet ainsi que dans le monde physique qui permettent d’acheter via des crypto monnaies. Des modules pour ce type de paiement sont déjà disponible pour les principaux CMS e-commerce : Magento, PrestaShop ou encore WooCommerce qui est un plugin de WordPress. Des API existent aussi comme BitPay et Faucetbox. C’est un phénomène de moins en moins marginal, Monoprix avait étudié l’idée de paiement en Bitcoin en 2014 déjà avant d’abandonner l’idée. Le Monero et le Litecoin ont été récemment adoptés par de nombreux artistes comme moyen de paiement sur leurs plate-formes. Mais c’est l’aéroport de Brisbane qui a créé la plus grande surprise en annonçant la mise en place de paiement via Bitcoin, Ether et Dash non seulement pour acheter des billets d’avion, mais également pour pouvoir payer dans tous les commerces disponibles à l’aéroport.

Il est donc certain que la blockchain, initialement créé comme moyen de paiement se développera de plus en plus dans ce secteur et deviendra de plus en plus populaire.

 

Nous pouvons donc affirmer que la technologie de la blockchain, initialement créé illégalement par ce que l’on nommait à l’époque des hackers devient petit à petit de par ses nombreux avantages la technologie du futur. Nous n’avons fait ici qu’un rapide survol de cas d’usages, il existe notamment déjà Steemit un réseau social basé sur cette technologie et qui permet une rémunération des contributeurs autre que la publicité. Le IOTA est destiné à l’internet des objet, le NEO ou l’EOS au micro-paiements. Le paysage est trop large pour en parler entièrement. Voici cependant une carte présentant l’écosystème des principaux acteurs d’aujourd’hui. Comme toute révolution, la plupart ne sont encore que des projets, et la technologie de la blockchain évoluera cependant encore beaucoup ainsi que ces cas d’usages.

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Jacob Niemiec

 

https://cointelegraph.com/news/blockchain-applications-for-all-walks-of-life
https://www.coindesk.com/5-blockchain-developments-coming-2018/
https://cointelegraph.com/news/worlds-first-cryptocurrency-airport-in-brisbane
http://build.prestashop.com/news/everything-you-always-wanted-to-know-about-prestatrust/
https://www.coindesk.com/american-express-opens-first-blockchain-corridor-ripple-tech/
https://bitcoinmagazine.com/articles/cardano-blockchains-first-use-case-proof-university-diplomas-greece/#1514924918
https://cointelegraph.com/news/alternative-blockchain-uses-elections-product-reviews-and-fraud-prevention
https://www.billboard.com/articles/business/8055119/moreno-cryptocurrency-g-eazy-mariah-carey-merch-sales
https://cointelegraph.com/news/blockchain-shifting-from-internet-of-information-to-internet-of-value
https://start.lesechos.fr/actu-entreprises/technologie-digital/blockchain-5-applications-concretes-et-revolutionnaires-7761.php
https://www.lemondeinformatique.fr/actualites/lire-5-exemples-d-utilisation-de-la-blockchain-66771.html
https://www.7×7.press/7-applications-possibles-de-la-technologie-blockchain

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