#BalanceTonPorc : Twitter, vers une nouvelle justice ?

Léa Mesnier, Lisa Lubac et Eglantine Renault
M1 CMW, Groupe 2

 

“ Les femmes sont des êtres humains. Comme les autres. Nous avons droit au respect. Nous avons le droit fondamental de ne pas être insultées, sifflées, agressées, violées. Nous avons le droit fondamental de vivre nos vies en sécurité. En France, aux Etats-Unis, au Sénégal, en Thaïlande ou au Brésil : ce n’est aujourd’hui pas le cas. Nulle part. “

Tels sont les mots de Caroline de Haas au sujet du harcèlement sexuel, des agressions sexuelles et des viols que les femmes subissent chaque jour. En 2017 en France, 40 400 personnes ont déposé plainte pour violences sexuelles. Ce sujet a récemment pris une place beaucoup plus importante qu’avant au sein de notre société et il semble pertinent d’analyser les tenants et aboutissants liés à ses problématiques.

Pour répondre à ce sujet, nous nous sommes appuyés sur de nombreux articles de journaux qui ont suivis scrupuleusement l’affaire Weinstein et ses retombés, à savoir la dénonciation du harcèlement sexuel par les femmes sur les réseaux sociaux et le renforcement des lois par les gouvernements. Une enquête réalisée par Google Trends nous a également été utile grâce à la publication de chiffres concernant l’importance des hashtags #Metoo et #BalanceTonPorc dans les populations. Enfin, nous avons réalisé deux entretiens sociologiques auprès de personnes de sexe différent afin de pouvoir collecter des données plus significatives et pouvoir comparer les différents point de vue. Nous avons ainsi rencontré Quentin, un étudiant de 23 ans, et Marie-Lou, une étudiante de 20 ans, dont les avis ont été intéressants à analyser.

Dans une société de plus en plus numérisée, nous nous sommes demandé si Twitter, à travers le cas #BalanceTonPorc, a participé à la création d’une nouvelle justice plus sociétale. Pour ce faire, nous verrons en première partie l’historique de la création de ce hashtag, en passant par le cas de Harvey Weinstein et l’effondrement d’Hollywood. Puis en deuxième partie, nous analyserons le réseau twitter comme un support de diffusion de messages féministes. Enfin, nous verrons quelles ont été les conséquences de ce phénomène au niveau de la justice.

PARTIE 1
#BalanceTonPorc, historique de la création

 

  1.  Harvey Weinstein et l’effondrement d’Hollywood

Tout commence lorsqu’une actrice du cinéma américain dévoile avec The New York Times, les agissements plus que douteux d’Harvey Weinstein sur elle. Harvey Weinstein est un producteur américain extrêmement influent à Hollywood entre autre. L’homme de 65 ans, producteur de Pulp Fiction, de Gang de New-York. Personnage très important d’Hollywood, qui assurait à ceux qui lui était proche une jolie carrière (Tarantino par ex.). C’est plus de 80 femmes qui l’accusent de harcèlement et d’agression sexuelle voir de viol. Les révélations ont en grande partie été portées par The New York Times et The New Yorker. Ce dernier a aussi révélé que Weinstein employait des gens pour faire dissuader les victimes de parler. En effet il s’avère que Weinstein aurait souscrit à un contrat d’1,3 millions de dollars avec une société de renseignement privé « Black Cube » pour empêcher des parutions d’articles compromettants sur Weinstein et ses activités, et faire pression sur les victimes en dressant des profils psychologiques. Selon les témoignages des femmes qui ont annoncé publiquement avoir subit les avances de Weinstein, ce dernier les invitait dans un hôtel ou à son bureau pour « discuter de leur carrière » et exigeait un massage ou un rapport sexuel. Plusieurs procès ont commencé, mais suite à ses accusations, il a , entre autre, été renvoyé de la Weinstein Compagny, exclu à vie de l’académie des oscars et de la Ligue des producteurs.

Après la chute d’Harvey Weinstein d’autres stars sont sous le feu de nouvelles accusations: de Roy Price, 50 ans, (maintenant ex) vice président d’Amazon Studio en passant par Kevin Spacey, 58 ans, connu pour son rôle dans House of Card, jusqu’à James Franco, dénoncé le même soir où il a remporté le prix du meilleur acteur dans une comédie aux Golden Globes, la liste continue de s’allonger. Il est vrai qu’Hollywood a toujours connus des rumeurs, des scandales, sans jamais réellement entacher le charisme et la grandeur de ses stars. Mais les récents témoignages d’agressions sexuelles, de viols portent un coup à l’image d’Hollywood et de ses stars. Dès la moindre accusation (sans preuve), les carrières s’effondrent, les contrats sont rompus, la méfiance et la peur de voir son image entachée règne.

Hollywood est donc en pleine transition et on le sent à travers la volonté des stars de s’afficher lors des cérémonies officielles avec un pin’s de l’organisation Time’s up qui défend les victimes d’agressions sexuelles au travail. D’ailleurs, l’humoriste et producteur Judd Apatow appuie cette volonté de changement : “Personnellement je n’aimerais pas consacrer une bonne part de mon activité à collaborer avec des violeurs, des gens qui commettent des agressions sexuelles dans la rue. Nous décidons tous de la façon dont nous voulons gagner de l’argent. Nous décidons de ce qui est éthique.” S’il est vrai qu’il existe une transition avec d’un côté des femmes (comme Rose McGowan) qui accusent des hommes d’agressions ou de viols, il reste cependant une part d’Hollywood (comme Woody Allen -par ailleurs accusé de viol sur sa fille adoptive-) qui s’inquiètent d’une “chasse aux sorcières”. Le fait que les femmes d’Hollywood, ou même en politique (secrétaires etc.) décident de parler, de dénoncer des hommes puissants, influents et riches, a libéré la parole des femmes dans tout le pays, et l’a rendu visible aux yeux de tous grâce au hashtag #metoo, bientôt repris dans le monde entier.

2. #MeToo et #BalanceTonPorc

Les remous d’Hollywood se sont propagés comme une traînée de poudre grâce à plusieurs hashtags (#) devenus viraux sur le réseau social Twitter : #MeToo et #BalanceTonPorc. Le hashtag français #BalanceTonPorc a été lancé le 13 octobre par Sandra Muller, une journaliste française travaillant à New York. Le #MeToo, lui, verra le jour le lendemain et traversera les frontières pour être repris dans le monde entier. Partout, on voit fleurir des tweets des plus simples, arborant parfois seulement le #MeToo.

#BalanceTonPorc, lui, est dans sa substance beaucoup plus polémique car il invite les victimes de harcèlement ou d’agression sexuelle a donner des détails et surtout à dénoncer publiquement l’agresseur ou le harceleur. Il est intéressant ici de comparer les deux hashtags car leurs propagations et leurs impacts sont différents. Pour cela, nous nous appuierons sur les ressources de Google Trends, correspondants aux taux de recherches effectuées sur le moteur de recherche Google, et donc qui reflète l’intérêt des internautes pour un sujet. Le graphique ci-dessous représente le taux d’intérêt dans le monde pour #Metoo (représenté en rouge) et pour #BalanceTonPorc (représenté en bleu) entre le 12 octobre et le 2 novembre.

On voit clairement ici que le #MeToo a suscité beaucoup plus d’intérêt que #BalanceTonPorc dans le monde. La répartition de l’intérêt des internautes dans le monde est visible sur cette carte qui reprend le même code couleur que précédemment : on voit que l’intérêt pour #MeToo est beaucoup plus répandu à l’international que #BalanceTonPorc qui se concentre presque exclusivement en France. 

On note tout de même sur cette carte que certaines régions sont en gris mais en incluant les régions avec un faible taux d’intérêt (entre 1 et 5) on obtient le résultat suivant : 

Cela montre bien l’intérêt mondial de #MeToo comparé à #BalanceTonPorc. Si nous nous concentrons maintenant sur l’intérêt des français à propos des différents hashtags nous récupérons les résultats suivants :

Toujours sur la même période (du 12/10 au 12/11) et avec les mêmes codes couleurs (#MeToo en rouge et #BalanceTonPorc en bleu), le schéma français s’inverse. En effet on voit clairement que l’intérêt pour le hashtag national est de 15 points plus fort et de manière générale, toujours supérieur au hashtag international.

Dynamique des deux hashtags sur les dix premiers jours de médiatisation du sujet

Sur le graphique précédent, les données sont basées sur le nombre de tweets utilisant les deux hashtags sur les dix premiers jours. En comparant les données présentées par Google Trends et le nombre de tweets émis, nous pouvons constater une similitude entre les différentes courbes qui confirme donc l’ampleur de ce phénomène. L’importance de #MeToo réside dans le fait que plus de 2 050 000 tweets ont été émis de partout dans le monde. C’est donc l’aspect universel et collectif du problème de harcèlement que le hashtag révèle au yeux du monde. Le harcèlement est tellement présent dans notre quotidien que les femmes ont finit par l’intégrer et le banaliser.

Avec #BalanceTonPorc on voit que le comportement des femmes change, elles passent de la honte à la colère et ne se sentent plus responsable de ce qui leur est arrivé. C’est ce changement de perception du harcèlement sexuel qui permettra de changer le système dans lequel nous vivons, où les hommes agissent en toute impunité. Le changement de statut des femmes que révèlent les différents hashtags a donc fait réagir au delà de Twitter. En effet le sujet de société a été pris au sérieux par l’ensemble de la sphère politique française. Au moment où #BalanceTonPorc est le sujet récurrent des médias, Marlène Schiappa (secrétaire d’état chargée de l’égalité homme femme au gouvernement) annonce un projet de loi pour renforcer la législation autour du harcèlement sexuel, notamment dans la rue. #BalanceTonPorc provoque donc une succession de réactions de la part des politiques et personnalités françaises : si l’actrice Isabelle Adjani approuve le mouvement #BalanceTonPorc : “Laissons savoir à ces messieurs les harceleurs que [les femmes] sont toutes libres de baiser, libres d’avorter. Et libres de parler!”, Elisabeth Lévy, directrice de rédaction de Causeur le dénonce en ces mots: “[BalanceTonPorc] le dernier gadget idéologique à la mode qui confonds parole libérée et dénonciation”. Ces différents hashtags provoquent le débat sous d’autres angles.

En effet, « l’activisme hashtag » ne fait pas l’unanimité : beaucoup y voient une indignation virtuelle sans suite, où les gens n’ont aucune intention de s’engager autrement qu’en tweetant. Mais c’est loin d’être inutile car cela permet de faire prendre conscience aux autres internautes d’un problème souvent ignoré, tabou, et donc de le rendre visible aux yeux de tous. Il induit qu’à présent plus personne ne peut l’ignorer. Néanmoins, selon une journaliste du média Junkee de Sydney, les hashtags #MeToo et #BalanceTonPorc ne sont pas nécessairement une bonne initiative car ils posent un problème de fond. Le fait est qu’on demande aux femmes de régler un problème (le harcèlement et les agressions sexuelles) qu’elles n’ont pas créé, mais qui est dangereux pour elles. Selon cette journaliste, les femmes n’ont pas a exhiber leurs blessures pour être prises au sérieux: d’abord elle subissent les violences, puis elles en souffre et ensuite elles doivent les montrer, en parler, pour que peut-être, les choses avancent, et que les hommes modifient leurs comportements vis à vis des femmes.

On peut résumer sa pensée par une citation d’un passage de son article: “Appelez moi lorsqu’il y aura un #MeToo pour les hommes qui ont harcelé, agressé ou violé. Ou pour ceux qui font des blagues déplacées sur la question des violences sexuelles ou ont fermé les yeux quand leurs amis ne se conduisent pas correctement. Appelez-moi quand il y aura un #MeToo pour les vrais responsables.”

3. Le retournement contestataire : le cas Deneuve

Après que #MeToo et #BalanceTonPorc ont remué le débat de société, éclipsant les avis contestataires, une centaine de femmes (dont Catherine Deneuve) décident de signer une tribune écrite par Sarah Chiche (écrivaine, psychologue clinicienne et psychanalyste), Catherine Millet (critique d’art, écrivaine), Catherine Robbe-Grillet (comédienne et écrivaine), Peggy Sastre (auteure, journaliste et traductrice), Abnousse Shalmani (écrivaine et journaliste) qui sera publié dans le journal Le Monde le 09 janvier 2018 dans la section « Débat ».

Cette tribune prend le contre-pied des avis comme ceux exprimés à travers les #MeToo et #BalanceTonPorc : elle défend une liberté d’importuner au nom de la liberté sexuelle. La tribune évoque plusieurs points:

Tout d’abord, les signataires saluent la prise de conscience de la société à propos des violences sexuelles faites aux femmes : « A la suite de l’affaire Weinstein a eu lieu une légitime prise de conscience des violences sexuelles exercées sur les femmes, notamment dans le cadre professionnel, où certains hommes abusent de leur pouvoir. Elle était nécessaire. » Ensuite elles dénoncent la campagne de délation entraînée par les hashtags, les accusations publiques sans procès équitable qui ont, selon les signataires, déjà fait des victimes pour “avoir touché un genou, tenté de voler un baiser, parlé de choses « intimes » lors d’un dîner professionnel ou d’avoir envoyé des messages à connotation sexuelle à une femme chez qui l’attirance n’était pas réciproque.”  Elles évoquent aussi une vague de censure dans l’art et l’écriture, ainsi qu’un projet de loi en Suède visant à imposer un consentement explicitement notifié avant tout rapport sexuel :  « Là, on censure un nu d’Egon Schiele sur une affiche ; ici, on appelle au retrait d’un tableau de Balthus d’un musée au motif qu’il serait une apologie de la pédophilie ; » Selon les signataires, les femmes peuvent faire la différence entre une agression sexuelle et de la “drague maladroite”, et ainsi passer au dessus d’actes sexuels non-désirés, en les considérant comme « l’expression d’une grande misère sexuelle ». La tribune évoque ensuite l’éducation des jeunes filles pour ne pas se laisser intimider ou culpabiliser : «  nous estimons qu’il est plus judicieux d’élever nos filles de sorte qu’elles soient suffisamment informées et conscientes pour pouvoir vivre pleinement leur vie sans se laisser intimider ni culpabiliser. » Pour finir, elles appuient sur la séparation du corps et de l’esprit pour mettre en avant que l’atteinte au corps d’une femme ne doit pas forcément atteindre sa dignité.

Le lendemain, soit le 10 janvier 2018, une trentaine de femmes issues des milieux féministes signent une réponse à cette tribune, rédigée par Caroline de Haas. Cette dernière s’attache à démonter, point par point, l’intégralité de la tribune publiée dans Le Monde. Elle commence par évoquer les levés de boucliers à chaque avancée dans le droit des femmes par peur d’entrer dans l’excès. Pour cela elle rappelle l’état des lieux en France concernant les violences sexuelles en pointant ce point comme un excès. Elle insiste aussi sur l’importance du langage dans une société et a quel point il peut modifier les mœurs et les comportements : « Le langage a une influence sur les comportements humains : accepter des insultes envers les femmes, c’est de fait autoriser les violences. La maîtrise de notre langage est le signe que notre société progresse. ». Caroline de Haas met ensuite l’accent sur le fait que la tribune mélange drague et violence et indique donc la différence : « D’un côté, on considère l’autre comme son égal.e, en respectant ses désirs, quels qu’ils soient. De l’autre, comme un objet à disposition, sans faire aucun cas de ses propres désirs ou de son consentement. » Elle reprends aussi l’argument selon lequel il faudrait éduquer les jeunes filles et le retourne en questionnant sur l’éducation des hommes qui sont les seuls responsables de comportements inappropriés : « Quand est-ce qu’on posera la question de la responsabilité des hommes de ne pas violer ou agresser ? Quid de l’éducation des garçons ? ». Elle insiste par ailleurs sur le milieu social auquel appartiennent les femmes qui ont signé la tribune. En effet cette dernière semble n’avoir pour but que de protéger les hommes du même milieu social qu’elles. Pour finir la réponse de Caroline de Haas à cette tribune finit sur cette note : « Les porcs et leurs allié.e.s s’inquiètent ? C’est normal. Leur vieux monde est en train de disparaître. Très lentement – trop lentement – mais inexorablement. Quelques réminiscences poussiéreuses n’y changeront rien, même publiées dans Le Monde. »

Grâce à l’ensemble des faits évoqués précédemment, nous pouvons clairement comprendre l’importance du sujet de société qu’est le harcèlement sexuel, les agressions sexuelles et le viol. Ce sujet est international, universel et doit être pris au sérieux. Nous allons donc voir en quoi Twitter a permis de libérer la parole des femmes et de faire en sorte qu’elle soit écoutée.

PARTIE 2
Le réseau Twitter, un support de diffusion de messages féministes

 

  1. Twitter, une plateforme sociale à l’écoute des tendances

Twitter, un réseau social créé en 2006 par quatre américains, permet à un utilisateur de poster gratuitement de brefs messages sur son compte. Dans le cas où ce dernier est public, ces tweets sont visibles par tout à chacun et peuvent susciter de l’interaction. Le fonctionnement de cette plateforme est simple : l’utilisateur écrit un tweet qui peut être aimé, re-tweeter – c’est-à-dire être partagé sur un autre compte – ou créer une discussion lorsqu’un autre utilisateur y répond. A ses débuts, Twitter avait pour vocation de permettre à ses utilisateur de partager leurs petits moments de vie, des plus anodins au plus importants, avec leurs amis. Afin de garder contact et de voir apparaitre les tweets des autres utilisateurs dans sa page d’accueil, le tweetos (l’utilisateur de Twitter) a la possibilité de se lier d’amitié avec eux en s’abonnant à leurs comptes. De nombreuses célébrités se sont inscrits sur Twitter et comptent des millions d’abonnés, souvent des fans, qui souhaitent se tenir informer de l’actualité de leur idole. Par exemple en ce début 2018 Katy Perry compte 108 millions d’abonnés et l’ancien président des Etats-Unis, Barack Obama, en compte 99 millions ! La portée des messages postés par ces utilisateurs aux milliers d’abonnés est donc très grande et peut parfois entraîner de grands débats comme ce fut le cas avec l’affaire Weinstein.

Progressivement, le réseau social se développe et permet à l’utilisateur d’intégrer dans ses messages des hashtags (ou mot-dièse). Ce sont des mots ou abréviations qui permettent de classer le message dans une catégorie afin que les utilisateurs puissent avoir accès à tous les messages postés dans la catégorie du hashtag. Par exemple, le Follow Friday ou #FF était une grande tendance qui avait émergé sur Twitter à ses débuts et qui consistait à indiquer chaque vendredi, des comptes Twitter que l’utilisateur souhaitait recommander aux abonnés de son fil. Si certains hashtag se sont essoufflés au fil du temps, des centaines d’autres sont créés ou alimentés chaque jour, certains devenant même des hashtag référents. Chaque jour, Twitter indique les #TT ou les Trending Topics (les sujets tendances). De ce fait, les utilisateurs ont accès facilement à ces hashtag et aux messages qui y sont associés – souvent relatifs à l’actualité – ce qui facilite leur alimentation et leur propagation. C’est de cette manière que #MeToo aux Etats-Unis et #BalanceTonPorc en France ont attirés l’attention et ont eu une telle influence sur les populations.

Le 13 octobre dernier, Sandra Muller, une journaliste française de la Lettre de l’audiovisuel qui vit aux Etats-Unis, crée le hashtag #BalanceTonPorc suite aux retentissements de l’affaire Weinstein et de la prise de parole de nombreuses célébrités américaines sur le sujet. Inspirée de leur courage, elle poste sur Twitter un premier message général suivit d’un second beaucoup plus personnel où elle applique son hashtag.

Rapidement, de nombreux autres messages sont tweetés sur la plateforme avec le hashtag #BalanceTonPorc. Les femmes libèrent la parole et dénoncent sur Twitter en 280 caractères, les actes et les paroles d’un homme qu’elles jugent avoir été grossier. Si la véracité de certains messages est à prendre avec des pincettes, d’autres sont de réels dénonciation aux propos souvent violents et choquants, accompagnés du nom de l’agresseur. Ce mouvement a pris une telle ampleur que Sandra Muller a été nommée dans le magazine Time comme personnalité de l’année 2017 au côté de quelques actrices américaines telles qu’Ashley Judd, Alyssa Milano et Rose McGowan. Cette reconnaissance, Sandra Muller l’apprécie à sa juste valeur mais n’oublie pas moins de préciser que si elle a été l’ambassadrice de ce mouvement, celui-ci a pu se déployer uniquement grâce aux personnes qui y ont participé : « Moi, j’ai écrit 14 lettres : balance ton porc. J’ai créé un canal et ce sont celles et ceux qui ont témoigné qui ont créé le mouvement. Ce qui est super, c’est que dorénavant on prend plus facilement les femmes au sérieux. On écoute davantage les victimes. Et c’est la même chose pour moi. Quand je parle on m’écoute maintenant alors qu’avant, quand je parlais, on ne m’écoutait pas. » Pour Marie-Lou, #BalanceTonPorc a été libérateur pour les femmes et a agis comme un signal d’alarme auprès des hommes qui ne s’attendaient peut-être pas à voir autant de témoignages autour de cette problématique :

« Ce hashtag est utile parce qu’il a suscité des réactions qu’elles soient positives ou négatives, donc ça veut dire qu’il a fait réagir sur un sujet, un problème particulièrement grave et donc il y a des femmes qui ont pu voir qu’elles n’étaient pas toute seule et ça c’est cool. Enfin c’est horrible parce que ça veut dire qu’il y en a plein mais voilà, ça a libéré la parole des femmes et en même temps ça a montré aux mecs qu’en fait ben ah ! Il y a plein de mecs qui sont des gros batards ! (rires) On en est quasi toutes victimes, enfin pas forcément d’agression mais en tout cas de harcèlement. Mais par contre de l’autre côté il y a des mecs qui sont en mode « ouais, vous dénoncez des mecs ! C’est pas bien de dénoncer des gens ! Vous faites de la délation ! » Bon ok… mais du coup voilà, même si ça a eu des réactions positives et négatives ben c’est utile parce que ça a fait réagir sur un sujet grave. »

Ainsi, ce hashtag, en plus de donner la parole aux femmes, a légitimé celles-ci en affichant la réalité sur un réseau social public : des centaines de femmes se font harceler sexuellement ou agresser sans qu’aucun homme ne soit puni de ces actes ou de ces paroles.

  1. Le hashtag libérateur

#BalanceTonPorc a ainsi permis aux femmes de se libérer, de parler et de dénoncer librement leur harceleur. Ce hashtag a mis en lumière un véritable problème de société encore tabou. Souvent dans ces situations, les victimes ne savent pas quel est le bon comportement à adopter : faut-il en parler autour de soi ou faut-il se taire et faire profil bas ? Généralement, les femmes adoptent plutôt la deuxième option. Dans une étude du Défenseur des droits, parue en 2015, on y apprend que « c’est plus de 70 % des cas de harcèlement sexuel au travail qui ne sont pas transmis à la connaissance de l’employeur, et dans 45% des femmes ayant dénoncé leur harceleur estiment que cela a eu des conséquences négatives pour elles. En dernier lieu, seuls 5% des situations décrites comme harcèlement ont donné lieu à un procès. » D’ailleurs pour Quentin, le hashtag a eu un réel impact sur les femmes et leur vision du harcèlement :

« Si elles en parlent autour d’elles, je pense que c’est principalement avec leur entourage proche qui peut aussi en parler avec d’autres personnes mais je ne pense pas qu’elles aillent le crier sur tous les toits quoi. Du coup c’est en ça que le hashtag les aide, parce qu’il a fait sentir aux femmes qu’elles avaient le droit et le devoir d’en parler, que ça ne devait plus rester un tabou. »

Grâce à ce mouvement né sur Twitter, les femmes ont dorénavant un lieu d’exutoire. Elles ont la possibilité de partager librement leurs peines, leurs colères et leurs agresseurs sur le réseau social afin de dénoncer l’homme qui les a harcelées. Dans le tweet exemple posté par la fondatrice du hashtag, le nom du harceleur est donné. Elle le met clairement en avant et donne même le poste qu’il occupe. Avec #BalanceTonPorc, on ne dénonce pas seulement des paroles mais également la personne ! Si les victimes se contentaient de partager seulement les mots qui les ont fait se sentir harcelé, cela aurait moins d’impact car aucune personne ne serait directement visée, il s’agirait d’un harceleur parmi d’autres. Or ici, les victimes sont invitées à révéler l’identité du harceleur de manière à l’exposer publiquement. Mais le font-elles réellement ? Pour la grande majorité des tweets, non. Et pour cause, Sandra Muller explique qu’« en ce qui concerne les dénonciations, c’est beaucoup plus compliqué en France qu’aux Etats-Unis. C’est très mal vu de dénoncer quelqu’un en France. » Le Ministre de l’Economie Bruno Le Maire a partagé cet avis sur France Info en proclamant que « la dénonciation ne fait pas partie de mon identité politique. » C’est bien tout le problème du pays. Sans dénonciation, qui accuse-t-on ? Si les femmes n’osent pas révéler une identité précise, elles dévoilent cependant quelques indices tels que le poste de l’homme en question ou le contexte :

De nombreux tweets sur #BalanceTonPorc sont similaires à ces derniers. Le harceleur est dénoncé en creux et seulement quelques personnes qui connaissent la victime peuvent deviner son identité. Alors comment peut-on expliquer l’importance et l’impact de ce mouvement alors qu’aucun harceleur n’est personnellement visé ? La réponse est simple : les femmes, loin d’être entendues par la justice française – et qui n’osent parfois pas en parler – ont trouvé en Twitter un moyen de se faire entendre. Le hashtag #BalanceTonPorc apparait presque comme un tribunal populaire où chaque victime est invitée à « balancer » son « porc » dont les propos et les actes deviennent publiques. On dénonce son harceleur, on commente les tweets des autres victimes et on partage leur triste expérience en re-tweetant le message sur son fil d’actualité. Une réelle solidarité s’est instaurée sur le réseau social où chaque victime reçoit des encouragements et des félicitations pour sa dénonciation, et où chaque harceleur est lynché et parfois vivement insulté. De ce fait, Twitter permet de créer une forte cohésion entre les victimes qui tweetent sur le hashtag #BalanceTonPorc dont un engagement important sur le réseau social en découle.

  1. Quand les médias s’en mêlent

De plus, Twitter possède une large capacité de diffusion. Le système de retweet donne la possibilité à un usager de faire apparaitre un tweet qui l’intéresse posté par un autre utilisateur directement sur son profil. Les personnes qui le suivent verront alors ce tweet dans leur fil d’actualité et pourront à leur tour le retweeter.  Cette méthode permet de créer une boucle de retweet et ainsi d’augmenter la visibilité de ce dernier. Plus le message a été retweeté, plus il est jugé important par les utilisateurs et sera alors pris en compte. La diffusion de certains tweets est parfois virale ! Prenons l’exemple du tweet de l’américaine Ellen Degeneres qui a posté un selfie de plusieurs célébrités durant les oscars et qui a récolté en quelques heures plusieurs millions de retweets, plaçant la photo parmi les tweets les plus retweeté de l’histoire de Twitter. Le réseau social peut donc avoir une influence importante et ce n’est pas sans la connaître que Sandra Muller s’est servie de Twitter pour faire passer son message.

L’engouement du mouvement #BalanceTonPorc est si grand que le hashtag et son contenu dépassent les frontières d’Internet et du réseau social pour être repris dans les médias traditionnels. Dans les journaux, à la télévision ou à la radio… pas un seul média n’est passé à côté de ce nouveau phénomène de société. Et pour cause, il a relancé le débat de l’égalité homme-femme et de la question du harcèlement sexuel au travail qui sont des sujets parfois tabous en France et dont ses habitants sont relativement divisés. Si certains pensent qu’il s’agit d’une lutte féministe et que #BalanceTonPorc va trop loin dans la dénonciation, d’autres en revanche considère ce hashtag comme un réel problème de société dont les femmes se libèrent. Les médias traditionnels semblent être dans cette affaire, un relais de ce qui se passe sur le réseau social pour le grand public. Ils exposent ce qui se passe sur Twitter en montrant les tweets postés sur le hashtag, intensifiant d’autant plus le phénomène que celui-ci s’étend au-delà d’Internet. La France entière est informée de ce mouvement de dénonciation et que l’individu soit présent ou non sur le réseau social, il ne peut pas fermer les yeux sur cette agitation et y prend part, qu’il le veuille ou non.

  1. Paye ta shnek : du trash sans dénonciation

Twitter n’est pas le premier réseau social utilisé pour dénoncer le harcèlement sexuel envers les femmes. En 2012 Anaïs Bourdet, une graphiste marseillaise, lance le blog Paye ta shnek sur Tumblr où elle expose des témoignages de harcèlement sexiste dans l’espace public qu’elle a pu recueillir auprès de victimes féminines. L’ensemble de ces témoignages ont un vocabulaire graveleux et parfois très malsain. La présentation est simple : les propos sexistes sont mis en avant en gros caractère, suivit d’un lieu et du contexte.

« Toi tu vas te faire violer. » Rennes — Un homme à vélo, qui me lance ça sans même ralentir.

« Mademoiselle je ne peux pas baisser le prix! Tout ce que je peux baisser c’est mon pantalon. » Villeneuve d’Ascq — Le gérant d’une boutique, fier de ses propos.

« Est ce que je peux te cracher dans la chatte ? » Angers — Il était minuit, je longeais la ligne de tram pour rentrer chez moi. Un homme m’a posé cette question après m’avoir abordée et demandé très poliment s’il pouvait me demander un service.

« Alors, tu t’enfuis? Dommage t’étais bonne pourtant ! » Paris — je suis seule dans le métro, sur la ligne 11 un homme d’à peu près 50 ans me colle et tente des gestes déplacés. Quand je sors du métro, il me crie ceci.  J’ai 13 ans.

Ce dernier cas nous montre bien qu’il n’y a pas d’âge pour subir ce genre de propos et que le harcèlement de rue touche toutes les femmes, toutes générations confondues. Sur Paye ta shnek, contrairement à #BalanceTonPorc, aucun homme n’est directement visé. Le harceleur comme la victime restent anonymes. Le but de ce site est simplement de dénoncer le sexisme et la violence des paroles. En fait, « ces plates-formes ont en commun d’attirer l’attention des médias au moment de leur création, en proposant un catalogue d’expériences dont on ignorait jusqu’ici la répétitivité et la violence. » Clémence Pajot, directrice du centre Hubertine-Auclert, l’observatoire de l’égalité hommes-femmes en Ile-de-France, note que « l’avantage indéniable de ces plates-formes, c’est qu’elles permettent une prise de conscience à la fois de la masse et de la diversité des situations vécues. » Elle ajoute : « On parle de libération de la parole, mais c’est moins une question de liberté que de visibilité. Les femmes ont toujours eu des difficultés à faire entendre leur voix, même quand elles parlent. Internet permet que les témoignages soient entendus, sans être remis en cause. » Pour asseoir cette visibilité, Paye ta shnek poste sur sa page Facebook en 2017 un tableau qui recense les comportements de drague, de harcèlement et d’agression :

Le site explique que « la différence entre drague et harcèlement, c’est tout simplement le consentement. Et pour s’assurer du consentement d’une personne, il suffit de lui poser la question, et de respecter sa réponse si elle est négative. La drague, c’est un jeu qui se pratique à deux. Le harcèlement, lui, s’impose d’une personne sur une autre. » Cette définition pourtant simple ne semble pas être assimilé par tous au vu du nombre de personnes qui se font harceler sexuellement.

S’il s’agit souvent de messages féminins qui dénoncent un homme sur les réseaux sociaux, il ne faut pas oublier que certaines femmes sont également à l’origine de harcèlement. Même si le hashtag sur Twitter a été repris exclusivement par des femmes et soulève la question du harcèlement de rue bien souvent subie par ces dernières, les hommes sont, en théorie, également concernés par #BalanceTonPorc. Selon une enquête publiée en 2016 par l’Institut national d’études démographiques (INED) et intitulée « Violences et rapports de genre » (Virage) environ 600 000 femmes pour 200 000 hommes seraient victimes de violences sexuelles chaque année. Alors comment expliquer que ce mouvement se soit propagé comme une traîné de poudre chez les femmes et que l’initiative n’ait pas été reprise par les hommes ? Quentin a un avis bien tranché sur la question :

« Je ne pense pas que nous les hommes on voit le harcèlement de la même manière que les femmes. Enfin, je pense qu’on a une perception différente de la chose parce qu’on est plus fort, plus viril… il y a cet espèce de mythe de l’homme et de la masculinité en fait qui fait qu’on se sent peut-être moins en danger quand on est dans la rue par rapport aux femmes qui peuvent plus facilement craindre d’une agression. Même si ça arrive aussi surement pour les hommes ! Mais… je pense que du coup, si un homme se fait harceler, déjà sa limite du harcèlement ne sera surement pas la même que celle de la femme donc il ne verra peut-être pas la chose sous cet angle, pour lui ce ne sera pas du harcèlement, enfin tout dépend le degré bien sûr, mais il se sentira peut-être plus dragué et flatté que harcelé. Donc finalement il n’y a pas de raison d’en faire un mouvement comme #BalanceTonPorc. Et puis même s’il y avait cette raison, à cause de ce mythe de la masculinité, je ne suis vraiment pas sûr que les hommes seraient prêts à faire la même chose. »

Comme il le souligne, la question de la limite du harcèlement sexuel est propre à tout à chacun. D’un simple regard à un attouchement, les femmes et les hommes ne percevront pas les mêmes gestes de la même manière. Cette problématique soulève alors l’aspect juridique de la chose car comment condamner un harceleur sur simple déposition verbale ? C’est une des principales attentes des victimes de #BalanceTonPorc qui espèrent, grâce à l’impact de ce hashtag, permettre la création de nouvelles lois par le gouvernement pour que justice soit faite au sujet du harcèlement sexuel.

PARTIE 3
Les répercussions de #BalanceTonPorc

 

  1. Justice : Etat des lieux du traitement judiciaire du viol en France

En 2014, il y a 90 000 victimes estimées de viols sur des majeurs en France, 5588 plaintes déposées et 1318 condamnations. On voit clairement un énorme décalage et c’est alarmant. En effet, pourquoi un tel décalage ? Nous avons demandé à Marie-Lou son avis au vu de ces chiffres :

“Je les trouve horrible ça me fait chier que ce soit comme ça et ce qui me fait chier à côté c’est qu’on dise oui les meufs peuvent accuser n’importe qui de viol, c’est vite arrivé une condamnation, une accusation frauduleuse, enfin s’il y a 90 000 victimes estimées que y a que  5000 plaintes et qu’on a que 1 000 qui sont prisent en compte, et encore je me dis à quel heure vous croyez que vous risquez quelques choses les mecs, il y a tellement peu de prise au sérieux des meufs. Quant au viol c’est horrible, on les prend direct pour des menteuses, on met leur parole en doute, ça me fait chier”

Moins d’un cas sur cinquante de viol aboutit à une condamnation. Bien sûr, ces chiffres ne peuvent pas représenter à l’exactitude la réalité des faits et ne sont pas fixes et définitifs. La violence sexuelle est vraiment un sujet sensible et tabou. Pourquoi avons-nous environ 17 fois moins de plaintes déposées que de victimes estimées ? Pourquoi ce tel décalage ? Le rapport mondial de Plan International Canada “Entendez nos voix”  expose les difficultées auxquelles les femmes font face tous les jours dans le monde. D’après ce rapport, “Certaines filles éprouvent un sentiment de honte ou se sentent ridiculisées par les garçons[…]” Ce sentiment de honte à l’air d’être très présent. Une femme a partagé sur le site madmoizelle “Je ne veux pas qu’on me regarde comme une victime, car je ne veux pas engendrer la pitié dans mon entourage, c’est pourquoi beaucoup ne savent rien de ce qui m’est arrivé.”  On ressent donc une honte, une peur et un besoin de courage. De plus, la longueur de l’instruction et du déroulement du procès rendent un sentiment d’impossibilité d’achèvement. Sur le forum Aufeminin, le sujet des “violences conjugales : pour celles qui ont porté plainte” rassemble des femmes qui racontent leurs dépôts de plaintes. On voit beaucoup de détresse et énormément d’attente suite à cela et certaines d’entres elles ont attendus environ 5 à 7 mois pour une convocation mais qui est parfois restée sans réponse…

Une autre raison possible de ce décalage est la peur des représailles de l’auteur ou de la décrédibilisation de leur propre témoignage. D’autant plus que le viol n’est pas un crime facile à prouver, que l’accusation repose sur les déclarations de la victime et que c’est la parole de la victime contre tous. Il y a clairement un besoin de changement, et la justice et les mesures prises ne sont pas irréprochables. Selon l’article 222-22 du code pénal : « constitue une agression sexuelle toute atteinte sexuelle commise avec violence, contrainte, menace ou surprise. », mais est ce que cela est suffisant ou assez clair ?  Pour Marie-Lou, il n’y a pas vraiment de justice, mais elle n’attend pas plus et ce qu’elle souhaite vraiment c’est que les hommes se comportent mieux :

“Moi je trouve qu’il y a rien, là je crois qu’ils ont commencé à dire on va verbaliser le harcèlement dans les transports, vous m’expliquez comment vous allez faire ? Et  puis je trouve ça pourri car on a pleins de témoignages de meufs qui disent que la police ils s’en battent les couilles quand elles vont porter plainte que les policiers disent : ouai euh vous étiez habillée comment ? il était quel heure? vous traîniez où ? on peut rien faire.. Et voilà, j’ai l’impression qu’il n’y a rien, j’attends pas du tout de l’état ou de la justice de l’aide en fait mais moi ce que j’aimerais c’est que les mecs se comportent mieux et j’ai pas du tout l’impression que ça va passer par la justice. Enfin, il faut que ça passe par la justice, mais pour l’instant j’ai l’impression qu’il se passe pas grand chose d’intéressant, c’est pas en disant mettez du rouge le 8 mars que ça va bouger”

De 2011 à 2014, il y a une hausse des plaintes pour violences sexuelles en France métropolitaine. En effet, en 2011, on recensait environ 24 000 plaintes contre environ 31 000 en 2014. Par ailleurs, les dernières statistiques du ministère de l’Intérieur montrent, en 2017, une hausse des plaintes pour viols (+ 12 %) et agressions sexuelles (+ 10 %) par rapport à 2016. De plus, cette hausse est particulièrement forte en fin de 4ème semestre.  Cette élévation est parfaitement en cohérence avec la période du #BalanceTonPorc. Les femmes osent plus à porter plainte. Certes, cela peut être un bon début mais est-ce que les choses changeront vraiment ?  Marie-Lou pense que ce hashtag a donné une sorte de prise de conscience de la part des femmes, mais que le comportement des hommes n’a pas réellement changé :

“Ça a donné de la force aux femmes entres elles et “c’est pas normal si je subis ça” mais là comme c’est rendu public un truc pareil, aux yeux de tout le monde c’est plus honteux d’aller porter plainte. C’est plus un mouvement des femmes pour les femmes et le comportement des hommes n’a pas depuis changé.“

2) Entre politique et célébrités : Le cas Gérard Darmanin

Ce phénomène a donc touché le monde du cinéma avec Harvey Weinstein et certains autres. Des déclarations sur des personnes connues commencent de plus en plus à être dévoilées. Cependant, est-ce que c’est suffisant ? Est-ce qu’elles sont vraiment touchées ? Est-ce que ces déclarations sont vraiment prises en compte ? Marie-Lou a un avis bien clair sur le jugement des célébrités et des hommes en général :

“A part Weinstein, parce qu’il y a eu pleins d’acteurs et d’actrices connus qui l’ont dénoncés. Je connais pas beaucoup d’hommes célèbres dont la carrière a été mise à mal pour des accusations de harcèlement ou d’agression, peut-être Bill Cosby un peu et encore, non il fait des conférences sur la défense masculine, le mec gagne encore de la tune. Vraiment Weinstein à mon sens c’est une sorte de première au niveau éco donc je me dis ouais on a raison, les meufs ont raison, elle sont pas en train de se venger, elles font rien d’illégal. Elles font flipper les mecs en question parce que forcément “ah oups tu feras gaffe mais t’as fait de la merde”, les mecs ils assument pas. Ce que font juste les femmes c’est de raconter ce qu’elles ont vécus. Je ne suis jamais étonnée qu’un mec ait été violent et c’est ça qui est triste. A chaque fois qu’il y a un témoignage de plus, t’es désabusé quoi. On est en sécurité nulle part, on va devoir toujours faire face. Dans n’importe quel milieu il y aura un mec qui va vouloir abuser de toi”

Par ailleurs ce phénomène a touché aussi le monde politique. Le parquet de Paris a ré-ouvert une enquête sur Gérald Darmanin, homme politique français et ministre de l’Action et des Comptes publics. Sophie S., une ex call-girl l’a accusé de l’avoir violée en 2009. Cette plainte avait déjà été porté devant la justice en 2017, cependant elle avait été classée sans suite. Sophie S. a donc de nouveau porté plainte et a provoqué la réouverture du dossier. Que s’est t’il passé plus précisément ?

Tout d’abord, cette dernière a été condamnée en 2004 pour chantage et menace de crime à 15000 de dommages et intérêt et 10 mois de prisons. Le but pour Sophie S. était de récupérer l’argent que son compagnon lui aurait dérobé. Puis en 2009, sympathisante de l’UMP rencontre Gérald Darmanin. Selon le mari de la jeune femme, Gérald Darmanin aurait fait des promesses à Sophie S. Des promesses qui étaient l’envois de lettres au ministère de la Justice dans le but d’appuyer sa demande afin d’obtenir une révision du dossier. Ensuite, Gérard Darmanin l’aurait alors invité à dîner à la cantine des politiques “Chez Françoise”. Un relevé de compte de la jeune femme confirme qu’elle a effectivement effectué une transaction bancaire le 17 mars 2009 ‘Chez Françoise’ : “Gérald Darmanin – me dit qu’il va faire le maximum. Je suis aux anges. A un moment, il s’approche de moi, il met sa main sur la mienne : ‘Il va falloir m’aider vous aussi’. (…) Je ne suis pas une gamine, j’ai compris tout de suite.” Sophie S. explique alors qu’elle a dû l’accompagner dans un hotel et quelle n’avait pas le choix : « Hélas, constatant que l’acte était toujours ‘au programme’, (…) malgré tous ces détours, elle avait dû finir par s’y plier ». Maintenant, c’est la police judiciaire qui doit déterminer si il y a bien eu une relation sexuelle non consentie entre Gérald Darmanin et Sophie S. Après cela, la décision revient au parquet qui devra annoncer s’il n’y a pas eu d’infraction s’il faut poursuivre Gérald Darmanin. Peut-être que grâce au #BalanceTonPorc il y aura d’autres déclarations venant d’autres personnes, mais peut-être que le dossier lui-même sera plus étudié.

3) Projet de lois : « violences sexuelles et sexistes »

Marlène Schiappa, secrétaire d’État à l’Égalité entre les femmes et les hommes, annonce un projet de lois “contre les violences sexiste et sexuelles“. Ce projet de loi devrait « acter l’allongement » des délais de prescription pour les crimes sexuels sur mineurs c’est-à-dire de porter le délais à 30 ans au lieu de 20 actuellement. Elle explique que cet allongement pourrait donner plus de chance a la parole des victimes : « Devenir parent peut agir comme un révélateur. On sait aussi que le fait d’avoir des enfants du même âge que soi au moment où l’on a été abusé peut libérer la parole ». Cette loi vise aussi à « instaurer un non-consentement présumé » des enfants en matière de relations sexuelles, c’est-à-dire de fixer un âge en-dessous duquel un enfant ne pourra pas être présumé consentant à un acte sexuel. Et enfin, ce projet de loi pour 2018 devrait aussi porter sur le harcèlement de rue. Revient la question de la limite du harcèlement. Marlène Schiappa exprime que la société doit redéfinir ce qu’elle accepte ou non. Selon Quentin, les limites du harcèlement sont difficiles à définir :

Je pense que ça va être très compliqué parce que pour mettre des lois en place comme ça il faut mettre des limites. On peut pas vraiment mettre de limites fixes, chaque personne a des limites différentes au niveau du harcèlement, chaque personne va juger des actes différents, du fait de son histoire du contexte ou de la personne”

Finalement, nous aurons vu comment est traité le viol et les agressions sexuelles par la justice française, les réactions de la sphère politique au hashtag #BalanceTonPorc, ainsi que les nouveaux projets de lois du gouvernement. Ces faits nous montrent bien la résonance et les limites de #BalanceTonPorc au sein de notre société.

CONCLUSION

Finalement, la perception de Quentin et Marie-Lou concernant #BalanceTonPorc ne diffère pas tant que cela. Tous deux s’accordent à dire que le hashtag a permis aux femmes de pouvoir parler plus librement et a pointé un bien triste aspect de la société. Homme comme femme, de milieu aisé ou populaire, tous se sentent concernés par cette problématique qui sévit encore bien trop souvent au sein des populations. Le harcèlement sexuel est malheureusement un sujet d’actualité qui a pris son envol sur Twitter et qui a réussi à traverser les frontières d’Internet pour se propager dans les médias traditionnels et dans les politiques du gouvernement actuel.

Cependant, leurs pensées diffèrent sur le pourquoi dénoncer sur Twitter. D’un coté, Quentin explique que ces tweets sont ressentis comme de la vengeance alors que Marie-Lou explique que c’est plutôt pour raconter vraiment ce que les femmes vivent. Un projet de lois contre les «violences sexuelles et sexistes» est prévu pour 2018. Mais cela pose beaucoup de questions quant à la faisabilité du projet.

Récemment, d’autres mouvements de contestations sont nés en reprenant la structure de base du hashtag #BalanceTonPorc mais, cette fois, pour dénoncer d’autres questions sociales. On peut notamment le voir avec le #BalanceTonHosto, qui a pour vocation de mettre en lumière la situation catastrophique dans les hôpitaux français.

BIBLIOGRAPHIE

Partie 1 :

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PARTIE 2 : 

  • Charlotte Oberti, « Rencontre : Sandra Muller par qui #BalanceTonPorc est arrivé, l’une de celles qui ont fait 2017 », TV5 Monde, 28/12/2017 [en ligne : http://information.tv5monde.com/terriennes/rencontre-sandra-muller-par-qui-balancetonporc-est-arrive-l-une-de-celles-qui-ont-fait]
  • Ronan Tésorière, « «Balance ton porc» : sur Twitter, des milliers de femmes racontent leur harcèlement sexuel » Le parisien, 15/10/2017 [en ligne : http://www.leparisien.fr/laparisienne/actualites/societe/balance-ton-porc-le-hashtag-qui-denonce-le-harcelement-sexuel-14-10-2017-7331730.php]
  • Paris Match, « #BalanceTonPorc : sur Twitter, le harcèlement sexuel dénoncé », 15/10/2017 [en ligne : http://www.parismatch.com/Actu/Societe/BalanceTonPorc-sur-Twitter-le-harcelement-sexuel-denonce-1371533]
  • Valentine Joubin et Eric Chaverou, « Harcèlement sexuel et agressions : la parole se libère via le hashtag « balance ton porc » », France Culture, 18/10/2017 [en ligne : https://www.franceculture.fr/societe/harcelement-sexuel-et-agressions-la-parole-se-libere-le-hashtag-balance-ton-porc]
  • Violaine Morin, « « Paye ta shnek », ta robe, ton taf… à quoi servent les recueils de témoignages de sexisme en ligne ? », Le Monde, 12/01/2017 [en ligne : http://www.lemonde.fr/big-browser/article/2017/01/12/paye-ta-schnek-ta-robe-ton-taf-a-quoi-servent-les-recueils-de-temoignages-de-sexisme-en-ligne_5061626_4832693.html]
  • Les inrocks, « Les chiffres effarants d’agressions sexuelles et de viols en France », 2017 [en ligne : https://www.lesinrocks.com/2017/10/news/les-chiffres-effarants-dagressions-sexuelles-et-de-viols-en-france/]
  • Paye ta shnek, « Témoignages de harcèlement sexiste dans l’espace public » [en ligne : http://payetashnek.tumblr.com/]

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