De quelle manière le coworking favorise-t-il la coopération et la collaboration entre les travailleurs ?

 

Introduction

 

Le coworking est un mode de travail collaboratif, né à la fin des années 90 en Europe.  Les espaces de coworking auraient été inspirés des ateliers d’artistes du début du XXème siècle. Par exemple, le Bateau-Lavoir de Montmartre ou la Ruche de Montparnasse sont des espaces où des peintres, tels que Gauguin, Picasso ou encore Chagall, se retrouvaient dans le but de travailler seuls ou en collaboration. Les principales raisons à ce partage étaient alors de développer sa créativité, d’entretenir son réseau mais aussi de faire des économies en partageant les coûts, tout comme les espaces de coworking aujourd’hui.

Le coworking est un terme fuyant, qui pourrait néanmoins être défini comme un type d’organisation du travail qui regrouperait deux notions : un espace de travail partagé, mais également un réseau de travailleurs qui encouragerait l’échange et l’ouverture pour les membres travaillant au sein de ces espaces.

Aujourd’hui, le coworking est un phénomène qui connait un véritable essor, en particulier en Amérique du Nord et en Europe. On ne compterait ainsi pas moins de 1,2 millions d’adeptes dans le monde. C’est donc un marché en pleine expansion, sur lequel se positionnent de nombreux acteurs : les gérants et les propriétaires des espaces, les clients qui peuvent être des travailleurs indépendants, des entreprises ou même des multinationales cherchant à optimiser les coûts de location de leurs locaux.

Plus que cela, le coworking apparaît de nos jours comme une nouvelle méthode de travail innovante qui favoriserait le réseautage, la flexibilité et la collaboration pour les bénéficiaires. Certains acteurs du marché Français tels que WeWork se sont ainsi positionnés en promettant à leurs clients d’instaurer des environnements propices au réseautage et à la coopération.

En considérant que ces espaces ont fait le pari de “vendre” à leurs clients l’accès à des espaces censés faciliter la collaboration et le réseautage, on est en mesure de se poser la question suivante :

De quelle manière le coworking favorise-t-il la coopération et la collaboration entre les travailleurs ?

On essayera tout d’abord de dresser un état des lieux du coworking, puis on étudiera la manière dont les coworkers utilisent les espaces et dans quel but, et on analysera pour terminer les formes et les acteurs de la coopération au sein des espaces de coworking.

I/ Vision globale du Coworking

 

1/ L’histoire du coworking

              a/ Dans le monde

Le mot “coworking” à été employé pour la première fois en 1999 par l’écrivain et game designer, Bernie De Koven afin de désigner les lieux de travail collaboratif impliquant l’informatique. Dans cette idée, le premier espace de coworking est alors créé en 1995 à Berlin sous le nom de C-Base. Il s’agit d’un hackerspace, aujourd’hui considéré comme un prototype d’espace de coworking. Il a été inventé par une association d’informaticiens.

On peut alors considérer que le concept de coworking est tout d’abord apparut en Europe, plus précisément en Allemagne grâce au C-Base, puis en Autriche, à Vienne avec la création de Schraubenfabrik en 2002, considéré comme étant un centre communautaire. Néanmoins, comme beaucoup d’autres, ce concept a réussi à prendre de l’ampleur dans la Silicon Valley. C’est alors qu’en 2005 est créé le premier espace de coworking officiel, à San Francisco, par le programmeur Brad Neuberg afin de proposer un centre d’affaires plus sociable que le bureau traditionnel et plus productif que le travail à domicile. Cet espace proposait l’accès wifi, des déjeuners partagés, des séances de méditation et même des massages.

Le phénomène s’est alors développé dans le monde jusqu’à se répandre en France en 2008.

(Source : https://www.le144-coworking.fr/blog/histoire-coworking/ , 14/09/2016)

              b/ En France

En France le premier espace de coworking a ouvert à Paris, c’est désormais l’un des plus gros acteurs du marché français : La Cantine. La même année le premier espace de Coworking avec garde d’enfant est créé par Cube & crayon. Enfin c’est seulement en 2014 que le premier espace de Coworking Universitaire est ouvert sous le nom de Sandbox 212 à Marne la vallée.

(Source : https://www.frenchweb.fr/comment-la-pratique-du-coworking-sest-repandue-dans-le-monde-depuis-1995/142535, 20/02/2014 https://www.blog-emploi.com/infographie-levolution-du-coworking-en-20-ans/, 25/02/2014)

Aujourd’hui, ce mode de travail s’est popularisé et s’est largement répandu. On est ainsi passé de quelques espaces indépendants à l’apparition de compagnies mondialisés comme WeWork. Dans la partie suivante, on essayera de donner une vue d’ensemble des chiffres et statistiques montrant l’ampleur qu’a pris le phénomène.

2/ Les chiffres clés du coworking

a/ Dans le monde

Le nombre d’espaces de coworking ne cesse d’augmenter à travers le monde. En effet, nous sommes passés de 1 130 espaces en 2011 à 11 300 en 2016 et 13 800 en 2017. Ceci s’explique par l’augmentation du nombre d’adhésion aux espaces de Coworking dans le monde. On compte aujourd’hui 1,2 millions d’adeptes contre 835 000 en 2016 et 43 000 en 2011. Ainsi, selon le “Global Coworking Survey”, ces espaces comptent en moyenne 129 membres contre 76 en 2016.

(cf. Annexe 1 et 2)

La fréquentation de ces lieux varie énormément en fonction des attentes et des besoins de l’adhérent. C’est pourquoi 40% des membres se rendent dans leur espace de Coworking tous les jours de la semaine. Contre 30% d’entre eux qui s’y rendent trois à quatre jours par semaine. Pour finir, seulement 20% ont des horaires très irréguliers. Aussi, la vision portée à cette méthode de travail varie tout autant. En effet, 58% des coworkers voient ces espaces seulement comme du coworking. Cependant, 14% les voient comme des espaces communautaires, 11% les décrivent comme des espaces mixtes et enfin 5% les qualifient comme des espaces partagés.

Pour finir, nous pouvons souligner que 80% des outils utilisés pour promouvoir le lieu, les services et les actualités d’un espace de coworking sont les médias sociaux et tout particulièrement Facebook. Aussi, 34% des membres ont choisi leur lieu grâce au bouche à oreille alors que les recherches sur internet ne font que 23%.

              b/ En France

Si on s’intéresse maintenant plus particulièrement à la France, on peut se rendre compte que le nombre d’espaces de Coworking est grandissant. On compte 360 espaces en 2016 avec la création de 110 nouveaux espaces entre 2015 et 2016, soit une augmentation de 44% en seulement un an. Ces espaces sont majoritairement des espaces qui peuvent accueillir 50 personnes en même temps, et représentent 88% du marché français. Néanmoins, le taux de remplissage de ces espaces reste modéré, car l’offre augmente également en parallèle.

Ces espaces sont autant fréquentés par les salariés que par les personnes en freelance et sont gérés à 57% par des PME, à 11% par des fonds propriétaires direct et à 2,5% subventionnés par l’Etat. Les événements au sein des espaces varient en fonction des espaces car les coworkers n’ont pas tous les mêmes attentes.

Les évènements sont de natures différentes selon les espaces mais la majorité des événements sont des ateliers, des apéros réunissant les membres et des petit déjeuner et déjeuners communs. Le but étant de réunir les gens travaillant dans l’espace. Enfin, en France, les espaces communiquent principalement via mail à 80%, via Facebook à 60% et via des outils physiques dédiés et propre à l’espace à 10%.

Les espaces de coworking sont de plus en plus nombreux dans le monde, mais le choix du lieu de développement est important pour son bon fonctionnement.

(Sources : https://start.lesechos.fr/actu-entreprises/services/etat-des-lieux-du-coworking-en-france-en-13-graphs-6190.php, 25/02/1014 http://www.workingplace.fr/coworking-2016-les-chiffres/, 15/11/2016 https://www.groupe-letrefle.fr/hs-fs/hubfs/Visuel2.jpg?t=1512407337571&width=702&name=Visuel%202.jpg, Consulté le 12/12/2017 mais supprimé depuis)

3/ La localisation des espaces de coworking

              a/ Dans le monde

Le coworking se développe principalement dans les grandes métropoles à travers le monde, telles que New York, Barcelone, Londres, Berlin, São Paulo etc. Dans certaines villes le phénomène est très développé, par exemple à New-York il existe 119 espaces de coworking pour 8,4 millions d’habitants. Les bureaux partagés font partie intégrante de la culture New-Yorkaise. À Barcelone, en Espagne, on compte 92 espaces de coworking pour 5,3 millions d’habitants. C’est grâce à la crise économique que le coworking a pu prendre de l’ampleur. Aussi, l’Espagne, la Pologne et la Turquie font partie des pays ayant le moins de barrières juridiques à l’ouverture d’un lieu.

Au niveau de la répartition mondiale, en quelques chiffres : 31% des espaces de coworking se trouvent en Amérique du Nord. . La zone Europe-Moyen-Orient-Afrique totalise 21%, l’Asie Pacifique 15%. Enfin, l’Amérique latine arrive en dernière position avec seulement 4%.

Le coworking s’est clairement implanté dans la grande majorité des capitales et grands centres économiques occidentaux. En ce sens, les deux villes dont le coworking est originaire, Berlin et San Francisco, sont les endroits où se trouvent les plus grands espaces de coworking au monde. Pour cause, certains ont une capacité d’accueil de plusieurs centaines de coworkers.

En ce qui concerne le reste du monde, les pays scandinaves ainsi que l’Europe de l’Est et la Russie sont des lieux où les centres de coworking se font rares mais où il reste un fort potentiel de développement. Dans cette idée, l’Asie mais aussi le Moyen Orient également sont très peu exploité par le coworking, à l’exception de Hong Kong, Singapour et Tokyo. Cela peut s’expliquer par des raisons culturelles et politiques.

(cf. Annexe 3)

Le développement des espaces est tout aussi stratégique en France.

              b/ En France

La localisation des espaces de coworking est primordiale pour le succès de l’espace car 70% des personnes disent se baser sur la localisation pour faire leur choix. Dans un premier temps l’espace doit être accessible en transport en commun car la plupart des utilisateurs de ces espaces privilégient les transports en commun en raison du coût ou même de la difficulté de circuler dans les grandes villes. La plupart des espaces se situent dans les centres villes de grandes villes comme Paris, Lyon, Bordeaux, Lille, Rennes, Marseille, … Cependant le nombre d’espaces de coworking grandissant et le nombre de client avec les espaces se diversifient et ne visent pas tous le même type de clientèle.

(cf. Annexe 4)

Au début du phénomène, les clients étaient majoritairement des entrepreneurs donc les espaces étaient situés dans des quartiers résidentiels pour permettre une proximité avec leurs clients. Désormais de plus en plus de salariés venant de PME ou de grands groupes ont investis ces espaces et certains espaces ont donc ouvert dans des zones industrielles pour permettre une proximité avec le lieu de travail. De plus, ces espaces implantés en zones industrielles permettent aux entrepreneurs d’être proches des entreprises avec lesquelles ils peuvent former des partenariats, ou même d’être situé dans des zones industrielles d’incubation qui favorisent les start-ups et les projets innovants menés par des freelances. Ces espaces vont donc à la fois dans les zones résidentielles et industrielles mais restaient principalement au coeur ou aux portes des métropoles françaises, désormais elles se répandent petit à petit dans les banlieues avoisinantes en raison du retour des populations en banlieu mais aussi du phénomène de télétravail qui augmente fortement. Ces espaces permettent donc aux personnes faisant du télétravail d’avoir un environnement propice au travail tout en étant proche de chez eux.

La répartition des espaces de coworking est encore très inégale sur le territoire français qui dispose pourtant d’opportunités fortes. La grande majorité des espaces de Coworking sont situés en Ile de France avec 140 espaces en 2016 et 184 espaces en 2017, la région dispose d’une nette avance comparé aux autres régions en raison de l’implantation d’un grand nombre d’espaces sur Paris. De plus, les premiers espaces français sont venues s’implanter dans la capitale qui compte désormais de très grands acteurs comme La Cantine, La Mutinerie et Nextdoor. Cependant de plus en plus d’espaces ouvrent partout en France dans des régions qui sont à fort potentiel économique et où de nombreuses start-ups et entreprises prospèrent.

 

Après l’Ile de France c’est l’Auvergne-Rhône-Alpes qui arrive en seconde place avec un peu plus d’une soixantaine d’espaces, elle est suivit par la région Provence-Alpes-Côte d’Azur qui atteint presque 60 espaces et mené par la métropole marseillaise qui compte à elle seule 37 espaces en 2017. Enfin la Nouvelle Aquitaine et l’Occitanie réunissent à elle seules 100 espaces grâce aux métropoles de Bordeau, Toulouse et Montpellier. Mais de nombreuses régions ne comptent que quelques espaces dans les autres villes moyennes de France qui proposent pourtant de réelles opportunités. En Bretagne Nantes, Rennes, Brest ou encore Vannes proposent une forte attractivité économique et des loyers abordable, dans le Grand Est et en Bourgogne Franche Comté il y a peu d’espace alors que ces régions offrent une proximité intéressante pour les entreprises et freelances avec la Suisse et l’Allemagne. Puis en Haut de France le concept peine à se développer en masse alors que la métropole lilloise dispose de nombreux atouts comme Euralille, le TGV et l’Eurostar qui montre aussi une proximité avec le Royaume-Uni.

(Sources : http://coworking-carte.fr/, Carte mise à jour en temps réel, si le site est en maintenance voir le lien suivant : https://www.bureauxapartager.com/blog/france-desormais-carte-du-coworking/, https://www.maddyness.com/business/2017/11/02/coworking-s-eloigner-pour-mieux-se-demarquer/, 02/11/2017)

 

4/ Tour d’horizon de l’offre de coworking à Paris intra-muros

L’Ile-de-France est donc aujourd’hui la région où l’offre d’espaces de coworking est la plus grande et la plus diversifiée. On ne dénombre pas moins de 184 espaces de coworking en Ile-de-France, dont 146 sur Paris selon le site Coworking-carte.fr (http://coworking-carte.fr/) . C’est la conséquence directe de l’activité économique importante et du nombre élevé d’actifs par rapport à d’autres villes de Province.  Selon Statista.com, site de statistiques et portail de business intelligence reconnu mondialement, le tarif moyen de location d’un bureau partagé en Ile-de-France serait de 381 euros mensuels en 2016.

(https://fr.statista.com/themes/3195/le-coworking-en-france/)

En sélectionnant certains espaces de coworking, nous avons dressé le tableau synthèse ci-dessous, qui démontre la large variété de services que l’on peut trouver.

 

Nom Type d’offre  N Prix Source
WeWork Open space à usage illimité 7j/7

 

Services proposés :

 

  • Boissons chaudes, cidre et bière à volonté
  • Salons privés et cabinets téléphoniques
  • Cours de yoga, petit déjeuner hebdomadaire
  • Événements de réseautage
A partir de 360 euros / mois

 

http://bit.ly/2fSpyQR
La mutinerie Open space à usage illimité

 

Services proposés :

  • Événements de réseautage
  • Salle de repos
  • Cuisine équipée
  • Casier personnel
À partir de 149 euros / mois

 

http://bit.ly/2ANfeR8
Nextdoor Open space à usage illimité et accès à l’ensemble du réseau Nextdoor (3 espaces dans Paris)

 

Services proposés :

  • Événements
  • Bar et cuisine équipée
  • Salles de réunion

 

À partir de 210 euros

/ mois

 

http://bit.ly/2knUVBR
Coworkcrèche Poste fixe à usage illimité 7j/7 24/24

Crèche comprise dans le forfait

 

Services proposés :

  • Crèche à proximité
  • Imprimante et scanner en libre-service
  • Casier personnel
  • Cuisine équipée
À partir de 300 euros / mois

 

http://www.coworkcreche.paris/
Anticafé Open space

 

Services proposés :

 

  • Location à l’heure
  • Café à volonté
  • Encas sucrés / salés à volonté
  • Salles de réunion
À partir de 300 euros / mois ou 5 euros / heure https://www.anticafe.eu/

Présentation succincte de 3 espaces de coworking à Paris intramuros

a/ WeWork

Le leader mondial du coworking s’est récemment implanté à Paris en ouvrant 3 espaces de coworking au centre de Paris. WeWork se positionne clairement comme un acteur haut de gamme sur le marché du coworking. En contrepartie du prix élevé, WeWork propose une offre de service diversifiée, des évènements de réseautage et l’accès à son réseau d’adhérents de plus de 100 000 entrepreneurs présents dans le monde entier.

Il s’agit là d’une véritable valeur ajoutée puisque « 50% des membres font du business ensemble » selon Séverin Naudet, le patron de WeWork France.

(http://www.leparisien.fr/paris-75009/le-plus-grand-espace-de-coworking-de-la-capitale-vient-d-ouvrir-ses-portes-03-04-2017-6821166.php)

Pour le DG France, WeWork se veut donc être « à la fois un lieu de vie et un levier de croissance pour les entreprises ». Pour William Steven, « ils sont créateurs d’ambiances et de dynamiques de travail agréables pour leurs clients ».

Mais la qualité de l’environnement de travail est-elle un facteur contribuant à améliorer la productivité ?

b/ L’anticafé

L’Anticafé propose une formule originale : on ne paye que le temps passé sur le lieu. Pour 5 euros de l’heure, on peut consommer des boissons chaudes et des encas sucrés ou salés à volonté. On peut également profiter des jeux de sociétés, de la cuisine équipée, du WiFi ou de l’imprimante moyennant un supplément.

Les clients sont « surtout des jeunes créateurs d’entreprises dans le secteur des nouvelles technologies » selon Leonid Goncharov, propriétaire de l’Anticafé du 3ème arrondissement. On y retrouve également des étudiants

(https://tempsreel.nouvelobs.com/rue89/rue89-consommation/20140205.RUE1816/a-l-anticafe-on-part-du-principe-que-les-gens-ne-sont-pas-tous-malhonnetes.html)  

 

c/ Coworkcrèche

Il s’agit d’un nouvel espace venant d’ouvrir à Bastille. La formule est originale puisqu’elle permet aux jeunes parents qui adhérent de bénéficier d’une place au sein d’une crèche indépendante de l’espace pour leur enfant. On y retrouve également les services plus classiques : boissons chaudes, froides, wi-fi, …

On comprend donc que les espaces offrent des prestations très diverses, et ne se positionnent pas sur les mêmes segments. Coworkcrèche vise clairement les jeunes parents, quand WeWork met l’accent sur les évènements et les opportunités de réseautage.

Nous allons donc essayer de comprendre sur quels critères les coworkers décident de choisir leurs espaces. Est-ce lié à leur personnalité ?


 

II/  Le rapport entre coworkers et espaces

1/ Personae du coworker

Les coworkers sont de plus en plus nombreux, et bien qu’ils soient très différents, on peut tout de même tenter de dresser un profil type du coworker.  L’âge moyen des coworkers est de 35 ans, dont la majorité ont entre 25 et 35 ans. La création d’espaces de coworking constitués d’une crèche permet alors aux parents d’utiliser eux aussi ces espaces car ils peuvent profiter de ces espaces sans avoir à garder leurs enfants. Cela permet donc d’augmenter la moyenne d’âge au sein des espaces de Coworking. Mais ce concept permet aussi aux jeunes mamans de s’épanouir facilement dans le domaine professionnel qui leur est donc facilité. Bien que les mères soient plus impliqués dans les nouvelles sociétés actuelles cela peut aussi permettre d’aider les pères.

(cf. Annexe 5)

Les espaces sont fréquentés par 36% de Coworkers qui ont au moins un enfant et plus l’âge augmente plus le nombre de coworkers ayant des enfants augmente avec. Il y a donc un partage presque égal entre Homme/Femme au sein des espaces de coworking dans le monde avec 53% d’hommes, 44% de femmes et 3% non reconnus. L’état des relations est plutôt bien partagé avec 30% de célibataires, 29% de personnes en couple mais non marié et 36% de personnes mariés. Les espaces sont fréquentés par tous types de travailleurs bien qu’en 2017 les espaces soient fréquentés à 41% par des auto entrepreneurs suivis par les employés à 36%, puis par les employeurs à 16% et enfin par 2% d’étudiants.

(cf. Annexe 6, 7 et 8)

La part des employés se découpe en fonction du nombre d’employés de l’entreprise: 13% pour les employés d’une entreprise de moins de 5 employés, 17% pour les employés d’une entreprise composée de 6 à 99 employés et 6% des employés travaillant dans une entreprise disposant d’au moins 100 employés. Au niveau scolaire 41% des coworkers disposent d’un niveau master et 41% disposent d’un niveau Licence / Bachelor. Le nombre de coworkers par niveau d’étude atteint baisse ensuite avec la baisse du niveau de diplôme. Les espaces regroupent de nombreux métiers différents mais certains domaines dominent tout de même comme l’IT & Digital qui est représenté à 22% en 2017, en raison de la facilité de travailler en dehors de son poste de travail “habituel”.

(cf. Annexe 9 et 10)

Les professions en lien avec le marketing, les ventes et la communication suivent ensuite avec 14% des coworkers pour la même raison. Viennent ensuite les consultants (9%), les business développeurs (6%), les graphistes (5%), … Les métiers représentés sont des métiers qui nécessitent l’utilisation d’un ordinateur et avec les mutations technologiques les gens se déplacent avec leur pc portable et peuvent donc travailler où ils veulent. De plus, le coworking est né à Berlin dans le domaine du hacking puis s’est fortement développé à San Francisco dans la Silicon Valley. C’est donc à la base un mode de travail pour les “geeks” et les “techno addict”, bien que la croissance du phénomène ouvre les portes à de nouveaux types de clients. Cela a donc évolué pour attirer les coworkers “artistes” mais toujours dans le domaine numérique avec les graphistes et webdesigners, voire même des travailleurs provenant d’autres domaines comme des architectes, des urbanistes, voire des paysagistes qui utilisent ces espaces car ils sont sources d’inspiration et de collaboration. Dans ce même objectif de collaboration, on retrouve les associations dans les secteurs du développement durable, de l’écologie, de l’environnement, et de l’économie sociale et solidaire. Ce sont généralement les espaces publiques qui regroupent le plus ce type de coworkers qui aime les valeurs de partage des compétences.

(cf. Annexe 11)

(Source: https://cowork.io/fr/blog/etudes/coworker, 13/10/2015, http://www.managerattitude.fr/91954301/coworking-avec-creche.html, 11/12/2017)

Les archétypes de coworkers ont certaines attentes liés à leur mode de travail et leurs obligations.

2/ Attentes des coworkers sur l’espace idéal

Le phénomène du coworking est en forte expansion ces dernières années grâce aux mutations du travail. Aujourd’hui le travail est moins mis en priorité, et les travailleurs demandent plus de confort aux entreprises qui développent d’ailleurs de meilleurs environnements de travails pour attirer les meilleurs profils. De plus, avec l’augmentation et la promotion des projets de freelance par l’Etat, les auto-entrepreneurs choisissent ces espaces pour se lancer tout en ayant dès le début un espace propice au développement de leur société.

Les résultats de l’enquête “The 2017 Global Coworking Survey” montrent par ailleurs que les coworkers ont choisi ce mode de travail pour 59% d’entre eux grâce à l’ambiance et l’atmosphère agréable au sein des espaces de coworking et à 56% pour l’interaction avec les autres membres de l’espace. C’est peut-être là qu’est la distinction avec le télé-travail qui recèle de nombreux avantages mais qui ne permet pas un échange social et qui est propre au travail. Au sein des espaces de coworking il y a bien sur les échanges amicaux autour d’un café ou d’un baby foot mais il y a aussi les échanges de compétences et d’expériences qui sont nombreux au sein de ces espaces en raisons de la pluralité des compétences et du nombre de coworker qui se renouvelle très souvent. Cet aspect de partage de connaissance se retrouve dans ce même sondage avec 35% des coworkers qui ont choisit de s’orienter vers cette manière de travailler pour cette raison.  Cette communauté est recherchée par 55% des coworkers. Les attentes viennent ensuite plus des facilités de transport (pour 41% des coworkers) pour s’y rendre ou même du peu de temps qui les relies au foyer familial (pour 51% des coworkers) car contrairement à son lieux de travail on choisit son lieu de coworking, et chaque coworker choisit son lieu de travail en fonction de critères bien précis et qui lui sont parfois propre.

(cf. Annexe 12)

Plusieurs critères permettent aux coworkers de choisir leurs espaces, le premier critère est la localisation de l’espace, 58% des coworkers ne souhaitent pas aller dans un espace de coworking situé à plus de 20 minutes de trajets de chez eux. La réputation de l’espace joue aussi un rôle important, d’ailleurs 40% des coworkers fréquentent des espaces disposants de nombreux bureaux/lieux, avant tout pour pouvoir travailler dans plusieurs endroits mais aussi car ils le choisissent via le bouche à oreille en majorité. Les membres et l’ambiance de l’espace sont aussi très importants étant donné que tous les espaces disposent d’open spaces pour travailler et que comme vu plus haut le partage de connaissance est quelque chose d’important pour les coworkers. De plus, ce sont des espaces pour partager donc il y a des interactions avec les autres coworkers. Le design de l’espace a aussi son importance car les coworkers aiment travailler dans des cadres reposants où l’on se sent bien pour être le plus productif possible, comme en entreprise l’objectif des espaces est d’offrir un meilleur cadre de travail. Enfin contrairement à ce que l’on pourrait penser le prix de l’espace influe que peu sur le choix de l’espace de la personne en raison de la faible variation des prix pour des services similaires. Certains espaces proposent plus ou moins de services, ce sont les services qui aident au travail qui sont le plus recherchés comme le confort du mobilier ou l’accès à une imprimante gratuitement. Au niveau des services de loisirs la demande principale est le café compris dans le prix de la location de l’espace, suivit d’organisation d’événements pour la communauté de l’espace puis une salle de repos.

Les coworkers attendent donc d’un espace qu’il soit collaboratif et qu’il propose une bonne ambiance de travail. Cela va dans le sens commun qui pousse les gens à s’épanouir au travail. Comme certaines entreprises qui proposent des animations pour leurs salariés, les espaces proposent aussi des activités pour les membres de l’espace pour apprendre à se connaître et donc mettre en avant l’échange entre les collaborateurs mais aussi pour propager une bonne ambiance de travail au sein de l’espace.

(Source : http://be-coworking.fr/coworking-pourquoi-y-travailler/, n.a.)

Les attentes de chacun des personae se constatent dans leur façon d’utiliser leur espace de coworking.

3/ Le cadre d’utilisation

Grâce à notre questionnaire nous pouvons constater que la moitié des utilisateurs d’espaces de coworking les utilises quotidiennement. Il s’agit d’une grande majorité. En effet, seulement 26,7% d’entres eux les utilisent 2 à 4 fois par semaine et 13,3% une fois par semaine. Les autres ne les utilisent que très peu. Cette information est d’autant plus intéressante si on l’associe au fait que 40% des coworkers utilisent ces espaces depuis 1 à 3 ans. Grâce à cette question on se rend compte que le phénomène a réellement pris de l’ampleur pendant ces  dernières années. En effet,  ils ne sont que 13% à les utiliser depuis plus de 3 ans. La fréquentation des espaces est donc de plus en plus importante.

On peut également noter l’utilisation des espaces de coworking dans le cadre du télétravail pour 14% de nos répondants. En ce sens, on remarque que, bien que le coworking soit réputé pour le travail en équipe, son mode d’utilisation reste tout de même un choix qui appartient à chacun des coworkers. C’est pourquoi, certains décident d’y travailler seul, dans un cadre plus professionnel que chez soi, par exemple. Il s’agit d’espaces où l’échange et le partage est facilité. Ainsi, beaucoup d’entre eux y organisent leurs réunions aussi bien clientèle, qu’entre associés mais aussi entre coworkers. C’est alors qu’on remarque qu’une grande majorité des répondants à déjà eu recours à la collaboration entre utilisateurs même d’espaces de coworking. Néanmoins, une autre majorité se distingue avec 28% de personnes ne l’ayant jamais pratiqué. Face à ces résultats, nous pouvons facilement supposer que les 28% représentent ceux qui fréquentent ces espaces dans le seul but de travailler seul. En allant plus loin encore, nous pouvons alors constater que les principales collaborations se font autour d’un brainstorming, une réflexion commune qui permet d’accroître sa créativité et de cibler ses besoins autour d’une idée, d’un projet ou d’un concept. On retrouve alors, tout le potentiel que peut avoir un espace de coworking ainsi que les raisons pour lesquelles ces espaces ont justement été créés. Cette question nous permet également de soulever un point assez peu commun aux restes des réponses. Notamment le fait que 16% des répondants collaborent autour de projets scolaires ou universitaires.

Les espaces de coworking ne se restreignent donc pas seulement à des espaces purement professionnels mais s’élargissent auprès des étudiants pour affirmer le besoin d’entraide et de partage entre chacun. Tout le monde peut alors apporter quelque chose à l’autre. En ce sens, on remarque que 64% des personnes avec qui les répondants ont été amenés à collaborer sont des personnes extérieures à leur propre entreprise mais qui fréquente tout de même le même espace de coworking. De plus, 16% d’entre eux sont des étudiants. Ce dernier pourcentage confirme l’idée que de plus en plus d’étudiants sollicitent ce mode de travail mais également qu’ils sont sollicité dans la collaboration. D’autant plus que l’échange et le gain est mutuel au sein des même collaborations, les deux parties peuvent tirer profits de ces échanges.

Les différentes utilisations relevées nous permettent de définir certains avantages mais aussi inconvénients aux espaces de coworking.

4/ Avantages/Inconvénients du coworking

En abordant la question des différents avantages de l’utilisation du coworking, on remarque énormément de similarités dans les réponses. Aussi, celles-ci correspondent tout à fait aux objectifs et aux principes des espaces de coworking. Le principal avantage souligné par nos répondants est la bonne ambiance de travail grâce à une grande convivialité et à la qualité du matériel ainsi que des services mis à disposition. Tels que des imprimantes, ordinateurs, projecteurs par exemple mais aussi le confort du mobilier qui permet de se mettre immédiatement dans de bonnes conditions de travail.  Néanmoins, l’avantage le plus révélé par cette enquête repose sur le fait de pouvoir rencontrer d’autres personnes. Ainsi, le coworker peut enrichir son réseau professionnel, partager avec d’autres coworkers qui ont différentes expériences de travail et bien sûr s’entraider. Il s’agit d’un aspect très apprécié par les utilisateurs. Cependant, il englobe également un autre aspect tout aussi important, le fait de ne pas être seul. Le cadre devient alors quelque chose de très important afin de pouvoir travailler correctement, dans de bonnes conditions et dans le but de favoriser, simplifier les contacts et la formation de son réseau, d’autant plus lors d’une création d’entreprise.

Un des autres avantages associés à ces espaces est la grande flexibilité du temps travail et de son utilisation. En effet, le coworker peut décider de ses horaires de travail comme il le souhaite, il peut découvrir de nouvelles façons de travailler et de développer ses compétences. Afin de répondre à ce besoins, de plus en plus d’espaces de coworking décident d’ouvrir leurs espaces 7 jours/7 mais aussi 24h/24. Ainsi, ils peuvent toucher un maximum de personne et répondre aux différentes contraintes de temps lié à chacun. De plus, une enquête publié par Deskmag, nous révèle qu’un autre point très important pour apprécier pleinement ce type de travail est sa localisation (Source : The 2017 coworking global survey). Celle-ci doit être pratique pour le coworker car ajouté à tous les autres avantages c’est ce qui peut lui permettre de se motiver pour aller travailler chaque jour. En effet, selon un sondage intitulé « La fidélité à l’entreprise », le temps de trajet pour se rendre à son lieu de travail est un élément qui peut fidéliser le personnel car il peut très facilement devenir un facteur de stress lorsque celui est long.

(Source : Sondage des Editions Tissot, « La fidélité à l’entreprise ».

Concernant les inconvénients relevés par nos répondants, un seul ressort le plus. Bien qu’il y ait quelques personnes qui indiquent ne percevoir aucun inconvénient en utilisant ce type d’espace, nous pouvons tout de même identifier le plus gros inconvénient comme étant le bruit. En effet, les coworkers se plaignent en majorité du bruit. Cet inconvénient mène à plusieurs autres. En ce sens, il perturbe les communications téléphoniques, les rendez-vous individuels, la concentration du coworker mais aussi tout ce qui est relié à la confidentialité. Ce dernier peut devenir un point très compromettant pour une entreprise car le bruit est souvent relié à une surcharge des salles et une forte abondance de coworkers. C’est ainsi que le risque lié au secret professionnel et aux données confidentielles peut s’avérer élevé. A tout moment quelqu’un d’extérieur peut entendre une conversation secrète ou voir un document secret. Car la confidentialité l’information n’est accessible qu’à ceux dont l’accès est autorisé (Source : L’Organisation national de la normalisation (ISO)). Hors dans un Openspace il est difficile de pouvoir la contrôler.

En dernière position apparait le prix associé à ces espaces. Bien qu’il soit plus rentable de travailler dans des espaces de coworking que dans ses propres locations de locaux, le prix peut tout de même s’avérer élevé pour une petite entreprise telle qu’une startup par exemple, pour un auto-entrepreneur ou même pour un étudiant. Si on se réfère à la même enquête de Deskmag cité précédemment, on peut remarquer un changement dans les inconvénients cités par les coworkers car cette enquête recense l’évolution des résultats au fil des années. Ainsi, alors que la mauvaise connexion internet était le principal problème, en 2017 il n’est qu’en quatrième position. Aussi, cette enquête affirme les résultats de notre questionnaire car elle met également en évidence les problèmes de bruit, le manque d’intimité et de concentration. De plus, nous pouvons nous rendre compte qu’il s’agit d’inconvénients qui perdurent depuis plusieurs années déjà, ce qui accroît leur importance et leur crédibilité/fiabilité.

Grâce à notre étude nous pouvons définir la coopération comme étant un élément clé des espaces de coworking.

III/ La coopération au sein d’un espace de coworking

1/ Qu’est-ce que la coopération et pourquoi l’associe-t-on au coworking ?  

Bien que le concept soit fuyant, la coopération peut se définir comme l’action de participer à une œuvre ou une action commune. On parle d’aide ou d’entente entre les membres d’un groupe en vue d’un but commun.

Le coworking fût à l’origine instauré par des travailleurs indépendants pour pallier à leur propre condition d’isolement (Boboc et al., 2014)1. Travailler en groupe pour éviter la solitude, c’était la motivation principale des créateurs de ce nouveau mode de travail. Le coworking est donc le fruit même d’une démarche de nature coopérative. Le travail d’équipe et la coopération font partie de son ADN.

Quelles sont les formes de la coopération au sein d’un espace de coworking ?

La coopération au sein d’un espace de coworking peut prendre de nombreuses formes. L’espace peut être utilisé par des étudiants pour réaliser un projet scolaire, comme nous l’avons fait nous même à la Centrifugeuse de l’UPEM.

La coopération peut concerner deux professionnels du secteur privé et être contractuelle : un graphiste web qui réalise le site d’un entrepreneur e-commerce par exemple. Elle peut être gratuite et coopérative : des membres qui participent à des groupes de discussions pour échanger leurs idées par exemple.

La coopération enfin peut consister en un échange de connaissances. Le dispositif Time4skills est un système d’échange local (SEL) qui s’est développé au sein de certains espaces de coworking. On peut ainsi échanger des heures de tutorat contre des Skillars.

Le principe de fonctionnement est simple : Un adhérent enseigne les bases de Photoshop à un autre adhérent pendant 1h. Le tuteur gagne 1 Skillar, il est payé par son tutoré et pourra le réutiliser pour s’offrir 1h de cours de montage vidéo auprès d’une tierce personne.

Un espace de coworking est-il un lieu de travail propice à la coopération ?

On démontre que la fréquence et la qualité de la coopération au sein d’un espace de coworking dépend de nombreux facteurs tels que : la taille de la structure et le nombre d’adhérents, les qualités managériales de l’équipe qui gère l’espace, mais aussi du comportement des adhérents.

Dans un premier temps, nous allons tenter de décrire le parcours emprunté par un nouvel adhérent avant de coopérer avec ses pairs.

2/ Les 4 stades de sociabilité, le cheminement avant la coopération

Les 4 stades de sociabilité dans un espace de coworking ont été identifiés dans l’ordre suivant :

(Source : Boboc, Bouchareb, Deruelle, Metzger, http://journals.openedition.org/sociologies/4873#tocto2n13)

  • Le respect des normes de sociabilité élémentaires
  • La reconnaissance par le coworker de son appartenance à l’espace de travail collectif
  • L’émergence de collectifs réticulaires ou l’inscription dans un collectif préexistant
  • La collaboration, voir la coopération entre membres d’un collectif de professionnels

Dans un premier temps, le coworker va simplement respecter les codes sociaux de l’espace de coworking : les salutations d’usages et marques de politesse en vigueur, le tutoiement ou encore l’usage du prénom pour s’adresser aux autres.  Ces codes peuvent varier selon l’espace et il doit se les approprier.

Le deuxième stade est celui de la reconnaissance. A ce moment, le coworker a déjà dépassé le stade de la « cohabitation » avec ses pairs. Il est conscient d’être membre d’une communauté dans laquelle il doit trouver sa place. Il interagit davantage avec ses pairs et recherche des affinités ou des intérêts communs avec eux. Les conversations personnelles ou professionnelles sont plus nombreuses au détour de la machine à café ou dans les salles communes.

Le troisième stade est celui de l’insertion au sein d’un collectif. Il y a de nouvelles interactivités entre les membres de ce collectif : interactivité d’entraide (demande d’avis ou de conseils) ou encore pratique stratégique du réseautage (basée sur le partage de contact et le réseau instrumental)

Le dernier stade est celui de la collaboration, voire de la coopération entre membres d’un collectif de professionnels. Plus rare que les autres, ce stade aboutit généralement sur des collaborations professionnelles entre les adhérents.

« Plusieurs coworkers possédant des capitaux professionnels complémentaires et conscients de cette complémentarité, s’apprécient mutuellement, décident de collaborer sur des projets communs. On trouve généralement ce type d’interactions dans les espaces de coworking où la dimension collaborative est la plus développée par les gérants. » (Boboc, Bouchareb, Deruelle, Metzger)

Les travaux d’une chercheuse de l’UPEM, V. Dilara3, décrivent d’ailleurs les deux formes sous lesquelles les permanents de l’espace La Cantine cadrent la coopération:  les rencontres fortuites entre les gens qui fréquentent l’espace, et l’organisation d’évènements.

Nous allons donc nous intéresser à l’équipe de gestion de l’espace de coworking, et à la façon dont elle fluidifie la coopération entre les membres.

(Source : Trupia Dilara Vanessa, « Produire un espace hybride de coopération. Une enquête ethnographique sur La Cantine », Réseaux, 2016/2 (n° 196), p. 111-145. DOI : 10.3917/res.196.0111. URL : https://www.cairn.info/revue-reseaux-2016-2-page-111.htm)

3/ Les acteurs de la coopération  

L’équipe de management est souvent à l’initiative de la coopération

« C’est l’équipe, qui connaissant les particularités de chacun, fait le lien […] si tu as besoin de telle personne ou de telle compétence, l’équipe est en mesure de nous aiguiller vers un autre adhérent. C’est vraiment l’équipe qui créée le lien plus que le coworking pour moi. « 4

Céline Chauvet, adhérente de l’espace La Cantine à Nantes

« Pour moi, c’est vraiment l’équipe en place qui crée l’ambiance et la dynamique de travail dans l’espace » affirme William Steven, le fondateur de eatiZZ. Pour William, l’équipe de personnes qui managent l’espace de coworking occupe un rôle majeur. Sans leurs actions, la coopération entre les adhérents s’en voit réduite. William a fréquenté une structure de petite taille (6 bureaux), dans laquelle il n’y avait pas de permanence assurée par du personnel chargé, et donc pas d’évènement de réseautage organisé.

« Il n’y avait pas vraiment de dynamique générale dans nos bureaux. Chacun travaillait sur son projet et on échangeait parfois avec des gens, l’ambiance était plutôt conviviale. »

(Source des verbatims : https://www.youtube.com/watch?v=p3jgLL_B0DE&t=92s , 2015)

Certains bailleurs d’espaces de coworking ont pourtant très bien assimilé leur rôle: ils doivent créer du lien entre les adhérents. La Mutinerie, espace de coworking Français renommé, a d’ailleurs inscrit la coopération comme l’une des 5 valeurs clés de ce mode de travail, listées ci-dessous :

  • Durabilité
  • Communauté
  • Coopération
  • Ouverture
  • Accessibilité

Pour la Mutinerie, le coworking est un mode de travail qui encourage la coopération pour 3 raisons. Tout d’abord, il n’y a pas de hiérarchie entre les membres de l’espace. Ce statut de pair limite certains phénomènes qui peuvent impacter négativement la coopération, (enjeux de pouvoir, rivalités entre collègues …)

Dans un deuxième temps, le fait de fréquenter régulièrement d’autres membres permet de juger le talent et le professionnalisme de ses collègues coworkers.  En 2017, 38% des sondés de l’étude coworking Deskmag fréquentaient leur espace de coworking 5 fois par semaine et la durée moyenne d’utilisation est de 9h03 minutes par jour. Pour ces personnes, l’espace de coworking est donc devenu un vrai lieu de vie professionnellement parlant : ils travaillent, mangent et participent pour certains à activités extra-professionnelle sur ce lieu.

« On connaît d’abord les capacités, les qualités et le talent des gens, avec qui on peut ensuite entrer dans une relation de coopération basée sur une plus grande confiance et une plus grande connaissance mutuelle. »

(Source : http://magazine.mutinerie.org/les-valeurs-du-coworking-15-durabilite/ , 2017)

4/ Autres éléments à considérer  

Le décor et la configuration de l’espace

À la Mutinerie, le décor est sobre, minimaliste et fonctionnel. Les espaces et les bureaux sont en configuration « open-space ». Un open space désigne un espace de travail collectif dans lequel les différents postes ne sont pas séparés par des cloisons.

En arrivant sur place, on a donc un champ de vision dégagé et on peut voir la quasi-totalité des personnes présentes dans cette grande pièces d’environ 80 mètres carrés. Les cuisines, les salles de réunion et autres pièces sont toutes des pièces communes, sauf de petites salles de réunion, qui sont réservables.

Cette configuration de l’espace et du mobilier semble vouloir suggérer et faciliter la coopération. Pourquoi ? Parce qu’une configuration open-space entraine la multiplication des interactions quotidiennes entre les adhérents : il y a davantage de contact visuel et on peut croiser des personnes dans les pièces communes ou au détour de la machine à café.

Cette configuration en « open-space » peut d’ailleurs devenir problématique puisqu’il est parfois nécessaire de s’isoler pour passer un appel ou bien participer à une visioconférence.

En 2017, 41% des coworkers affirment également préférer un espace proposant un mix de pièces fermées et ouvertes (Deskmag diapo 19/31). La majorité des personnes ayant répondu à notre sondage désignent aussi le bruit et les difficultés à s’isoler comme des inconvénients majeurs de ce mode de travail.

On peut conclure sur ces éléments que le design de l’espace peut simplifier la mise en place d’un processus de coopération. Il est plus facile de faire un brainstorming en équipe au sein d’un espace de coworking que derrière un bureau d’écolier.

Les adhérents de l’espace acceptent d’échanger leurs connaissances

Dans un premier temps, nous avions démontré qu’il y avait présence d’une grande diversité de profils au sein d’un espace de coworking.

« J’ai rencontré énormément de personnes de profil très divers : des webdesigners, des chefs d’entreprises, des élus. C’est un endroit où il est facile de nouer des contacts et de suivre des contacts avec des personnes. Le coworking permet d’échanger et d’être moins isolé sur son domaine technique de prédilection. »

Antoine Musso, Développeur fondation Wikimedia

La diversité des profils est telle qu’il y a un brassage des compétences techniques et relationnelles, à la manière d’un Melting pot qui relèverait du domaine professionnel. Les coworkers ont d’ailleurs une culture du travail bien particulière.

Le tableau de l’étude Deskmag nous montre que le manque d’interactions est la 2ème source de mécontentement chez les membres des espaces. Cela montre que les membres sont dans l’attente d’échanger des connaissances. (cf. Annexe 13)

Conclusion

Pour conclure, après avoir défini le coworking, ses fonctions, ses objectifs et même ses utilisateurs, nous avons pu nous rendre compte que le coworking possède deux points forts non négligeables. En effet, grâce à nos recherches ainsi qu’à notre questionnaire, nous pouvons présenter la coopération et la collaboration comme étant les deux avantages les plus appréciés par les personnes qui utilisent ce type d’espaces et ce type de travail.

En effet, le coworking est constitué de sorte à pouvoir faciliter les échanges entre chacun. Il existe des prédispositions qui créent une ambiance chaleureuse, détendue, et qui aident à se mettre à l’aise. Une fois que ces trois caractéristiques ont été ressenties, perçues par le travailleur, après une phase de découverte, alors il est plus ouvert à la discussion et à la rencontre. Il est tout simplement plus apte à coopérer et collaborer.

Néanmoins, il est important de ne pas oublier qu’un espace de coworking ne sera performant en termes de coopération qu’en fonction de ses adhérents. Car ce sont eux qui font la réputation de l’espace et ce sont eux qui décident de coopérer, de collaborer ou non. Tout dépend de ce que la personne recherche en se rendant dans ce type d’endroit. Cependant, les gérants de l’espace peuvent avoir une influence, un impact sur les choix d’utilisations de l’espace de coworking. Ils doivent faire de leur mieux pour pousser le coworker à échanger avec les autres et à sentir ce besoin des autres pour pouvoir avancer au mieux dans son projet professionnel. C’est pourquoi, beaucoup de ces espaces organisent différents événements au cours de l’année. Ainsi, ils se donnent une visibilité plus grande, attirent plus de clientèle, et s’ouvrent même à une plus large population. Le but étant toujours le même, inciter davantage les personnes à partager leurs connaissances, à apprendre des autres, et à s’entraider. Car la coopération ainsi que la collaboration seraient une des clés de la réussite professionnelle et personnelle. On peut alors se demander si ce type de travail va se développer jusque dans les grandes entreprises, lesquelles organisent déjà des ateliers entre entreprise pour partager leurs expériences.

 

Annexes

 

Annexe 1 : Le nombre d’espaces de coworking dans le monde

Site : https://www.blog.becowo.com/2017/03/16/quelles-sont-les-grandes-tendances-mondiales-du-coworking-en-2017/

Annexe 2 : Nombre de membres dans le monde

Site : https://www.blog.becowo.com/2017/03/16/quelles-sont-les-grandes-tendances-mondiales-du-coworking-en-2017/

Annexe 3 : Le coworking dans les grandes métropoles

Site : https://www.usine-digitale.fr/article/carte-l-ile-de-france-troisieme-zone-la-plus-coworking-friendly-du-monde.N378365

Annexe 4 : Ce que les membres du Coworking aiment dans leur espaces – The 2017 coworking global survey

Annexe 5 : Âge des coworkers – The 2017 coworking global survey

Annexe 6 : Nombre d’enfant des coworkers en 2017- The 2017 coworking global survey

Annexe 7: Genre des coworkers- The 2017 coworking global survey & Questionnaire personnel

Annexe 8: Situation relationnelle des coworkers en 2017- The 2017 coworking global survey

Annexe 9 : Statut professionnel des membres – The 2017 coworking global survey

Annexe 10: Niveau d’éducation des coworkers- The 2017 coworking global survey & Questionnaire personnel

Annexe 11: Profession des membres d’espaces de coworking- The 2017 coworking global survey & Questionnaire personnel

Annexe 12 : Raisons pour lesquelles les gens choisissent le Coworking- The 2017 coworking global survey

Annexe 13 :

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