La nomophobie : le nouveau mal du siècle ?

Jennyfer VAL, Kordia SAKHO, Manon KOMSTA

M1 CMW Groupe 2

« Par le passé, les gens avaient peur de perdre leurs clés, de perdre leur portefeuille. Aujourd’hui, on constate un glissement de ces craintes vers le téléphone qui cristallise toute notre mémoire », explique Catherine Lejealle, sociologue des usages des tics. Nous sommes dans une ère où le numérique en constante évolution et dans laquelle tout le monde est connecté et échange en permanence. Parmi toutes les technologies qui ont été développées jusqu’à maintenant, un outil s’est développé plus que tous les autres : le smartphone. En effet, cet appareil aussi appelé téléphone intelligent permet à toute personne de faire des choses multiples tel qu’envoyer des e-mails et communiquer via différentes plateformes. Cet outil mobile peut nous suivre partout, il est accessible à tous et est  très répandue. Le smartphone est un outil prisé par les jeunes : en France, 100%  des personnes âgées de 18-24 possèdent un smartphone.

Cette technologie a fait naître un mal nouveau : la nomophobie. La nomophobie désigne la peur excessive d’être séparé de son téléphone mobile. Cette addiction au smartphone est comparable à d’autres addictions car elle produit les mêmes effets tel que le manque, le stress et de l’anxiété. Cette phobie touche principalement la génération Z, celle née après 1995, que l’on appelle également les “digital natives”. Cet appareil est devenu indispensable pour ses utilisateurs car il leur facilite la vie au quotidien et tient une place centrale dans leur manière de gérer leur vie au quotidien. Le smartphone est devenu une extension de son possesseur et la relation qu’ont les utilisateurs avec leur smartphone peut même être qualifiée de fusionnel. Bien plus qu’un outil d’appel, il regroupe aujourd’hui une multitude de fonctionnalités qui le rendent indispensable : appareil photo, agenda, réservation de cinéma… Il nous simplifie de nombreuses tâches du quotidien. C’est pourquoi certaines personnes ressentent un manque voire de l’anxiété lorsqu’elles sont privées de cet appareil. Cette addiction est le reflet d’une époque où les personnes sont ultra connectées. Nous pouvons donc nous demander dans quelle mesure la démocratisation du smartphone a-t-elle entraîné l’apparition de la nomophobie et quelles sont ses conséquences sur la société ?

Dans une première partie, nous allons tout d’abord étudier l’apparition de ce phénomène : comment se définit cette phobie, comment et pourquoi est-elle apparue ? Qui concerne-t-elle ? Quelles sont les conséquences sociales de cette phobie ? Dans une seconde partie, nous verrons les causes et les conséquences de cette phobie puis enfin, quelles sont les moyens pour se prémunir de cette phobie.

I. L’apparition de la nomophobie

  1. Démocratisation du smartphone

« – Par exemple, moi, j’ai une application pour boire de l’eau.

– Comment ça ?

– Je ne bois pas assez, donc cette application m’envoie des rappels pour m’indiquer la quantité que je dois boire, selon ma corpulence. »

Entendu en classe de Master 1 Cultures et métiers du Web, à l’Université de Paris-Est Marne-la-Vallée.

Le smartphone, ou notre deuxième cerveau. Si en 2011, seule 17% des Français en possèdent un, cette part passe à 65% en 2016[1] ; une tendance à la hausse dont on peut facilement se dire que cela continuera ainsi. En effet, depuis son arrivée, cet appareil connaît une ascension fulgurante, toujours plus encouragée par l’ajout continuel de fonctionnalités en tous genres : aujourd’hui nous retrouvons même des applications développées pour lister ce qu’il reste dans notre réfrigérateur, pour calculer le nombre de pas que l’on fait dans la journée et oui, aussi pour nous rappeler de boire de l’eau.

Le smartphone est devenu un véritable assistant, dont on peut se servir pour un nombre incalculable de choses, simplifiant toujours plus nos actions de la vie. Vous retrouvez toutes les « commandes » classiques centralisées sur ce seul terminal.

Nous avons pris comme exemple le simple contenu de notre réfrigérateur ou notre consommation d’eau, mais cela peut aller plus loin : le paiement mobile NFC (Near Field Communication, soit la communication dans un champ proche), qui, à moyen terme, souhaite faire évoluer nos moyens de paiement et remplacer nos cartes de crédit, le contrôle thermique et luminaire de nos foyers, etc.

La connexion entre les nouveaux appareils numériques et les accessoires classiques a été un enjeu immédiat, et le smartphone arrive en premier sur la liste de ces appareils. Il y a une convergence toujours plus intense qui s’effectue vers cet outil, avec pour première motivation le souci de mobilité (qui n’en n’était pas forcément un, avant que cet évolution soit proposée) : tout concentrer au maximum, pour réduire le nombre terminaux, à l’image d’un couteau suisse. Cette convergence introduit une intensification des actions de la vie quotidienne qu’elles concernent, générant à son tour une sorte de multitasking. Une multitude de tâches mécaniques (fermer ses volets et éteindre la lumière à distance, boire de l’eau, regarder la télé, etc.) mais également des actions plus cognitives : création de lien, entretenir des relations, et l’interaction/le lien sociale dans son ensemble. Dès lors, son utilisation s’accroit inévitablement.

Ainsi, nous trouvons au smartphone à chaque fois un caractère plus utile, voire indispensable (alors qu’on se passait de tel ou tel fonctionnalité jusqu’ici, puisqu’elle n’existait pas). Le numérique est de manière générale un champ de création, et par la suite d’utilisation, qui semble sans frontière, et le smartphone constitue l’une des meilleures illustrations de cela. En effet, non seulement de plus en plus de services et/ou fonctionnalités convergent vers cet appareil mais bon nombre sont créés exclusivement pour ce format (cela part de l’intensification de l’enjeu de la convergence ; car puisqu’on comprend qu’il y a une opportunité sans limite sur le smartphone, due à son utilisation, au lieu de créer une simple version pour lui, pourquoi ne pas créer une version exclusive au smartphone ? D’autant qu’en 2016, la vente des smartphones distance nettement celle des ordinateurs (respectivement 20,2 millions[2] d’unités contre 8,8 millions[3]). Même un an plus tôt, les smartphones représentaient 20,6 millions d’unités vendues, contre 4 millions pour les PC portables en particulier[4], déjà censé être un appareil mobile. Les ordinateurs ne sont plus le terminal prisé pour accéder à internet).

Pour continuer sur cette idée de convergence, il s’agit aussi de ce que le smartphone democratise. Il arrive à s’introduire dans la salle du trône des ordinateurs concernant certains logiciels (Microsoft Word propose par exemple une application réduite en terme de fonctionnalités mais bien utile quand on pas son ordinateur sous la main), et à concurrencer les consoles de jeux. Il ne nous faut pas manquer de mentionner les réseaux sociaux et l’hyper-connectivité générée par leur applications ; de l’instantané à ne plus savoir qu’en faire. En résumé, le smartphone, par sa capacité à converger des centaines d’activités du quotidien, pour un prix acceptable, se place comme une priorité en face d’autres outils numériques.

Cette façon d’utiliser nos précieux est devenue une part intégrante au quotidien, à tel point que le smartphone est à présent vu comme un prolongement de nous-même.

Comment pourrait-il en être autrement : en plus de tous les éléments cités plus haut, notre smartphone dresse un portrait complet de nous grâce à nos profils sur les réseaux sociaux (réseaux qui accroissent cette impression de portrait puisque constituent une plateforme où l’on peut littéralement narrer sa vie), mais également de nos amis et de notre famille ; nos messageries (mails, SMS, etc.) et photos, notre position géographique… iOS a même conçu la possibilité de remplir une fiche de soin dans son application Santé, à laquelle les secours peuvent accéder en cas d’accident depuis la touche « urgence », car vous ne seriez alors pas conscient.

Un prolongement tel que l’on pourrait dire que, finalement, « il est nous ». En effet, en reprenant l’idée de l’hyper-connectivité que génère le smartphone et son utilisation, il devient logique de se dire que nous sommes disponibles à tout moment et donc que le smartphone n’est autre qu’un lien direct et immédiat, même en étant à des endroits différents. Et si nous ne donnons aucun signe de connectivité, cela soulève des questions chez les mobinautes qui nous entourent, car nous sommes comme éteints.

Aucun appareil numérique n’avait jusqu’ici introduit et influencer notre quotidien à ce point : notre façon de vivre a évolué de manière considérable avec cet outil. Nous n’achetons plus un simple téléphone mais tous les avantages et facilités qu’on peut en tirer. Très justement appelé « téléphone intelligent », ce parfait assistant nous fait nous sentir plus efficace, plus performant dans nos actions des tous les jours.

« Besoin d’avoir des  nouvelles de mes amis et/ou d’en donner ? De partager ma dernière découverte culinaire ? De faire les soldes sans affronter la foule ? De connaître le temps qu’il fait demain ? De savoir ce qu’il s’est passé dernièrement dans le monde ? De prendre des photos ? D’écouter de la musique ? De regarder une émission en direct ou en replay ? De consulter son compte en banque ?… »

Cependant par cet usage intensif, nous développons une dépendance certaine ; phénomène fatalement inévitable, au vu de tout ce qu’il nous est possible de réaliser avec, et la sorte d’attachement que l’on éprouve finalement pour le smartphone, tant il sait tout faire. Il devient difficile, impossible voir angoissant de s’en séparer car nous nous sentirions « vide ».

  1. Qu’est-ce que la nomophobie ?

Le terme nomophobie est apparu en 2008, à l’occasion de la publication d’une étude britannique conduite par la UK Post Office. Il est alors formé et contracté à partir de l’expression no mobile-phone phobia, désignant la peur d’être privé de son téléphone/smartphone, cette peur s’appliquant plus à un état d’angoisse ou d’anxiété.

Car pour certains utilisateurs de smartphone, ce dernier est devenu comme un « doudou numérique », tant le lien est devenu étroit. A l’image d’un enfant en bas âge, ce doudou rassure quand ils sont dans un univers quelque peu méconnu, ils s’y réfugient et trouvent en lui un moyen de se sentir plus à l’aise. La nomophobie résulte d’une addiction en bonne et due forme à son téléphone. Les signes ne trompent pas : pour les addicts, il est impossible de passer une seule heure sans qu’il soit consulté. Le fait qu’il soit en panne de batterie, qu’il disparaisse ou que quelqu’un le vole, qu’il n’y ait pas de réseau ou que ce dernier soit ralenti génère un état de stress et d’énervement. Même la nuit, le smartphone reste à proximité, s’il n’a pas sa place sur le lit (encore une fois, comme un doudou).

Comme il a été dit précédemment, le smartphone concentre de plus en plus de services et fonctionnalités, devenant une assistance à notre cerveau lorsque nous évoluons dans un environnement plus ou moins inconnu. Avec les informations qu’on lui donne en l’utilisant, il est capable de penser à ce que nous sommes susceptibles d’oublier, de nous donner une information que nous n’avons pas dans une instantanéité sans pareil, etc. Il aide à s’adapter à quelque chose qu’on pourrait avoir du mal à appréhender.

Par ailleurs, le concept des notifications (pour toute plateforme confondue), qui viennent constamment nous rappeler qu’au sein de notre univers, il se passe quelque chose, fait partie des déclencheurs. Et comme elles fonctionnent avec un système « push » (fait de recevoir un contenu sans l’avoir sollicité), elles surviennent à n’importe quel moment, nous empêchant de manque quoique ce soit et cela sans effort particulier. Et non seulement le téléphone émet un son ou vibre, mais même s’il est en mode silencieux, certains téléphones sont équipés d’une petite lumière clignotant sans cesse, jusqu’à ce que vous fassiez disparaître cette notification. Depuis quelques années, des lumières de différente couleur (et parfois de différente vitesse de clignotement) sont même attribuées à certaines applications : les SMS et Facebook en bleu, Messenger en vert, WhatsApp en blanc, Snapchat en jaune,… vous permettant en un seul coup d’œil de voir d’où ça vient (et l’œil s’en souvient ! Il est stimulé par ce clignotement incessant, et génère un léger stress si nous ne faisons rien pour arrêter cela).

Apparaissant à n’importe quel moment pour nous dire que nous avons un contenu en attente, un besoin excessif de toujours vérifier ses notifications peut naitre (certains utilisateurs peuvent même être victimes de ce qu’on appelle les vibrations fantômes : le Dr Robert Rosenberger du Georgia Institute of Technology explique que ce sont des habitudes corporelles : « Les gens perçoivent alors d’autres sensations, comme le mouvement des vêtements, suite à des spasmes musculaires, comme des vibrations en provenance de leur téléphone mobile, mais c’est juste une hallucination »). Un lien a même été établi entre nos smartphones et le sécrétion de dopamine, hormone naturelle produite par notre cerveau lorsque nous évoluons dans une situation associée au plaisir et en particulier lors de la consommation de drogue(s). Selon le Dr Greenfield (professeur adjoint de Psychiatrie à l’Université de l’Ecole de Médecine du Connecticut), « à chaque notifications, il y a une légère élévation de la dopamine qui dit que vous avez peut-être reçu quelque chose d’important. Ce qu’il y a, c’est que vous ne savez pas ce que cela être ou quand cela aura lieu, ce qui vous pousse à vérifier en permanence. »

De là, vivre sans son téléphone devient inenvisageable ; nous l’avons beaucoup trop intégré « en nous ». Il a en lui beaucoup trop de choses dont nous aurions besoin là, tout de suite, ou beaucoup trop d’informations à nous faire parvenir. Nul n’est sans savoir que c’est l’instantanéité de l’information qui règne, donc tout peut changer d’une minute à l’autre : et si nous manquions quelque chose de vraiment important ?

Car c’est bien le fond du problème que pose la nomophobie, la peur de manquer d’un contenu ou un contenu lui-même. La frustration que ça génèrerait n’est pas envisageable pour les utilisateurs dits nomophobes, qui posent alors une priorité là où il n’y en a pas forcément, eux qui n’auraient pas connu l’époque sans smartphone. En effet, cette pathologie communicationnelle toucherait en majorité les utilisateurs âgés de moins de 25 ans : 40% des 18-24 ans (la moyenne française est à 20%) vérifient leur portable moins de 5 minutes après leur réveil et cette tranche d’âge consulte son téléphone en moyenne 50 fois par jours[5]. Ayant enregistré l’appareil comme source de plaisir, être nomophobe sous-entend qu’il y a atteinte neurologique.

  1. Lien avec d’autres phobies ou addictions

Et bien souvent, si notre téléphone fait office de source de plaisir, c’est qu’il possède une fonctionnalité en particulier qui nous attire plus que les autres. Si certains ne pourraient se passer de leur smartphone pour tout ce qu’il représente et ce qu’il leur apporte, d’autres sont plus portés sur une chose en particulier.

La première sur la liste est inévitablement les réseaux sociaux. Les versions mobiles sont plus ergonomiques et plus recentrées en terme d’informations. C’est également de là que viennent la plupart de nos notifications, nous sollicitant pour répondre à des messages, des commentaires et à produire du contenu. Encore une fois, ce sont les jeunes utilisateurs qui semblent le plus touchés : 53% des 12-17 ans et 49% des 18-24 ans affirment que les réseaux représentent un service dont ils auraient du mal à se passer (contre 42% des 25-39 ans et 22% des 40-59 ans)[6]. Nous ne sommes pas sans avoir que l’adolescence (dont la fin a récemment été reculée à 24 ans, selon une étude parue dans le Lancet Child & Adolescent Health) est une période où les concernés sont en quête de reconnaissance, d’appartenance à un groupe, de définition de soi dans un environnement où l’on peut vite se noyer, etc. Les réseaux sociaux sont la vitrine dont ils disposent pour donner la meilleure image d’eux-mêmes, sans que les autres n’aient forcément aux coulisses de cette vitrine de leur vie. Et ces réseaux sont plus pratiques d’utilisation sur le smartphone ; il n’est pas l’addiction en lui-même mais contient l’objet de l’addiction faisant que tous les symptômes et caractéristiques de la nomophobie peuvent valoir.

D’autres phobies et addictions sont liées de la même manière au téléphone. Elles peuvent se manifester sans cet outil, mais se trouvent amplifiées par son existence. Le téléphone fait office de refuge face à la solitude, nous enfermant toujours plus dans notre bulle. L’oniomanie, désignant la tendance à acheter compulsivement, est facilité par la multiplication des applications de vente en ligne et des nouvelles formes de publicité. Les jeux d’argent se sont eux aussi digitalisés ; le numérique étant devenu quasiment indispensable pour les entreprises, elles suivent également ce chemin et certains collaborateurs peuvent développer une addiction au travail, etc.

 

II. Les facteurs et conséquences de ce syndrome

  1. Les facteurs de cette phobie

La nomophobie est un phénomène à l’échelle planétaire qui touche de plus en plus de monde et les facteurs de ce développement de cette addiction sont multiples. Le smartphone est passé en l’espace de quelques années du stade d’outil utile à un outil indispensable dont nous avons besoin au quotidien. Laurent Karila, psychiatre et addictologue a qualifié le smartphone de « doudou virtuel » car dans la plupart des cas, nous nous endormons et nous nous réveillons avec. C’est un outil qui facilite la vie des utilisateurs dans la vie de tous les jours. Le smartphone nous permet d’être partout au même moment et nous permet donc d’avoir en quelque sorte le don d’ubiquité.

De plus, il regroupe une multitude de fonctionnalités qui permettent d’aider ses utilisateurs comme par exemple le GPS. À cela, nous pouvons ajouter toutes les applications qui existent que chaque utilisateur peut intégrer à son smartphone à sa guise. Il existe donc une quantité innombrable d’applications qui permettent d’assister et de divertir l’utilisateur au quotidien.

L’apparition des plateformes de réseaux sociaux est une des principales causes qui a favorisé l’addiction au smartphone, ces plateformes ont permis aux utilisateurs de se créer un univers avec leurs amis et familles et qui leur permet de partager et d’échanger des moments de leur vie à distance. Ce qui était au départ un moyen de retrouver des gens que l’on a perdus de vu ou de partager des moments entre amis, est devenu un réseau sur lequel on expose sa vie, on partage des images, vidéos et toutes sortes de contenus relatant notre vie personnelle. Les réseaux sociaux sont donc devenus une sorte de journal intime mais exposé aux yeux d’un très grand nombre de personnes.

Par ailleurs, les réseaux sociaux réunissent maintenant des personnes qui dans un autre contexte n’auraient jamais été en contact. Ces plateformes regroupent des utilisateurs du monde entier, ces réseaux sont donc universels, comme par exemple Twitter : tous les tweets sont visibles par tout utilisateur. Nous pouvons communiquer avec des personnes du monde entier. Ces plateformes nous permettent donc d’interagir avec un réseau élargi. Ces réseaux à dimension internationale nous forcent à vouloir rester à tout moment connecté afin de ne rien rater, d’être présent au moment où il se passe quelque chose d’intéressant. Nous sommes constamment en quête d’informations, de divertissement et cela est possible grâce au smartphone qui est un outil qui nous suit dans tous nos déplacements. Selon une étude réalisée en mars 2017, les français passent en moyenne un peu plus d’une heure par jour sur leur smartphone, les 18-24 ans y passent en moyenne 2h49 par jour.

Par ailleurs, la personnalité des utilisateurs joue une part importante dans le fait qu’ils soient ou non accros à leur smartphone. Les plus susceptibles de souffrir de cette phobie sont en particulier les personnes excentriques, extravertis qui ont un entourage d’amis et de relations large et qui ressentent donc le besoin d’être constamment connectés pour vivre des moments virtuels avec leurs amis et contacts. Prenons par exemple Facebook ou Instagram : sur ces plateformes, les utilisateurs ont envie d’échanger à tout moment mais veulent également se montrer, s’exposer et avant tout susciter l’intérêt des autres et avoir en quelque sorte leur moment de gloire en postant des photos ou vidéos. Puis à la suite de ces posts, ils sont en attente de “like”.

D’où l’apparition du selfie, néologisme anglais qui vient du mot “self” donc “moi” en français. Le selfie est un cliché où l’on se montre en se prenant en photo soi même, une sorte d’autoportrait réalisé avec un smartphone. Ce phénomène est devenu une mode et les utilisateurs sont nombreux à se prendre au jeu du selfie : cela renvoie l’idée que les utilisateurs sont narcissiques.

D’autre part, cela peut également être un signe de besoin de reconnaissance pour les personnes qui manquent d’estime de soi et qui ne montreraient uniquement des photos concernant leur personne afin de recevoir des likes qui signifieraient pour elle une certaine approbation, validation venant de l’extérieur.

De plus, les utilisateurs des réseaux sociaux cherchent à se distinguer des autres, à se montrer et mettre en avant ce qu’ils possèdent, ce qu’ils font et il y a la volonté derrière d’avoir un maximum de “like”. Ce  système de “like” est apparu en premier sur Facebook et a été décliné dans tous les réseaux sociaux. C’est un moyen rapide de donner son point de vue mais surtout un moyen de quantifier la popularité d’une personne. Prenons par exemple une star internationale comme Beyoncé : la photo qu’elle a posté d’elle enceinte a été la photo la plus likée au monde et cela montre à quel point c’est une célébrité populaire. Cette recherche de like est donc un but également pour les stars, il y une sorte de course au like pour faire la promotion de sa personne et se créer une e-réputation. Et cela en va de même pour les personnes lambdas qui voudraient leur moment de gloire. Les utilisateurs de réseaux sociaux qu’on peut appeler socionautes veulent être populaire comme les stars mais dans leur  large cercle “d’amis”.

Chaque personne modèle son image tout comme le ferait une personne publique, une star. Les publications sont donc pensées et réfléchies avant d’être mises en ligne.

Autre facteur de cette addiction : le démarrage précoce de l’utilisation du smartphone qui engendre une habitude dès le plus jeune âge. C’est pour cette raison que la génération Z, celle née entre 1990 et 2000, qui a été bercé et a grandi avec les nouvelles technologies et le smartphone est la plus touchée par ce syndrôme.

Tant le problème est important à Singapour, des campagnes de prévention et programmes de sensibilisation ont été mis en place afin de sensibiliser les parents aux risques d’addictions au smartphone pour les enfants. Singapour détient le record avec Hong-Kong du plus grand nombre d’utilisateurs de smartphone par habitant. C’est un fléau qui commence dès le plus jeune âge de nos jours.

En outre, notre addiction est dûe aux applications et surtout la manière dont elle sont pensées. Les applications ne sont pas conçues au hasard. En effet, les développeurs d’applications font en sorte de rendre l’utilisateur accro afin qu’il se connecte le plus souvent à l’application. Les concepteurs d’application jouent donc sur l’addiction afin que le plus de monde possible l’utilise et qu’un profit important en découle via les publicités. Les notifications, vibrations du portable et signaux lumineux nous interpellent sans cesse dans la journée, ce qui signifie que quelque chose se passe et tout utilisateur est tenté de vérifier son téléphone. Les notifications constantes nous font un rappel qui nous ramène à ce monde virtuel. Elles nous poussent à retourner vers notre smartphone. Une certaine impatience se fait d’ailleurs ressentir lorsque l’on entend le son ou que l’on voit le voyant de la notification. Les utilisateurs sont même dans l’attente de ces notifications, vérifiant parfois frénétiquement leur téléphone plusieurs fois par heure.

Dans le berceau de la création des nouvelles technologies, la Silicon Valley, on trouve un lieu dédié à la fabrication de l’addiction par les technologies. C’est un laboratoire de recherche qui s’appelle le Persuasive Technology Lab fondée par B.J. FOGG. Il a inventé la “captologie”  qui est l’étude des ordinateurs et des technologies numériques comme outils de persuasion. C’est un laboratoire où l’on enseigne aux étudiants de quelle manière entrer dans la psychologie des gens et les techniques pour rendre les utilisateurs accros aux technologies qu’ils créent. En d’autres termes, ils apprennent aux futurs développeurs d’applications les techniques qui poussent les gens à faire ce qu’ils souhaitent qu’ils fassent : utiliser le plus de temps possible leur technologie, quitte à y devenir accro. On peut se demander si dans ce cas là,  le marketing ne prime pas sur la santé.

Un ancien élève de la Persuasive Tech Lab, Nir Eyal qui est blogueur et consultant affirme que “les innovateurs créent des produits conçus pour persuader les gens de faire ce que nous voulons qu’ils fassent“. Il a écrit un livre concernant cette méthode de la persuasion, Hooked : How to Build Habit-Forming Products. Selon lui, il faut créer des “hooks” ce sont des techniques pour tenir l’attention de l’utilisateur. Le but étant que l’utilisation du produit rentre dans les habitudes de l’utilisateur. Dans ce livre, il décrit les quatre étapes du processus pour construire des produits qui rendront accros les utilisateurs. L’étape une est de trouver le bon “déclencheurs”, il faut trouver quelque chose qui donne envie aux usagers d’utiliser le produit, l’étape suivante est l’action, ce que va pousser à faire le produit ce doit être des actions simples. La troisième étape est une récompense variable afin que l’utilisateur ait envie de revenir et pour finir l’investissement. Tout cela repose sur ce que l’on appelle le “design des vulnérabilités” ce qui signifie que l’on joue sur les faiblesses des utilisateurs. Dans le cas des réseaux sociaux, la récompense est imprévisible donc l’utilisateur continue de scroller. Si l’on prend l’exemple de Facebook, l’utilisateur cherche en effet des contenus drôles, intéressants ou divertissants. Par ailleurs, les réseaux sociaux mettent en place des fils d’information continues qui n’ont pas de fin, ce qui pousse l’utilisateur à continuer à faire défiler la page. Les développeurs se reposent sur sa curiosité. L’utilisateur est en quête d’informations et les applications nourrissent cette envie.

2. Le cas de la FOMO

Tous ces éléments font que les gens ne se contrôlent pas et veulent constamment se connecter. Un syndrome découle de cela : la FOMO. Il a été défini pour la première fois dans l’ Urban dictionary en 2006. Cette acronyme qui signifie  “fear of missing out” désigne la peur de manquer quelque chose. C’est une peur qui peut apparaître chez les usagers les plus fréquents, un état de stress mental ou émotionnel qui se traduit par une véritable angoisse et qui est le résultat d’une connexion permanente.

Pour palier à cette peur, l’utilisateur des réseaux sociaux veut rester en permanence connecté afin d’être présent à tout moment. Ce syndrome s’accompagne d’un sentiment de frustration concernant sa vie en comparaison avec la vie des autres à travers les différents réseaux sociaux.

Les utilisateurs des réseaux qui sont actifs et qui publient régulièrement des photos ou des vidéos ont tendance à faire la promotion de leur vie, ils se vendent et mettent en avant les moments et évènements positifs de leur vie et l’image qui ressort de cela donne l’impression que leur vie est “parfaite”, sans nuages. Certains utilisateurs qui sont spectateurs de cela ont tendance à déprimer à la vue de ces posts qui renvoient des moments de bonheur, de convivialité car ils souhaiteraient également être dans ces situations.

Par conséquent, les utilisateurs ressentent un mal-être en comparant leur vie aux personnes qui les entourent en ligne, ils se sentent mal et ont l’impression de passer à côtés de moments, d’activités, de voyages et de pleins d’autres choses. Ce syndrome se retrouve chez les personnes qui sont constamment connectés car ils savent tout ce qui se passe autour d’eux, c’est un cercle vicieux car plus ils se connectent et plus ce sentiment de frustration va se faire ressentir.

Cependant cette image est biaisé car les gens ont tendance à montrer uniquement le côté positif de leur vie et c’est bien sûr évident. Nous pouvons prendre comme exemple la famille Turpin, une famille américaine dont les parents viennent récemment d’être inculpé pour séquestration et d’autres chefs d’inculpation. Cette famille se composait des parents et de leurs treize enfants et qui d’après leur profil sur le réseau social Facebook, formait une belle et heureuse famille, or ce n’était pas du tout le cas. Bien au contraire, il s’est avéré que c’était une famille avec des parents violents envers leurs enfants et qui les traitaient de manière abjecte. Ce syndrome touche également les personnes en quête de reconnaissance car elles veulent aussi convaincre leurs contacts et amis qu’ils vivent une vie épanouissante en publiant du contenu sur leur vie.

Cette peur découle de sentiments que veulent satisfaire les gens en général, le besoin de popularité et le besoin de reconnaissance sociale qu’ils n’ont pas hors ligne. Les internautes ressentent le besoin de se montrer, d’exposer des moments de leur vie et quelque fois des moments privés et attendent en retour des “like”, des commentaires positifs qui va satisfaire ce besoin. Toute personne qui publie sur Facebook une photo est en attente du maximum de “like” et si ce n’est pas le cas, elle se sentira frustré et peu populaire. Le sentiment de frustration est également lié aux autres utilisateurs qui ont l’air d’avoir une vie plus attractive. Si l’on prend par exemple un blogueur spécialisé dans les voyages, on peut voir qu’il voyage partout dans le monde, qu’il a des avantages grâce à son statut de blogueur grâce aux nombres de personnes qui le suivent. L’utilisateur qui le suit peut se sentir frustré de ne pas avoir une telle vie. L’utilisation excessive et intensive des réseaux sociaux peut donc mener à une dépression chez le socionaute.

De plus, les utilisateurs qui publient en permanence ou montrent des vidéos passent à côté des moments qu’ils vivent car ils sont constamment connecté et dans le besoin de partager ces moments qui au final n’est pas vraiment vécu pleinement. Comme par exemple, les utilisateurs en soirée qui tournent constamment des vidéos pour montrer à quel point ils s’amusent alors qu’en réalité ils s’amusent uniquement lors de la prise de vue. Selon Mashable, 56% des américains souffriraient de FOMO. Ce besoin d’être tout le temps connecté accroît l’addiction au smartphone car c’est le principal outil qui nous permet d’être connecté en permanence.

Les causes de l’addiction au smartphone sont donc nombreuses et cela peut avoir des conséquences à plusieurs niveaux.

3. Conséquences, dangers

Non seulement le smartphone est addictif mais son usage excessif peut avoir des effets négatifs notamment au niveau de la santé.

Consulter son smartphone en permanence est devenu pour certain un besoin primordial. D’après les travaux de Hofmann, notre capacité à résister de se connecter serait faible comparé aux autres besoin primaires tel que manger et dormir. L’étude The World Unplugged a demandé à un milliers d’étudiants de différentes universités du monde entier de se déconnecter pendant 24 h et le résultat est que beaucoup d’entre eux n’ont pas pu tenir tout ce temps. Par ailleurs, le temps passé sur un smartphone a été lié à des troubles musculo-squelettiques notamment des douleurs au cou, à l’épaule. Douleurs au milieu du pouce droit et sur la base du pouce droit, lié à du temps passé sur internet et à jouer à des jeux.

Plusieurs termes anglo-saxon ont été créés pour qualifier les différents maux survenus à la suite de l’utilisation intempestive du smartphone, il y a le “sleep texting” qui est le fait d’envoyer des textos au moment du coucher. Le syndrome du “text neck”, c’est la tension que l’on exerce sur la colonne vertébral quand on penche la tête et le “text claw” qui signifie tendinite du texto, est une douleur au poignet causée par l’écriture de textos,  la navigation web et le fait de taper du texte en général avec son smartphone. Selon l’American College of Rheumatology, la tendinite causé par le “text claw” est la fissure de tissu mou qui se trouve autour de muscles et d’os et souvent très sensible au touché. De plus, nous sommes amenés à adopter de mauvaise postures, la position de la tête vers l’avant augmente le poids de la tête sur la colonne vertébrale. Selon l’association britannique chiropratique, la génération des iPads connaît beaucoup plus de douleur de dos et de cou en raison de son addiction à divers gadgets et le disque vertébrale de 45% des jeunes âgés de 16 à 24 ans subi des pressions dues à une pose non naturelle, 25% de ces jeunes en souffrent quotidiennement.

Il y a également un risque lié à l’utilisation du smartphone au volant : le risque d’accident est élevé quand un conducteur utilise son portable en conduisant. Il y a donc une volonté de rester connecté même en prenant des risques. Il y a également un risque pour les piétons qui ne regardent pas les signalisations, sont obnubilés pas leur smartphone et font abstraction de ce qui les entourent et cela les empêchent d’être à l’affût du danger notamment quand ils traversent un passage clouté. Des chercheurs américains s’inquiètent de l’augmentation de cas de conduite et de marche en regardant le téléphone. Cette distraction est responsable de 420 000 blessures et 3100 morts aux Etats-Unis, selon les statistiques de l’année 2017. Quant à l’Europe, les piétons constituent 22% des tués dans les accidents de la route, les smartphones et l’inattention en est la cause principal d’après les chercheurs en accidentologie.

L’usage du smartphone altère également la qualité du  sommeil. D’une part la lumière émise par l’écran entraîne une perturbation de la sécrétion de mélatonine et d’autre part cela repousse l’heure du coucher quand le smartphone est utilisé au lit. Une étude révèle que 63% des utilisateurs de smartphone âgés de 18 à 29 ans apporteraient leur téléphone au lit.

L’utilisation excessive du téléphone peut avoir des effets néfastes pour la vue, la rétine de l’oeil peut s’abîmer face une exposition prolongée à la lumière du téléphone. Selon un récent rapport établi par des ophtalmologues, les enfants qui passent beaucoup de temps sur leur smartphone sont plus souvent confrontés au syndrome de l’oeil sec. Cette sécheresse apparaît quand l’oeil ne produit plus de larmes et on retrouve normalement ce genre de symptôme chez les personnes âgées.

Des chercheurs de l’université du Michigan ont étudié l’impact du sommeil suite à une utilisation du smartphone après 21h. L’étude s’est basé sur des employés et des cadres et les résultats ont montré que l’utilisation du smartphone après 21h nuisait à la qualité du sommeil et entraînait donc une grande fatigue et une perte de motivation au travail. Ce groupe de personnes a également été testé sur leur utilisation des tablettes, des ordinateurs et également la télévision mais il en est ressorti que le smartphone avait des effets plus néfastes sur la qualité du sommeil. Ceci est principalement dû au type de lumière qu’émet ce type d’appareil, il émet une lumière bleu qui est très intense et cela a un impact négatif car il altère la sécrétion de mélatonine, hormone naturelle du sommeil, qui est une substance chimique que sécrète notre organisme et qui favorise le sommeil. Cette lumière bleue retarde donc le sommeil.

L’addiction au smartphone peut également impacter la vie professionnelle des utilisateurs car une fatigue peut se faire ressentir suite à une nuit de sommeil altérée par l’utilisation du smartphone. Cela cause des problèmes de concentration et de motivation au travail. De plus, dû à la disponibilité permanente de cet outil, les utilisateurs sont tentés de se distraire et de jeter un oeil sur leur téléphone ; cela impacte donc la qualité de leur travail et ils sont moins dévoués.

Il existe par ailleurs des effets néfastes sur les relations sociales car être constamment scotché sur son téléphone nous coupe du monde réel et de nos relations. Dans des moments où l’on devrait échanger avec nos proches et profiter de réels moments, nous ne pouvons nous empêcher de regarder notre téléphone. La qualité des relations familiales et amicales se détériore donc car on consacre moins de temps à nos relations dans le vie réelle que celles dans le monde virtuel.

Par ailleurs, le smartphone émet des ondes qui sont potentiellement cancérigènes. Ces ondes seraient responsables de la stérilité chez l’homme par la diminution du nombre de spermatozoÏdes. Cela serait accentué par le fait que les hommes mettent souvent leurs smartphones dans leurs poches. De plus, la fréquence des ondes WIFI rend le téléphone particulièrement nocif du fait qu’elle est émise en permanence et elle est accompagnée d’ondes pulsées en extrême basse fréquence et cela perturbe l’activité électrique du cerveau et le système endocrinien et immunitaire.

Pour finir, au niveau planétaire, les smartphones ont un effet sur l’environnement car les batteries des portables contiennent des polluants qui sont particulièrement dangereux pour l’environnement et pour la santé humaine, en outre, ils consomment beaucoup d’énergie.

Les étudiants en master CMW, atteints de nomophobie ?

Afin d’évaluer les conséquences de l’absence de smartphone sur des jeunes de la génération Y, nous avons procédé à une expérience sociologique sur une dizaine de volontaires de notre classe de master CMW. L’expérience consistait à les priver de leur téléphone pendant plusieurs heures afin d’étudier leur ressenti.

Il est important de préciser que les résultats sont légèrement biaisés puisque nous avons effectué l’expérience pendant un cours : les élèves étaient donc occupés et avaient accès à leur ordinateur.

L’expérience sociologique a commencé dès l’annonce de notre étude aux étudiants. Tandis que certains ont été presque horrifiés de nous laisser leur téléphone, d’autres nous l’ont machinalement tendu comme s’il s’agissait d’une simple formalité. Nous avons également été confronté à un réel technophile qui avait, en plus de son smartphone, une montre connectée qui lui permettait de voir ses messages, mails, et toute notification. Double peine pour lui, donc : nous lui avons également confisqué sa montre. Après avoir collecté les smartphones, nous avons demandé aux étudiants de faire un trait sur un papier lorsqu’ils ressentaient l’envie de regarder leur téléphone ou ressentaient un manque.

L’expérience n’a duré que 3h. C’est peu mais c’est assez pour étudier un ressenti général et récolter des informations intéressantes sur ce phénomène de nomophobie étroitement lié au phénomène de FoMo. Les résultats ont été assez disparates et nous ont permis de constater que l’usage du smartphone chez les jeunes est propre à chacun. Nous ne l’utilisons pas pour la même chose, pas au même moment, pas autant les uns que les autres. Après l’expérience, nous leur avons demandé s’ils pourraient nous laisser leur téléphone plus longtemps, la première chose qu’ils allaient faire en le récupérant ainsi que ce qui leur avait le plus manqué.

Un phénomène très intéressant est qu’avant de commencer l’expérience, de nombreux participants se sont sentis obligés de prévenir leurs proches. On voit bien ici que le smartphone est un véritable prolongement de nous-même. Si on ne répond plus, nos proches peuvent alors s’inquiéter et nous penser en danger. Concernant la durée de l’expérience, peu d’entre eux auraient pu continuer plus longtemps, ou seulement s’ils étaient entourés et occupés. En effet, le smartphone est un excellent remède contre l’ennui, et sur ce point tous les participants semblaient d’accord. Concernant le nombre de traits, il y en avait en moyenne 3 par participant, 3 moments où ils ont ressenti un manque soit une fois par heure. Une peur commune a été la peur de rater une information (la fameuse FoMo). Concernant ce qui leur manquait le plus, cela varie selon les participants et leurs petites habitudes mais on retrouve très souvent l’heure, les notifications, les messages et parfois l’actualité et les réseaux sociaux. Certains ont juste répondu que la présence du téléphone en elle-même leur manquait. Pas le fait de l’utiliser mais seulement sa présence : on est ici parfaitement dans la définition même de la nomophobie ! Au contraire, un participant s’est dit soulagé par l’expérience et prêt à recommencer plus souvent. En effet, il s’est rendu compte qu’il avait apprécié avoir une bonne raison de s’éloigner de son téléphone et par conséquent, de ses obligations (mails, messages, rappels du calendrier, etc…). Un bon candidat à la digital detox.

Nous avons donc pu observé que les résultats varient selon les participants mais si nous devions retenir une chose : l’expérience ne les a pas laissés indifférents. Le fait de leur prendre leur téléphone constitue un acte important pour eux et par conséquent, on peut dire qu’ils souffrent de nomophobie à des degrés très différents. Certains élèves ont par ailleurs complètement refusé l’expérience. Quoi qu’il en soit, cette expérience a été enrichissante pour notre étude car elle nous a permis de nous rendre compte du phénomène et de prendre sa température dans notre classe où le numérique est omniprésent.

III. La nomophobie : une fatalité pour notre génération hyperconnectée ?

Bien que la nomophobie ait donc des conséquences concrètes et plutôt négatives sur notre santé ou encore notre vie sociale, il existe des moyens pour se prémunir de cette phobie. Ces moyens vont de la digital detox aux applications de régulation de l’utilisation de son téléphone en passant par une éducation qui met des côté les outils digitaux. Tous ces moyens résultent d’une certaine prise de conscience collective concernant l’utilisation excessive de ces outils et surtout la place croissante qu’ils ont pris dans nos vies, nous amenant presque à remplacer ou délaisser certaines activités.

1. De la prise de conscience à l’auto-régulation

Nous pouvons considérer qu’il existe plusieurs niveaux de nomophobie. Cela peut aller d’une petite frustration de ne pas avoir accès à son téléphone à un manque réel qui se manifeste par de l’anxiété voire un impact sur les relations sociales.
Pour les cas d’addiction dits légers, il existe une multitude de moyens pour nous permettre de réduire notre utilisation du smartphone. En effet, comme vu précédemment, nous passons de plus en plus de temps sur notre téléphone mais nous sommes surtout mécontents de cette utilisation excessive, selon une étude récente britannique. Perte de productivité, de temps, altération des relations sociales : autant de raisons qui nous poussent à vouloir réguler le temps que l’on passe sur notre smartphone.

La première étape pour se détacher de son téléphone est la prise de conscience : il est important de se rendre compte que son utilisation excessive a une réelle influence sur notre vie sociale et qu’il est donc bénéfique pour nous d’agir. Des applications, comme Moments ou BreakFree permettent de voir combien de temps nous passons sur les différentes applications, afin de quantifier notre addiction et dresser un bilan. Bien souvent, nous sous-estimons d’environ 50% le temps passé sur nos téléphones. Grâce à ces applications, le simple fait de voir notre utilisation chiffrée peut constituer un petit choc. Une fois cette prise de conscience opérée, il faut identifier les applications chronophages. Dans la plupart des cas, ce sont les réseaux sociaux qui mobilisent toute notre attention. De nombreuses astuces existent pour y passer moins de temps : la première étant de mettre son téléphone en silencieux et de désactiver les notifications. En effet, sachant qu’en moyenne un utilisateur de smartphone a entre 80 et 100 applications installées sur son téléphone (pour 30 utilisées), si l’on considère que les notifications sont activées pour toutes, on peut vite être déconcentré toutes les deux minutes. Désactiver ou du moins modifier les paramètres pour ne pas être notifié de tout peut donc être bénéfique.

La deuxième étape consiste à se fixer des limites : par exemple au lieu de consulter son téléphone chaque heure, il est préférable de lui consacrer seulement 1 ou 2h par jour. De nombreuses applications existent permettant de réguler l’utilisation excessive de son téléphone. Les applications Flipd, AppDetox et Moments proposent de fixer une limite et de vous rappeler à l’ordre une fois que la limite est dépassée. Tandis que certaines vous notifient seulement, d’autres filtrent les notifications ou bloquent complètement votre téléphone une fois la limite dépassée. Il est également possible d’activer cette fonctionnalité à certaines heures de la journée ou certains moments (lorsque l’on est au travail ou encore en famille). Les types d’applications et degré de régulation dépendent du degré d’addiction et surtout de la capacité de l’utilisateur à s’autoréguler.

Afin de s’autoréguler, il existe de nombreuses recommandations de professionnels qui ont étudié le phénomène. La première est d’instaurer des périodes dans la journée sans son téléphone, notamment pendant les repas, dans la salle de bain, ou lorsque nous pratiquons une autre activité (lecture, sport, travail, transports). Il est également vivement conseillé de ne jamais prendre son téléphone pour dormir, et donc de ne pas l’utiliser comme réveil. En effet, de nombreuses personnes regardent leur téléphone dès qu’ils se réveillent et longtemps dans leur lit avant de s’endormir. Il est également nécessaire de se challenger et de s’obliger à passer des moments sans téléphone, au début pendant un diner puis pendant 1 ou 2 jours, voire des vacances entières. Bien évidemment, une des recommandations consistent à trouver d’autres activités qui nous procurent autant de plaisir que de surfer sur notre téléphone (puisqu’il a été prouvé que les réseaux sociaux s’apparentent à une drogue).

  1. La floraison de “digital detox”

A un stade plus avancé de la nomophobie, on peut envisager une digital detox. Les digital detox, ou sevrage numérique, se réfère à une période de temps pendant laquelle une personne s’abstient de l’utilisation des dispositifs de connexions électroniques tels que les smartphones et les ordinateurs. Dans certains cas, la motivation est une réponse émotionnelle négative sur l’utilisation de la technologie, tels que l’insatisfaction ou de la déception de la technologie de l’appareil et de ses fonctions. Dans d’autres cas, les utilisateurs voient la technologie comme un facteur de distraction qui consomme du temps et de l’énergie, et qui voudraient reprendre le contrôle sur leur vie de tous les jours. Le phénomène est né au cœur de la Silicon Valley, là où, comble de l’ironie, les enfants des cadres d’Apple ou de Google fréquentent des écoles qui apprennent à vivre sans ordinateur ni télévision.

La digital detox est un terme qui englobe l’initiative mais elle peut se faire de différentes manières. Le fait de décider de passer 2 jours sans téléphone et Internet peut être qualifié de digital detox mais ce terme désigne également des séjours prévus à cet effet. Certains centres de thalasso et hôtels spa ont ajouté l’option digital detox à leur carte. Au programme : plus de wifi ni d’écrans, même pas celui d’une télévision remplacée par une chaîne hi-fi dans la chambre. Une ambiance zen, de la sophrologie, un coaching  psycho comportemental, de l’activité physique, des massages et des menus diététiques. Les activités proposées sont variées et permettent de se déconnecter pendant quelques jours. Ce type de séjour est surtout prisé par les actifs aisés qui veulent se déconnecter et apprendre à mieux réguler leurs usages numériques. Les cadres sont très touchés par la nomophobie, et consultent notamment leurs mails en dehors du travail jusqu’à très tard le soir.

Les offres de digital detox sont beaucoup plus développés aux Etats-Unis ou en Chine (pays le plus connecté), proposant des séjours dans des campements où le réseau ne passe pas où encore des séjours plus sérieux comprenant des traitements médicamenteux, scanners du cerveau, entrainements militaires et tests psychiatriques (comme au Daxing Internet Addiction Treatment Center en Chine). En France, nous sommes encore loins des centre de désintoxication car le phénomène de nomophobie est beaucoup moins développé que dans certaines régions. A titre d’exemple, un Français passe en moyenne 1h20 sur les applications de son téléphone par jour contre 3h20 pour la Corée du Sud.

Les dispositifs de digital detox sont également utilisés par les marques comme un moyen de répondre à notre besoin de se déconnecter.  En février dernier, KitKat a installé aux Pays-Bas des zones sans Wi-Fi, où les signaux Internet sont bloqués sur un rayon de 5 mètres. En Bulgarie, la marque de bière Amstel a quant à elle proposé des casiers dans lesquels les consommateurs peuvent déposer leur téléphone portable pour la soirée. La clé de leur casier leur est remise avec un coupon qu’ils peuvent échanger au bar contre une bière gratuite. Dans de nombreux bars, la WiFi a été retiré symboliquement pour rappeler aux clients que boire un verre avec ses amis est l’occasion de discuter et non de rester sur son téléphone. Cette mesure assez radicale est un bon moyen de revenir aux valeurs essentiels.


3. Le rôle du gouvernement et de l’éducation


Le smartphone est assimilé à une drogue, a des effets néfastes… Cependant, il serait surprenant de voir le gouvernement l’interdire. Côté politique, le problème de la nomophobie n’est pas encore très pris au sérieux bien que deux lois soient passés nous invitant à mettre de côté nos téléphones. Depuis le 1er janvier 2017, le droit à la déconnexion a fait son entrée dans le code du travail et concerne l’utilisation excessive des outils numériques dans le cadre professionnel. 37% des actifs utilisent les outils numériques professionnels hors temps de travail selon une étude Eléas (septembre 2016)
62% des actifs réclament une régulation des outils numériques professionnels.
Face à ces chiffres, le gouvernement a trouvé une solution en instaurant cette droit à la déconnexion, qui donne le droit aux salariés de ne pas consulter leurs mails ou travailler en dehors de leurs heures de travail. Cette loi vise à améliorer leur bien-être au travail mais également l’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle.

Cependant, dans le monde du travail, certains lois sont contournées par les entreprises et celle-ci ne déroge pas à la règle. Par ailleurs, bien que ce soit son droit, un employé qui ne répond pas à un mail le soir peut être mal vu par son employeur. Tout dépend de son cadre de travail.
Concernant l’éducation, le ministre Jean-Michel Blanquer a pour projet de renforcer l’interdiction des smartphones à l’école et collèges, en mettant en place le confinement des appareils, par exemple, dans des « casiers fermés ». En théorie, le code de l’éducation interdit déjà l’usage du téléphone à l’école mais cette loi est très peu respectée, surtout d’un établissement à un autre. Par ailleurs, certains professeurs estiment que l’utilisation des smartphones en cours peut, s’il est utilisé à bon escient, être bénéfique pour l’élève pour prendre en photo un tableau quand ils n’ont pas eu le temps de copier le cours ou s’en servir pour chercher une information . Pour certaines matières, les outils du smartphone peuvent être très utiles et certains professeurs ont donc décidé d’autoriser son usage à des fins pédagogiques. D’où la nécessité de trouver un juste milieu et éduquer les enfants à une utilisation plus intellectuelle de leur smartphone.

Afin de combattre le problème à sa source, la prévention contre la nomophobie doit commencer dès le plus jeune âge. Récemment, une réelle prise de conscience s’est opérée concernant les effets néfastes du l’exposition des enfants aux écrans. Une médecin notamment, Anne-Lise Ducanda a récemment alerté sur ces effets et a créé un collectif avec d’autres médecins afin de mettre les parents de jeunes enfants en garde. Elle regrette qu’il n’y ait pas plus d’études sur le sujet et a de son côté, sur le terrain, observé une réelle corrélation entre des troubles du comportements (enfants dans leur bulle, retards de développement) et une forte exposition aux écrans. Au delà des problèmes de santé que cela cause, il est également du ressort des parents d’empêcher le développement d’une nomophobie chez leurs enfants en montrant eux-mêmes l’exemple, en mettant des limites à leurs enfants et en leur donnant l’accès à un smartphone à un âge raisonnable. Il existe également des systèmes bien connus de contrôle parental, maintenant applicables aux smartphones. Le gouvernement hésite en ce moment à ramener la majorité numérique à 15 ans. Le majorité numérique, qui désigne l’âge auquel nous avons le droit de nous inscrire à un réseau social, est de 16 ans pour le moment. Néanmoins, la plupart des jeunes sont sur les réseaux sociaux dès 10 ans, en mentant tout simplement sur leur âge lors de leur inscription.

Conclusion

Notre étude nous a donc permis de comprendre que la nomophobie est un phénomène causée par la multitude de fonctionnalités qu’offre le smartphone et le sentiment de toujours devoir se tenir au courant dans cette société toujours plus connectée. Cette phobie toujours croissante nous amène à toujours consulter notre smartphone, ce qui peut avoir des conséquences aussi bien sur notre santé que sur notre vie sociale. Heureusement, la France est loin d’être le pays le plus touché et la tendance semble à la baisse.

Mais dans une société hyperconnectée, est-il possible voire envisageable de vivre sans téléphone ? Le smartphone nous permet de faire une multitude de choses, de rencontrer de nombreuses personnes de différents horizons, de s’ouvrir à d’autres cultures, de se faire connaître (notamment pour les petits artistes) ou encore d’appeler de l’aide en cas de danger. Pendant les attentats, un homme a même été sauvé grâce à son smartphone qui a pris un éclat de bombe à sa place. Le smartphone peut également nous servir à être géolocalisé, il peut donc être d’une grande aide dans les enquêtes policières. Autant d’arguments avancés par les technophiles qui ont peur de cette dramatisation du smartphone. De plus, la France est loin d’être le pays le plus touché et la tendance semble à la baisse. Mark Zuckerberg a d’ailleurs annoncé une forte baisse du temps passé sur Facebook par ses utilisateurs. Cependant, Facebook est maintenant délaissé aux profits d’autres applications et demain, des centaines d’autres applications redoubleront d’inventivité pour gagner notre attention. C’est surtout aux utilisateurs de résister à l’appel du smartphone et de trouver leur équilibre.

 

Notes de bas de page :

[1] Source : enquêtes sur les « Conditions de vie et les Aspirations », novembre 2016 – CRÉDOC (Conseil Général de l’Economie, de l’Industrie, de l’Energie et des Technologies), ARCEP (Agence du numérique).

[2] Chiffres de GFK

[3] Chiffres du cabinet Gartner

[4] Chiffres du site Statista

[5] Les données de l’étude française sont issues de l’enquête internationale de Deloitte (« Global Mobile Consumer Survey 2016 ») menée sur 30 pays, auprès de 49 000 répondants.

[6] « Baromètre du numérique », CREDOC, étude 2016.

Webographie :

http://www.psychologies.com/Culture/Ma-vie-numerique/Articles-et-Dossiers/Je-suis-accro-a-mon-telephone

http://www.influencia.net/fr/actualites/design-lab,conversation,nomophobie-mal-generation-accro-smartphone,6705.html

https://www.futura-sciences.com/sante/actualites/maladie-addiction-selfies-selfitis-elle-maladie-69622/

http://journals.openedition.org/rfsic/2910

sociaux-publier-beaucoup-c-est-trahir-une-fragilite-narcissique.html

https://www.nouvelobs.com/rue89/rue89-nos-vies-connectees/20161104.RUE4167/les-secrets-des-ingenieurs-qui-vous-rendent-accros-a-vos-portables.html

https://www.sciencesetavenir.fr/sante/sommeil-l-effet-nefaste-des-smartphones_13050

http://www.psychologies.com/Culture/Ma-vie-numerique/Articles-et-Dossiers/FOMO-comment-empecher-les-reseaux-sociaux-de-nous-stresser

https://www.lesechos.fr/amp/021515729444.php

https://www.courrierinternational.com/article/2015/03/10/cinq-astuces-pour-passer-moins-de-temps-sur-votre-telephone

http://www.iphon.fr/post/etude-apps-installees-utilisees-iphone-france-880425

https://www.franceinter.fr/emissions/capture-d-ecrans/capture-d-ecrans-18-janvier-2018

http://www.lefigaro.fr/vie-bureau/2014/05/21/09008-20140521ARTFIG00088-le-digital-detox-ou-comment-apprendre-a-debrancher-son-smartphone.php

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