L’Ubérisation de la société a t-elle des conséquences sur le monde de l’emploi? Le cas d’Uber

L’Ubérisation de la société a t-elle des conséquences sur le monde de l’emploi? Le cas d’Uber

Jeanette Nwedeck, Elina Ollier – Master 2 CMW – 2017/2018 – Sous la direction de M. Christophe Aguiton.


Sommaire

Introduction

  1. Ubérisation, une innovation numérique
    1. L’expansion d’Uber dans les métropoles de  l‘hexagone
    2. Une économie numérique créatrice de valeurs
    3. Economie collaborative, conséquences de l’ubérisation sur l’emploi
  2. Concurrence déloyale et dumping social
    1. Concurrence déloyale
    2. Dumping social
  3. Les travailleurs exposés à des risques pour leur santé
    1. Un modèle de subordination sans intermédiaires
    2. Des horaires non contrôlés

Conclusion

Annexes

Bibliographie / Webographie


 Introduction

 

L’uberisation est un néologisme qui décrit un phénomène récent dont la société de technologie californienne Uber est l’inspiratrice directe et la parfaite illustration. Le concept de l’ubérisation est de d’organiser une activité commerciale régulière de vente de service comme s’il s’agissait d’une activité commerciale, dispensé d’inscription et d’assurance professionnelle.

Uber, est une entreprise technologique américaine qui à la base, développe et exploite des applications mobiles de mise en contact d’usagers des services de transport. La société est surtout connue pour ses applications mobiles de mise en relation entre passagers et chauffeurs (VTC[1] depuis janvier 2018). Le service permet de géolocaliser, via un smartphone, une tablette ou un ordinateur, le véhicule le plus proche de soi pour ensuite le réserver. Les utilisateurs peuvent suivre l’approche de la voiture qu’ils ont réservée sur l’application. Le paiement est réalisé par carte bancaire avec la possibilité de le diviser pour plusieurs personnes.

Uber commercialise ses applications dans 310 villes de 60 pays du monde où elle s’est exportée après sa création. Elle est valorisée à près de 50 milliards de dollars. Dirigée par un de ses co-fondateurs, Travis Kalanick, l’entreprise tient son quartier général dans la ville californienne de San Francisco. Parmi ses nombreux  centres de données dans le monde on compte celui de Boulder, dans le Colorado.

Un centre de recherche et de traitement des données et images qui regroupe une centaine d’ingénieurs et travaillaient sur Bing Maps acquiert Uber en juin 2015. Uber propose cinq services accessibles depuis l’application ou le site Internet de l’entreprise. Ces services se différencient en fonction du type de véhicule, du tarif et du type de chauffeur (professionnel, particulier régulier ou occasionnel), et proposent des tarifs différenciés. Ainsi, nous pouvons distinguer :

  • UberX, chauffeurs professionnels proposant des berlines standards ;
  • UberBerline, chauffeurs professionnels proposant des berlines de luxe ;
  • UberVan, chauffeurs professionnels proposant des vans (capacité 6 personnes)
  • UberPool, permettant de partager son trajet avec un autre passager situé au même endroit et allant dans la même direction
  • UberPop,  quant à lui est un service de conducteurs particuliers occasionnels au volant de leur véhicule personnel

Si la Start-Up s’est faite connaître plus largement via ce dernier produit, c’est également d’elle que viendra sa controverse à travers le monde, notamment avec les chauffeurs de taxis traditionnels. Le service UberPop, après moult disputes fait l’objet de rejet dans plusieurs pays d’Europe tels que la France où il est suspendu depuis le 3 juillet 2015.

Dans ce dossier, nous nous intéressons à un prototype inédit de l’entreprenariat à l’heure de l‘innovation, la concurrence déloyale créé et les risques liés à l’emploi “ubérisé”. Notre étude s’appuie sur  la collecte et le recoupage d’informations recueillies dans de articles de presse en ligne, et dans une vidéo de conférence de Danielle Simonnet. Certaines demandes d’entretiens sollicités dont celles auprès de Uber France, nous ont été refusées malgré nos relances. Par ailleurs, nous avons réalisé un entretien qualitatif auprès d’un chauffeur Uber.

1. Ubérisation, une innovation numérique

 

Selon Alvin Hanse ou encore Robert Gordon, le ralentissement de la croissance de la productivité dans les pays avancés s’expliquerait par « un épuisement de l’innovation ». La productivité à l’ère de la robotisation actualise le paradoxe de Robert Solow (« Vous pouvez voir l’ère informatique partout, sauf dans les statistiques de la productivité »), qui, en 1987, fit remarquer que l’introduction massive des ordinateurs dans l’économie, ne s’était pas traduite par une augmentation statistique de la productivité. L’accélération des cycles d’innovation associée aux phénomènes de « stagflation » et de la baisse de la natalité accroît la distance entre la destruction des emplois précédents et la création de nouveaux emplois.

A. L’expansion d’Uber dans les métropoles de  l‘hexagone

 

L’application est lancée à San Francisco en 2010 sur iOS et Android. Par la suite l’entreprise étend progressivement la couverture de son service à d’autres villes dans le monde. En décembre 2011, pour répondre à la demande croissante à laquelle fait face Uber, l’entreprise prévoit de couvrir 25 villes supplémentaires en dehors des États-Unis dans les 14 mois à venir. À l’occasion du salon LeWeb11, Uber annonce son lancement en France, à Paris. La capitale est la première ville hors des États-Unis à accueillir le service. L’arrivée d’Uber à Paris s’inscrit dans un contexte de libéralisation du transport de personnes en France, puisque le 22 juillet 2009 a été votée la loi mettant fin à la notion de grande remise au profit de la réglementation exploitation de voitures de tourisme avec chauffeur. Simplifiant les règles sur la grande remise qui réglementent le transport haut de gamme, cette loi ouvre la voie aux voitures de tourisme avec chauffeur.

En février 2014, l’entreprise lance UberPOP une nouvelle option de transport entre particuliers à Paris et dans sa proche banlieue. L’application permet à des conducteurs particuliers d’être contactés par des usagers pour des trajets urbains tarifés moins chers qu’UberX. Un nombre limité de critères est mis en place pour être chauffeur d’UberPop comme un âge minimum (21 ans), la possession d’un permis B depuis 1 an minimum et un extrait de casier judiciaire vierge. La France est le premier marché hors États-Unis à voir naître ce service. Aujourd’hui le nombre de personnes ayant téléchargé l’appli approcherait 500.000 dans l’Hexagone. En 2015, Uber est présent dans 51 pays et 253 villes dans le monde, dont San Francisco, New York, Paris, Londres, Brasilia, Bogota, Le Caire, Tel Aviv, Johannesburg, Bombay, Pékin, Sydney.

En juin 2013, Uber annonce élargir son offre à Paris avec le lancement d’UberX, une version économique (comprendre low cost) d’Uber qui propose les mêmes services qu’un VTC traditionnel, mais avec des véhicules moins luxueux et à un prix réduit.

La société Uber est alors critiquée pour son montage financier complexe, qui permet à la société californienne de ne pas payer ses impôts et taxes dans l’hexagone, à l’instar d’Apple, Google, Amazon ou encore Yahoo!. Le service va rapidement s’attirer les foudres de la concurrence. Uber poursuit néanmoins son expansion : après Lyon en mars 2013 et Lille en juin 2014, l’entreprise se lance en septembre 2014 dans trois nouvelles villes françaises, Bordeaux, Toulouse et Nice. Uber couvre ainsi six villes françaises en 2014.

B. Une économie numérique créatrice de valeurs

 

Si la numérisation détruit des emplois dans tous les secteurs depuis des décennies, l’automatisation accélère ce phénomène. En effet, la numérisation permet de démultiplier les potentialités de l’automatisation, grâce à la mise au point de programmes permettant l’individualisation de la production. Ainsi, les machines-outils à commande numérique puis les imprimantes 3D se conçoivent comme la jonction de l’automatisation : la machine fabrique le produit et grâce à la numérisation, un programme dirige la machine et permet la fabrication de bout en bout de plusieurs articles différents par une seule machine.

Le numérique permet également de faciliter la mise en relation directe de deux personnes pour l’exécution d’une tâche bien précise, l’achat d’un bien ou la fourniture d’un service : c’est l’Ubérisation. Cette relation directe, qui permet la concurrence d’amateurs face aux acteurs professionnels (les hôtes inscrits sur Airbnb concurrencent les hôteliers professionnels), tend également à supprimer les intermédiaires et les emplois qui leur sont liés. D’autres emplois doivent faire face à la pression accrue des nouvelles technologies (guichetiers, les caissiers). Il en va ainsi du secteur de la logistique – Amazon a déjà mis en place près de 30 000 robots dans ses entrepôts automatisés aux États-Unis. Uber prévoit pour 2020 environs 500 000 véhicules Tesla autonomes afin de se passer de chauffeurs humains. On assistera dans ce cas là au passage de l’ubérisation à l’automatisation totale de l’activité d’Uber. La disruption numérique constitue en effet une mutation sociétale dont les effets vont bouleverser le cours de l’évolution de la société dans son ensemble.

C. Economie collaborative, conséquences de l’ubérisation sur l’emploi

 

D’ici 2025, 3,5 millions d’emplois seront détruits en France à cause de la numérisation de l’économie, dont l’ubérisation est une des conséquences. D’ici dix ans, 42 à 47% des emplois ne seront plus effectués par des humains mais par des «robots» d’après les travaux de deux chercheurs de l’université d’Oxford, Carl Benedikt Frey et Michael Osborne, en 2013. Employés de banque, notaires, comptables ou encore ressources humaines, tous seront impactés. A l’inverse, ce phénomène créera des activités nouvelles mais qui profiteront à une petite quantité de salariés très qualifiés. A savoir une certaine élite aux profils scientifiques et technologiques. Les grands gagnants seront les clients et les grands perdants, les salariés peu qualifiés. Ce qui ne fera qu’accroître les inégalités sur le marché du travail et installer un phénomène de «freelance» et d’intermittence généralisée. Cette évolution du monde du travail est un progrès du point de vue du consommateur mais c’est un déclin pour les salariés. Certes, il y aura plus d’opportunités pour eux, mais qui dit plus d’opportunités dit aussi plus de risques et moins de protection sociale. Les employés seront-ils payés à leur juste valeur ? On le voit avec les chauffeurs d’Uber qui réclament un statut de salarié.

Les nouvelles pratiques sociales, comme Uber, Airbnb ou les applications de livraison de repas comme Deliveroo, sont devenues des entreprises mondiales pourvoyeuses d’activité pour des millions de personnes dans le monde.  Ces pratiques interrogent le droit du travail en faisant émerger un type de travailleur. Une étude menée par la Dares (les services de statistiques et d’études du ministère du Travail) et publiée en août 2017, pointe l’ensemble des conséquences de l’émergence de ces plateformes, en particulier sur le droit social. L’étude cite la création de 2250 emplois directs, chiffre qui est en constante augmentation ces quatre dernières années. Le chauffeur Uber possède des « caractéristiques” le rapprochant des indépendants: il est propriétaire de son outil de travail, libre de choisir ses horaires et peut travailler avec plusieurs plateformes concurrentes. » Pourtant, il n’est pas tout à fait indépendant puisqu’il dépend financièrement de la plateforme de mise en relation.

C’est ce que conteste aussi Karim en nous parlant d’un des problèmes qu’il rencontre à être chauffeur chez Uber, c’est son « statut d’auto-entrepreneur un peu ambigüe »  qu’il peut avoir chez Uber. « Il y a un problème actuellement, que j’ai entendu de collègues, c’est qu’on est à la merci du client. C’est à dire que si il arrive qu’un client nous note mal pour un oui ou un non, la plateforme peut nous “déconnecter” et on se retrouve ainsi sans client. Il faut savoir aussi qu’en dessous de 4,5 de moyenne , Uber peut nous convoquer pour une mise au point. » En terme de droit du travail, on assiste à une absence d’avis préalable de licenciement. La plateforme peut vous déconnecter du jour au lendemain.

Cela pousse certains à réclamer la création d’un troisième statut pour ces travailleurs. La création d’un troisième statut permettrait aux travailleurs de se regrouper pour négocier leurs conditions de travail chose impossible pour les indépendants pour le moment. Il leur octroierait également certains avantages concernant la protection sociale et la garantie de certains droits fondamentaux comme la protection contre la discrimination ou le harcèlement. Actuellement la demande de mettre en place un statut particulier est étudié, notamment celui de Société coopérative d’intérêt collectif (SCIC).

Or en France, le droit du travail est construit sur la relation de subordination entre l’employé et l’employeur. Selon l’étude Dares[2], « il serait difficile de créer un nouveau statut auquel le critère de subordination ne pourrait être opposé, sans remettre fondamentalement en cause le statut de salarié et tout le droit du travail associé ». Aux yeux de la Dares, cette problématique n’est de toute façon pas nouvelle puisque, affirme-t-elle, la zone grise entre salariat et non-salariat existe depuis la Révolution industrielle.

En matière de protection sociale, pourquoi ne pas se tourner vers une convergence des régimes et d’un rattachement des droits à la personne plutôt qu’à l’emploi avec le compte personnel d’activité (CPA). Ce compte entend suivre le travailleur tout au long de sa vie professionnelle, peu importe son statut en lui accolant des droits propres qu’il conservera.

2. Concurrence déloyale et dumping social

 

A. Concurrence déloyale

 

A Paris le prix des courses sont fixés par la préfecture, un chauffeur de taxi doit avoir un diplôme, une formation exigée, un volume horaire contraint, et bon nombre de règles. Il paie en général plus de deux milles euros le droit d’exercer son métier.

Les plateformes comme Uber et les chauffeurs qu’elles amènent n’ont pas besoin de payer une licence, seulement une carte VTC ( d’ environ 150€) nettement moins cher. Nous validons ces fait avec Karim : « Tout d’abord parce que le processus est plus rapide et que la licence coûte nettement moins cher. » qui justifie l’accessibilité au métier. Pas de déclaration au fisc en dessous de 7 500 euros/an, une prime d’assurance trois fois moins chère, les chauffeurs de taxi dénoncent une concurrence sauvage.

Ces plateformes cassent souvent les prix, en fonction de l’offre et de la demande, grâce à des algorithmes qui gèrent donc le prix des courses. Cette situation crée une concurrence déloyale entre la profession réglementé de taxi et la “contre-façon” de taxi que sont ces chauffeurs VTC. On observe rapidement une guerre de travailleurs entre Taxi et VTC de plateformes type Uber.

A cela nous pouvons ajouter la pratique de la maraude, Danielle Simonnet nous parle de la “maraude[3] électronique” en rencontrant 300 Taxi à l’Aéroport Charles de Gaulle, le “guantánamo” des Taxi. Elle nous explique que quand ils vont à l’aéroport Charle de Gaulle, c’est pour espérer avoir la bonne course, un course longue qui va pouvoir rapporter de l’argent. « Là bas, ils rentrent par une espèce de péage dans un immense parking et ils vont attendre “3 plombs”. Ils vont attendre quasiment 3 heures d’affilée avant d’espérer pouvoir s’approcher du terminal pour pouvoir enfin “charger” le client. Sauf que là, à ce moment-là vous avez un chauffeur VTC qui arrive et qui leur pique la course, parce que vous avez un racoleur qui détourne les clients qui descendent de leur avion pour aller vers les VTC de chez Uber. ». Elle ajoute que «Les taxi n’ont pas le droit de se poser là. La maraude électronique est interdite. Il y a une loi qui l’a interdit, la loi Thévenoud. ». La loi Thévenoud, votée en octobre 2014, interdit pourtant un service qui revient à faire taxi sans être taxi. UberPop à contesté son interprétation en 2015. Parmi une centaine de personnes condamnés, Uber s’est engagé à payer les amendes.

B. Dumping social

 

Pour Danielle Simmonet, l’ubérisation et une terrible paupérisation[4]. Elle évoque quatre acteurs participatifs dans ce dumping social[5] :

  • Le chauffeur de taxi subit la concurrence déloyale des VTC via les plateformes
  • Le chauffeur VTC subit aussi une concurrence déloyale, celle des LOTI capacitaire[6]
  • Les LOTI capacitaire subissent aussi une concurrence déloyale, celle des Hitch[7] ayant un travail non déclaré
  • Les voitures sans chauffeur, où seul la carrosserie et l’algorithme comptera en se passant du prix humain

En effet dans un futur proche, Uber sautera sur l’occasion d’intégrer les voitures autonomes. Il s’agira là d’une fin de main d’oeuvre et donc de manifestations et discussions sur le statut salarial.

3. Les travailleurs exposés à des risques pour leur santé

 

A. Un modèle de subordination sans intermédiaires

 

Les travailleurs sont d’avantages exposés à des risques psychosociaux. En effet, ils souffrent d’isolement, les travailleurs n’ont plus de contacts quotidien avec des collègues ou une hiérarchie. Au-delà du sentiment d’insécurité professionnelle que peut engendrer la dépendance à une plateforme, il y a une perte d’innovation dans l’exécution des tâches. L’absence de collègues accroît également les risques car le collectifs de travail peut jouer un rôle important chez ces travailleurs.

Selon l’OLT[8], les plateformes telles qu’Uber ne menacent que les emplois d’interaction, soit 14%, soit autant que les postes créés ou détruits chaque année en France (15%). Ces plateformes numériques induiront des emplois de production supplémentaires: s’il est plus facile de trouver une voiture avec chauffeur, les emplois au siège de compagnies de taxis seront probablement détruits, mais il y aura au total davantage de postes de chauffeurs. Au total, l’emploi dans le transport sera accru et de plus grande valeur ajoutée – ceux qui pouvaient être remplacés par un logiciel l’auront été. Il vaudrait mieux tirer parti des opportunités offerte par le numérique. Par exemple, si une application permet de valoriser les fruits et légumes qui ont bon goût auprès des consommateurs, les producteurs locaux regagneront alors des parts de marché face aux concurrents industriels. Enfin, s’il est facile et peu risqué de faire appel à un plombier ou un serrurier, les Français le feront davantage. Il faudrait laisser de côté l’approche défensive et tirer parti de toutes les opportunités qu’offre le digital pour vivre mieux et créer plus d’emplois, et notamment les emplois peu qualifiés dans lequel on y retrouve des mauvaises conditions de travail.

 

B. Des horaires non contrôlés

 

Le manque de manager sur la plateforme Uber empêche auto-entrepreneurs de parler de leur charge de travail. Bien souvent contraint à faire des horaires insoutenables comme le souligne Karim, le chauffeur Uber interrogé : « Suivant les courses que j’arrive à réaliser, il y a des jours où je commence très tôt et fini très tard, pour la vie de famille c’est un peu compliqué et même pour tenir la cadence. Par exemple la semaine dernière, j’ai commencé le samedi à 11h et j’ai terminé le dimanche à 11h, ça fatigue vraiment, je penses même être un danger public parfois. ». Nous pouvons noter qu’il y a de plus en plus d’accident parmi les chauffeurs de taxi.

Un chauffeur de Taxi que Danielle Simonnet a rencontré témoigne également sur ses conditions de travail : « Au début on nous a dit qu’on allait se faire 6000 € par mois alors on a craqué la tirelire, on a fait un emprunt puis on a payé la grosse berline. Puis au début c’est vrai on était peu nombreux, il y avait plein de courses. On se faisait une bonne paye. Puis petit à petit les plateformes ont augmenter leurs marge. Puis plus il y avait de chauffeur VTC plus c’était dur d’avoir des clients. Donc il fallait augmenter le volume horaire. ». Augmenter le volume horaire deviens commun pour les chauffeur de taxi Uber. A tel point que l’on a pu recenser des morts, comme ce chauffeur VTC retrouvé mort dans sa voiture. Pour tenir la cadence infernale, il avait abusé de boissons énergisantes et son cœur a lâché. Sans écarter les suicides envisagés par certains conducteurs ruinés pour effectuer un métier au nombre d’heures incalculables.

 

Conclusion

 

Plusieurs études font état d’un fort degré d’automatisation des emplois à l’horizon 2025, à commencer par les travaux de deux chercheurs de l’université d’Oxford, Carl Benedikt Frey et Michael Osborne, en 2013. Toutes ces études prospectives établissent une moyenne des risques d’automatisation des emplois en Europe autour de 45 %. La dématérialisation, l’intelligence artificielle, et, la convergence exponentielle des sciences et des technologies avancées, conduiront à la mécanisation du cognitif. cela aura comme conséquence la suppression massive d’emplois de catégories intermédiaires ainsi que la disparition des tâches peu qualifiés. Le travail tertiaire est détruit et certaines professions libérales aussi : c’est la disruption numérique.

Le modèle Uber peut être critiqué car comme tous ses homologues, ils construisent leur domination sur le peu d’infrastructures, une faible masse salariale, très peu de salariés et surtout des travailleurs indépendants ou des auto-entrepreneurs, des innovations continues, mais pas de modèle social. Leur valorisation financière et/ou boursière franchit des sommets jamais atteints.

« Même si la crainte de voir se développer une nouvelle forme de précarité ou de voir son propre métier « ubérisé » existe, les Français sont plus susceptibles aujourd’hui d’être clients de l’ubérisation que concurrencés par elle en tant que travailleurs. »[9]. L’ubérisation nous réduit de citoyens ou de travailleurs à de pures consommateurs. En nous réduisant à des consommateurs qui cherchent des services lowcost, nous sommes rendu complice d’un suicide social collectif. Si nous continuons à utiliser toutes ces plateformes issues de l’ubérisation, il n’y aura plus de cotisations, et donc de sécurité sociale (acquis de 1945), et ce qu’il reste de notre code du travail ne va pas durer longtemps. A terme toutes ces boîtes qui font de l’optimisation fiscale appauvrissent l’état, et donc les caisses de l’État qui servent à financer le service public, les hôpitaux, les écoles.

Avec l’uberisation nous entrons dans un ère de capitalisme numérique, qui est représenté par les différentes plateformes existantes les NATU (Netflix, Airbnb, Tesla, Uber). Comme nous avons vu dans notre analyse, cette implosion de l’économie classique n’est pas sans conséquence sur l’emploi, la formation et le contrat social. La précarisation des statuts, l’explosion du numérique et des plateformes Internet ont fait grimper en flèche le nombre d’indépendants, d’auto entrepreneurs et de freelances. Peut être assisterons nous à la fin du salariat en France. Avant cela, il reste encore beaucoup de point à revoir concernant ces salarié notamment le statut social et les protection pouvant être mis en places liées aux risques du métier.


Notes de bas de page

[1] Véhicule de Transport avec Chauffeur

[2] La direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques (DARES) produit des statistiques et analyses utiles au ministère en charge du travail, de l’emploi, de la formation professionnelle et du dialogue social et aux acteurs économiques et sociaux. Elle produit en toute indépendance des données mises à disposition du public.

[3] Un taxi en maraude est un taxi qui circule à vide, lentement, à la recherche de clients. Une maraude électronique est donc un système de “pré recherche” de clients via des applications comme Uber par exemple.

[4] Phénomène social par lequel des groupes sociaux se trouvent plongés dans une situation d’appauvrissement de plus en plus profond.

[5] Mise en concurrence par les employeurs, dans le cadre de la mondialisation économique, de travailleurs des pays développés avec la main-d’œuvre moins chère des pays en développement.

[6] Le capacitaire LOTI peut être défini comme un professionnel du transport de personnes qui effectue pour le compte d’entreprises ou de particuliers des trajets occasionnels et collectifs (ne peut accueillir moins de deux passagers pour un même trajet).

[7] Les Hitch sont des salariés classique (souvent mal payés) qui effectuent des courses après leur boulot pendant 2h et “jouent” au taxi sans en avoir la profession.

[8] L’Observatoire de long terme est un think tank indépendant dédié à l’analyse des questions économiques, sociales et environnementales de long terme.

[9] Marion Desreumaux, “Tous schizophrènes face à l’ubérisation ?”, Délits d’opinion, http://delitsdopinion.com/1analyses/tous-schizophrenes-face-a-luberisation-21024/, 24/02/2016.


Annexes

Entretien avec Karim, chauffeur Uber

 

Question 1 : Pourquoi avoir choisi d’être chauffeur VTC chez Uber plutôt que chauffeur de taxi classique ?

 

« Tout d’abord parce que le processus est plus rapide et que la licence coûte nettement moins cher. Puis bien sûr, ce métier m’as permi de sortir du chômage. J’ador ais conduire et le contact avec les gens, donc je me suis dit pourquoi pas. »

 

Question 2 : Quels sont pour vous aujourd’hui les 3 problèmes majeurs que peut rencontrer un chauffeur Uber ?

 

« En premier je dirait le volume horaire est un énorme soucis chez les chauffeurs Uber actuel. Car nous sommes payés par nos propres courses, dont une taxe prélevé par la plateforme. En deuxième je dirais le statut d’auto-entrepreneur un peu ambigüe que l’on peut avoir chez Uber. Car oui on travaille à notre compte mais en quelques sorte on possède quand même un boss invisible. Et enfin la violence que peut faire preuve les Taxi traditionnels envers nous parfois alors que nous ne faisons que travailler.»

 

Question 3 : Vous parlez de volume horaire, pouvez vous nous donner un exemple?

 

« Suivant les courses que j’arrive à réaliser, il y a des jours où je commence très tôt et fini très tard, pour la vie de famille c’est un peu compliqué et même pour tenir la cadence. Par exemple la semaine dernière, j’ai commencé le samedi à 11h et j’ai terminé le dimanche à 11h, ça fatigue vraiment, je penses même être un danger public parfois. ».

 

Question 4 : Vous avez parlez de problème de statut ?

 

« Il y a un problème actuellement, que j’ai entendu de collègues, c’est qu’on est à la merci du client. C’est à dire que si il arrive qu’un client nous note mal pour un oui ou un non, la plateforme peut nous “déconnecter” et on se retrouve ainsi sans client. Il faut savoir aussi qu’en dessous de 4,5 de moyenne , Uber peut nous convoquer pour une mise au point. ».


Bibliographie / Webographie

Guillaume Erard, “L’ubérisation de l’économie va détruire des millions d’emplois”, Le Figaro, http://www.lefigaro.fr/secteur/high-tech/2015/11/10/32001-20151110ARTFIG00015-l-uberisation-de-l-economie-va-detruire-des-millions-d-emplois.php,10/11/2015, consulté le 07 février 2018.

Laurent Lasne, “Uber la prédation en bande organisé”, 2015.

Marion Desreumaux, “Tous schizophrènes face à l’ubérisation ?”, Délits d’opinion, http://delitsdopinion.com/1analyses/tous-schizophrenes-face-a-luberisation-21024/, 24/02/2016, consulté le 15 janvier 2018.

UPA Arcueil, “Uber les salauds et mes ovaires | Danielle Simonnet | UPA”,  https://www.youtube.com/watch?v=MT_rUAEiJxA, 15/01/2018, consulté le 20 janvier 2018.

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