La présentation de soi sur les applications de rencontres

A travers l’exemple de l’application Tinder

Cren Vanessa/ Fernandez Claudia – M1 MACOR

Notre étude porte sur la présentation de soi sur l’application de rencontres Tinder. C’est-à-dire l’image de soi que l’on transmet, à travers cette application de rencontres. Cette image peut se transmettre de différentes manières, à travers les photos de profil puis, en utilisant l’espace pour écrire un texte de présentation (que l’on appelle une « description »), qui sert principalement à faire une présentation de soi-même (Marie Bergström). Nous proposons donc à travers cette étude de nous intéresser à la manière dont les utilisateurs se mettent en avant sur l’application de rencontres Tinder, dans le but de faire des rencontres ou de trouver l’amour. Et de faire une analyse sur son interprétation par les visiteurs des profils qui sont d’autres utilisateurs.

L’arrivée des smartphones et des applications de rencontres a facilité la rencontre amoureuse. La drague virtuelle est devenue l’ une des façons les plus courantes pour rencontrer des personnes. Afin de séduire un maximum de personnes, pour trouver l’amour ou un partenaire sexuel, les utilisateurs, hommes et femmes, vont essayer de diffuser une image d’eux-mêmes. Cette image doit être la plus favorable possible. Pour cela, la photographie, puis le texte de présentation sont des éléments indispensables à la rencontre puisqu’ils permettent d’avoir une chance de passer à la première étape de celle-ci, celle de la discussion par chat. Ces nouvelles méthodes de « dating » ont plutôt la réputation de favoriser les histoires d’un soir, et Tinder est probablement la plus réputée dans le domaine. Cependant, une part des utilisateurs d’applications de rencontres parvient à trouver l’amour via écrans interposés. On peut alors se demander de quelles manières la présentation de soi sur Tinder est effectuée et de quelles manières les autres utilisateurs l’interprètent.

Pour y répondre il s’agit de montrer que les images que les utilisateurs ont de la beauté, d’un physique idéal, influencent fortement leurs actions sur l’application, puis, que divers outils tels que la photographie, la « description », sont des stratégies qui permettent à ces derniers de séduire. En effet, ils agissent sur les « actions de swype », tout comme d’autres phénomènes moins explicites sur lesquels nous nous attarderons au cours de cette étude. Pour cela, nous allons nous appuyer sur cinq entretiens qui ont été réalisés auprès d’utilisateurs de l’application Tinder. Nous nous appuierons également sur différentes études menées sur les applications et sites de rencontres, dont Tinder, puis sur des études qui traitent du rôle que joue la beauté, ou du moins l’image que l’on s’en fait, dans la société et sur les sites et applications de rencontres.

Présentation de l’application Tinder

Tinder est une application de rencontres, gratuite, mais, certaines de ses options sont payantes. L’application a été lancée en mai 2012 par quatre américains. Elle est disponible dans plus de 190 pays et plus de 50 millions de personnes l’utilisent. L’application, fait défiler des profils d’utilisateurs sur plusieurs critères, dont le sexe et la position géographique. L’utilisateur se géolocalise et l’application identifie les cibles potentielles dans un périmètre donné.

Les utilisateurs doivent indiquer s’ils les apprécient ou non en balayant l’écran (ou « swyper », « liker ») vers la droite, si ils sont intéressés par la personne (ce qui revient à aimer le profil). Les inscrits peuvent également envoyer un « super like » (un clic sur une étoile bleu au centre de l’écran en cas de coup de foudre). Si ils ne sont pas intéressés par le profil de la personne qui s’affiche sur l’écran, les utilisateurs balayent vers la gauche. Lorsque l’attraction est réciproque, c’est-à-dire que deux mêmes utilisateurs ont balayé leur écran vers la droite, il y a ce que l’application appelle « match ». Les deux utilisateurs sont ainsi mis en relation et peuvent échanger par le biais de messages privés.

Le principe de Tinder est de rencontrer des personnes facilement, d’un simple geste, on retient les profils qui nous intéressent ou on repousse ceux qui ne sont pas à notre goût. De plus, avec la géolocalisation qui est devenue essentielle, les utilisateurs vont pouvoir échanger avec des personnes proches de chez eux. En se croisant ou en évoluant dans un périmètre restreint, les utilisateurs de la même application se retrouvent mis en relation sur le réseau. Par affinité ou par proximité, ce site promet donc à tous de nous aider à trouver l’amour en un clic.

Pourquoi le choix de cette application ?

Nous avons choisi de nous focaliser uniquement sur une application de rencontre car cela nous semblait plus interessant et pertinent. En effet il aurait été plus compliqué de traiter le sujet des sites de rencontres en général car on peut émettre l’hypothèse que tous les sites de rencontres ne donnent pas lieu aux mêmes interprétations, puisqu’ils ne fonctionnent pas de la même manière. Ainsi, l’idée est d’analyser les représentations de soi sur l’application Tinder, et les interprétations que font les autres utilisateurs de profils, de façon extrêmement rapide. Nous avons donc choisi l’application Tinder car c’est l’une des plus connues et des plus utilisées des applications de rencontres en France, mais également dans d’autres pays. En effet, une étude réalisée par le site internet Ogury.com sur un échantillon de plus de six millions de profils d’utilisateurs mobile, entre janvier et juin 2017, l’application Tinder reste présente parmi le top 3 des applications de rencontres préférées des français (en 2ème position chez les hommes avec 32,1% d’utilisateurs et en 3ème position chez les femmes avec 18,9% d’utilisatrices). En outre, il est intéressant d’étudier cette application car lorsque l’on cherche des profils, on ne peut le voir qu’une seule fois, et, si on balaye trop rapidement vers la gauche, contrairement aux autres applications de rencontres (Badoo, Lovoo, Happn, etc), on ne peut plus retourner en arrière pour revoir le profil et on passe directement à un autre profil (sauf si l’utilisateur paye l’option « swype » qui permet de retourner sur le profil vu précédemment). Voici donc l’enjeu principal pour les utilisateurs de cette application : plaire dans l’immédiat pour espérer avoir des « matchs » et avoir l’occasion de faire connaissance avec une personne. Nous allons donc chercher à savoir comment les utilisateurs font pour plaire directement aux autres inscrits.

1. Une volonté de faire des rencontres en privilégiant l’apparence physique

1.1 Qui sont ses utilisateurs ? Que recherchent-ils ?

Les profils des utilisateurs sont très variés, en général les utilisateurs de Tinder sont jeunes, ils ont entre 18 ans et 36 ans. Ces utilisateurs sont plus des hommes que des femmes (en moyenne, quatre hommes pour une femme). Pour mieux cerner les profils des utilisateurs, nous avons interviewé cinq personnes (trois femmes et deux hommes). Les trois femmes, Sarah, Elodie et Laurie sont étudiantes et ont entre 19 ans et 23 ans, tout comme Alexandre. Puis la dernière personne interrogée est Clément , il a 26 ans et est technicien de maintenance ( les noms des enquêtés ont été changés ).

Différentes motivations incitaient les utilisateurs à s’inscrire sur cette application. Certains vont rechercher un partenaire amoureux ou d’autres une relation sans lendemain. D’autres raisons animent les motivations des utilisateurs telles que la volonté d’avoir une meilleure aisance sociale, chercher une « validation sociale », des sensations fortes, ou une simple curiosité. Aux Etats-Unis, une société américaine de crédit nommée LendEDU, spécialisée dans les prêts étudiants effectué une étude sur un échantillon de 3852 étudiants américains âgés de 18 à 24 ans (sachant que les utilisateurs de Tinder sont à 70% dans cette tranche d’âge). Cette étude montre que 70,8 % des utilisateurs réguliers de Tinder n’avaient jamais rencontré un autre utilisateur dans la réalité. Ils se contentaient de converser avec leur match, pendant une période plus ou moins longue, pour éprouver les subtilités de leur pouvoir de séduction. Encore une fois, les deux premières motivations des individus interrogés étaient « l’amélioration de la confiance en soi » (44% des sondés) et « d’ autres raisons » (29,2%), c’est-à-dire ni romantiques, ni sexuelles.

Ainsi, on remarque que les inscrits n’utilisent pas tous Tinder pour les mêmes raisons. Certaines personnes y sont en effet pour rencontrer des nouvelles personnes. D’autres ne sont sur Tinder que pour améliorer leur confiance en soi, voir avec qui ils pourraient « matcher » et combien de « matchs » ils pourraient avoir mais rencontrer quelqu’un n’est pas leur priorité. En outre, certaines personnes en couple peuvent être inscrits tout en faisant des compétitions entre eux sur le nombre de « matchs » effectués. Il y a bien évidemment de nombreux utilisateurs, déçus des sites de rencontres traditionnels, inscrits pour trouver l’âme sœur. Enfin, des personnes désirent faire des rencontres amicales ou cherchent un réseau professionnel. Par exemple, des personnes présentent leur statut professionnel de mannequin pour rentrer en contact avec d’éventuelles agences, vendent des services divers et variés, elles se constituent donc un réseau professionnel. La majorité des utilisateurs cherchent donc quelque chose en s’inscrivant sur cette application, mais les motivations sont divergentes.

En ce qui concerne nos enquêtés, deux d’entre eux, Sarah et Clément, se sont inscrits sur Tinder dans le but de rencontrer des nouvelles personnes, sans arrières pensées spécifiques, comme l’indiquent ces extraits d’entretien :

« Je cherche à me faire de nouvelles connaissances, de nouvelles têtes, après je suis célibataire depuis 8 mois donc quand je rencontre un mec je n’en attends de rien en particulier, je vois suivant le feeling que j’ai avec le mec, je ne pose pas de questions. Si la relation devient sérieuse à la fin et que tout va bien pourquoi pas continuer avec la personne » (Sarah, 23 ans)

« C’est au feeling et ce que recherche la fille aussi, admettons une fille est claire là dessus elle veut profiter c’est pourquoi pas, mais si il y a un bon feeling quand tu rencontres la fille et il y a un bon feeling pourquoi pas du sérieux aussi quoi. Je suis ouvert aux deux. » (Clément, 26 ans)


On note alors que les deux interviewés, décident d’aller plus loin ou non en fonction du feeling qu’ils ont avec les personnes qu’ils rencontrent. Les deux options « coup d’un soir » ou relation sérieuse sont envisagées.

Selon les dires d’Elodie et de Laurie, l’inscription s’est faite par curiosité, par envie de tester l’application mais aussi par les discussions avec le cercle amical :

« Je voulais voir à quoi ça ressemblait cette appli puisque tout le monde, pas que mon ami commençait à en parler de plus en plus et donc j’ai testé et je me suis inscrite. Donc je recherchais rien de particulier en m’inscrivant, je voulais juste tester cette application et voir à quoi elle ressemblait par curiosité » (Elodie, 19 ans)

Elodie n’avait donc pas de motivation précise lorsqu’elle s’est inscrite sur cette application, mais elle a fini par se prêter au jeu. Il en est de même pour Laurie, qui malgré les motivations indéterminées, a trouvé l’amour :

« Je me suis inscrite parce que j’ai entendu parlé de cette application. Tout le monde en parlait et je voulais tester. Maintenant je me suis désinscrite mais je voulais tester et je suis restée assez longtemps quand même dessus. Donc voilà c’est juste parce que tout le monde en parlait autour de moi et donc j’ai décidé de m’inscrire » et « j’ai même trouvé l’amour pour tout vous dire. J’ai rencontré quelqu’un ou plutôt re-rencontré quelqu’un que je connaissais déjà. Je le connaissais de vue et après on a commencé à se parler et voilà » (Laurie, 23 ans )

Alexandre, quant à lui, recherche une relation sérieuse, comme il l’affirme à travers cette citation: « Alors, c’est peut-être une grosse illusion mais je recherche vraiment quelqu’un qui pourrait me correspondre sur cette application »

Nous avons donc vu que nos enquêtés, étaient tous jeunes, correspondant parfaitement à la tranche d’âge moyenne des utilisateurs de Tinder, et avaient différentes motivations lorsqu’ils se sont inscrits sur Tinder. Les raisons principales qui ont motivé les enquêtés à s’inscrire sont la volonté de rencontrer de nouvelles personnes, de voir par la suite s’ils s’entendent bien avec la personne rencontrée. D’autres se sont inscrits sur Tinder seulement par curiosité, et parce que de nombreuses personnes autour d’eux l’utilisaient et en parlaient régulièrement. Et enfin, un enquêté avait pour objectif de rencontrer la bonne personne pour se mettre en couple, et tomber amoureux. Ces raisons sont donc divergentes, mais elles ont tout de même un point commun, elles traduisent une volonté de se mettre en avant, et notamment par le biais de l’apparence physique. En effet, c’est en adhérant à un véritable culte de la beauté que les utilisateurs accordent une importance au physique. Celui-ci est, de fait, le critère principal des utilisateurs dans le choix d’un(e) partenaire.

1.2 Le phénomène du culte de la beauté

Le sociologue Michel Bozon qui a fait une étude sur les préférences conjugales remarque que l’apparence physique joue un rôle central dans la sélection amoureuse. « Le corps, l’apparence physique sont envisagés comme un « signe global », révélateur à la fois de propriétés psychologiques, intellectuelles et sociales, le corps est au cœur des jugements relatifs aux partenaires potentiels » (Bozon, 1991). C’est donc incontestablement sur le marché de l’amour que la loi de la beauté est la plus implacable. En dépit de quelqu’un qui voudrait aimer ou découvrir une personne pour sa personnalité, sa générosité, son intelligence, son humour ou d’autres qualités, le physique ou du moins la beauté reste le facteur prédominant dans l’attraction entre les individus. C’est ce que montrent notamment ces extraits d’entretien :

« Je regarde le visage d’abord, surtout les yeux. J’aime le regard d’une personne, qui peut en dire beaucoup, ensuite vient le sourire qui fait aussi partie du visage. Après je regarde la personne dans son ensemble, silhouette, prestance et attitude » (Alexandre, 23 ans)

« Je regarde d’abord le visage et après le corps » (Clément, 26 ans)

« Sur le visage , je regarde la barbe et le sourire. S’il a un beau sourire c’est bingo. Après je regarde beaucoup le corps aussi, je regarde s’il est grand, c’est très important pour moi je n’aime pas les hommes petits, l’idéal pour moi il faut que le mec fasse au moins 1m80. Il ne faut pas qu’il soit trop maigre, et j’adore les mecs tatoués » (Sarah, 23 ans)

« Si le corps entier est visible je regarde en premier les jambes mais aussi le buste de la personne. Je regarde si il y a une harmonie du corps et si le visage est visible je regarde les yeux en premier puis les joues. » (Elodie, 19 ans)

De nos 5 enquêtés, 4 nous ont répondu à la question « quelle partie du corps regardez-vous en premier sur la ou les photos? », outre le corps de la personne, des parties précises du visage. Ainsi, on peut en conclure que selon eux le corps de la personne est un critère important pour la sélection du profil. Le physique et l’idée que l’on se fait de la beauté est donc le critère principal qui détermine l’attirance, et, dans l’exemple de Tinder, c’est d’autant plus flagrant puisque les actions de « swype » sont déterminées par l’idée que l’on se fait de la beauté, par l’idée que l’on se fait d’un physique idéal. Le physique et la beauté sont les dynamiques de l’application.

La beauté créé des inégalités entre les individus qui, bien que non dévoilées au grand jour, ont de très fortes implications sur le marché de l’amour, (Dortier, 2008). Selon les dires de Rossella Ghigi, les travaux en psychologie évolutionniste et sociale, ainsi que les travaux en études historiques montrent que les jugements esthétiques et l’idée que l’on se fait de la beauté sont importants dans plusieurs dimensions de la vie sociale comme le milieu familial, le domaine du travail puisqu’ils ont un impact sur les actions de chacun. Par exemple, les visages considérés comme laids vont être plus discriminés que les autres. Ainsi, les traits associés à la laideur dessinent en creux les critères de la beauté que l’on assimile souvent à un corps jeune, symétrique, lisse, droit, mince, grand. Ces facteurs pourraient jouer de façon plus ou moins consciente en amour.

La beauté a donc une influence dans la sélection des partenaires potentiels. Ce qui est considéré comme un beau visage aura plus de chance de pouvoir séduire une personne qu’un visage considéré comme moins attrayant. De ce point de vue, la sélection par le beau est assez intraitable. Le marché de l’amour a ses lois. La beauté offre un précieux « capital de séduction » plus ou moins élevé. Ce capital est un facteur d’inégalités très fortes dans les relations humaines en général puis particulièrement dans les relations amoureuses. L’importance que l’on accorde aux apparences est tout sauf de la futilité. La beauté est un atout considérable dans la recherche de l’amour. Et, certains en ont une idée bien précise. Ces idées sur la beauté, se retrouvent dans l’utilisation de l’application. Par exemple, des utilisateurs de Tinder cherchent des personnes qui correspondent à leurs critères physiques, comme le précisent Sarah et Laurie :

« De base je suis attirée par des mecs bruns, aux yeux marrons ayant des traits d’origines latines, ayant de la barbe, qui sont grands et assez sveltes, costauds quoi pas forcément musclés comme un bodybuilder, les hommes très musclés ça ne m’attire pas forcément mais ayant un peu de muscles quoi. Après j’aime bien que sur la photo ce soit futile quoi pas qu’ils se montrent torse nu ou qu’ils ont pris des photos dans une salle de muscu , j’aime bien deviner ce qu’il peut se cacher en dessous. Mais après ça dépend comment le mec se présente, s’il est bien habillé, s’il est sportif ou à l’air marrant , je peux liker un profil qui ne correspond pas à ce qui m’attire de base. » (Sarah, 23 ans)

« Vu que j’ai un style euh dans la vraie vie bah forcément je recherchais des personnes qui étaient plus mon style physiquement mais oui il pouvait avoir des petites exceptions. Voilà donc c’était plus des bruns généralement » (Laurie, 23 ans)

Toutefois on constate qu’elles ne sont pas totalement fermées aux autres profils. Comme on peut le voir à travers cet extrait :

« Non je n’ai pas de critères physiques précis mais général je préfère les bruns. Donc peu importe parce que par exemple je pourrais très bien matcher un garçon qui a les yeux bleus et est blond » (Elodie, 19 ans)

Outre les ouvertures à différents types de physique, décider de « swyper vers la droite » est engendré par des facteurs autres que le physique comme la présentation du profil, la description, mais aussi les différentes photos. Par exemple, avec le récit d’une enquêtée, on se rend compte que l’agencement du profil impacte la décision de le liker ou non :

« Mais oui si il y a vraiment trop de photos pour moi je clique pas parce que c’est trop même si l’homme me plait » (Laurie, 23 ans)

Ainsi, même si comme l’affirme Olivier Zerbib, les utilisateurs des sites de rencontres communiquent « une image d’eux-mêmes la plus favorable possible » pour séduire, la beauté ne suffit pas et les personnes au physique considéré comme plus « avantageux » ne sont pas les seules à avoir le droit d’aimer et d’être aimées ! D’autres critères entrent en ligne de compte : le charme, la personnalité, les valeurs humaines, ect. En effet, dans la recherche amoureuse, les utilisateurs sont indulgents concernant les photos des partenaires potentiels, les images ne reflètent pas toujours très distinctement l’apparence de la personne. De plus, certains utilisateurs décident de ne pas se fermer totalement uniquement parce que le physique ne semble pas leur convenir. En effet, à travers les photos postées, la description, l’originalité du profil, etc, l’utilisateur peut découvrir de nombreux points communs, peut trouver la personne intéressante, et va alors valider le profil pour pouvoir lui donner une chance. D’où l’importance de mettre une description, ce que nous allons développer au cours de cette deuxième partie.

2. L’art de séduire à travers la photographie et la « description »

2.1 La photographie et la description, des outils séduction

La photographie : l’élément essentiel pour « matcher »

Sur cette application, de la même manière que lorsque l’on demande à des personnes d’évaluer un certain nombre d’individus à partir de leur curriculum vitae, qui contient souvent une photo, le poids des apparences se fait lourd. En effet, à même niveau de compétences, un individu

au physique agréable obtient une appréciation sensiblement meilleure qu’un individu dont on ignore l’apparence – lui-même mieux évalué qu’un individu au physique peu agréable. (Amadieu, 2002) Avec l’aide de cet exemple, on peut en déduire qu’afficher des photos sur le profil est alors fortement recommandé puisque sans cela, il y aurait de forte chance d’être mis de côté. Comme le fait remarquer une enquêtée :

« Oui parce que je préfère avoir une idée du physique de quelqu’un quand je lui parle mais aussi parce que c’est le principe de l’application de mettre une photo. Ce qu’on voit en premier c’est pas la description mais la photo et donc je considère ça comme plus important » (Laurie, 23 ans)

De plus, on comprend que la photographie est un élément essentiel puisque si elle n’est pas présente, divers soupçons peuvent émerger, et notamment le soupçon de faire face à un faux profil (ce sujet sera développé dans la troisième partie). Comme l’affirment nos enquêtés:

«Une seule photo ne suffit pas , ça peut être un fake aussi, ça peut ne pas être lui… Et puis ouais une photo franchement c’est nul quoi ça donne pas envie de matcher. Et c’est dommage parce que souvent le garçon est mignon mais franchement ça n’a encore intérêt. Donc jamais je match avec qu’une photo » (Sarah, 23 ans)

« Non je ne match pas avec qu’une photo, parce que je pense qu’il y a beaucoup de faux profils sur ces applications et je ne veux pas me faire avoir. Ou même d’avoir une personne qui n’utilise pas un vrai photo de profil » (Alexandre, 24 ans)

« Un profil sans photo ça dégage direct, tu ne sais pas à qui tu parles ni rien non. Et s’il y a qu’une photo je dirais que c’est presque fake, s’il y qu’une photo sans description c’est fake donc je ne cherche même pas à comprendre » (Clément, 26 ans)

Il est important de savoir que les profils avec photos sont les plus fréquemment consultés. Ceux qui ne disposent pas de clichés se verront bien souvent mis de côté dans la liste de contacts, même si le contenu de leur profil reste attractif. Aussi, il est essentiel de choisir avec soin les photos qui représenteront au mieux l’individu, physiquement mais aussi dans des aspects de sa personnalité. Comme on l’a vu, les photos sur Tinder vont montrer l’apparence physique, il est donc important d’essayer de se mettre en valeur. Mais, plus que le physique, elles nous donnent également des informations sur la personnalité des individus, voire sur son histoire. Le choix des photos devient donc une réelle stratégie de présentation de soi. Comme l’affirme cette enquêtée :

« Ma photo doit dégager un aspect positif. Elle doit me représenter physiquement mais aussi un peu euh mentalement on va dire. J’ai envie qu’on voit que je suis une fille gentille, sympa. C’est généralement ce que les gens pensent de moi et donc j’ai envie qu’à travers la photo ça se voit quand même un minimum parce que ce sont des qualités que j’aime bien mettre en avant en général et dont je suis fière » (Elodie, 19 ans)

Ainsi, la publication des photos traduit un véritable « processus de « médiatisation de soi », comme l’affirme Olivier Zerbib. En effet, pour séduire autrui sur les sites de rencontres, il est nécessaire selon l’auteur de sortir de l’anonymat et surtout de se montrer le « plus sincère possible ». La volonté de publier des photos de soi, les plus proches de la réalité possible, prend tout son sens. Les éléments que l’on retrouve sur des photos peuvent s’interpréter de différentes manières. Par exemple, un individu qui poste plusieurs photos de lui avec comme fond des paysages différents, un utilisateur qui décide de poster une photo où il est avec sa grand-mère et joue aux cartes, peut être interprété de manières différentes et cela montre notamment des aspects du mode de vie des individus, mais également de ce qu’ils recherchent en tant qu’inscrits. Par exemple, le premier individu qui aura posté une photo de lui avec un fond de paysage particulier peut être considéré comme quelqu’un qui aime bien voyager, ouvert d’esprit et qui aime rencontrer, apprendre de nouvelles choses. Les photos communiquent donc bien plus ce que l’on ne croit. Le choix de ces dernières est un donc stratégique puisqu’elles sont généralement postées en concordance avec ce que l’on recherche en tant qu’inscrit. C’est ce que nous explique Clément :

« L’apparence est quand même important, c’est la première chose que tu vois sur un site de rencontre, il faut être soi-même mais faire des efforts sur la présentation de tes photos […] ma première photo de profil est celle où je suis à Marrakech , on voit mon corps en entier, il y a le paysage derrière , j’ai mis une photo de voyage avant car ça montre que j’ai un esprit ouvert, une certaine autonomie »

Un autre élément toujours lié à la publication de photographies, s’avère essentiel dans la décision du swype, la présence d’un compte Instagram.

Le compte Instagram : un bonus pour faire son choix

En effet, outre les photos disponibles sur le profil Tinder d’un utilisateur, il est possible de rattacher son compte Instagram à son compte Tinder, ce rattachement se fait sous forme de lien qui est visible sur le profil des utilisateurs. Le lien qui mène vers le compte Instagram fait l’objet de différentes logiques d’utilisations et d’interprétations. Cela permet à la fois au propriétaire du compte d’afficher encore plus de photos de lui puis au visiteur profil de pouvoir mieux découvrir la personne qui se cache derrière le compte, comme l’affirme Alexandre :

« Cela permet de confirmer que la personne ne ment pas. On peut avoir plus de renseignements sur elle, rien que par ses photos, voir son style de vie et ce qu’elle aime »

Ainsi, beaucoup d’utilisateurs affichent leur compte Instagram. Ils le font pour diriger les visiteurs de leur profil vers leur compte pour qu’ils puissent voir encore plus de photos et leur faire découvrir leurs hobbies, passions, des éléments de leur vie, ect, pour avoir plus d’abonnés sur leur compte mais également pour prouver que leur profil n’est pas un faux compte.

« Si il y a un lien qui mène à autre réseau social euh ça peut rassurer dans le sens où on se dit que c’est peut être ou du moins qu’il y a moins de probabilité que ce soit un faux compte déjà. Après si on clique sur le lien et qu’on voit d’autres photos de la personne qui nous plaisent ça peut être un plus aussi. Donc y’a des avantages parce qu’on peut être amené à swiper » (Laurie, 23 ans)

Avoir un compte Instagram rattaché à celui de Tinder est donc une aide pour l’utilisateur et le visiteur. En effet, le visiteur, après avoir cliqué sur le lien du compte Instagram d’un autre utilisateur peut être amené à « liker » un profil. Cette décision de « liker » un profil n’est donc pas clairement définie en analysant la première photo de profil qu’un utilisateur peut voir d’un compte d’une personne, il y a d’autres mécanismes qui se créent et permettent de prendre une décision quant au profil que l’on a sur son écran. Cela permet d’avoir plus de précision quant au physique d’une personne et ainsi ne pas être déçu par celui-ci lorsque la phase du premier rendez-vous arrive, comme l’affirme une de nos enquêtés, si l’on reprend la dernière citation :

« Après si on clique sur le lien et qu’on voit d’autres photos de la personne qui nous plaisent ça peut être un plus aussi. Donc y’a des avantages parce qu’on peut être amené à swiper » (Laurie, 23 ans)

Jusqu’ici, les données recueillies montrent que le physique, l’idéal que l’on s’en fait et les photographies (de soi) sont essentiels pour les utilisateurs puisqu’ils permettent à la fois de se donner à voir puis de faire un choix, qu’il soit positif ou négatif. Cependant, d’autres éléments permettent à l’utilisateur de faire un choix, la description en fait partie.

La « description », un moyen essentiel pour s’exprimer et personnaliser son profil

Exemple d’une « description » sur Tinder

L’auteure Marie Bergström, dans son enquête sur le site de rencontres Meetic remarque qu’il existe « différentes manières de se donner à voir ». En effet, les inscrits utilisent la photographie et l’annonce. Elle affirme que « l’« annonce » constitue un des éléments principaux du profil sur les sites de rencontres où les usagers sont invités à se présenter par un texte ». De plus, elle est considérée comme un « moyen de personnaliser une description de soi par ailleurs trop standardisée».

L’annonce ou, dans le vocabulaire de Tinder la « description », est là aussi un élément à ne pas négliger. Elle peut faire basculer une décision, et ce, de façon très rapide. Les analyses qui ont été faites sur Tinder ont démontré une chose importante, ses utilisateurs qui auraient une description sur leur profil obtiendraient 4 fois plus de « matchs » que ceux qui n’en n’ont pas. Ne pas avoir de description, montre que l’utilisateur n’a pas fait l’effort de prendre un petit instant pour écrire quelques lignes pour se présenter. Cependant, avoir une description, et notamment une description qui donne l’impression au visiteur qu’il y a eu un effort de rédaction peut faire bonne impression auprès de ce dernier, comme l’affirme une de nos enquêtés, en disant « J’aime bien quand elles sont marrantes, quand je vois qu’il y a eu de la recherche derrière » (Laurie, 23 ans)

Toutefois, cette « description » peut être laissée vide. Elle l’est par défaut et de nombreux inscrits préfèrent ne miser que sur leurs photos. C’est un choix, mais, d’après les dires de nos enquêtés, nous en déduisons qu’il est préférable d’en présenter une, et ce, pour plusieurs raisons. Premièrement, elle permet de mettre en avant les attentes de l’utilisateur. Ainsi, la personne qui visite le profil, peut, à travers la lecture de la description, en savoir plus sur ce que la personne recherche. Le visiteur peut également en apprendre plus sur la vie personnelle de la personne du profil qu’il visite puisque certains utilisateurs peuvent faire le choix de mettre en avant des éléments de leur vie personnelle, comme l’affirme Laurie :

« Oui. J’avais une description. Elle était courte donc j’avais euh bah mes critères fin les critères principaux de mon physique donc en gros brune, yeux marrons et mon origine. Ensuite j’avais mon âge et ce que je faisais dans la vie donc mes études. Ah et aussi mon, ma ville, là où j’habitais »

En outre, cette description peut permettre à une personne de « liker » le profil et elle peut aider à alimenter une conversation ou peut permettre à un utilisateur de faire un premier pas en engageant la conversation sur un élément qu’il a découvert par le biais de la description. Concrètement, c’est une manière d’étoffer un profil. Même si l’individu ne recherche qu’une rencontre éphémère, ajouter des informations concernant sur soi donnera plus de corps au profil virtuel et mettra en confiance le potentiel interlocuteur.

Une description sur Tinder, est limitée à 500 caractères, et donc chaque mot à son importance, son impact. L’utilisateur doit donc prendre soin de bien choisir ses mots et leur signification. Une belle de phrase d’accroche pour retenir l’attention, bien rédigée, comme l’affirme Elodie :

« Oui c’est important de faire attention à son orthographe et à sa façon d’écrire. C’est difficile pourvoi d’échanger avec des personnes qui écrivent de manière « sms » entre guillemets avec des fautes énormes que ce soit d’orthographe et de grammaire »

Dans une description, on peut décider de mettre en avant ses principales qualités, comme par exemple être de nature gentil, bon vivant, ect, des traits de sa personnalité (avoir de l’humour, être généreux, ect), des compétences que l’on détient, comme être cordon bleu en cuisine, ou encore des qualités accentuées sur le physique, par exemple, se décrire comme avoir un bon style vestimentaire, ou comme une personne musclée. Comme le montre cet exemple de description ci-dessous :

Très souvent, les utilisateurs de Tinder utilisent l’humour pour compléter leur description, et c’est ce qui attire le plus les inscrits :

« J’apprécie les descriptions sobres avec un peu d’humour aussi » (Elodie, 19 ans)

« J’aime bien quand elles sont marrantes (en parlant des descriptions) » (Laurie, 23 ans)

Outre l’importance de l’originalité de la description, les utilisateurs vont accorder également une grande place à l’orthographe et à la façon dont celle-ci est rédigée. Cette exigence parait être plus explicite chez les inscrits qui font des études supérieures et chez les plus diplômés. En effet, dans les extraits ci-dessous, les trois utilisateurs effectuent des études supérieures. Elodie est actuellement en licence d’économie et de gestion et ses parents sont tous les deux diplômés du supérieur (bac+5). Laurie, quant à elle, a effectué une licence en langues étrangères avant de se diriger vers un BTS Commerce International.

« Oui c’est important de faire attention à son orthographe et à sa façon d’écrire. C’est difficile pourvoi d’échanger avec des personnes qui écrivent de manière « sms » entre guillemets avec des fautes énormes que ce soit d’orthographe et de grammaire » (Elodie, 19 ans)

« Tout à fait oui. Bon après ça arrive qu’il y ait des fautes d’inattention mais si les descriptions sont vraiment bourrées de fautes c’est pas possible pour moi je zappe directement et même si le physique me plait. Je sais pas, on peut vérifier l’orthographe un peu avant de poster une description sinon on a l’impression qu’il y aucun effort je sais pas c’est mon impression » (Laurie, 23 ans)

« L’orthographe c’est primordial. Règle numéro un. Même si la fille est jolie , si déjà dans sa description il y a des abréviations ou des fautes à toutes les lignes, ça dégage direct. C’est un critère obligatoire. Car souvent ceux et celles qui ne font pas attention à leur orthographe ou qui écrivent super mal , c’est que c’est pas des personnes super intelligentes et donc pas très intéressantes pour moi » (Clément, 26 ans)

L’orthographe sur cette application s’avère être un critère de disqualification pour les utilisateurs puisque si les inscrits décèlent des fautes de grammaire ou d’orthographe qu’ils pensent importantes, ils n’hésitent pas à zapper le profil. C’est notamment valable pour les personnes qui effectuent des études supérieures ou qui sont diplômées du supérieur. Ainsi, comme l’affirme Marie Bergström, l’ « orthographe peut être un critère de sélection puisqu’une mauvaise écriture peut disqualifier immédiatement l’interlocuteur comme partenaire potentiel ».

L’objectif principal de la description est de se donner à voir et de mettre en avant ses qualités en tant que partenaire. Se donner à voir et se mettre en avant se fait de différentes manières puisque cela dépend tout d’abord de ce qu’ils recherchent en tant qu’inscrits puis de leurs ressources, de leur façon de considérer ce qu’est une bonne façon de se mettre en avant. Par exemple, selon Elodie, les descriptions longues sont ennuyantes et donnent une image négative de la personne qui se présente à travers la description :

« J’apprécie les descriptions sobres avec un peu d’humour aussi. Mais par contre j’aime pas du tout les descriptions hyper longues et ennuyantes. Ennuyant c’est pour moi une description où on sent que la personne s’aime trop ou qu’elle est hautaine ou autocentrée sur son physique »

Ainsi, outre les photographies, la description semble un élément déterminant dans la décision de liker ou non un profil d’utilisateur. Elle permet premièrement aux visiteurs des profils d’en savoir plus sur ce que recherchent les autres utilisateurs, d’en apprendre plus sur leurs traits de personnalité, leur mode de vie. Mais aussi, les utilisateurs en visitant les profils se font chacun une idée de ce qu’est une bonne description. Cette idée influence fortement leur décision de liker un profil ou non puisque si la description ne correspond pas à l’idée qu’ils se font d’une bonne description, ils zappent le profil. Chaque utilisateur possède donc l’image d’une description idéale, ces images idéales sont également valables pour un autre élément de l’application, le profil en général. Existe-t-il un profil parfait? Celui qui fera directement swyper vers la droite l’utilisateur? Découvrons-le maintenant.

2.2 Le « swype » normé et rationalisé à travers l’image du « bon profil Tinder »

En moyenne, sur Tinder, les utilisateurs mettent moins de trois secondes pour valider ou non un profil. L’objectif est donc de plaire immédiatement au visiteur et, d’avoir une photo de profil qui attire son attention. Pour cela, il faut « avoir un bon profil ». Regardons à travers quelques chiffres ce que Tinder nous livre comme indices sur ce qu’est un bon profil. Selon l’application, porter un chapeau diminue les chances d’être « liké » de 12 %, sourire sur une photo augmente les chances d’être « liké » de 14 %, porter des lunettes les diminue de 15 %, mettre des photos de face augmenterait de 20 % les chances. De plus, le site affirme que les utilisateurs doivent éviter de publier des photos de groupe, puisque cela devient plus compliqué pour les visiteurs de distinguer directement et de façon rapide qui est la réelle personne qui se cache derrière ce profil. Les photos de soi en étant plus jeune (nourrisson ou enfant), les photos où l’on ne distingue pas correctement le visage ou le physique, puis les photos d’autre chose que le physique (animal, fleur, paysage, ect). En outre, selon Tinder, il serait indispensable de publier des photos de bonne qualité, sur lesquelles la personne sourit, qui montrent son histoire (comme des photos de voyages).

Voici, selon nos enquêtés, ce qui permet aux utilisateurs de posséder un « bon profil », et d’avoir ainsi plus de chances de « matcher ». Premièrement, la photo principale doit faire bonne impression. Sur Tinder, la majorité des gens vont très vite et ne regardent que la première photo sans se soucier des autres photos ou de la partie « à propos ». La première photo est donc cruciale. Mais, cette photo doit posséder quelques caractéristiques. Les photos doivent donner une image qui soit la plus proche de la réalité possible. Ainsi, les photos trop retouchées (filtres ou autres retouches) ne sont pas bien considérées puisqu’elles ne montrent pas le physique réel, comme l’affirment trois de nos enquêtés :

« Après oui pour les retouches autres filtres tout ça non je trouve que ce n’est pas du tout essentiel parce que ça ne représente pas la réalité. Du tout » (Elodie, 19ans)

« Je pense que le truc que je déteste le plus sont les filtres sur la tête, qui empêche de vraiment voir la personne. Je préfère les photos simple ou on vois le visage, mais aussi ou la silhouette du corps est apparente. Avec ce genre de photo on peut vraiment voir la personne et ne pas se faire duper » (Alexandre, 23 ans)

« (…) mais de toute façon on peut pas vraiment se rendre compte et y’a beaucoup de personnes qui vont retoucher les photos donc bon de toute façon si c’est falsifié ça vaut pas la peine de s’attarder dessus » (Laurie, 23 ans)

De plus, les photos où l’on ne distingue pas correctement le visage ou le physique d’un utilisateur sont mises de côté, l’utilisateur passe donc au profil suivant :

« Si il y a qu’une photo j’avoue que je préfère voir le visage que le corps entier. J’aime pas quand la photo est prise de loin parce qu’on se rend pas vraiment compte du physique de la personne et puis même quand il y a des lunettes de soleil c’est pareil, je vois pas l’intérêt parce que c’est mieux si on voit le visage. Ça reste une application de rencontres qui se base sur les photos et le physique donc si on voit pas grand chose c’est un peu dérangeant » (Laurie, 23 ans)

En ce qui concerne la « description », nous avons déjà développé précédemment les caractéristiques qui permettaient de distinguer une bonne description d’une mauvaise (elle doit permettre d’en apprendre plus sur l’histoire de l’utilisateur, sur sa personnalité, elle doit donner l’impression aux visiteurs que l’utilisateur possède de bonnes qualités de rédaction, qu’il a passé du temps à la rédiger). Ces descriptions déterminent également si les profils sont considérés par les utilisateurs comme des « bons profils ». Ainsi, les ingrédients qui permettent de distinguer un bon profil sont une photo où l’on perçoit rapidement le physique de la personne, une description qui vienne illustrer la photo, puis, pourquoi pas, pour peser encore plus sur le jugement du visiteur d’un profil, mettre en visibilité un lien qui mène vers son compte Instagram. Cette image que les utilisateurs ont du bon profil, influence leur décision finale. Il existe donc une norme de ce qu’est un bon profil, bien diffusée et assimilée, qui se retrouve dans les pratiques des utilisateurs. Cela montre donc que les « sites mettent en interrelations des individus par le biais de dispositifs normalisés, normés et rationalisés » (Olivier Zerbib, 2012)

En effectuant cette enquête, nous voulions savoir comment les utilisateurs de Tinder se mettaient en avant pour pouvoir « matcher » avec d’autres utilisateurs. Nous avons donc principalement creusé autour de la question de la publication de photos et d’une « description » qui, selon nous, étaient les principales caractéristiques qui permettaient aux utilisateurs de se mettre en avant et aux visiteurs des profils de faire leur choix. Cependant, un autre phénomène pèse à la fois dans la façon de se mettre en avant puis dans le choix final des visiteurs, le « faux profil ».

2.3 Les limites de Tinder : les phénomènes des faux profils et de l’amour superficiel

Comme on l’a vu précédemment, l’application se base sur l’apparence physique et donc utiliser Tinder, une application de rencontre où les choix dépendent principalement de l’apparence physique, se révèle être une affaire compliquée, comme l’affirme cette enquêtée :

« Ça peut arriver bien-sûr mais par principe, le match en fonction du physique de la personne, voire de sa description, c’est extrêmement rapide, on juge un physique de façon rapide, c’est ça le concept pour moi et donc bah trouver l’amour ça ne se passe pas comme ça, ce n’est pas que sur le physique » (Elodie, 19 ans)

Certains utilisateurs pourraient avoir une dépréciation de leur image, et donc, peuvent avoir recours aux « faux profils », c’est-à-dire qu’ils vont créer un profil Tinder en y postant des photos qui ne sont pas en accord avec leur physique réel, mais qui, selon eux, leur permettra de séduire d’autres utilisateurs. De plus, les faux profils peuvent également être créés dans le but de faire chanter les utilisateurs, de leur faire télécharger des applications malveillantes, ou leur faire dépenser leur argent dans divers services. Ici, les personnes utiliseront à la fois l’espace de publication de photos puis l’espace de description (Onlineseduction.fr).

Ce phénomène est donc bien connu par les utilisateurs, et peut, s’avérer très dangereux. La prise en compte de ce phénomène par les utilisateurs guide leur choix final. En effet ils vont être plus vigilants face aux différents profils qu’ils ont sur leur écran. Ainsi, si ils sentent qu’ils sont face à un faux profil, ils zappent, sans chercher à l’analyser :

« Quand il n’y a qu’une seule photo ça me frustre et aussi parfois je peux douter de la personne, fin je peux me demander si c’est une vraie personne ou un faux compte étant donné qu’il y en a beaucoup » et « (…) je me demandais beaucoup si c’était un faux compte ou pas. C’était suspect en tout cas » (Elodie, 19 ans)

« Un profil sans photo ça dégage direct, tu ne sais pas à qui tu parles ni rien non. Et s’il y a qu’une photo je dirais que c’est presque fake, s’il y qu’une photo sans description c’est fake donc je ne cherche même pas à comprendre » (Clément, 26 ans)

Se développe donc un système extrêmement rapide d’analyse d’un profil. Si il y a une once de soupçon quant à son authenticité, les utilisateurs ne cherchent pas plus loin et zappent le profil. Ce phénomène peut empêcher de trouver l’amour puisqu’en se demandant à chaque fois, ou, la plupart du temps, si le profil visité est réel ou non, les utilisateurs sont freinés. Voici ce que l’on considère comme l’une des limites de cette application.

En outre, parmi les utilisateurs que nous avons interrogés, certains ont déploré que finalement, cette application encourageait la naissance d’un « amour superficiel », qui, malgré la présence de la « description » puis la possibilité d’échanger par message privé après le « match », reste principalement basé sur l’apparence physique.

« Sur Tinder, on a une vision très superficielle de l’autre. Il n’y a pas de place pour les reliefs de la personnalité. Il faut trier, éliminer, sélectionner drastiquement. En accumulant les « matchs », je cherchais uniquement à plaire en me moquant complètement de ce que l’autre aurait pu m’apporter. Je triais sur des critères préconçus et adaptés au virtuel mais qui ne reflétaient pas forcément de sens dans la vraie vie. On peut être drôle, ouvert, intelligent sur Tinder et franchement ennuyeux en réalité. L’inverse est également vrai » (Sarah)

« Y’a d’autres choses qui rentrent en compte. Être attiré par quelqu’un sur la base d’une photo, en y repensant c’est bizarre quand même (rires), c’est pas comme dans la réalité, comme dans les rencontres en vrai. Quand tu rencontres quelqu’un y’a plein de choses qui rentrent en jeu comme l’attitude, la façon de s’exprimer, le regard, et là à travers une photo c’est compliqué de retrouver tout ça. Du moins en regardant une photo avant de matcher. Après quand on commence à parler avec la personne en message privé, c’est plus interessant c’est sûr mais sur le principe de base voilà, c’est pas pareil » (Elodie, 19 ans)

Les modalités d’utilisation de l’application semblent être en contradiction avec les modalités de rencontres amoureuses non virtuelles, qui s’effectuent en face à face. Premièrement, l’idée que tout se base sur le physique est erronée selon les dires de notre dernière enquêtée. D’autres phénomènes, comme l’attitude, la façon de s’exprimer, rentrent en compte dans une rencontre et ne semblent pas détectables lorsque l’on utilise cette application. Puis, la première enquêtée prône que, outre les photos, qui peuvent être modifiées, voire non représentative de la réalité, les traits de la personnalité d’un utilisateur peuvent être différents lorsqu’il utilise l’application puisqu’ « on peut être drôle, ouvert, intelligent sur Tinder et franchement ennuyeux en réalité. L’inverse est également vrai ». Ainsi, la rencontre virtuelle, et notamment les échanges qui s’effectuent lorsqu’il y a eu match, se retrouvent falsifiés puisqu’ils dépendent du comportement qu’adopte un utilisateur. Ces comportements peuvent être modifiés voire exagérés sur l’application, et ne représentent donc pas la réalité. Lorsqu’il y a par la suite rencontre réelle, le faussé entre l’attitude virtuelle et réelle se creuse.

« Ça passe ou ça match ». Acceptés ou rejetés d’un simple glissement de doigt sur l’écran du téléphone, les utilisateurs Tinder sont soumis à un jugement rapide qui se fonde uniquement sur leur apparence physique. La présentation de soi devient essentielle puisqu’il faut à la fois plaire aux autres utilisateurs qui visitent son profil, et, donner des informations claires sur ce que l’on recherche en tant qu’inscrit. Pour cela, des outils semblent essentiels. La photographie, l’utilisation de la description et le compte Instagram. Ces outils sont utilisés d’une manière par les utilisateurs mais ne vont pas être interprétés de la même manière par les visiteurs. Cependant, même si les utilisateurs se sont inscrits sur l’application pour des raisons divergentes, leurs « actions de swype » sont influencées par un culte de la beauté, par une image que chacun se fait de celle-ci, et qui est diffusée dans la société. Outre le culte de la beauté, qui influence les actions mais qui reste extérieur à l’utilisation de l’application, d’autres actions de présentation et de mise en avant de soi, plus centrées sur l’application elle-même ont un impact sur la décision de « swype » du visiteur. Parmi eux, l’agencement du profil, la façon dont les photos sont publiées, leurs principales caractéristiques, la description, qui doit, être originale à lire et la présence d’un lien qui mène vers un compte Instagram. Mais aussi, nous avons vu que la norme d’un « bon profil », le phénomène de « faux profil » agissent sur les décisions finales des visiteurs.

Bibliographie


Amadieu Jean-François. Le poids des apparences. Beauté, amour et gloire. Paris, Odile Jacob, 2002, 215 p.

Bergström Marie, « (Se) correspondre en ligne. L’homogamie à l’épreuve des sites de rencontres », Sociétés contemporaines, 2016/4 (N° 104), p. 13-40. DOI : 10.3917/soco.104.0013. URL : https:// www-cairn-info-s.fennec.u-pem.fr/revue-societes-contemporaines-2016-4.htm-page-13.htm

Ghigi Rossella, « Beauté », dans : Juliette Rennes éd., Encyclopédie critique du genre. Corps, sexualité, rapports sociaux. Paris, La Découverte, « Hors collection Sciences Humaines », 2016, p. 77-86. URL : https://www-cairn-info-s.fennec.u-pem.fr/encyclopedie-critique-dugenre–9782707190482.htm-page-77.htm

Zerbib Olivier, « « Écris-moi et tu te diras qui tu es » : les sites de rencontre comme lieux de réenchantement de soi », Le Temps des médias, 2012/2 (n° 19), p. 66-86. DOI : 10.3917/tdm. 019.0066. URL : https://www-cairn-info-s.fennec.u-pem.fr/revue-le-temps-des-medias-2012-2.htmpage-66.htm

Sitographie

Marketing-Professionnel, http://www.marketing-professionnel.fr/breve-wp/francais-applicationsmobiles-sites-rencontre-201707.html (en ligne), 4 Août 2017, consulté le 23 décembre 2018.

Onlineseduction.fr, https://www.onlineseduction.fr/faux-profil-tinder/ (en ligne), 10 Décembre 2015, consulté le 18 Novembre 2018.

Tinder.com, https://tinder.com/?lang=fr

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