#OnEstPrêt : Les réseaux sociaux peuvent-ils sauver la planète ?

Dossier réalisé par Chloé Renault.

INTRODUCTION

« A présent, il est temps pour nous d’être à la hauteur de notre nouveau plus grand défi : la bataille pour la première grande guerre d’indépendance, celle pour la sécurité climatique. » Tels sont les mots de Margared Beckett (2007) qui font échos à travers le mouvement #OnEstPrêt lancé le 15 novembre 2018.

En effet, une soixantaine de youtubeurs se sont engagés à passer à l’action pour promouvoir le grand défi #OnEstPrêt pour le climat. Durant un mois,ces youtubeurs ont proposé en vidéo sur la page OnEstPrêt un défi par jour. Diffusées sur les réseaux sociaux, ces vidéos ont abordé tous les champs de la vie quotidienne, de l’alimentation aux déchets, en passant par Internet et la publicité comme moyens d’action citoyenne. Des gestes simples, accessibles à tous, ont été mis en lumière afin de sensibiliser les 12-25 ans sur la question du réchauffement climatique et ainsi d’atténuer notre empreinte carbone. 

Ces youtubeurs, déterminés à bouleverser leurs habitudes, se sont répartis en trois catégories : ceux qui ont changé leur alimentation, ceux qui ont stoppé l’usage des plastiques et ceux qui ont arrêté d’utiliser leur voiture. L’idée était que leur communauté en fasse de même, au moins pendant le mois que dure l’opération.

Quelques semaines après la fin de ce défi, j’ai souhaité m’intéresser à l’impact de ce mouvement #OnEstPrêt sur la conscience individuelle. Est-ce que la participation et le soutien des Youtubeurs a permis de rendre plus visible #OnEstPrêt auprès des jeunes de 12 à 25 ans ? Quelles ont été les réactions face à ce défi ?

Afin d’analyser les répercussions de ce mouvement #Onestprêt, j’ai réalisé un questionnaire auprès des jeunes de 12-25 ans. Ainsi, dans le but d’obtenir un échantillonnage représentatif, je m’appuierais sur 90 questionnaires.  

Afin de répondre à ce questionnement, nous verrons dans un premier temps l’histoire de ce mouvement et ses moyens de diffusion puis dans une deuxième partie ses répercussions sur la cible visée.

Partie 1 
 #OnEstPrêt : pourquoi, comment ?

1.     #OnEstPrêt : son origine et sa finalité

« Si l’urgence climatique est de plus en plus grave, nous avons voulu donner tout de suite un débouché dans l’action, pour rappeler qu’il est encore temps de limiter le dérèglement climatique », souligne l’un des initiateurs du mouvement Il est encore temps.

En effet, c’est à l’occasion de la sortie du dernier rapport du GIEC (Groupe d’Experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat) le 8 octobre 2018 et de la démission de Nicolas Hulot, que plusieurs ONG, Youtubeurs, associations, médias alternatifs et groupes citoyens ont décidé de s’associer pour appeler à la mobilisation générale pour le climat.

Une vidéo a été postée par une vingtaine de YouTubeurs influents en informant sur le rapport alarmant du GIEC : l’augmentation des températures. La planète pourrait franchir le seuil de 1,5°C dès 2030. A travers cette vidéo, ils expliquent les risques qu’implique l’augmentation nette de la température, et appellent surtout à mener des actions concrètes pour le climat.

Le 13 octobre 2018, plusieurs dizaines de marches pour le climat ont ainsi eu lieu dans plusieurs villes de France. Une autre marche a été programmée le samedi 8 décembre 2018, à l’occasion de la COP 24.

Au-delà d’un appel à participer aux marches sur le climat qui ont eu lieu le 13 octobre, cette vidéo était associée à un site nommé Il est encore temps. Ce site expose diverses actions concrètes pour la protection de l’environnement : des pétitions, des actions participatives, etc.

En observant la mobilisation de ce mouvement Il est encore temps, un même constat a émergé : ce mouvement a convaincu des personnes déjà sensibilisées sur la cause du climat. “On voudrait que la prise de conscience sorte de ce qu’on pouvait constater dans la Marche pour le climat. J’avais l’impression de ne voir que des clones de moi partout, les écolos-bobos habituels de 30-50 ans, CSP+, sans aucune mixité sociale ou ethnique”, nous résume Mathieu Duméry, connu sur YouTube sous le nom de Professeur Feuillage.   

Au regard de ce constat, un mouvement complémentaire a été lancé début novembre. C’est grâce à l’initiative de Magalie Payen, spécialiste des médias que le mouvement « #OnEstPrêt » a été lancé. A travers ce défi posté sur les réseaux sociaux, elle espère sensibiliser la jeunesse et toucher des communautés d’internautes différentes, les non-convaincus, les indifférents, les moins renseignés.

Avec la participation et le soutien des YouTubeurs, l’objectif est de tenter de convaincre et d’attirer un public qui n’est pas encore très sensibilisé aux questions d’écologie et d’environnement. Pendant 1 mois, une soixantaine de Youtubeurs de toutes sphères confondues (scientifique, culturelle, comique, life style) s’engagent avec le mouvement #OnEstPrêt à changer leur quotidien et à proposer des défis à leurs abonnés sur les réseaux sociaux. C’est grâce à leurs vues et à leur notoriété chez les jeunes de 12 à 24 ans, que Magalie Payen espère toucher des millions d’individus pas encore très informés donc pas encore concernés.

Ces vidéos réalisées sous forme de défis quotidiens ont été proposés à toutes les personnes qui suivent #OnEstPrêt. Elles avaient pour but de donner des outils concrets pour lutter contre le réchauffement climatique et ainsi d’intégrer l’urgence d’agir pour le climat. Afin de pouvoir relever le défi, les Youtubeurs étaient chargés de relayer les défis sur leurs réseaux sociaux et de communiquer dessus.

La préoccupation majeure de ce mouvement est de responsabiliser et de conscientiser chaque personne de manière individuelle à agir face aux changements climatiques. On peut constater qu’à travers ce mouvement il n’est pas question d’un acte politique mais bien d’un acte collectif qui prône l’action individuelle de chaque français. « Chaque geste est comme une pièce à 2 faces : pile, l’impact en CO2, face, une nouvelle mentalité qui se propage. Nos gestes écrivent un nouveau récit, et façonnent l’Avenir. » souligne les fondateurs du mouvement.  A l’échelle individuelle, on peut par exemple changer des habitudes de notre quotidien, s’informer sur les questions d’environnement et de climat…

Seulement dans toute cette mobilisation, il manque un acteur essentiel : l’Etat. De ce fait, en continuité à ce mouvement #OnEstPrêt, le 18 décembre 4 ONG attaquent l’Etat en justice. Une pétition est lancée par le biais du #L’affairedusiècle en appui à ce procès.  L’Affaire du siècle est une opération combinant une action concrète et une forte médiatisation au-delà du canal numérique. Une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, YouTube et la télévision sera alors le support de la campagne de communication.

Je vais maintenant m’intéresser au mouvement #OnEstPrêt sur les réseaux sociaux et à son impact sur la cible visée.

2.     Comment ce mouvement se manifeste-t-il sur les réseaux sociaux ?

Ce mouvement existe à travers un hashtag #OnEstPrêt et une page OnEstPrêt sur Facebook, Twitter et Instagram. C’est sur cette page que l’ensemble des défis du mois sont relayés. Ainsi, la question que l’on peut se poser c’est : « Comment ce mouvement s’organise-t-il sur les différents réseaux sociaux et la cible est-elle atteinte ? »

Avant de m’intéresser à l’organisation de la page OnEstPrêt sur les différents réseaux sociaux, je vais présenter succinctement chaque réseau social. 

a)    Facebook, Twitter, Instagram : Quels usages ?

D’après le Cambridge Dictionary, un réseau social peut se définir comme étant « Un site Web ou un programme informatique qui permet aux gens de communiquer et de partager de l’information sur Internet en utilisant un ordinateur ou un téléphone cellulaire [1]».

Twitter est un réseau social créé en 2006 par quatre américains. Il permet à l’utilisateur de poster gratuitement sur son compte de brefs messages appelés « tweets ». Le fonctionnement de ce réseau social est simple : l’utilisateur écrit un tweet qui peut être aimé, re-tweeter – c’est-à-dire être partagé sur un autre compte – ou créer une discussion lorsqu’un autre utilisateur y répond. Selon les derniers chiffres Médiamétrie (mai 2017), Twitter comptabilise 21,8 millions d’utilisateurs mensuel (MAU) et 4,27 millions d’utilisateurs par jour (DAU).

Facebook est un réseau social fondé en 2004 par Mark Zuckerberg et ses camarades de l’université Harvard. Tout d’abord, ce réseau est réservé uniquement aux étudiants de cette université, puis ouvert à d’autres universités américaines avant de devenir accessible à tous en septembre 2006. Il permet à ses utilisateurs de publier des images, des photos, des vidéos, des fichiers et documents, d’échanger des messages, joindre et créer des groupes et d’utiliser une variété d’applications. D’après une étude postée sur le Blog du modérateur, Facebook possède en 2018 : 2,2 milliards d’utilisateurs actifs mensuels.

Instagram est un réseau social qui se base sur un service de partage de photos et de vidéos, il permet également de dialoguer avec les membres via l’utilisation de la messagerie interne. Il a été fondé par l’Américain Kevin Systrom et le Brésilien Michel Mike Krieger en octobre 2010. D’après le blog du modérateur, Instagram détient 1 milliard d’utilisateurs en 2018.

Une étude réalisée par Triton Digital et Edison Research en mars 2018 nous montre l’évolution entre 2017 et 2018 des usages des réseaux sociaux chez les 12-34 ans.

Comme on peut le constater, le réseau social le plus utilisé chez les 12-34 ans reste Facebook, malgré la baisse de fréquentation entre 2017 et 2018. L’étude démontre que cette tranche d’âge a tendance à désactiver leur compte Facebook au profit des réseaux sociaux tels que Instagram et Snapchat. On peut également percevoir la faible utilisation de Twitter qui est de 5% en 2018.

b)    Les réseaux sociaux utilisés par #OnEstPrêt

D’une façon générale, on peut constater que les défis publiés sont les mêmes sur l’ensemble des réseaux sociaux #OnEstPrêt. Le rythme est un défi par jour pendant un mois. Ces défis sont publiés sous deux formes qui varient selon le réseau social. Dans un premier temps, une vidéo est publiée dans laquelle le youtubeur présente le défi et fait suite une seconde publication qui propose d’approfondir le sujet du défi de la journée.

Le contenu sur Facebook et Twitter est très similaire, on peut y trouver une alternance entre des partages provenant de diverses sources concernant le sujet du climat, les défis du jours et leurs détails.

En revanche, sur Instagram, on trouve uniquement une alternance de vidéos présentant les défis par les Youtubeurs et des photos illustrant le détail du défi. Comme on peut l’observer, à gauche se trouve une vidéo de la youtubeuse Sophie Marie Larrouy qui présente le défi du jour et sur la droite une publication sous forme de photos, accompagné de liens pour approfondir le sujet.

 De plus, si l’on s’intéresse aux réactions que suscite chaque réseau social, on peut constater que celui qui génère le plus d’interactions est Facebook. Par exemple, avec la vidéo du 1er défi, on peut constater qu’au 30 décembre 2018, la même vidéo publiée en même temps sur les trois réseaux sociaux a suscité 232K vues sur Facebook alors que sur Twitter 36.6K vues et sur Instagram 56,7K vues. Au-delà du nombre de vues, on peut également constater que le nombre de partages et de mentions j’aime sont supérieures sur Facebook.

J’ai également pu observer que les retombés varient selon le youtubeur qui a réalisé le défi. Par exemple, sur Facebook, si on prend le défi de Norman qui comptabilise 4 207 422 abonnés sur sa page, avec celui de La Galaxie de Florence Porcel qui a 10 632 abonnés, on voit que les interactions sont bien supérieures pour Norman (195K vues contre 33K pour l’autre personnalité).

En parallèle des contenus publiés sur la page #OnEstPrêt de chaque réseau, les youtubeurs avaient pour engagement de relayer ces défis sur leurs réseaux sociaux personnels. C’est par ce moyen là que certaines personnes peu concernées pourront être sensibilisées ou interpellées. C’est également par ce moyen que la cible visée, les 12-25 ans pourra être atteinte.

Mais que veut dire être « Youtubeur » ? Le terme de youtubeur peut être défini comme étant « généralement un individu dont l’activité professionnelle ou quasi-professionnelle est de produire des vidéos diffusées sur YouTube dans lesquelles il figure[2] ». YouTube est un site d’hébergement de vidéos qui a été créé en février 2005. Il permet à ses utilisateurs de visionner, d’envoyer, de partager, de commenter et d’évaluer des vidéos.

Dans cette campagne #OnEstPrêt le Youtubeur est sollicité pour son rôle d’influenceur auprès de sa communauté. L’influenceur est une personne « qui par son exposition ou son réseau, influence les internautes abonnés à la diffusion de leur contenu. Il peut même être vu comme une source d’inspiration par les personnes qui le suivent. »[3]. Étant donné son audience, l’influenceur va être fréquemment sollicité par des entreprises à des fins commerciales ou publicitaires.

C’est d’ailleurs pour cette raison que le choix de faire porter cette campagne écologique par des Youtubeurs a parfois posé question. En effet, plusieurs personnes remettent en cause la démarche de la campagne en affirmant qu’il y a une opposition radicale entre le métier du Youtubeur qui cherche à faire consommer ses abonnés en réalisant des placements de produits et la démarche du mouvement « OnEstPrêt ».

Un article réalisé par le journal Libération essaye de justifier ce choix en expliquant que même si cette décision peut sembler contradictoire, l’importance ici est de sensibiliser le plus de personnes : « Peut-être que cette campagne écologique mainstream semble curieuse à certains égards, peut-être que cela paraît paradoxal de faire prendre la parole à des youtubeurs qui pour beaucoup portent l’étendard du système capitaliste en diffusant des contenus incitant leurs fans à acheter toujours plus de trucs, parce que c’est leur fonds de commerce… Mais ces créateurs peuvent influencer des millions d’internautes… Aussi contradictoire soit-elle, leur participation est sincère.[4] ».

On note que l’ensemble des youtubeurs ont tenu leur engagement concernant les défis publiés sur #OnEstPrêt mais n’ont, dans la majorité des cas, pas relayé l’information sur leurs propres réseaux sociaux. Parmi les plus actifs dans la participation à ce mouvement, Baptiste Lober…

Partie 2
#OnEstPrêt : un hashtag fédérateur ?

1.     #OnEstPrêt à travers le profil Facebook de Baptiste Lorber 

Pour percevoir les répercussions du mouvement #OnEstPrêt, j’ai jugé opportun d’étudier la page Facebook de Baptiste Lober, tout d’abord car il a fait partie des plus actifs à relayer le mouvement et ensuite car c’est le réseau social Facebook qui a engendré le plus d’interactions que ce soit au niveau des vues, des partages ou des mentions j’aimes.

Baptiste Lober est un auteur, réalisateur et comédien français né le 10 janvier 1986. Il est actuellement comédien et auteur pour la chaine « Studio Bagel » et publie sur la chaîne Bapt&Gaël sur YouTube avec son binôme Gaël Mectoob. Il est l’un des pionniers en matière de vidéos sur le Web. Sa page Facebook compte 72 011 abonnés.

 Le 17 décembre 2018, Baptiste Lober a relayé sur son profil Facebook le défi auquel il a participé.

Le post de sa vidéo a suscité 88 mentions j’aime, 31 commentaires et 11 partages, ce qui est assez faible par rapport aux autres publications de ce Youtubeur. Malgré tout, les commentaires ne suscitent pas l’indifférence. En effet certains mettent en valeur sa démarche et son engagement comme illustré par les commentaires ci-dessous.

En revanche, d’autres sont beaucoup plus critiques à son encontre.


A la lecture de ces commentaires négatifs, on peut penser qu’il y a une certaine prise de risque pour les youtubeurs qui participent à ce mouvement. En effet, ce mouvement #OnEstPrêt fait rentrer le youtubeur dans une forme de polémique politique qui peut altérer son image. Pour des personnes dont le fond de commerce est le nombre d’abonnés, le risque d’en perdre peut inquiéter jusqu’à freiner leur investissement dans le mouvement.

Il ressort de ces observations le peu d’investissement de certains youtubeurs sur leurs réseaux personnels. De plus, pour les quelques youtubeurs qui ont relayé du contenu sur le mouvement, on note un faible intérêt de leurs abonnés à l’encontre de ces publications. Ces éléments laissent présager que l’objectif initialement prévu par ce mouvement sera difficilement atteint. 

Si on reprend les résultats de l’enquête cité plus haut « Social Media Brand Used Most Often by 12-34 year olds » en 2018, on peut se dire qu’il aurait peut-être été pertinent d’élargir la diffusion des contenus de #OnEstPrêt sur Snapchat. En effet, ce réseau social est le deuxième plus suivi (+10% en un an) par les personnes de 12 à 34 ans.  L’objectif du mouvement étant de sensibiliser cette classe d’âge car moins concernée par les risques du réchauffement climatique, Snapchat aurait pu permettre d’atteindre d’avantage cette cible.      

2.     De la prise de conscience individuelle à la prise de conscience collective

« Est-ce que pisser sous la douche, c’est pisser dans un violon ? Oui, parce que ça ne changera pas la manière de faire des industriels, et non, parce que si 1 Français sur 3 le fait, ça permet d’économiser 25 Milliards litres d’eau par an. ». Voici ce qu’on peut lire sur la lettre de présentation du mouvement #OnEstPrêt.

Ces défis quotidiens, ces actions individuelles prônés par le mouvement doivent aboutir à une prise de conscience individuelle puis collective. C’est l’action collective qui va impulser des changements au niveau sociétal.

C’est pourquoi, en plus de l’observation des réseaux sociaux utilisés par le mouvement et par les youtubeurs associés, j’ai réalisé un questionnaire pour mesurer l’impact du mouvement sur les actions, la prise de conscience et la part de culpabilité de chacun. Ce questionnaire porte sur un échantillon de 90 personnes, entre 12-25 ans constitué de 60 % femmes et 40% hommes.

Sur ce questionnaire on s’aperçoit que moins de la moitié des jeunes interrogés ont entendu parler du #ONESTPRET.

A la question « Sur quel réseau social tu as découvert le mouvement ? » 44,4% répondent sur Facebook, 27,8% sur YouTube et 16,7% sur Instagram. Ces résultats corroborent la constatation précédente sur le nombre de vues plus conséquent sur Facebook.

On peut malgré tout repérer l’effet des youtubeurs sur la connaissance du mouvement par le fait que sur les 54% des questionnés qui suivent au moins un youtubeur, 58% ont entendu parler du #ONESTPRET alors que parmi les 46% qui ne suivent personne seulement 28% ont entendu parler du mouvement. (cf graphique ci-dessous)

On mesure là l’impact plutôt positif de ces influenceurs malgré la faible implication de certains.

Mais « entendre parler » ne veut pas dire agir ! Parmi les personnes qui ont suivi le #ONESTPRET seul 5.6% ont participé à 1 ou plusieurs défis ! Cependant, malgré cette faible participation, 53,6% des personnes interrogées ont envie de changer leurs habitudes de vie pour le climat.

Même s’il y a peu d’actes qui ont été posés et réalisés il y a quand même une prise de conscience concernant l’importance des actions individuelles sur le climat. Le résultat présenté ci-dessus peut faire penser que ce mouvement soutenu par la notoriété de certains youtubeurs a permis d’atteindre un des objectifs de la démarche. Cet objectif était de responsabiliser individuellement pour générer une responsabilité collective qui aura un maximum d’impact.

Cette responsabilisation est également illustrée par le fait que les individus questionnés ne se désengagent pas au profit des politiques.

En effet, même si les actions politiques sont reconnues indispensables, 85,5% des personnes interrogées ont conscience que les politiques ne peuvent pas agir seuls sur l’amélioration de la situation climatique.

Difficile cependant de dissocier le combat climatique à la notion de culpabilité. En effet, 85,4 % se pensent responsable du réchauffement climatique. Et pourtant comme souligné dans un article du Parisien sur la démarche du #OnEstPrêt : « Pas de culpabilisation ni de récits catastrophistes de fonte des glaces, mais du « fun » ». 

          Après 1 mois de défi comme prévu par le mouvement, l’action individuelle s’est rassemblée pour mener une action collective sous la forme d’une pétition, c’est la naissance d’un nouveau mouvement sollicitant l’action politique.

3.     Le collectif attaque le politique : #L’AffaireduSiècle 
 

Trois jours après la fin du trentième défi initié par le mouvement #OnEstPrêt, le 19 décembre 2018, quatre ONG (Greenpeace, la FNH, Oxfam et Notre Affaire à Tous) assignent l’Etat en justice pour inaction climatique et appellent tout le monde à soutenir l’affaire du siècle en signant une pétition. En effet, entre le mois d’octobre et de décembre les mouvements #IlEstEncoreTemps et #OnEstPrêt ont mené des actions pour faire émerger une mobilisation citoyenne. Cependant, comme on a pu l’expliquer précédemment, il manque un acteur indispensable pour arriver à un changement : l’Etat. C’est pourquoi LAffaireDuSiècle a été lancé.

Il aura fallu moins de 4 jours à #LAffaireDuSiècle, l’appel lancé par 4 ONG, pour récolter plus d’un million de soutiens, et devenir la pétition la plus signée en France, devant la #LoiTravail et les #GiletsJaunes. Cette grosse mobilisation pour la signature de la pétition est en partie grâce à la communication réalisée sur le Web mais également grâce aux autres canaux de communication tels que la télévision ou la radio. Avec cette pétition il y a un retour vers une responsabilité politique. En effet, les mouvements #IlEstEncoreTemps et #OnEstPrêt souhaitaient faire émerger une conscience individuelle sur le climat dans chacun des citoyens français.

En observant les commentaires de la vidéo de lancement du mouvement #OnEstPrêt le 15/11/2018 sur Facebook, on peut constater que la question de pourquoi mobiliser les citoyens et non le gouvernement est revenu un grand nombre de fois.  

L’émergence de cette pétition #LAffaireDuSiècle a alors permis aux citoyens français d’être d’avantage acteur dans la cause du climat mais surtout elle leur a donné la possibilité de s’inscrire dans une démarche collective et de mettre chaque acteur face à ses responsabilités. Ce mouvement permet d’ajouter à la responsabilité individuelle la responsabilité politique.

De plus, on peut constater qu’entre le 1er octobre et le 29 décembre 2018 le #OnEstPrêt a suscité moins d’intérêt que #LAffaireDuSiècle. Pour cela, nous nous appuierons sur les ressources de Google Trends, correspondants aux taux de recherches effectuées sur le moteur de recherche Google, et donc qui reflète l’intérêt des internautes pour un sujet.

Cette mobilisation massive est sans doute le signe que les signataires ne veulent pas porter seuls la responsabilité du dérèglement climatique.

CONCLUSION

          Alors, Les réseaux sociaux peuvent-ils sauver la planète ? A ce jour certainement pas mais y contribuer sans aucun doute. Un réseau social est un outil de diffusion d’information par les canaux numériques utilisés par l’ensemble de la population, toutes les CSP, toutes les classes d’âge. C’est un moyen pertinent pour atteindre des cibles. Solliciter par exemple des youtubeurs dans leur rôle d’influenceur est une façon d’adapter la communication vers des personnes plus difficilement atteignables tel que les jeunes.

          Les résultats donnés par les questionnaires complétés par l’observation des pages des réseaux sociaux #OnEstPrêt et de Batiste Lober ont permis d’établir un bilan mitigé certes mais encourageant cependant. Bien que les youtubeurs n’aient pas autant relayés qu’initialement prévu les actualités du mouvement sur leurs pages personnelles, on s’aperçoit que leur contribution a malgré tout eu un impact sur la connaissance du mouvement et l’amorce d’une responsabilisation individuelle pour des personnes encore peu concernées par les conséquences du réchauffement climatique.

          Quelques soit les médias utilisés, les moyens, les personnalités, certains paramètres ne sont pas prévisibles. On peut se demander si la forte médiatisation des Gilets Jaunes au même moment n’a pas limité l’impact du mouvement #OnEstprêt…

Bibliographie

LEFEVRE Mathias, LUZI Jacques, Face à la catastrophe : l’autonomie contre l’État, Ecologie & politique, vol. 53, no. 2, 2016, pp. 15-28.

MAÏLAT Maria, DAUPHIN Sandrine, De l’usage des réseaux sociaux, Informations sociales, vol. 147, no. 3, 2008, pp. 4-6.

Webographie


https://www.smeno.com/blog/article/youtubeurs-influenceurs-qui-sont-ils.html
https://www.liberation.fr/france/2018/11/15/onestpret-les-youtubeurs-passent-au-vert_1691966
http://www.leparisien.fr/environnement/climat-les-youtubeurs-vous-lancent-un-defi-04-11-2018-7935132.php
https://www.ouest-france.fr/environnement/climat/est-pret-quand-les-youtubeurs-se-mobilisent-pour-le-climat-6052461
https://www.dexerto.fr/general/affaire-du-siecle-associations-personnalites-youtubeurs-francais-attaquent-etat-justice-environnement-257270
http://environnement2019.infocomlannion.fr/2018/11/13/climat-quels-enjeux-derriere-la-mobilisation-onestpret-lancee-par-des-youtubeurs/
https://www.bioconsomacteurs.org/agir/agir-au-quotidien/trucs-et-astuces/il-est-encore-temps-et-onestpret-des-youtubeurs-appellent-la https://dictionary.cambridge.org/fr/dictionnaire/anglais/social-network


[1] https://dictionary.cambridge.org/fr/dictionnaire/anglais/social-network

[2] https://www.definitions-marketing.com/definition/youtubeur/

[3] https://www.smeno.com/blog/article/youtubeurs-influenceurs-qui-sont-ils.html

[4] https://www.liberation.fr/france/2018/11/15/onestpret-les-youtubeurs-passent-au-vert_1691966

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