Quand les réseaux sociaux donnent une visibilité aux Black Cosplayers

Par Bleine DHELLOT, Anthony MAI, I-Ching CHEN

Nous tenons à remercier Marie et Seira Fumika pour leurs réponses à notre questionnaire.

Introduction

Le mois de février est marqué par un événement culturel très populaire aux Etats-Unis, le Black History Month. Tous les ans, en février donc, l’Histoire de la Diaspora Africaine est célébrée. C’est en 1926 que L’historien Carter Godwin Woodson créa le Negro History Week afin de la culture Africaine-Américaine académique. Aujourd’hui, le Black History Month est reconnu mondialement, notamment grâce aux réseaux sociaux qui donnent plus de visibilités à la communauté noire américaine. Grâce à ces moyens de diffusion, cela permet aux Afro-américains de mettre en avant leur cause et leur passion comme le Cosplay. En effet, les noirs-américains partagent leur costume et leur passion pour le Cosplay, une pratique issue de la culture Geek et Otaku. Ainsi nous avons décidé de nous concentrer sur la pratique du Cosplay chez les noirs-américains et comment ils font face à la discrimination malheureusement présente dans la culture Geek et notamment dans le Cosplay. Les noirs-américains sont issus d’une minorité très peu représentés dans les médias et pour cela, les cosplayer noirs ne trouvent très peu de personnages qui ne leur ressemble, c’est-à-dire qu’ils n’ont pas la peau foncé. Certes, avec la sortie du film Black Panther, cela permet à la communauté noire de pouvoir participer et créer des Cosplays. Mais sont-ils obligés de se cosplayer en T’Challa ? N’ont-ils pas le droit de se cosplayer en un personnage qui leur sont cher et qui ne soit pas noir ? Donc la question se pose : les noirs peuvent-ils faire du Cosplay ? Alors que tout croire ques les noirs ne peuvent pas se cosplayer, une communauté de noirs cosplayers commence à apparaître, notamment aux Etats-Unis. Ils deviennent de plus en plus nombreux à assister à des conventions déguisé. Et ils sont très actives dans les réseaux sociaux en postant des images d’eux en costume à l’effigie de leur personnage préféré. Malgré des remarques racistes, les black cosplayers comme ils sont appelés persistent et tentent de montrer qu’eux aussi peuvent participer dans la culture Geek mais aussi montrent la volonté d’être mieux représentés dans cette culture. Afin de se faire entendre et voir, ils utilisent les réseaux sociaux, surtout des Hashtag afin de relier leur identité de noir et de geek et nerd. C’est ainsi nous nous posons comme question : Comment les réseaux sociaux et les hashtags permettent aux black cosplayers de gagner en visibilité et donc de dénoncer les discriminations et les préjugés dont ils sont victimes ?
Grâce à des recherches bibliographies, d’un corpus web et des entretiens avec trois cosplayers, nous allons tenter de répondre à cette question. Tout d’abord, nous allons vous faire une présentation du Cosplay à travers sa définition et son histoire. Puis nous explorons les différents aspects discriminatoires présent dans le Cosplay nous nous concentrerons sur les impacts et l’influences des réseaux sociaux et notamment des hashtag en s’attardant sur #Blackgirlmagic et #28daysofblackcosplay pour les femmes noires cosplayers.

I. Qu’est-ce-que le cosplay ?

1. Histoire du cosplay

238 241 ! C’est le nombre de visiteurs qu’a réuni en 2017 la Japan Expo, le salon le plus populaire d’Europe dédié à la culture japonaise.


Fréquentation de Japan Expo (en nombre de visiteurs)

Cet événement est l’occasion pour les fans de manga et plus largement de culture geek d’exprimer leur passion. Parmi ces fans, on peut retrouver des amateurs ou des professionnels d’une pratique intitulée “le cosplay”.

Mais le cosplay, qu’est-ce-que c’est ?

Le cosplay est la contraction des mots anglais « costume » et « play » (« jouer ») désigne un loisir qui consiste à jouer le rôle de ses personnages en imitant leur costume, leurs cheveux, leur maquillage… mais également leurs traits de caractères ! Les thèmes les plus courants sont les personnages de mangas, de bande dessinée, d’animation japonaise, de dessins animés, de films, de jeux vidéo et de comics mais également de séries télévisées et toute sorte de costumes à thème. On appelle les pratiquants des cosplayers.

Et le cosplay, d’où ça vient ?

Le cosplay a été fortement popularisé par le Japon. Cependant, cette pratique tire ses origines des Etats Unis.  On considère que le premier cosplayer a été Forrest J Ackerman, le producteur de cinéma américain. En effet, ce dernier s’est présenté en 1939 au WorldCon (la plus ancienne convention de science-fiction) déguisé en homme du futur. Mais ce n’est qu’en 1970 et 1980 que le cosplay a trouvé son apogée avec la sortie de la série Star Trek et des films Star Wars. En passant par Dark Vador jusqu’aux Stormtroopers, ce fut l’occasion idéale pour les fans de se déguiser à l’effigie de leurs personnages préférés et de participer à la Masquerade, un immense concours de cosplay. Dès lors, plusieurs conventions dédiées à la culture geek et aux cosplays vont voir le jour. C’est en se rendant à ces conventions que Nobuyuki Takahashi un journaliste japonais invente le terme “cosplay”.

Début des années 1980, les Japonais vont pleinement adhérer à ce phénomène et lui donne une ampleur incroyable. Parallèlement, c’est à cette période qu’émerge les héros Super Sentaï (séries télévisées japonaises pour enfants) tels que Bioman. Les cosplayer affichent leur création sur leur site Web et se rendent à des conventions vêtus de ces dernières. On peut retrouver de nombreux cosplayer dans les quartiers d’Harajuku et Shinjuku. Au Japon, l’image et le côté esthétique sont davantage mis en avant par rapport à la performance du cosplay. Les Japonais ne participent à aucun concours. Toutefois, on notera que le « World Cosplay Summit » est le seul évènement cosplay au Japon qui comporte un concours (international).

Dans le milieu des années 1990, l’Europe commence à s’intéresser au cosplay. On note que la France, l’Italie et l’Allemagne sont les pays les plus actifs. C’est à cette période que les comics et les mangas gagnent en popularité au sein du public français, notamment grâce au Club Dorothée (1987) pour les mangas. L’Europe se focalise essentiellement sur la qualité, la fidélité du cosplay et à la réalisation intégrale des costumes. Contrairement au Japon, de nombreux concours de cosplay sont organisés. Cependant, si le cosplayer a acheté une partie de sa tenue ou de ses équipements, il n’est généralement pas autorisé à participer à ces derniers. Par ailleurs, il a la possibilité de faire du “cosplay libre”, c’est-à-dire de se balader déguisé au sein de la convention. En France et dans toute l’Europe, des conventions voient le jour : Japan Expo (1999), Paris Manga & Sci-Fi Show (2006), Made in Asia (2009)… Tout comme le reste du monde, ces conventions représentent l’occasion parfaite pour les cosplayers de s’exposer fièrement vêtus de leur costume.

Il ne faut pas oublier qu’avant d’être cosplayer, le protagoniste est avant tout un fan.

2. Fan et cosplay

Être fan d’une oeuvre de fiction et incarner le personnage de cette oeuvres sont deux choses distinctes. Entre le fan et le cosplayer, il n’y a qu’un pas qui sépare ces deux catégories. Par conséquent, on peut se poser la problématique suivante : qu’est-ce-qui poussent les fans à incarner leur personnage ? Dans de nombreux témoignages de fans, on retrouve des propos récurrents.


« Un geek, il veut aussi participer, redonner, faire du fansub, des fanfictions, moi je participe à un forum ou on écrit des histoires de science-fiction à plusieurs, y’en a qui font du cosplay, en fait chaque geek en vrai il voudrait faire son monde »


Edouard, 24 ans, partisan de la culture geek

Le cosplay serait alors un moyen d’exprimer sa passion à travers une activité et de réellement s’immerger dans cet univers. Le cosplay constitue une forme d’appropriation de l’oeuvre mais surtout d’un outil pour se cultiver. On pourrait traduire cet outil par l’expression “geek culture”. L’individu s’intellectualise dans un milieu dont il est passionné et où seuls ceux qui sont dans ce “monde” peuvent connaître certaines références.


C’est un moyen d’évasion à vivre en solitaire mais aussi en groupe”.


Jacqueline Peignot, psychologue

Par ces propos, on en tire donc que le cosplay est également une activité permettant la socialisation et le maintien de cette dernière.

Cependant, ce n’est pas le seul élément à prendre en compte. Plusieurs cosplayers ont commencé leur premier cosplay dans leur jeunesse. Dans l’adolescence, il y a une période de recherche d’identité. L’adolescent va assimiler des normes et des valeurs qui vont le conduire à un développement personnel. Par delà son expérience et tout ce qu’il expérimente, il va apporter une importance plus ou moins grande à certaines choses. Par exemple, par leur histoire et leurs traits visuels, certains mangas et films d’animation japonais arrivent à véhiculer des morales essentielles à travers des personnages charismatiques et attachants. On en conclut que le jeune individu cherchera à incarner un personnage dans lequel il se reconnaîtra dans une quête d’accomplissement et d’identité.

Comme la plupart des passions, le cosplay représente un moyen d’évasion pour ses pratiquants. Face aux angoisses, le stress quotidien, la vie en société, les problèmes sociaux, de nombreux individus ont ce désir d’échapper à la réalité.

« Souvent victimes de critiques négatives pour leurs centres d’intérêts jugés futiles par leurs camarades, les jeunes ont développé en grandissant une capacité hors du commun à se projeter dans des univers différents, leur permettant d’échapper à une réalité inhospitalière »


otaku-land.fr

Nous allons voir qu’au delà de leur passion pour le cosplay, les cosplayers subissent des critiques et des formes de discrimination diverses à propos de leurs physiques (body shaming).

II. Le cosplay pour tous ?

Le cosplay est un art qui permet aux fans d’incarner un personnage issu de son univers favori. Cependant, se déguiser en un personnage n’est pas une activité ou métier simple. En effet, cela demande beaucoup de travail entre la création du costume et le maquillage. Évidemment, cela n’est pas simple de créer à la perfection son cosplay, car on ne peut pas être une photocopie du personnage. C’est ainsi pour se démarquer et pour éviter ce souci de ressemblance, des cosplayeurs utilisent des alternatives et le crossplay en fait partie.

1. Crossplay

Le crossplay consiste à structurer son cosplay par rapport à son genre. Par exemple dans l’image ci-dessous, nous pouvons voir un couple qui incarne les deux personnages issus de l’univers Star Wars, d’un côté, la Princesse Leia devenue le Prince Leia et le contrebandier maintenant contrebandière Han Solo.  


San Diego Comic Con 2012 – Star Wars Crossplay

Mais il est aussi possible à travers le crossplay de rester fidèle au personnage, en cachant son genre pour gagner en authenticité. Le crossplay est un sous-genre très populaire, cela permet à des cosplayers qui n’ont pas de ressemblance physique avec un personnage qu’ils apprécient de l’incarner. Comme le témoignage Anthony qui pratique le cosplay depuis 2016 :


« Pour ma part, pour incarner un personnage il faut avant tout apprécier le personnage et faire du cosplay par passion. Sans passion, on y perd tout l’intérêt. Par exemple, on m’a plusieurs fois conseillé de cosplayer plusieurs personnages qui me ressemblent physiquement. Mais je n’éprouve aucune empathie envers ces personnages donc je préfère me focaliser sur des personnages qui pourraient moins bien me ressembler mais davantage coller à mes goûts personnels. »

Anthony Mai (Livai), cosplayer du manga « Attaque des Titans »

Mais si le crossplay est surtout populaire c’est du pour le manque de diversité (notamment des femmes) dans les fictions issues de la culture Geek et Otaku. Malgré une amélioration ces dernières années comme la sortie du film autour de la super-héroïne, Wonder Woman, beaucoup de fans femmes se plaignent que des studios de cinéma ne réalisent pas assez de films dont le personnage principal est une femme ou, elles dénoncent les rôles attitrés aux femmes qui sont celles du personnage secondaire où son caractère n’est pas développé et où son intérêt dans le film est de suivre le personnage principal masculin en tant que demoiselle en détresse. C’est principalement pour cette raison que Courtney Stoker, auteur et « acafan » (académicienne et fan) de la série télévisuelle britannique Doctor Who, pratique le crossplay en incarnant le personnage phare de la série, le Docteur. Interviewé par Charlie Jane Anders, elle partage son expérience de cosplayeuse et de ses rencontres avec d’autres fans femmes de la série Doctor Who qui se déguise elle aussi en Docteur. Porter le costume du Docteur est moyen de partager leur passion pour la série et le Docteur  auquel elles se sentent « relate to and love dearly ». Mais surtout, cela leur permet de dénoncer et de critiquer la série sur les rôles donnés aux femmes qui sont celles du sidekick (le partenaire de l’héros) mais aussi la fandom (ensemble de fans) qui possède des préjugés envers les femmes. Ainsi comme le dit la cosplayeuse Nightsky dans la même interview :


« I do want to get my fellow fans thinkg about the roles that fiction has for women and how that has and hasn’t changed since 1963. I want them to say, ‘A female Doctor???!? Whaaat?’ and then think about why that sounds so ridiculous. »

L’effet de ces multiples dénonciations ont permis aux studios de cinéma et de jeu vidéo de prendre conscience de ce manque de diversité et ils tentent de changer leur politique. Par exemple, le studio Ubisoft critiqué en 2014 pour ne pas avoir intégré un personnage féminin dans leur célèbre jeu Assassin Creed décida pour le dernier épisode du jeu Assassin Creed Odyssey, de donner la possibilité aux joueurs d’incarner un personnage féminin. Ou encore dans la série Doctor Who, les producteurs engagèrent l’actrice Jodie Whittaker pour interpréter le Treizième Docteur, suite à la demande de beaucoup de fans. Les fans saluèrent ce changement alors que d’autres fans ne semblent pas le tolérer. Depuis l’annonce du Treizième Docteur en 2017, des fans partagèrent leur désaccord dans les réseaux sociaux, en menaçant d’arrêter de regarder la série ou en écrivant dans propos sexistes. Ce genre de réaction est aussi présent chez certains fans de cosplay. Cependant, eux n’hésitent pas à critiquer certains cosplayers parce qu’ils ne ressemblent pas aux personnages, soit parce qu’elle est une femme, soit parce qu’il est gros ou soit parce qu’il est noir, un véritable exemple de body shaming en somme…

2. Cosplay fail : où est vraiment l’échec ?

Les cosplayers sont très connectés dans les réseaux sociaux afin de partager leur passion en publiant des photos dans leur costume ou en partageant des astuces ou des techniques comme le fait Seira Fumika que nous avons interrogé à travers Facebook. Elle pratique le cosplay depuis 2015 et elle est abonnée à plusieurs chaînes (Instagram, Facebook, Youtube) et elle aime voir le work in progress d’autres cosplayers ou obtenir des astuces et des conseils pour « des parties de cosplay en général que je n’arrive pas nécessairement à faire. » Ou encore, Marie notre seconde cosplayeuse qui aime regarder dans les réseaux sociaux d’autres cosplayers car elle est très curieuse et aime leur passion pour le cosplay. Mais en plus de voir des cosplays réussis, on voit aussi des cosplays ratés. Appelé le Cosplay Fail, c’est une compilation de cosplay mal fait, une perruque de mauvaise qualité, un maquillage mal fait ou l’absence de ressemblance physique. Le Cospaly Fail se moque de certains cosplayers, des moqueries qui peuvent dépasser les limites en s’attaquant au physique d’un cosplayer. Voici un exemple issu d’un compte twitter dédié au Cosplay fail :


Capture d’écran du Tweet de @cosplayfail

Ce monsieur ci-dessus est déguisé en Jessie (Musashi dans la version originale) l’antagoniste du célèbre animé Pokémon. Le compte Twitter Cosplay fail partagea cette photo pour se moquer de la corpulence du cosplayer en écrivant : « Looks like he caught them all … and then ate them ». Partant de la phrase fétiche de l’animé « Gotta catch ’em all! », le tweet s’attaque au physique de ce monsieur. Il semblerait que son physique l’ait propulsé au rang de Cosplay Fail. Mais peut-on considérer ce cosplay comme un échec sachant qu’on arrive à déterminer le personnage qu’il performe ? Ce post n’est-il pas une forme de grossophobie ? Ce cas n’est pas anodin, très souvent le Cosplay Fail se moque du physique des cosplayeurs, comme me le confia Marie, elle « trouve [le cosplay fail] hyper méchant, sexiste, raciste fatphobe ect donc j’évite si possible ». Le poids des cosplayeurs est l’un des sujets phares des Cosplays fail, mais d’autres traits sont aussi moqués et la couleur de peau en fait partie.  

3. Black Cosplayer : Légitime pour le cosplay?

Certes minoritaires, beaucoup de personnes noirs, notamment les femmes, pratique le cosplay. On les nomme les black cosplayers (cosplayeurs noirs). Tout comme des cosplayers non-noirs, les black cosplayers partagent leur passions en se déguisant lors des conventions. Hélas, leur intégration est difficile. En effet leur place dans la communauté des cosplayers leur est souvent remis en question, car elles ne seraient pas légitimes de porter certains costumes car elles sont des femmes noires (et pour certaines rondes). Pour rappel le cosplay est un art où un individu performe un personnage. En se cosplayant, l’individu n’est plus lui-même, il incarne quelqu’un d’autres. Le cosplay est populaire pour être un moyen de s’échapper de la réalité. C’est principalement pour cette raison que les cosplayeuses noires pratiquent cela pour un moment, se couper du monde. Malheureusement, très rapidement, les problèmes qu’elles font face aux quotidiens refont surface lorsqu’elles vont dans des conventions ou sur les réseaux sociaux. Kimberlé Williams Crenshaw théorisa cette forme de racisme et de sexisme dont les femmes noires sont victimes, professeur de droit au UCLA School of Law et à la Columbia Law School. Kimberlé Williams Crenshaw est spécialiste sur les études du genre et de « race », ces travaux sont sur le black feminism et elle contribua dans ce domaine d’étude en conceptualisant la notion « d’intersectionnalité ». L’intersectionnalité est « l’interaction entre le genre, la race et d’autres catégories de différences dans les vies individuelles, les pratiques sociales, les dispositions institutionnelles et les idéologies culturelles, et l’issue de ces interactions en termes de pouvoir ». Cette définition fait écho aux problèmes que les femmes noires cosplayeuses subissent. Elles partagent dans les réseaux sociaux leur mésaventure.

Ce Tweet en est un exemple :


Screenshot du Tweet de @MonetMitsuki

Ou encore une jeune fille dans une vidéo sur le black cosplay qui raconte ce que d’autres cosplayers non-noirs lui disent :

« You can’t cosplay that character because your skin is too dark and it’s not canon. »

La question de l’authenticité est remise en avant, car l’argument principal pour porter un cosplay est de rester « canon » (« Dans un univers de fiction, le canon désigne toute production littéraire, cinématographique, graphique, vidéoludique ou manga, qui est considérée comme authentique ou officielle, ainsi que tous les personnages, événements, lieux, dont l’existence dans un univers de fiction donné est indiscutable. ») donc les cosplayeuses noires sont poussées à se cosplayer à des personnages avec la peau foncée. Or, la communauté noire tout comme pour les femmes que nous avons abordées tantôt, sont une sous-représentation et stéréotypées dans la culture populaire. Les personnages noirs sont principalement des femmes de ménage, des prostitués ou la célèbre femme noire en colère qui est un obstacle pour le personnage principal.  C’est par protestation que les femmes noires (et les hommes noirs) refusent de se cosplayer en ces personnages, c’est ainsi que le cosplay est devenu une forme de protestation pour les femmes noire contre le racisme et le sexisme. Chaka Cumberbatch-Tinsley est sans doute la cosplayeuse noire la plus connue, elle gagna en notoriété lorsqu’elle publia un article témoignage en 2013 intitulé « I’m a Black Female Cosplayer and some people Hate it » sur XOJane.com. Malheureusement, l’article n’est plus disponible, mais elle raconta les insurge et le combat qu’on amène afin de pratiquer sa passion pour le cosplay. Elle raconta surtout sur la controverse qui a permis de mettre en avant le racisme présent dans le cosplay.  En 2010 elle se rendit à une convention déguisée en Sailor Venus, (Sailor Moon). Après avoir publié une photo de son costume, elle fut victime de cyberharcèlement. Elle faillit abandonner le cosplay, mais après des soutiens d’autres internautes, elle décida de poursuivre son activité. L’écriture de cet article permit pour elle et d’autres cosplayeuses noires de gagner confiance en elle. Mais Chaka Cumberbatch-Tinsley ne s’arrêta pas là. A l’occasion du Black History Month, elle décida de créer un événement en ligne qui se nomme #28daysofblackcosplay afin de donner plus de visibilités aux cosplayeuses et cosplayers noirs.

III. Pouvoir des réseaux sociaux : plus de visibilité pour les Black cosplayers

1. Black Magic Girl

L’idée de Black Magic Girl a été créée dans le but de marquer et célébrer les accomplissements des femmes noires dans le monde entier. Le concept de “celebrate the beauty, power and resilience of black women” a été inventé par Julee Wilson qui travaillait pour le média HuffPost aux États-Unis.

Bien qu’il ait pu apparaître plus tôt, le terme se limite à 2011 sur Twitter. Ce terme a été popularisé par CaShawn Thompson en 2013, notamment elle était postulée avec un Hashtag « # » en #BlackGirlMagic sur les réseaux sociaux. C. Thompson énonçait qu’il puisse contrecarrer la négativité dont la société s’appuie aux femmes noires. Ce terme était beaucoup utilisé en 2016, surtout après l’annonce du magazine Essence en Janvier que leur thème du février serait #BlackGirlMagic. Même si ce terme est né sur Internet, il a inspiré des associations à organiser des activités jusqu’à devenir un mouvement social.

Du fait que le terme de Black Magic Girl est de plus en plus utilisé, la réflexion est divisée en deux aspects. On y trouve une contradiction : d’un côté, ce terme représente une opportunité de reconnaissance des femmes noires, de l’autre plutôt un stress pour les femmes noires. Même si la discussions sur la négativité de stress s’est développée, la création du concept original a ouvert la possibilité d’un regard différent sur les femmes noires, selon une interview de C. Thompson par Cate Barker, l’éditeur de magazine en ligne GoDaddy.

D’un autre côté, cette idée est aussi empruntée dans des productions culturelles. Dans la musique (par exemple, la sortie de l’album visuel de Beyoncé, Lemonade, qui traite des femmes noires qui vivent aux États-Unis.), les films et le cosplay. Dans le milieu du Cosplay, cette idée s’enrichit par la diversité de la représentation d’un personnage, mais aussi par les Black Cosplayers. Ces derniers permettent à leur communauté de trouver sa propre identité et d’élargir ses imaginations et les possibilités de s’accepter en tant que soi.

2. Black girl Cosplayer : Les cas de Chaka Cumberbatch-Tinsley (@princessology) et de Kay Bear (@KieraPlease)

«  As Black nerds, it’s important for us to see images of each other. Things are starting to get better, but we still have so few characters of color in our comics, video games, anime, manga and movies. It can be disheartening, never seeing anyone who looks like you in the media you love so much.
Being able to physically see Black cosplayers out at cons, literally wearing their fandom on their sleeves is just so intensely satisfying on a level I may not ever be able to accurately describe. « 


Chaka Cumberbatch-Tinsley (@princessology)

Chaka Cumberbatch-Tinsley s’est exprimée sur la question de comment elle trouve sa passion et son identité propre quand elle se déguisait. Comme les black cosplayers sont la minorité dans la culture de cosplay, ils figurent comme une des sous-cultures. L’une parmi eux est la culture nerd. Du fait que la culture “nerd” est souvent illustrée généralement par des gens de couleur blanche, les black Cosplayers sont sous représentés. Le hashtag #28DaysofBlackCosplay apparaît dans ce contexte. Ce hashtag a été créé par Chaka Cumberbatch-Tinsley dans le but de rendre hommage au Black History Month et à la fois pour proposer la diversité des personnages représentés par les black Cosplayers.

Selon une interview menée par Jamie Broadnax, créatrice de la communauté Black Girl Nerds pour des femmes noires, Chaka Cumberbatch-Tinsley indiqua que les images de black Cosplayers sur des réseaux sociaux numérique sont marquantes pour ces communautés de sous-cultures. Elle expliqua notamment que les relations entre les black Cosplayers sont très intimes, c’est la raison pour laquelle le #28DaysofBlackCosplay s’est répandu rapidement sur les réseaux sociaux et s’est développé rapidement comme un mouvement.

Pour finir, Chaka Cumberbatch-Tinsley déduira que le #28DaysofBlackCosplay et ce mouvement n’ont pas l’objectif de séparer et différencier les black Cosplayers parmi tous les l’autre Cosplayers, mais il y a un but d’encouragement envers les minorités afin de leur donner cette précieuse visibilité.

“ I know it’s not overtly stated that Garnet is black (& I knw theyre a gem and not even human) but theyre one of the many characters of color that empower me to be a strong black woman. ”


Kay Bear (@KieraPlease)

Une autre exemple, Kay Bear (@KieraPlease) expliqua que les images et les caractères des personnages lui donnaient la force pour être une femme noire forte (“a strong black woman”). Comme elle ne se limite pas, elle joue des rôles avec des couleurs de peaux diverse. Parmi ces déguisements, elle se renforce grâce à ces rôles. Son explication illustre un pouvoir au delà de son identité et la possibilité d’être soi-même : être un.e black cosplayer, comment trouver sa force mentale issue d’une partie du personnage. Elle expliqua ainsi que le hashtag montre la diversité dans la communauté de Cosplay.

Capture d’écran du compte Instagram de @kieraplease

De plus, elle présente un autre hashtag #28DaysofBlackCosplay qui met en lumière les black Cosplayers. En tant qu’une black Cosplayer avec plus de 633 000 followers sur Instagram, elle joue un rôle de modèle et d’influenceuse. Dans ce contexte, #blackgirlmagic et #28DaysofBlackCosplay sont plus qu’un hashtag, il deviennent un mouvement et un pouvoir de visibilité pour la minorité de black Cosplayers dans les réseaux sociaux.

3. Renaissance : une nouvelle visibilité

Aujourd’hui, les plateformes consacrées aux cosplayers ne sont pas limitées par des activités concrètes. Les réseaux sociaux numérique (RSN) confèrent aux utilisateurs la possibilité de trouver sa place, et de mettre en lumière les minorités. Sur les RSN, les mots et les phrases avec un hashtag « # » se forment ensemble comme un opérateur communicationnel, cela permet aux utilisateurs de chercher plus facilement des choses en rapport avec le thème, même s’il ne suit pas les comptes dont sont issues ces publications. Le hashtag constitue une véritable force pour ces minorités.
Du fait que dans la culture de cosplay existent des sous-cultures, il manque une représentation de la diversité des images de fans. Les hashtages sont donc un indicateur communicational pour la minorité se présenter, lui mettre en lumière sur les RSN, et enrichir les caractères et les personnages déguisés et représentés.

D’un autre côté, selon le Cosplayer Suqi et Brittnay N. Williams, le hashtag signifie non seulement un texte fort et une plus grande visibilité, mais permettent aussi aux black Cosplayers de trouver leur propre sous communauté dans le Cosplay. La minorité trouve sa reconnaissance.

Enfin, les hashtags jouent ce rôle d’appel au rassemblement envers les Cosplayers et répond à la question de pourquoi le Blackface ne devrait pas être considéré comme une partie du costume.

Conclusion

« There’s no such thing as an official Cosplay Police Force » comme l’écrit Luke Plunkett dans le site Cosplay.kotaku.com. Et pourtant, dans la communauté de cosplay, des individus restent très attentives sur la façon dont les cosplayers incarnent le personnage dont ils se déguisent. La bonne tenue, la bonne attitude, la bonne perruque et surtout … la même ressemblance physique !
Certes, on ne peut pas tous ressembler à Captain America ou à Monkey D. Luffy, c’est pour cela que le maquillage aide dans l’incarnation du personnage. Cependant, nous avons vu que pour des minorités, notamment pour les noirs, ceci est une tâche, surtout qu’ils sont très peu mis en avant dans l’industrie cinématographique. Pourtant, les Black Cosplayer en portant des costumes mettent en avant l’importance de leur communauté et leur reconnaissance par les hashtages comme #BlackGirlMagic et #28DaysofBlackCosplay.

« Il ne faudrait pas réduire le hashtag à sa fonction informative, mais rappeler qu’il est lié aux autres éléments langagiers du message par un rapport de contextualité (ibid.) et qu’il est hautement performatif. La cooccurrence d’un hashtag dans les contenus numériques sur les RSN peut-être objectivement interprétée comme une quête de visibilité médiatique. »

Baba Wame

Ces hashtags mettent en lumière cette minorité mais de plus, met en avant une problématique dans le milieu du cosplay. Comment les mouvements de #28DaysofBlackCosplay donnent un pouvoir de visibilité aux autres minorités et aux autres sous-cultures parmi les cosplayers ? Comment donner la visibilité aux minorités de cosplayers sans poser la séparation et la différenciation parmi les cosplayers ?

On pourrait donc considérer que les hashtags servent comme un début pour la visibilité de minorité de cosplayers, cependant les relations entre les cosplayers et ses reconnaissances sont le point clé pour le pouvoir d’influence d’un hashtag. Notre construction propose donc une « entrée » de recherche pour rendre compte d’une minorité de cosplayers.

Bibliographie

Qu’est-ce-que le cosplay ?

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Monniello Gianluigi, « Constructions du héros à l’adolescence », Adolescence, 2013/2 (T.31 n° 2), p. 327-344. DOI : 10.3917/ado.084.0327. URL : https://www-cairn-info-s.fennec.u-pem.fr/revue-adolescence-2013-2-page-327.htm

Le cosplay pour ?

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« Black Cosplayers Talk About The Racism In Comic Fandom » Youtube, NYLON Video, 11 octobre 2018. https://www.youtube.com/watch?v=nfulJT07TQw

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CHIENIN Chayet, « AMANDINE GAY : “LA FRANCE A 20 ANS DE RETARD SUR LES QUESTIONS RACIALES” », Cheek Magazine, 26 mars 2015. http://cheekmagazine.fr/societe/amandine-gay-france-20-ans-retard-les-questions-raciales/

CUMBERBATCH Chaka, « I’m a Black Female Cosplayer, and Some People Hate It » The Root, 5 février 2013. https://www.theroot.com/im-a-black-female-cosplayer-and-some-people-hate-it-1790895144

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DOMISE Andray, « Colour Coded: Race, Gender, and Representation in Video Games », TEDxToronto, 2016. https://www.youtube.com/watch?v=yGl4kWJWdI0

MALKOWSKI Jennifer and RUSSWORM TreaAndrea M., Gaming Representation : Race, Gender, and Sexuality in Video Games, Digital Game Studies, 2017.

NICOLAS Ariane, « Pas assez de femmes dans les jeux vidéo ? Comment les studios se défendent », France Info, 11 juin 2014. https://www.francetvinfo.fr/culture/jeux/pas-assez-de-femmes-dans-les-jeux-video-comment-les-studios-se-defendent_619897.html

Red F0xx, « Le Crossplay Cosplay », Les dégenreuses, 23 juillet 2013.  https://lesdegenreuses.wordpress.com/2013/07/23/le-crossplay-cosplay/

Pouvoir des réseaux sociaux pour plus de visibilité pour les Black cosplayers

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BABA Wamé, “Réseaux sociaux numériques et minorité”, Les Cahiers du numérique, 2018/3-4 (Vol. 14), pages 107 à 127

https://www.cairn.info/revue-les-cahiers-du-numerique-2018-3-page-107.htm

BARKER Cate, « How one woman started a movement with #BlackGirlMagic », Godaddy, 8 février 2018.

https://www.godaddy.com/garage/how-one-woman-started-a-movement-with-blackgirlmagic/

BROADNAX JamieI « #28DaysOfBlackCosplay: More Than Just A Hashtag », Black girl nerd, 5 février 2015.

CONQUET Matthieu, « BlackLivesMatter : comment le hashtag a aussi changé la musique », Esprit, 2016/10 (Octobre), p. 97-99. DOI : 10.3917/espri.1610.0097. URL : https://www.cairn.info/revue-esprit-2016-10-page-97.htm

EGLEM Elisabeth, « Représentations du corps et réseaux sociaux : réflexion sur l’expérience esthétique contemporaine », Sociétés, 2017/4 (n° 138), p. 99-110. DOI : 10.3917/soc.138.0099. URL : https://www.cairn.info/revue-societes-2017-4-page-99.htm

What does Black Girl Magic mean?

://www.dictionary.com/e/slang/black-girl-magic/

Interview de CaShawn Thompson créatrice de Black Girl Magic : https://www.youtube.com/watch?v=7acl8XbMYeI

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