Comment l’open-data fait-elle évoluer les modes de consommation ? L’exemple de Yuka.

Par Romain DURAND, Alexandre CUNEO et Hadrien RANNOU

Présentation de Yuka

Présentation générale

Yuka est une application mobile disponible sur les téléphones iOS et Android, gratuite d’utilisation, qui permet de scanner des produits alimentaires ou cosmétiques depuis son smartphone pour obtenir une note détaillée des composants du produit que l’on souhaite consommer. Pour un produit alimentaire, on saura s’il est trop calorique, trop sucré, trop salé ou encore s’il contient des additifs potentiellement nocifs pour la santé.

L’histoire de Yuka commence un jour où le cofondateur a acheté un livre qui classait les bons et les mauvais produits alimentaires. Celui-ci ne souhaitait pas aller faire ses courses en s’encombrant d’un livre, il a donc eu l’idée de créer une version digitale de ce livre. Il invite deux de ses amis à l’aider à réaliser ce projet et ils participent en 2016 à un concours de start- ups, le « Food Hackaton », et développent le projet pendant un week-end. Ils terminent à la première place de ce concours, ce qui les motivent à s’investir à plein temps dans ce projet qu’ils nomment « Yuka », comme Yucatán, un état Mexicain d’où est originaire la femme d’un des membres de l’équipe.

Plutôt que de devoir entrer eux-mêmes tous les produits alimentaires, les fondateurs de Yuka ont préféré utiliser les données d’Open Food Facts (OFF), une base de données collaborative et française fondée par Stéphane Gigandet, un informaticien. Fonctionnant sur le même principe que Wikipédia, cette base de données ouverte contient plus de 300 000 produits recensant des caractéristiques tels que la composition du produit, les additifs, allergènes. Chaque nouvelle donnée soumise à l’application est vérifiée par la communauté pour confirmer les données entrées.

En fonction des informations de cette base de données, Yuka définie une note pour chaque produit. En entrant un nouveau produit dans Yuka, celui-ci est automatiquement intégré dans la base de données de Open Food Facts, c’est ainsi que les deux systèmes s’auto-alimentent.

Yuka a été fondé par 3 jeunes adultes français. Julie, diplômée de l’EDHEC, une école de commerce, ne savait pas vraiment dans quoi elle avait envie de travailler après ses études. Elle a d’abord intégré Wavestone, un cabinet de conseil afin de développer de nouvelles compétences et découvrir différents secteurs. Durant 5 ans elle accompagne des entreprises dans leur transformation numérique. Avec les années qui passent, elle veut de plus en plus se lancer dans un projet qui a du sens pour elle et qui suit ses valeurs. Elle participe à un hackathon avec François et Benoit et développe ce qui deviendra Yuka. 6 mois plus tard, elle démissionne de son cabinet de conseil et se lance à plein sur le projet Yuka.

François, diplômé de l’École Centrale d’Electronique, une école d’ingénieur, n’était pas franchement convaincu par sa première expérience professionnelle dans un grand groupe. Il décide alors de créer sa propre agence web accompagné de deux de ses amis. Il développe alors pendant 6 ans différents produits numériques, du site internet à l’application mobile, à destination d’entrepreneurs et d’associations. Cette expérience le forme à devenir indépendant et capable de développer un site de A à Z. Après 6 ans au sein de son agence, il rejoint l’équipe de Yuka pour mettre à profit ses compétences dans un nouveau projet.

Benoit a été formé à l’école de commerce ESDES. Après avoir été diplômé, il travaille pendant 10 ans dans les achats pour des banques et des assurances. Lorsqu’il a créé l’application avec Julie et François, il est d’abord responsable de la comptabilité et des finances du projet. Ce rôle ne le passionne pas, il profite donc de cette occasion unique pour se former à une nouvelle compétence : la programmation. Après avoir suivi des cours en ligne sur le développement Android, il commence à développer l’application pour les téléphones Google. Six mois plus tard, il parvient à sortir l’application, il est alors responsable du développement Android chez Yuka.

Principes de fonctionnement

Très simple d’utilisation, l’application consiste à scanner le code barre d’un produit depuis la caméra de son smartphone. Une très grande quantité de produits sont répertoriés dans la base de données du service, et si le produit est effectivement présent, une note globale sur 100 s’affiche, accompagnée d’un code couleur. Vert signifie que le produit excellent et bon (de 50 à 100), orange pour médiocre (25 à 50 sur 100), ou rouge pour mauvais (en dessous de 25). Plus complet que le Nutriscore mis en place par le gouvernement français, cette note affiche le détail en graisses, calories, sel et additifs. Ces données sont ensuite calculées à raison de 60% pour la qualité nutritionnelle, 30% pour les additifs ajoutés et 10% sur le caractère biologique ou non du produit.

Les produits recensés dans l’application proviennent de la base de données de Open Food Facts. Au cas où un produit n’a pas encore été ajouté dans la base, l’utilisateur de Yuka a la possibilité de soumettre les informations à Yuka pour ajouter le produit, et ainsi de participer à l’évolution de cette base de données collaborative, c’est ainsi que Yuka et Open Food Facts se complètent l’un et l’autre.
Comment Yuka récupère les données alimentaires ? Qu’est-ce que Open Food Facts ?

Pour attribuer les notes aux aliments, Yuka se base sur des données fournies par Open Food Facts (OFF). Cette dernière est une base de données citoyenne et un projet collaboratif qui fonctionne à la manière de Wikipédia, l’objectif étant de constituer une base de données alimentaires libre et ouverte. En 2018, OFF est ainsi devenue une bibliothèque répertoriant des millions de données sur les produits alimentaires, entre autres : les ingrédients, les allergènes ou encore la composition nutritionnelle des aliments.

L’idée de cette base de données collaborative est venue à l’idée de son créateur, Stéphane Gigandet lorsqu’il tenait un site de recettes de cuisine. Un jour, des utilisateurs l’ont accusé d’être complice de l’obésité mondiale et du diabète puisqu’il proposait trop de recettes de desserts. Pour lui, ce n’était pas vraiment les desserts qui rendaient gros ou posaient des problèmes de santé mais plutôt les produits transformés tels que les sodas, les chips. Il a donc cherché des informations sur ces produits, mais toutes les bases qu’il trouvait étaient fermé, il ne pouvait pas y accéder pour consulter des données ni télécharger de liste de données pour pouvoir ensuite les analyser. Il s’est donc basé sur le principe de OpenStreetMap pour créer le Wikipédia des produits alimentaires, où chaque personne pourrait participer et alimenter la base de données.

Les données de l’application et de la base de données sont collectées par des citoyens bénévoles. Ces derniers s’occupent de renseigner les données alimentaires sur le site d’OFF, une démarche qui peut s’avérer longue. En effet, pour chaque produit, les contributeurs doivent remplir de nombreux champs, mais également joindre des photos du produit (emballage, code bar, …) pour l’ajouter à la base de données. Les photos fournies permettent à OFF d’avoir un contrôle sur la validité des informations saisies ; tout en améliorant leur qualité et leur référencement. Malgré cet effort demandé aux contributeurs, OFF revendique pas moins de 7500 bénévoles Français à être inscrits et actifs sur sa plateforme en date du 08/10/2018. Le projet a donc suscité un réel intérêt pour les citoyens/utilisateurs/contributeurs. Mais alors quelles sont les causes qui expliquent un tel succès ? Pour le contributeur, les motivations sont diverses.

Open Food Facts est pour le moment actif en France principalement, mais il y a pourtant des contributeurs dans d’autres pays qui répertorient des produits dans leur pays. Son concepteur aimerait que OFF se développe davantage à l’international pour pouvoir comparer les produits d’une région du monde à une autre. Il a par exemple remarqué que les yaourts vendus dans les DOM-TOM sont plus sucrés que ceux vendus en France métropolitaine.

Comment Yuka gagne de l’argent ?

Yuka est une application entièrement gratuite pour l’utilisateur. Pour financer son développement, les créateurs de l’application ont développé un programme nutritionnel de dix semaines avec des recettes et des conseils d’experts. Ce programme a vendu 59 euros sur le blog de Yuka, consulté par plus d’un million de visiteurs uniques. L’application compte également sur les dons des utilisateurs pour augmenter ses parts de revenus. Aujourd’hui, Yuka ne génère pas encore de bénéfices mais couvre ses frais grâce à ces deux sources de revenus.

Afin de générer davantage de revenus, les créateurs de Yuka envisagent de développer des fonctionnalités supplémentaires que l’utilisateur pourrait obtenir en effectuant un achat « in app ». L’expérience actuelle, qui est gratuite, serait conservée mais l’utilisateur pourrait enrichir l’application en achetant différentes extensions, comme un mode hors-ligne, des informations supplémentaires sur les allergènes ou encore d’autres manières de scanner des produits en magasin.

Les fondateurs de Yuka l’assurent, ils tiennent à leur indépendance et comptent le rester. Ils ne prévoient pas de lever des fonds et n’acceptent des subventions seulement que d’organismes proches de leurs idées. On imagine là qu’ils ne souhaitent pas être financés par un groupe ou une entreprise ayant des intérêts sur certains produits.

Grâce au bouche à oreille et aux nombreux articles de presse, mais aussi à sa position de favoris sur les marchés d’applications de Google et Apple, l’équipe de Yuka n’a pas eu à dépenser la moindre somme en publicité ou campagne marketing (voir le programme premium avec les conseils diététiques qu’ils proposent).

Les français et leur alimentation

En France les gens font de plus en plus attention à leur alimentation. Près de 90% de nos sondés déclarent accorder davantage d’importance à leur façon de s’alimenter aujourd’hui qu’il y a 10 ans.

Bien manger est devenu une réelle priorité pour la population française. Et bien ne signifie pas la quantité mais la qualité. En 2017, 81% des personnes interrogées déclarent respecter une alimentation équilibrée au quotidien. Finit les plats cuisinés et les boîtes de conserves, les français se mettent à la cuisine et consomment de plus en plus de légumes, de fruits et de poissons au détriment des biscuits, de la viande et du lait comme on peut le voir dans le diagramme ci-dessous :

On remarque tout de même que cela concerne plus précisément les cadres et les femmes. Cela peut tout d’abord s’expliquer par les politiques de « mieux manger » émises par le gouvernement depuis de nombreuses années et son slogan on ne peut plus connu « Manger 5 fruits et légumes par jour ». Bien sur la propagande gouvernementale a impacté les consommateurs mais ce n’est pas la seule raison. Internet a fortement aidé par plusieurs moyens.

De nouveaux régimes alimentaires

Tout d’abord avec la montée de nouveaux régimes alimentaires. Le végétarisme et le véganisme sont deux nouveaux courants qui fonctionnent extrêmement bien et qui a d’ailleurs poussé un bon nombre de restaurants et d’entreprises d’alimentaires à adapter leurs recettes. Les gens qui ont choisi ces régimes consomment inévitablement mieux car ils doivent faire attention à ce qu’ils mangent et sont même amener à plus cuisiner. Ces modes de consommations sont aussi motivés par des conditions éthiques en raison des mauvaises conditions d’élevage des animaux dont la société ne prend conscience que maintenant.

L’État a lui aussi joué un rôle dans ce changement, comme nous le disions avec la pub mais aussi en imposant des règles aux entreprises voulant commercialiser leurs produits alimentaires en France. Bien sur l’État a été poussé par les associations de consommateurs qui défendent les consommateurs face aux entreprises de l’industrie agro-alimentaire.

Des scandales alimentaires qui font changer les modes de consommation

Les français ont aussi modifié leur alimentation après avoir été victime ou opposé à des scandales alimentaires dans le domaine de l’agro-alimentaire. Tout le monde se rappelle du scandale de viande de cheval dans les lasagnes Findus. Ce scandale a fortement impacté toute l’industrie agro-alimentaire et plus encore les producteurs de plats préparés ou de conserves. D’autres scandales ayant impacté la santé de certains consommateurs ont mis eux aussi en péril cette industrie. 84% des français se soucient de l’impact de l’alimentation sur leur santé. L’industrie agro-alimentaire est très polluante et les consommateurs n’ont pas envie de consommer des produits pollués et d’encourager la dégradation de la planète en consommant ces produits. Les consommateurs veulent manger des produits bons pour leur corps et ils veulent tout savoir sur les produits. Comment ils sont faits, d’où ils viennent, … Les français consomment de plus en plus de produits locaux et perdent confiance dans les marques et les grandes surfaces. Cependant celles-ci restent incontournable. Pour ceux qui ne peuvent pas se passer des grands distributeurs il existe alors Yuka qui leur permet de contrôler ce qu’ils consomment. Ils veulent savoir ce qu’ils mangent et c’est normal, 74% des français se renseignent sur les produits qu’ils achètent via Internet ou applications. De plus, ils accordent une grande confiance aux informations qu’ils trouvent sur internet. Sur une échelle de 1 à 5 ; 43,5% accordent une importance de 4 aux informations disponibles sur Yuka.

Une utilisation de Yuka pour manger plus sainement et faire évoluer les mentalités

Yuka permet alors aux consommateurs de contrôler ce qu’il mange et d’arrêter de consommer les produits qui ne sont pas bon pour eux et pour la planète. On retrouve les tendances énoncées plus haut dans notre questionnaire. 80% des personnes interrogées utilisent l’application pour savoir ce que contient les produits qu’ils achètent, que ce soit par pure curiosité ou pour éviter certains produits qu’ils ne veulent pas consommer. 67% d’entre eux disent utiliser Yuka pour manger plus sainement. 33% pour informer son entourage et ses proches afin de leur faire améliorer à eux aussi leur alimentation. On remarque aussi que les derniers ajouts de l’application afin de bénéficier des promotions n’intéressent pas vraiment les utilisateurs de Yuka.

L’application rencontre donc un énorme succès en raison du besoin de transparence qu’ils éprouvent vis-à-vis des produits qu’ils consomment. La perte de confiance dans l’industrie agro-alimentaire en est la cause. Yuka n’a été lancé par aucun grand groupe de l’agro-alimentaire ou de la distribution française c’est aussi pour cela que les gens ont confiance en l’application. C’est un sentiment d’entraide qui uni les utilisateurs de Yuka qui s’entraident afin de mieux consommer et de boycotter petit à petit les entreprises et les produits qui ne respectent pas les règles des consommateurs.

L’impact de la technologie et de l’open-data dans le secteur agroalimentaire

Un applicatif de l’open data dans le secteur de l’alimentation : l’exemple de Yuka

L’open data est une donnée numérique mise en circulation avec libre accès et libre usage pour l’utilisateur. Plus largement, l’open data désigne l’ouverture au grand public de données qui sont considérées d’intérêt général. Elles sont d’une grande variété, cela peut être les horaires de passage du métro en temps réel, les prévisions météorologiques ou encore les données alimentaires. L’Open data n’est pas un idéal récent, car il apparaît dès les années 2000 avec l’ouverture des données publiques dans plusieurs pays : on assiste alors à une libéralisation des données publiques sous un format interopérable afin d’en faciliter le traitement et la manipulation. N’importe qui peut donc utiliser ces données pour s’informer ou pour créer un service. C’est le cas de Yuka, dont le fonctionnement repose en partie sur des données fournies par OFF en open data.

L’État est également un gros fournisseur de données alimentaires libres avec son portail. Les données alimentaires sont très documentées et forment une catégorie à part entière sur ce portail En 1985, les pouvoirs publics ont également mis en place des organismes tels que le Centre d’information sur la qualité des aliments qui s’occupe de différentes missions parmi lesquelles :

  • La collecte, la production et l’évaluation de données de composition nutritionnelle, ainsi que leur intégration dans une base de données de référence
  • La collaboration à l’évaluation des risques nutritionnels et sanitaires des aliments, au sein de l’Anses
  • La communication et la diffusion des données de composition nutritionnelle aux administrations, aux chercheurs, aux nutritionnistes, aux industriels de l’agroalimentaire et aux consommateurs

Entre les projets citoyens (OFF) et les projets initiés par les pouvoirs publics, il y a donc beaucoup de personnes et de ressources qui sont alloués pour indexer des données alimentaires. La technologie peut-elle avoir impacter nos modes de consommation alimentaires ?

La technologie peut-elle changer nos modes de consommation alimentaire ?

Tout d’abord, il faut expliquer que la technologie nous a déjà permis d’améliorer nos connaissances en matière de diététique et de nutrition. Par exemple, on sait aujourd’hui que que l’alcool n’est pas bon pour la santé, alors qu’on donnait du vin aux enfants de 14 ans dans les cantines durant les années 1950. C’est la recherche qui a permis d’établir les plus récentes découvertes en nutrition, telles que :

  • L’acide folique ou vitamine B9 prévient les anomalies congénitales
  • Les acides gras des huiles de poisson réduisent la mortalité chez les patients coronariens
  • Les effets des acides gras trans sur la santé humaine

Sans la technologie, les chercheurs n’auraient pu améliorer nos connaissances en matière de diététique et de nutrition si rapidement. C’est la technologie qui a permis d’analyser avec précision la composition des aliments et d’en mesurer l’impact pour la santé. Quelque part, c’est donc la technologie qui nous permet de faire l’arbitrage sur ce qui est bon ou pas pour la santé. Internet permet également de diffuser les conclusions et préconisations des spécialistes de la nutrition. Par exemple, le gouvernement français a ouvert un portail web pour éduquer les gens à comment bien s’alimenter. En quelques clics, n’importe qui peut s’informer facilement et rapidement. En apparence, la technologie nous fournit donc tous les outils pour manger plus sainement.

Dans une autre perspective, la technologie a eu des impacts négatifs. Au cours des dernières décennies, la technologie a complexifié les procédés de fabrication de l’industrie agro-alimentaire. Ces procédés sont devenus plus opaques. En théorie, les processus de fabrication industriels doivent optimiser les aspects économiques mais également diminuer les risques sanitaires. Dans un monde idéal, le risque de contaminer la production est faible, et le consommateur est rassuré par l’existence de ce processus robotisé. En réalité, ce processus technique détériore la confiance chez certaines personnes, car il fait perdre de la lisibilité. Aujourd’hui, nous serions peu nombreux à pouvoir décrire le circuit de fabrication d’un produit tel que les céréales pour enfants ou les gâteaux. Même pour un produit de base comme le lait, il y a de nombreuses étapes techniques : pasteurisation, refroidissement, séchage, filtrage. On en arrive parfois même à des aberrations. Certains aliments sont fabriqués à partir d’une méthode de “cracking” : ils sont assemblés à partir de poudres alimentaires produites à partir d’autres aliments. Par exemple, le lait est décomposé en protéine en caséine qui serviront à fabriquer des gâteaux pour le petit-déjeuner.

D’un autre côté, on sait que la technologie facilite la diffusion de l’information, ce qui est censé être une bonne chose. Mais cette diffusion rapide amplifie également l’impact que peut avoir un fait divers dans l’opinion publique. En 2013, on se souvient de Findus : des lasagnes pur bœuf qui se révèlent, en fait, être du pur cheval. Cette histoire a marqué un tournant dans l’opinion publique vis-à-vis de la grande distribution, voire une forme de défiance. La réalité, c’est que le cheval est comestible par l’homme et l’incident n’est peut-être pas aussi scandaleux qu’il ne le semble. Il y a tout un climat de peur qui peut être remis en question. Au moyen-âge, la manière de s’alimenter n’était pas saine : on mangeait souvent du pain sec en guise de repas et il y avait une méconnaissance des règles d’alimentation les plus élémentaires. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas.

Yuka, un exemple actuel de l’impact de la technologie sur nos modes de consommation

On vient donc d’énoncer plusieurs exemples qui démontrent que la technologie a déjà impacté notre manière de nous alimenter. Peut-on alors affirmer que Yuka est un contemporain de ce phénomène ? Pour tenter de répondre à cette question, nous avons donc initié un sondage (voir annexe) que nous avons diffusé sur les groupes Facebook de Yuka et d’OFF. Les questions portaient entre autres sur le profil des utilisateurs, les raisons qui les amènent à utiliser l’application et l’impact sur leur alimentation. À partir des résultats du sondage, on peut dresser un profil type de l’utilisateur de Yuka : les femmes étudiantes qui ont entre 19 et 26 ans. Les utilisateurs de Yuka estiment accorder beaucoup d’importance à leur alimentation et 36% d’entre eux jugent que les supermarchés proposent des produits de mauvaise qualité. Ils utilisent donc l’application pour mieux s’alimenter et savoir ce que contiennent les aliments. Pour finir, ils sont 28,6% à estimer que l’application a eu un impact fort sur leur alimentation. Cela vient en partie du fait qu’ils font confiance à Yuka concernant les données qu’elle communique (voir ci-dessous) et son indépendance.

On a donc ici un exemple typique de comment la technologie et l’open data peuvent impacter notre mode d’alimentation. Yuka est une application populaire car il y a un besoin exprimé par la population : celui de mieux s’alimenter et d’avoir plus de transparence.
Alors pourquoi bien s’alimenter est devenu l’une des priorités chez une certaine catégorie de la population tel que les jeunes femmes étudiantes ? Aujourd’hui, il y a une prise de conscience de la population par rapport à la manière de s’alimenter. Il y a un retour vers le véganisme, le bio et le commerce équitable. Les causes en sont multiples :

  • Raisons éthiques (mauvaises conditions d’élevage des animaux)
  • Raisons écologiques (industrie agro-alimentaire très polluante)
  • Raisons sanitaires (scandales autour de produits cancérigènes comme le nitrite dans le jambon) Il y a une perte de confiance dans la qualité des aliments proposés par l’industrie agro-alimentaire en supermarché.

Ce n’est pas bon pour les industries de l’agroalimentaire et d’autres industries telles que la pétrochimie qui interviennent dans la fabrication de pesticides. Il y a donc une peur et une défiance des industriels face à ses applications mobiles. Les fondateurs de Yuka ont ainsi reçu plusieurs offres d’achats de la part de grandes compagnies. Plus récemment, certaines marques bien établies de la grande distribution ont également développé leur propre application, comme Super U avec l’application “Y’a quoi dedans”. Des marques tels que Fleury Michon se mettent également à afficher sur les emballages des produits le Nutriscore.

On peut donc affirmer que la technologie, qui a déjà impacté nos modes de consommation par le passé, continue à le faire et oblige aujourd’hui les grandes marques à offrir plus de transparence aux consommateurs.

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