Résumé :
Dans une société façonnée par et pour les voyants, les personnes déficientes visuelles évoluent dans une position liminale, jamais totalement intégrées ni complètement exclues. Dès le Moyen-Âge, leur place oscille entre protection et marginalisation, entre assistance et rejet. Avec la fondation de l’hôpital des Quinze-Vingts, une minorité est prise en charge, tandis que la majorité reste livrée à elle-même, souvent contrainte de mendier. L’époque des Lumières amorce un tournant avec la reconnaissance du potentiel intellectuel des aveugles, illustrée par les travaux de Valentin Haüy qui introduit l’éducation adaptée. La création du système Braille, au XIXe siècle, marque une avancée majeure, offrant une autonomie accrue à cette population, tandis que l’essor du mouvement associatif, incarné par l’Association Valentin Haüy, milite pour leur inclusion. Pourtant, malgré ces progrès, les stéréotypes persistent, ancrés dans la peur et l’ignorance. La question de la dénomination même de la déficience visuelle soulève des débats, oscillant entre reconnaissance et stigmatisation. Le XXe siècle voit émerger des approches plus nuancées, intégrant les dimensions sociales et environnementales du handicap, mais la reconnaissance officielle demeure insuffisante, freinant l’accès aux aides et aux dispositifs nécessaires à une pleine participation sociale. Le numérique apparaît alors comme un espace potentiel d’émancipation, permettant de dépasser les barrières physiques et sociales. Cependant, son accessibilité reste inégale, et la fracture numérique renforce parfois l’exclusion au lieu de l’atténuer. Entre opportunité et contrainte, le numérique redéfinit la sociabilité des personnes déficientes visuelles, leur offrant la possibilité de contrôler leur image et de s’affranchir du regard des autres, mais aussi de se heurter à de nouvelles formes d’invisibilisation.
Mots-clés :
Contre-Révolution, Royalisme, Antimonarchisme