Le financement participatif ou « crowdfunding »

Yasmina Harbi

 INTRODUCTION

De nos jours, il est possible de donner ou d’avancer de l’argent, à n’importe qui et à n’importe quel moment, pour un projet qu’on aura choisi au préalable.

Nouveau mode de financement sur Internet, le financement participatif, ou crowdfunding terme anglais (de crowd : la foule et funding : financement) permet aux internautes de choisir librement les projets pour lesquels ils décident de donner, prêter ou investir des fonds, tout en donnant du sens à leur investissement. Le crowdfunding est un mode alternatif de financement privilégiant le lien social et la proximité en utilisant les réseaux sociaux pour collecter des fonds, sans l’intermédiaire des acteurs traditionnels. Il permet de lever des fonds pour développer des projets innovants et créatifs quel que soit le secteur d’activité : artistique (chanson, édition, cinéma etc), humanitaire (économie solidaire, projets caritatifs) création d’entreprise.

I- Qu’est-ce que le financement participatif ?

a) Définition 

Le financement participatif est un mode de financement ou un grand nombre de personnes se réunissent pour financer un projet, permettant à des entreprises ou à des particuliers de récolter des fonds rapidement.

Il y a différentes catégories de financement participatif, comme le don, le prêt, le don avec contrepartie et l’investissement capital.

Pour le don, le financement est sans contrepartie de la part du bénéficiaire des fonds. C’est un mode de financement participatif utilisé en particulier par les associations, qui récoltent de l’argent pour ensuite venir en aide à d’autre. Les donateurs contribuent sans attendre quoi que ce soit en retour. Ce financement participatif est seulement à visée caritative, contrairement aux autres catégories qui sous-entendent un retour sur investissement.

Le don avec contrepartie est l’un des plus commun aujourd’hui et consiste à récolter des fonds pour un projet. En retour du financement, les donateurs reçoivent une « récompense » exclusive en plus de l’aboutissement du projet.

Le prêt (crowdlending) peut être un prêt aux entreprise ou aux particuliers. Pour les prêts aux entreprises, les particuliers financent le prêt en échange de bénéfices donnés par l’entreprise dans le futur. Pour les prêts aux particuliers, le financement du prêt se fait de particulier à particulier, sans passer par une banque. Les particuliers peuvent fixer eux-mêmes le taux d’intérêt pour le prêt car les prêts sont gratuits ou rémunérés, selon le choix du porteur de projet.

Avec l’investissement capital (equity crowdfunding), les entreprises essaient d’amasser un nombre précis d ‘investisseurs pour leur capital pour atteindre leur objectif. En échange de leur investissement, les donateurs reçoivent des parts d’actions dans l’entreprise.

Les contributeurs jouent un rôle triple, étant à la fois des investisseurs, des consommateurs potentiels et des promoteurs du projet auprès de leurs contacts sur les réseaux sociaux.

b) Contexte historique

Le financement participatif en lui-même date du 18e siècle, avec les levées de fonds pour la charité. On peut citer la statue de la liberté comme un des projets connus financé par le financement participatif. En effet en 1875, le Comité de l’Union Franco-Américaine est créé pour recueillir de l’argent pour la construction de la statue. Jusqu’à 1880, une campagne de promotion pour la statue encourage les français à contribuer. Aux Etats-Unis, des spectacles, expositions et ventes aux enchères sont organisés pour lever des fonds pour construire le socle de la statue.

Certaines formes de financement plus anciennes comme les business angels, ou plusieurs individus qui sont externes au projet vont investir dedans, sont une des sources d’inspiration probable à la base du crowdfunding.

Dès l’arrivée du web, le financement participatif commence à se diversifier grâce à la rapidité de la vitesse de transmission des informations, et le rapprochement géographique.

Dans les années 2000, on commence à voir apparaître des sites et plateformes dédiées aux crowdfunding aux Etats-Unis. Des sites comme Indiegogo et Kickstarter deviennent populaires.

Rapidement, le phénomène va s’exporter en France.

Par exemple, le chanteur Grégoire, avec son album « Toi + moi » a été en 2008, le premier artiste français produit par le public grâce à la plateforme communautaire My Major Company. Avec ce site, les investisseurs deviennent aussi des co-producteurs et reçoivent en contrepartie du don des royalties sur les recettes futures de l’album. Pour l’album de Grégoire, 350 personnes vont contribuer pour lever les 70 000 euros nécessaires pour réaliser l’album.

Ce succès va contribuer à populariser le financement participatif en France.

c) Quelques exemples de plateformes de financement participatif

Avec l’essor du financement participatif sur internet, de nombreux sites et plateformes de crowdfunding différent apparaissent.

La plateforme de crowdfunding la plus connue, Kickstarter, a été lancée en avril 2009 à New York. Avec Kickstarter, les internautes peuvent financer des projets qui ne sont encore qu’une idée. La plateforme facilite l’obtention d’investissement par rapport à des méthodes traditionnelles. La majorité des projets sont financés entre 100 et 5000 dollars, principalement dans le domaine artistique.

My Major Company, était à sa création en 2007 une plateforme qui permettait aux internautes de financer des artistes, en contrepartie ils touchaient de l’argent sur les ventes d’albums. Depuis 2012, My Major Company est divisé en deux : un label de musique et une plateforme de financement participatif pour tous types de projets.

HelloAsso est la première plateforme de financement participatif dédiée aux associations françaises. Elle est gratuite car 100% des sommes collectés sont reversées aux associations. HelloAsso donne le choix aux internautes de laisser un pourboire au moment de leur contribution pour continuer à faire vivre la plateforme avec à leur générosité.

Ulule, est le premier site de crowdfunding en Europe. Il permet de financer des projets créatifs, innovants ou solidaires grâce à la participation des internautes. Les porteurs de projet détaillent un budget à atteindre, une durée de collecte fixe et des contreparties exclusives qu’ils offrent en échange du soutien des internautes (un DVD pour un court-métrage financé, des invitations aux projections ou sur le tournage, une rencontre avec l’équipe, etc.). Les dons commencent à partir de 5 euros.

Kisskissbankbank est l’un des sites pionniers du crowdfunding en France et l’un des leaders mondiaux. Les créateurs de projets ont un maximum de 90 jours pour finaliser leur financement via la plateforme. Les catégories regroupant les projets sont variées : art, sport, design, écologie, éducation, journalisme, solidarité, mode…

La plateforme Unilend, est une plateforme de prêt destinée aux PME. Elle propose aux particuliers de sélectionner les entreprises qu’ils souhaitent encourager. Le particulier fixe le taux d’intérêt et une partie du capital lui est remboursée mensuellement. Les entreprises peuvent demander un financement entre 20 000 et 250 000 euros sur une durée comprise entre 2 et 5 ans.

II – Comment ça marche ?

a) Avantages et Inconvénients

Pour participer au financièrement d’un projet, il n’y a pas de critère particuliers mais il faut bien comprendre le projet proposé et les risques associés à la participation à ce projet.

Pour pouvoir organiser une levée de fond sur une plateforme de financement participatif, il faut être majeur, donner ses coordonnées et décrire son projet en quelques lignes. Pour ce qui est du financement, il faut donner le montant minimum que l’on souhaite recevoir et la durée de la levée de fond. Enfin, il faut définir les contreparties offertes en fonction du montant investi, si c’est nécessaire. Il est normalement interdit de proposer un même projet sur deux plateformes de crowdfunding différentes.

L’avantage des plateformes de financement participatif sur internet est que le créateur du projet peut s’adresser directement aux internautes. Il peut donc savoir facilement et rapidement si son projet correspond à leurs attentes, de recevoir des retours et de s’y adapter. Il peut en quelque sorte réaliser une étude de marché ciblée.

L’autre avantage est la visibilité et le moindre coût offert par internet. Beaucoup de projet sont diffusé par les réseaux sociaux. Cette campagne de publicité est gratuite et peut être propagée par le créateur du projet et par ceux qui financent le projet. L’interaction avec les internautes qui est facilité par le web permet de fidéliser un nombre de personnes qui aurait été plus difficile de mobiliser sans le web. Leur soutien du projet est essentiel à sa réussite, les internautes se sentent plus concerné par le projet quand ils se sentent impliqué dans la participation du projet. C’est ses sentiments qui vont les pousser à faire par eux même de la publicité pour le projet.

L’inconvénient, est que le risque d’échec est réel. Si l’objectif de la levée de fonds n’est pas atteint, l’argent collecté devra être rendue aux investisseurs.

Un autre risque est qu’il n’y a pas la protection d’une propriété intellectuelle – les idées de chacun sont accessibles en ligne et quelqu’un d’autre peut donc copier nos idées.

Certaines formes de financement participatif peuvent aussi engendrer des frais supplémentaires, comme dans le cas de l’investissement capital : les frais administratifs peuvent augmenter pour chaque action.

Et bien sûr, on court le risque de tomber sur une arnaque. Pour éviter de se faire avoir par une plateforme de crowdfunding fictive, il vaut mieux bien choisir un site reconnu et bien réglementé.

Avant de se lancer, il y a donc quelques précautions à prendre. On peut vérifier que le site qu’on veut utiliser à les autorisations nécessaires sur le site de l’ORIAS qui registre les intermédiaires en assurance, banque et finance. Il vaut mieux prendre connaissance des législations nationales et européennes applicables afin d’éviter toute infraction, et vérifier auprès de la plateforme les modalités pour l’investissement.

b) La législation 

Dès leurs créations, les plateformes de financement participatif génèrent beaucoup d’argent. Pour s’y retrouver, aux Etats-Unis, le président Barack Obama a mis en place le JOBS Act (Jumpstart Our Business Startups Act) en 2012, un ensemble de loi qui vise à faciliter le « crowd investing » (l’investissement de foule). Le JOBS Act fait la différence entre le financement participatif à visée caritative et le financement participatif avec retour sur investissement. Jusque-là, les entreprises américaines n’avaient pas le droit de lever du capital auprès d’individus.

En France, le 1er octobre 2014, une nouvelle réglementation visant à sécuriser le financement participatif pour les contributeurs (les donateurs, prêteurs et investisseurs) est entré en vigueur. La réglementation assouplie les obligations nécessaires pour les plateformes d’investissement et de prêt en leur donnant deux nouveaux statuts juridiques : le statut de conseilleur en investissement participatifs (CIP) pour les plateformes d’investissement, et le statut d’intermédiaire en financement participatif (IFP) pour les plateformes de prêt, ainsi que les plateformes de dons (sur une base de volontariat).

III – Pourquoi ça marche ?

a) Impact du crowdfunding sur les donateurs et les bénéficiaires

Selon la revue du MAUSS (revue interdisciplinaire de sciences économiques, anthropologie, sociologie et philosophie politique – est aussi anti-utilitariste, et critique l’économisme dans les sciences sociales) un certain nombre d’analyses considèrent que la logique du don (triple obligation de donner, recevoir et rendre) structure la coopération entre firmes, employeurs et salariés ou entre salariés.

Ces coopérations représentent les règles de l’échange social. On donne pour créer un lien spirituel : la valeur matérielle du cadeau n’a donc pas d’importance mais le fait d’avoir donné engage le donataire et le donateur dans une relation de réciprocité.

Le crowdfunding pourrait bouleverser la sociologie du financement des entreprises. Ce type de levée de fonds permet d’évaluer l’intérêt du grand public pour le projet d’une entreprise, son image, ses produits et services. Cette information est précieuse pour tout entrepreneur ;

Emile Durkheim parle de « solidarité mécanique » : la différence entre les individus a peu d’importance, ce qui est primordial c’est la cohésion interne qui va donner une conscience collective forte.

Le don encourage et motive les bénéficiaires, leur projet est soutenu. Cela crée un sens des responsabilités vis-à-vis des donateurs qui y investissent et un lien se crée entre les deux parties.

Les donateurs peuvent se sentir moins liés par le don que les bénéficiaires, une fois qu’ils ont financé le projet, ils ne sont pas forcément tenus au courant au fur et à mesure de son évolution. Malgré ça, le donateur a l’impression d’appartenir à une communauté. Il y a une confiance mutuelle entre les donateurs et les bénéficiaires.

D’après Vincent Ricardeau, co-fondateur de la plateforme de financement participatif KissKiss Bankbank : « les plateformes ont permis de faire émerger de nouveaux rapports sociaux, qui reposent davantage sur des liens horizontaux et non plus verticaux ».

Le crowdfonding développe le partage, l’entraide, l’intégration sociale et la solidarité collective.

b) Rôle des réseaux sociaux dans le crowdfunding

Les réseaux sociaux jouent un rôle important dans la réussite des projets de financement participatif selon une compagnie de recherche spécialisée dans l’industrie du crowdfunding, Massolution. Le phénomène de financement participatif qui permet de contribuer autant aux projets est récent et en 2012 les nombreuses plateformes de crowdfunding ont soulevé 2,7 milliards de dollars. Pour comprendre le phénomène, la compagnie fait la connexion entre liens sociaux et influence des médias et réseaux sur le financement participatif.

Ethan Mollick (Warton Business School) a prouvé que plus le créateur d’un projet à des amis sur Facebook, plus son projet à des chances d’atteindre son objectif. Ce succès serait dû à une « preuve sociale », selon le psychologue Robert Cialdiani « Lorsque les personnes sont indécises, elles observent les actions des autres pour guider les leurs. » Dans ce cas, les réseaux sociaux sont des moteurs puissants pour financer un projet.

On peut aussi expliquer ce succès avec la théorie de « la force des liens faibles » du sociologue et économiste Mark Granovetter : les relations faibles, ou les simples connaissances, vont plus aider à diffuser une idée sur des réseaux sociaux que les relations fortes, les amis. Les relations faibles vont aider à assurer la validité économique du projet et à amener des personnes extérieures aux réseaux social du créateur du projet, quand les relations fortes vont plus servir à assurer la qualité du projet.

Conclusion

Internet permet à tous les acteurs du financement participatif, de partir sur le même pied d’égalité, pour obtenir de l’aide, ce qui n’est pas vrai avec le système de financement traditionnel.

Une communauté temporaire se forme pour chaque projet de crowdfunding, sa création étant facilitée par les réseaux sociaux sur le web. Cette communauté temporaire permet aux créateurs de projet d’avoir plus de chance de succès.

On peut se demander si on n’assiste pas à une vraie révolution des modes de financement, avec l’émergence du système de financement participatif en ligne.

 


 

Webographie

DGCCRF – Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes – Une direction du ministère de l’Économie, de l’Industrie et du Numérique

Ordonnance n° 2014-559 du 30 mai 2014 relative au financement participatif

Site de l’Autorité des marchés financiers – http://www.amf-france.org/

L’AMF veille à la protection de l’épargne, à l’information des investisseurs et au bon fonctionnement des marchés financiers.

http://www.economie.gouv.fr/mise-en-ligne-dun-guide-financement-participatif-crowdfunding

http://www.cerphi.org/wp-content/uploads/2013/11/La-place-du-Crowfunding-Philantropique.V22.pdf

(http://www.lafinancepourtous.com/Epargne-et-placement/La-finance-participative)

(http://www.lafinancepourtous.com/Epargne-et-placement/La-finance-participative)

http://www.atelier.net/trends/articles/reseau-un-individu-impacte-succes-une-operation-de-crowdfunding_418678

https://www.smartangels.fr/crowdfunding

http://www.abe-infoservice.fr/epargne-et-placements/placements/le-financement-participatif/le-financement-participatif-les-risques.html

http://www.loi1901.com/association-loi-1901/le-point-sur-le-financement-participatif-ou-crowdfunding.php

https://fr.wikipedia.org/wiki/Statue_de_la_Libert%C3%A9

https://fr.wikipedia.org/wiki/Financement_participatif

http://www.lemonde.fr/idees/article/2014/03/27/le-crowdfunding-en-passe-de-bouleverser-le-financement-des-entreprises

 

 

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