Qui regarde la télé-réalité ?

Clémence Durand & Alexandre Festaz
CMW Groupe 1
2017/2018

La télé-réalité : elle fait aujourd’hui entièrement partie de notre quotidien et pourtant ce jeune programme télévisé n’était pas destiné à recevoir un tel engouement.

Nous allons découvrir à travers une étude que nous allons vous présenter: l’histoire, la production et l’évolution de la télé-réalité à travers le temps puis, l’analyse sociologique de ses téléspectateurs afin de comprendre : Qu’est ce qui poussent les spectateurs à regarder de la télé-réalité ?

Les télé-réalités et leurs spectateurs

L’histoire de la télé-réalité

Rappel : La télé-réalité est une émission télévisée où est filmée la vie quotidienne de personnes sélectionnées pour y participer.

La première émission de télé-réalité fait son apparition en 1973 aux Etats-Unis sur la chaîne publique, PBS. Intitulé An American Life, le concept est de faire une émission en plusieurs épisodes racontant la vie d’inconnus dans leurs vies quotidiennes.

Le concept est adopté dans d’autres pays comme en 1974, en Angleterre avec The Family ou encore en Australie avec l’émission Sylvania Waters.

Les différentes chaînes de productions mondiales ne prendront vraiment conscience du phénomène qu’en 1996 grâce à une émission anglaise baptisée Airport.

Dès lors ce genre d’émission sort du genre documentaire pour devenir un divertissement.

MTV la chaîne musical américaine diffuse la première émission proche du concept que l’on connait aujourd ’hui. The Real World  nous montre la vie de 7 jeunes logés pendant 3 mois dans un appartement où ils devront partager des parties communes.

Mais la véritable révolution de la télé-réalité viendra des Pays-Bas en 1999 avec l’émission Big Brother produite par Endemol, elle reprend l’idée de Real World en y ajoutant de nouveaux facteurs. La vie des pensionnaires est filmée en temps réel (cependant l’émission est coupée pour des résumés quotidiens) et une nouvelle règle d’élimination des candidats est mise en place.

Big Brother lança LE concept de télé-réalité à travers le monde.

La télé-réalité en France

La première chaîne française à franchir le pas est M6 avec Loft Story en avril 2001. Cette émission produite par Endemol reprend le concept de Big Brother.

Le succès est immédiatement au rendez-vous.

Le lancement de l’émission le 21 avril attire 5.5 millions de téléspectateurs, réalisant ainsi le meilleur score d’audience pour la chaîne.

Au fil des semaines, les émissions quotidiennes ne désemplissent pas et le Prime Time du jour atteint des records pour la petite chaîne française.

Des pics à 11 Millions de téléspectateurs ont été enregistrées.

Puis le 20 Octobre 2001, TF1 fait découvrir aux français la Star Academy produit aussi par Endemol. Le concept est simple, 10 candidats qui rêvent d’être des stars de la chanson partagent un espace commun où ils doivent suivre cours de danse, de chant etc.. La spirale de la télé-réalité française est alors lancée.

La télé-réalité qui est un condensé de la télévision occidentale contemporaine, de feuilleton, de documentaire, jeu, débats de société et roman-photo, se situe en fait au croisement de la fiction, du reportage et du divertissement. Le succès de la télé-réalité est aussi dû à son point de vue économique et de sa rentabilité, car :

  • Un même programme est déclinable en épisodes sur plusieurs semaines, en formats différents à des horaires différents et sur plusieurs médias (télévision hertzienne, câble, satellite, sites Internet, magazines papier).
  • La  vente d’espace publicitaire est favorisée par le format, qui a toutes les qualités du parfait écrin publicitaire : insertion au moment de suspense et donc de captation du public (notamment avant les résultats du vote conduisant à l’élimination d’un candidat).
  • La vente d’espace publicitaire est favorisée par les thématiques, appréciées par les annonceurs
  • Ces programmes permettent au diffuseur de commercialiser des produits dérivés (disques, places de concert, lignes de vêtement, jeux, etc.).

Entre la demande accrue des téléspectateurs et la rentabilité du programme, on va voir émerger des chaînes de production majeurs en France.

Les principales chaînes de productions

Les années 1990 représentent un tournant économique libéral dans le secteur de l’audiovisuel avec la publication du « décret Tasca ». Au nom de la défense des producteurs indépendants, cela oblige les chaînes à externaliser les deux tiers de leurs productions. Ce décret signe tout d’abord l’arrêt de mort de la Société française de production (SFP), qui perd 40 % de son chiffre d’affaires entre 1992 et 1998. Dans le même temps, les sociétés de production privées connaissent un essor considérable. A titre d’exemple, en 2005, 77 % des heures d’émissions sur TF1 ont été produites pas des sociétés extérieures.

Parallèlement, à cette époque les sociétés de production créées par des animateurs explosent. Leur motivation : le contrôle éditorial de leurs émissions et le gain financier. Les chaînes y trouvent également leur compte car cela rapporte un prix d’achat plus compétitif et une plus grande flexibilité dans leur programmation.

Dans le paysage français des chaînes de productions, nous avons pu lister un top 5 des entreprises les plus influente:

Endemol France,1ère chaîne de production française, domine largement ce marché avec un chiffre d’affaires de 200 millions d’euros. Elle détient notamment 15 sociétés de production et possède en grande partie d’autres importantes sociétés.

Marathon Group, 2ème de cette liste est issu de la fusion entre Télé Images et Marathon, ils produisent à la fois des dessins-animés (Totally Spies), des jeux (Fort Boyard) et la série française la plus exportée : Sous le soleil. Le groupe détient notamment Adventure Line Productions, ancienne filiale de Studio Expand.

Avec ses 120 millions d’euros de chiffre d’affaires, il se hisse à la deuxième place avec Lagardère Active, qui le suit de près avec 120 millions de chiffre d’affaires pour un regroupement d’environ 20 sociétés de production.

Enfin, Carrère Group, à l’origine centré sur le jeu télévisé, comme Intervilles et La roue de la fortune, le groupe est aujourd’hui très présent sur le secteur de l’animation et a connu des succès avec Les Triplettes de Belleville et Kirikou et la Sorcière. Depuis, il ne cesse de se développer. Après de nombreux rachats, le groupe élargit son périmètre et vient se positionner en 4ème position.

FremantleMedia, peu présent il y a encore quelques années, le groupe s’est imposé avec des émissions à succès du type A la recherche de la nouvelle star. Largement implanté sur la chaîne M6,, le groupe se retrouve à la 5ème position du classement.

Derrière ces groupes, de nombreuses petites sociétés indépendantes gravitent dans le paysage audiovisuel, avec souvent un ou deux programmes forts. On compte au total pas moins de 1.100 sociétés.

Néanmoins, les chaînes thématiques et surtout de la Télévision Numérique Terrestre (TNT) viennent alléger le pouvoir des chaînes traditionnelles sur les producteurs. Endemol s’est rapidement tourné vers ce créneau, en proposant aux chaînes des produits peu onéreux et de moindre envergure que ses projets habituels. Il est devenu le premier fournisseur de programmes pour la TNT.

Vous trouverez sur le tableau ci-dessous les principales sociétés de production et leurs programmes associés.

Les principales sociétés de production et leurs programmes

(source : Journal du Management)

Sociétés Programmes
AB Production Une femme d’honneur, le club Dorothée, Premiers baisers, Hélène et les garçons…
Air Production Taratata, Le coffre, Zidane par Zinédine, N’oubliez pas votre brosse à dents…
Carrère Group Droit de Savoir, Zone Interdite, Campus, Commissaire Moulin, Franck Riva, C’est pas sorcier…
Carson Prod Le grand zapping de l’humour, Symphonic show…
Coyote Combien ça coûte, Ciel mon mardi, Coucou c’est nous, Les 60 images qui ont marqué les Français…
Endemol France (Endemol) Star Academy, Loft Story, A prendre ou à laisser, Attention à la marche, Fear Factor, On ne peut pas plaire à tout le monde, Les enfants de la télé, Le vrai journal, le Bigdil, Cresus, Opération séduction, Miss France…
FremantleMedia France (RTL Group) Question pour un champion, A la recherche de la nouvelle star, Super nanny, Oui chef !, Le juste prix, Une famille en or…
KM Prod Le grand journal, Le festival de Cannes, Le train…
Lagardère Active (Lagardère) Julie Lescaut, Nestor Burma, Monte Cristo, Napoléon, Sagas…
Marathon Group Totally Spies, Koh-Lanta, Fort Boyard, La carte au trésor, Sous le soleil, Extrême limite, Dolmen, Martin mystère…
Réservoir Prod Vis ma vie, Stars à domicile, Ca se discute, C’est mon choix,
Unimedia (Loribel et VM Group) Y a que la vérité qui compte, La méthode Cauet, Ya pas photo, Drôles de petits champions, E=M6, Nouveau look pour une nouvelle vie…

Les différents genres de télé-réalité

Dans le monde de la télé-réalité on observe plusieurs “genre” de réalisation, en voici une liste concrète:

1-« Cage à rats »

Le concept consiste à isoler des candidats pendant une durée déterminée dans le but de permettre aux téléspectateurs d’observer leurs réactions. Un système d’élimination est alors imposé aux candidats.

2-« Télé crochet »

Le principe de ces émissions est de mettre plusieurs candidats en compétition, permettant au vainqueur d’enregistrer un album.

3-« Environnement de vie »

Le principe de ces émissions est d’inviter les participants à vivre dans un milieu qui leur est inconnu.

4-« Séduction »

Le principe est de favoriser les relations amoureuses au sein d’un groupe ou de constituer un/des couple(s).

5-« Sensations »

Ces émissions montrent des personnes dans des situations leur générant des émotions de peur, de panique, ou de dégoût.

6-« Mode de vie »

Le principe de ces émissions est de faire appel à des experts, plus ou moins avérés, afin de conseiller des anonymes pour qu’ils améliorent leur mode de vie ou leurs habitudes.

7-« Expérience de vie »

Le principe est d’inviter les participants à échanger leur vie pendant quelques jours.

8-« Rénovation »

Ces émissions sont centrées sur le changement de l’espace de vie, de l’espace de travail, ou du véhicule d’une personne.

9-« Rencontres »

À la différence des émissions de séduction mentionnées ci-dessus, celles-ci montrent de nouveaux participants à chaque épisode. Ce concept a été employé pour la première fois dans l’émission des années 60  » The Dating Game« .

10-« Canulars »

Le principe de ces « canulars » est que l’émission entière est une supercherie. Un ou plusieurs candidats pensent qu’ils apparaissent dans une émission de téléréalité légitime alors que le reste de la distribution est composée d’acteurs.

Vous pouvez donc aisément voir que la télé-réalité n’est plus destiné à n’être catégorisé que dans un seul genre spécifique et qu’une évolution est en marche.

L’évolution de la télé-réalité

Depuis douze ans, les émissions de télé-réalité se succèdent sur nos écrans et le concept de la télé-réalité a évolué tout au long. D’abord car le concept s’est diversifié. Comme on a pu le constater plus haut, la télé-réalité s’ouvre à tous les horizons et pour cause, les émissions de télé-réalité ont toujours du succès et ont un gros intérêt financier pour les chaînes qui les diffusent.

On peut assister depuis 2001 à des émissions d’avantages scénarisées comme par exemple “les anges de la téléréalité” ou “Koh-Lanta”, la production influence les participants pour créer des situations et ainsi mobiliser le téléspectateur. Et notamment le mobiliser via les réseaux sociaux, les blogs, des sites internet dédiés, des vidéos inédites, qui dans un cercle vicieux bien pensé ramènent les jeunes générations vers les programmes télévisuels. Et plus encore, en conditionnant le mode d’écriture des autres programmes, grâce à ses codes empreints de la vraie fausse réalité scénarisée, elle s’est infiltrée dans toute la télévision et elle a étendu ainsi son influence sur tous les autres genres télévisuels jusqu’à l’information.

Néanmoins quand on parle de téléréalité, la lueur d’un scandale n’est jamais loin. En effet, la téléréalité continue d’alimenter des controverses d’autant plus qu’elle cible et touche un public jeune. La mort d’un candidat et le suicide du médecin de Koh Lanta a ravivé la polémique sur le statut des candidats, qu’il s’agisse de la question du respect du droit de travail ou de celle du respect de la dignité humaine. Dix-huit suicides d’anciens candidats d’émission de téléréalité ont été recensés entre 1997 et 2012.

Le profil des spectateurs de télé-réalités

Les téléspectateurs de télé-réalités

La télé-réalité a su conquérir un large public en s’adaptant aux horaires de toutes tranches d’âges. En effet, les émissions sont le plus souvent diffusées en fin d’après-midi ou en début de soirée, l’heure où les enfants rentrent de l’école, les adolescents du collège ou du lycée, les adultes du travail et où la plupart de la population aiment se détendre devant la télé.

Contrairement aux idées reçues, ce ne sont pas exclusivement les jeunes qui sont les spectateurs incontournables de la télé-réalité. Effectivement, selon une étude de TF1, 98 % des ménagères de moins de cinquante ans ont déjà eu, au moins, un « contact visuel » avec l’émission La Ferme Célébrités. Une ménagère de moins de 50 ans est ici comprise comme une notion publicitaire et marketing correspondant à une population de consommatrice. C’est une femme de classe moyenne à la fois conservatrice, peu fantaisiste mais étant pourvue d’un pouvoir d’achat considérable.

Néanmoins, les jeunes sont plus réceptifs et plus sensibles à ce type de programmes. Ils sont les plus vulnérables au genre de la télé-réalité. Malgré leur esprit critique, ils prétendent que la télé-réalité serait leur miroir, selon les spécialistes ayant travaillé sur la question. Une jeune fille de 15 ans a même déclaré à propos de la télé-réalité lors d’un sondage d’ABC+ (un institut d’étude spécialisé dans les moins de 25 ans) : « C’est une drogue, quand on rentre dedans, on a du mal à en sortir. »

En effet, les adolescents sont en quête d’eux-mêmes et vont se « chercher » à travers les participants. Tous les personnages sont humains, banales et parlent de choses qui concernent la vie des adolescents : amour, sexualité, racisme… De plus, la télé-réalité met en scène des situations universelles (flirts, disputes, etc.) qui permet aux jeunes de ressentir les mêmes émotions que peuvent ressentir les candidats.

Enfin, les plus jeunes peuvent chercher dans la télé-réalité des modèles de comportement. Il y a un phénomène d’identification et de jugement qui s’exerce sur eux. Les candidats des émissions de télé-réalité sont stéréotypés et représentent des profils existant dans la vie courante : la « peste », le « méchant rebelle », le petit boutonneux travailleur, la fille sympa… Chaque jeune peut donc s’identifier assez facilement à un personnage ou à une situation.

Dans une interview donnée à Psychologies.com, Michaël Stora, psychologue spécialiste des mondes virtuels, détaille l’engouement des 15-24 ans pour ce genre de programmes :

« Les adolescents sont en quête d’eux-mêmes, ils sont une sorte de laboratoire. Certains vont se chercher à travers ces avatars que peuvent être les participants aux émissions de télé-réalité. Face aux caractères bien tranchés des candidats – il n’y a qu’à voir le casting : une galerie de personnages clichés – l’adolescent s’interroge sur toutes ces facettes qu’il voit à l’écran, s’identifie, ou se contre-identifie. Il a alors l’illusion d’avoir une main mise sur l’autre, qui est en fait lui-même. Car ces personnages sont très humains, et parlent de choses tout aussi humaines : l’amour, la sexualité, le racisme… Toutefois, la télé-réalité montre l’humain tel qu’il est : inintéressant ; à l’inverse de la fiction, qui explore des choses beaucoup plus profondes. Elle participe à l’appauvrissement de nos rapports aux humains. »

Si l’effet miroir développé plus tôt est ici approuvé par le psychologue, il est facile de discerner dans ses propos une claire aversion pour la télé-réalité. Ce professionnel de la santé porte un jugement de valeur négatif, faisant passer, si ce n’est les téléspectateurs dans leur totalité, au moins les plus jeunes comme des individus stupides incapables de prendre de la distance avec ce qu’ils regardent.

Mais Michaël Stora n’est pas le seul à réagir de manière négative lorsque la télé-réalité est évoquée. Pour prendre un exemple concret, lorsque nous avons diffusé le questionnaire qui a servi à établir le reste de notre enquête, certains commentaires ont laissé entrevoir une certaine incompréhension, pour ne pas dire dégoût, par rapport à ce genre de programmes.

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Capture d’écran d’échanges de commentaires lors de la sollicitation des internautes pour répondre à notre questionnaire.

Présentation du déroulement de l’enquête auprès des téléspectateurs

Pour le besoin de cette enquête sur l’identité des téléspectateurs de téléréalités et les raisons qui les poussent à les regarder, nous avons choisi d’établir un sondage diffusé sur Internet. Etant passés principalement par le réseau social Facebook, notre échantillon, quoique supérieur en nombre à nos attentes – 514 répondants ont été recensés – est évidemment biaisé. Il réunit essentiellement des personnes proches de notre entourage et compris très largement dans notre tranche d’âge.

Néanmoins, la quantité de réponses ainsi que l’application dont ont fait preuve la plupart des répondants nous permettent esquisser un début de réponse à nos interrogations.

Avant d’entamer l’analyse de ces réponses, nous nous permettons tout d’abord de revenir un peu plus précisément sur le profil des répondants. Nous avons pu noter une très large participation féminine, à hauteur de 85,4 %, tandis que les hommes ne représentaient que 14,6 % des sondés. Dès à présent, nous pouvons souligner un plus grand intérêt pour ce genre de divertissement de la part du public féminin.

Majoritairement, et sans surprise, 54,9 % des personnes ayant répondu au questionnaire avaient un âge compris entre 21 et 25 ans. Comme il a été dit plus tôt, cet âge correspond à celui de notre entourage proche présent sur les réseaux sociaux, comme Facebook. Plus intéressant, on relève que la différence entre les personnes ayant entre 26 et 29 ans et celle des plus de 30 ans n’est pas très étendue, avec respectivement 21,4 % et 18,3 % de réponses. Enfin, les 5,4 % de retours des moins de 20 ans devraient surprendre, mais se justifie une fois de plus par le biais de notre enquête, restreinte à notre cercle de connaissance.

Concernant les activités exercées par les répondants, 69,5 % d’entre eux sont étudiants, tandis que 30,3 % sont des individus actifs. Il faut aussi compter la présence d’un retraité, représentant 0,2 % des sondés.

Plus de la moitié des personnes ayant répondu à notre sondage habitent la région Île-de-France (273 individus). Les autres zones les plus touchées sont, par ordre d’importance, Lyon, Bordeaux, Avignon, Lille, Saint-Etienne, Montpellier, Marseille, Nice, Bruxelles ou encore Rouen.

Pour conclure, et avant de rentrer plus en détails dans les réponses au sondage, nous pouvons d’ores et déjà partir du principe que notre échantillon représente en majorité des femmes, âgées entre 21 et 25 ans, étudiante et habitant en région parisienne. De plus, seuls 52,9 % du total des répondants affirmaient regarder de la télé-réalité de manière assidue.

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Représentation géographique des répondants au questionnaire.

Analyse de l’enquête

Au premier coup d’œil de notre enquête, l’une des données qui retient le plus l’attention est la fréquence de visionnage de la télé-réalité. Si 43,2 % des répondants assurent ne regarder qu’occasionnellement ce genre de divertissement, 26,4 % d’entre eux en visionnent tous les soirs, suivis de près par ceux qui en regardent deux à trois fois par semaine (22,7 %). Pour ceux qui s’adonnent à cette activité une seule fois par semaine, le taux s’élève à 7,7 %.

La télé-réalité se présente donc plus, pour notre échantillon, comme un passe-temps irréfléchi, dans le sens de non organisé, non prévu, que comme un rendez-vous fixé dans le quotidien.

Lorsque la question de la motivation a été posée, pour 76,2 % des sondés, elle s’apparentait à de la relaxation. Le plus souvent la réponse « cela me permet de me décontracter » ressortait des questionnaires. 5,1 % des répondants ont aussi déclaré avoir un réel attachement pour les candidats, notamment lorsqu’une connaissance participe à une de ces émissions, 2,6 % aimerais un jour y participer, tandis que 0,7 % explique que ce genre de programme les fait rire.

Pour cette dernière question, que nous avions formulée ainsi : « Pourquoi regardez-vous la télé-réalité ? », nous avions donné quatre réponse au choix – celles citées plus tôt – ainsi que la possibilité de donner une autre réponse. Or, alors que seuls 0,7 % disaient rire de la télé-réalité, plus d’une centaine de personnes donnaient ce genre d’avis : « parce que c’est débile » ou encore « c’est rassurant de voir plus débile que soit ».

Le concept de moquerie, et donc la nécessité intrinsèque de se sentir supérieur à autrui, est donc fortement ancrée dans l’esprit de notre échantillon. Contrairement à ce que stipulait Michaël Stora, psychologue spécialiste des mondes virtuels cité plus tôt, les spectateurs ne semblent pas, ici, apercevoir une vie fantasmée les invitant à imiter ce qu’ils voient sur leur écran. La pratique du visionnage de la télé-réalité s’apparenterait plus à celui d’une visite dans un zoo. L’enfant observe le singe, se moque de lui car il réalise que leur proximité physique est flagrante, tout en se sentant intellectuellement supérieur lui. Dans notre cas, l’enfant serait le spectateur, le singe, le candidat de télé-réalité, et la cage, l’écran. Toutefois, il faut encore une fois garder à l’esprit que l’échantillon de ce sondage est biaisé, et qu’il ne reflète qu’une partie des personnes concernées par ce sujet.

Autre fait intéressant ressortant de notre questionnaire, les émissions de télé-réalité le plus souvent citées sont des émissions mettant en scène de jeunes adultes placés dans des villas de rêve, sortant, flirtant ou se disputant (Les Marseillais, Les Anges de la télé-réalité, Secret Story, La Villa des cœurs brisés, Les Princes de l’amour, etc.). Les émissions avec des thèmes plus précis, comme la survie (Koh Lanta, The Island), la cuisine (Top chef) ou le voyage (Pékin  Express) sont beaucoup moins plébiscitées de manière spontanée.

En effet, lorsque l’on mentionne la télé-réalité, l’imaginaire collectif nous invite à nous représenter des jeunes enfermés, à la manière du Loft Story, alors même que la télé-réalité est définie comme une émission télévisée où est filmée la vie quotidienne de personnes sélectionnées pour y participer. Que l’on doive survivre sur une île, cuisiner des langoustes en cuisine ou trouver son chemin dans un pays étranger, cette acception permet de réunir un large panel de programmes télévisés. Cependant, notre échantillon s’est majoritairement orienté vers des émissions spécifiques n’englobant que rarement celles précédemment citées. Nous pouvons donc en déduire deux choses : nous avons mal orienté les sondés et ces derniers ont pour réflexe d’appréhender la télé-réalité de manière moins variée qu’elle ne se présente en réalité.

En revanche, lorsque l’on cherche à connaître la raison pour laquelle les répondants visionnent une émission en particulier, les motivations deviennent plus variées : « parce que c’est drôle », « ça me vide la tête », « j’aime les valeurs véhiculées [ : l’aventure, le dépaysement, se surpasser, la famille], « j’aime la personnalité des participants », « on les suit depuis longtemps et on les connait bien ».

Ici, les sondés s’éloignent des réponses peut-être plus attendues de leur part. Le terme de « famille » est revenu plusieurs fois, associé à des justifications expliquant qu’un certain attachement s’était développé à l’égard des candidats, que l’on peut suivre de saison en saison, voire seulement sur une seule année. Le processus d’indentification joue ainsi un rôle important dans la fidélisation des spectateurs. L’heure de diffusion de ce genre de programme joue aussi un rôle prépondérant (en fin de journée, à l’heure de rentrer du travail ou des heures de cours), qu’il est important de garder à l’esprit.

Poussés par la curiosité, nous nous sommes demandés l’envie de participer à une émission de télé-réalité pouvait aussi être un facteur de motivation. Seuls 4 % des sondés ont répondu par l’affirmative à cette question. Selon notre échantillon, être candidat dans ce genre d’émission est majoritairement mal vu (« ce serait ridicule », « jamais de la vie », « ce serait honteux »). Les spectateurs sont donc friands d’observer leurs pairs étaler leur vie privée, se déchirer pour ensuite pouvoir les juger. On retrouve ici le phénomène de catharsis né durant l’Antiquité grecque. La télé-réalité attire aussi pour éprouver ce que l’on ne veut pas éprouver dans sa propre vie et se purger de ses passions.

Enfin, dans un souci de prospective, nous nous sommes tentés à demander aux répondants s’ils se voyaient encore regarder la télé-réalité dans vingt ans. 73,6 % d’entre eux ont répondu par la négative. Ils justifiaient leur réponse par un « manque de temps », la lassitude induite par de tels programmes, voire le faite que ces derniers sont destinés aux jeunes. Le quart restant a estimé que la télé-réalité évoluera et sera toujours présente dans nos vies, ainsi que certains candidats seront encore présents à la télévision.

Conclusion

A partir de cette enquête, plusieurs tendances se dessinent parmi les spectateurs de télé-réalité. Tout d’abord, il faut prendre en compte l’âge moyen de ces derniers. Se situant entre 21 et 25 ans, l’organisation de la vie quotidienne d’une personne de cet âge facilite, en général, l’accès à ce genre de programmes.

Néanmoins, au fur et à mesure des réponses, il est aisé de constater que cette pratique se vit plus en dilettante, comme un sas de décompression après la journée. Ce qui est projeté à l’écran n’est que rarement pris au sérieux dans le cas d’émission ne promouvant pas des valeurs porteuses de positivité (comme la famille, le dépassement de soi, etc.). En réalité, le téléspectateur semble plus enclin à se moquer pour se rassurer sur sa propre condition. Il considère les candidats comme des individus n’ayant que peu d’amour propre, tout en continuant de suivre leur quotidien. La relation qu’il tisse avec les « personnages » représentés est ainsi paradoxale : d’un côté, l’audience pointe du doigt pour se différencier, tandis que, d’un autre côté, elle reste assez fidèle dans sa consommation (une majorité de répondants en regarde quotidiennement ou deux à trois fois par semaine). Cela se présente comme une attirance par quelque chose que l’on rejette.

On peut cependant regretter, vis-à-vis de cette enquête, le manque de sondés mineurs. En effet, une grande partie de l’écosystème de la télé-réalité repose sur le comportement des adolescents. En observant les files d’attente lors de la signature d’autographes par d’anciens ou d’actuels candidats de ce genre de programmes, on remarque une moyenne d’âge peu élevée. Peut-être qu’un échantillon plus large et plus ciblé aurait pu nous en apprendre plus sur leur pratique ainsi que leur motivation.

Bibliographie

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Webographie

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http://www.huffingtonpost.fr/agnes-chauveau/la-telerealite-lopium-des-jeunes_b_4147841.html

https://www.scienceshumaines.com/la-tele-realite-une-socialisation-pour-les-jeunes_fr_3495.html

https://teleobs.nouvelobs.com/actualites/20150119.OBS0283/tele-realite-le-peril-jeune.html

https://www.franceculture.fr/medias/en-10-ans-comment-la-telerealite-sest-emparee-du-petit-ecran

www.csa.fr/content/…/file/reflexion_telerealite_octobre2011.pdf

http://www.psychologies.com/Culture/Medias/Articles-et-Dossiers/Tele-realite-miroir-mon-beau-miroir/7

http://tpeteleralite.e-monsite.com/pages/l-engouement-des-telespectateurs.html

http://www.huffingtonpost.fr/agnes-chauveau/la-telerealite-lopium-des-jeunes_b_4147841.html

http://tele-realite.over-blog.fr/pages/III_Les_telespectateurs_face_a_la_telerealite-2488405.html

Annexes

Les principales sociétés de production et leurs programmes

Les principales sociétés de production et leurs programmes

(source : Journal du Management)

Sociétés Programmes
AB Production Une femme d’honneur, le club Dorothée, Premiers baisers, Hélène et les garçons…
Air Production Taratata, Le coffre, Zidane par Zinédine, N’oubliez pas votre brosse à dents…
Carrère Group Droit de Savoir, Zone Interdite, Campus, Commissaire Moulin, Franck Riva, C’est pas sorcier…
Carson Prod Le grand zapping de l’humour, Symphonic show…
Coyote Combien ça coûte, Ciel mon mardi, Coucou c’est nous, Les 60 images qui ont marqué les Français…
Endemol France (Endemol) Star Academy, Loft Story, A prendre ou à laisser, Attention à la marche, Fear Factor, On ne peut pas plaire à tout le monde, Les enfants de la télé, Le vrai journal, le Bigdil, Cresus, Opération séduction, Miss France…
FremantleMedia France (RTL Group) Question pour un champion, A la recherche de la nouvelle star, Super nanny, Oui chef !, Le juste prix, Une famille en or…
KM Prod Le grand journal, Le festival de Cannes, Le train…
Lagardère Active (Lagardère) Julie Lescaut, Nestor Burma, Monte Cristo, Napoléon, Sagas…
Marathon Group Totally Spies, Koh-Lanta, Fort Boyard, La carte au trésor, Sous le soleil, Extrême limite, Dolmen, Martin mystère…
Réservoir Prod Vis ma vie, Stars à domicile, Ca se discute, C’est mon choix,
Unimedia (Loribel et VM Group) Y a que la vérité qui compte, La méthode Cauet, Ya pas photo, Drôles de petits champions, E=M6, Nouveau look pour une nouvelle vie…


L’analyse sociologique sur les spectateurs de télé-réalité

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