Les incubateurs de Start-up, un réel atout pour l’innovation française ?

Par Tiphaine M. et Madeline Tillmann

Introduction :

Le 29 juin 2017, Paris a inauguré au sein de la Halle Freyssinet la Station F. Porté par Xavier Niel, le lieu se défini comme le plus grand campus de start-up au monde et a pour objectif de faire rayonner la High Tech française. Plus proche, à l’Université Paris-Est Marne-la-Vallée, c’est un espace nommé la CentrIFUgeuse qui s’emploie à son échelle à épauler de jeunes entreprises innovantes et à pousser les jeunes étudiants d’aujourd’hui vers l’entrepreneuriat.

Ces lieux se multiplient depuis quelques années, ce sont des incubateurs de start-up, dont la définition la plus simple est la suivante : “Structure qui aide les jeunes entreprises en leur offrant formation, conseil et financement”. Incubateurs privés, publics, académiques, beaucoup se lancent dans l’espoir, sûrement, d’être à l’origine d’une future “licorne”* (*start-up des nouvelles technologies, non cotées en Bourse, dont la valorisation dépasse le milliard de dollars).

Au sein des écoles et des universités, on observe  une volonté d’acculturation de la nouvelle génération à la création de start-up où ces incubateurs sont devenus de nouveaux arguments de vente. Un engouement dû notamment à l’investissement considérable de l’Etat français dans la course à l’innovation.

L’innovation, qu’est-ce que c’est ?

“C’est la mise en oeuvre (la commercialisation ou l’implantation) par une entreprise, et pour la première fois, d’un produit (bien ou service) ou d’un procédé (de production) nouveau ou sensiblement amélioré, d’une nouvelle méthode de commercialisation ou d’une nouvelle méthode organisationnelle dans les pratique d’une entreprise, l’organisation du lieu de travail ou les relations avec l’extérieur”

(Manuel d’Olso)

C’est l’ensemble des démarches scientifiques, technologiques, organisationnelles, financières et commerciales qui aboutissent, ou sont censées aboutir, à la réalisation de produits ou procédés technologiquement nouveaux ou améliorés.

(OCDE)

Ci-dessus, nous retrouvons le Bloomberg International Index, classement annuel des pays les plus innovants. Les critères sont les suivants : les dépenses destinées aux innovations, la valeur ajoutée manufacturière, le nombre d’entreprises travaillant dans les hautes technologies, la productivité des découvertes scientifiques, le dynamisme du secteur tertiaire, le nombre de chercheurs et l’indice d’enregistrement des brevets. En 2018, la France gagne deux places et devance les Etats-Unis pour venir se hisser à la 9ème place.

Indéniablement, l’innovation occupe une place de plus en plus importante en France et malgré le déclin des chercheurs dans le domaine des nouvelles technologies, cela se reflète à travers l’importante hausse de sa productivité (elle gagne 4 places depuis 2016). Cela s’explique par l’engagement de notre pays depuis une dizaine d’années dans une politique active en matière d’innovation.

C’est de cette frénésie d’innovation que fleurissent les start-ups françaises, de plus en plus nombreuses. Fin 2013, le Gouvernement crée l’initiative French Tech, pour soutenir ces entreprises naissantes et leur apporter le soutien nécessaire. En effet, lancer sa boite est toujours un défi plutôt risqué et si l’idée est bien là, la réalisation n’est pas forcément chose aisée. C’est pour lever ces freins que les incubateurs de start-up interviennent en véritables catalyseurs d’innovation.  

Ainsi, le débat autour de l’entrepreneuriat, et notamment celui des jeunes, est en plein essor. Qu’il émane d’institutions nationales (Commission Européenne, OCDE, Banque mondiales…) ou d’organisations nationales (universités) voire locales (associations, couveuses), il est souvent lié à l’interprétation de la société et de la place des jeunes au sein de celle-ci.

Nous nous sommes donc intéressées aux efforts mis en place au sein des écoles et des universités afin de sensibiliser les futures générations à ces nouveaux modes de travail et aux enjeux qui en découlent.

Pour ce faire, nous avons élaboré et nous suivrons le plan suivant, afin d’aborder au mieux le sujet :

I – Les enjeux de l’innovation et de l’entreprenariat en France

A- L’innovation clé de la compétitivité

B- Vers une “start-up nation”

II – Quels sont les moyens mis en place afin de booster et encadrer ces innovations ?

A- La multiplicité croissante des structures d’aide au développement des jeunes entreprises

B- Pourquoi rejoindre un incubateur de Start-up ?

C- Station F, plus grand campus de Start-up au monde

III – L’implication des structures universitaires dans ce processus de développement de l’innovation par les jeunes : quels avantage pour les étudiants ?

A- Quelles raisons poussent de plus en plus de jeunes d’aujourd’hui vers l’entrepreneuriat ?

B- Une jeunesse porteuse d’innovation : encouragement vers l’entrepreneuriat étudiant

C- La centrIFUgeuse de l’UPEM, entre numérique et innovation pédagogique

 

I – Les enjeux de l’innovation et de l’entreprenariat en France

« Avoir échoué en France, c’est être coupable. Aux États-Unis, c’est être audacieux. Avoir échoué jeune en France, c’est avoir échoué à se mettre sur les bons rails. Aux États-Unis, c’est avoir commencé jeune à chercher sa propre voie. » C’est ce que constate Charles Pépin dans Les vertus de l’échec.

Depuis quelques années, la France s’attèle à changer cette réputation en s’engageant dans une politique active en matière d’innovation (loi sur l’innovation et la recherche de 1999 approfondie par la loi du 18 avril 2006 sur la recherche).

A – L’innovation, clé de la compétitivité

La définition de l’innovation est complexe, elle peut se résumer à l’application réussie d’une invention dans le domaine économique et commercial. Il ne s’agit pas nécessairement de la création d’un nouveau produit, parfois cela correspond à une amélioration. L’innovation implique la conversion de nouvelles connaissances dans un nouveau produit, un nouveau service ou un nouveau procédé, et la mise à disposition de cette nouvelle offre, soit par une commercialisation, soit au moyen d’autres techniques de diffusion.

Si l’innovation a toujours été un enjeux important, la transformation numérique a amené de nouvelles problématiques et accéléré le processus. De nombreuses industries ont été bouleversées, un des cas les plus connus a même donné lieu au néologisme « uberisation » : en bousculant le secteur du transport de personnes de manière fulgurante, Uber est devenu le symbole de cette nouvelle génération d’entreprises innovantes.

Face à cette crainte de se voir « uberisées », les grandes entreprises déploient de nombreuses démarches d’innovation ouverte avec la volonté de s’entourer de startups afin de suivre le rythme des évolutions de leur secteur, notamment celles engendrées par les vagues technologiques issues du numérique.

Comme l’évoque le Rapport de la Commission nationale d’évaluation des politiques d’innovation, « Quinze ans de politiques d’innovation en France », le soutien financier à l’innovation par les pouvoirs publics a doublé en quinze ans. « Le choix d’investir toujours plus de moyens à cette politique a été maintenu au fil des alternances politiques. Cette action a été engagée au service d’une ambition nationale : « placer durablement l’économie française à la frontière technologique, assurer sa compétitivité par la montée en gamme des biens et services produits et, pour reprendre la formule de Philippe Aghion, achever la transformation de notre ancienne « économie d’imitation » en une « économie d’innovation ». »

Acteurs publics, entreprises… Tous ont conscience que le numérique façonnera l’économie de demain. Le monde évolue rapidement et soutenir l’innovation devient un enjeu crucial pour les États, car celle-ci est la clé de la compétitivité.

Alors, pour encourager cette dynamique, la France fait de l’innovation une priorité et multiplie les actions afin d’insuffler la culture de l’innovation et de l’entrepreneuriat au sein de la société.

Ainsi en 2004, le statut de jeune entreprise innovante a été créé. « Un an plus tard, les pôles de compétitivité étaient lancés. En 2007, le crédit impôt recherche a été simplifié et doublé. En 2010, c’est le Programme des investissements d’avenir qui a été proposé aux entreprises et aux chercheurs dans le cadre du Grand emprunt. En 2012, le crédit d’impôt innovation a vu le jour. En 2013, l’État a ouvert 14 milliards d’euros de crédits budgétaires au titre du financement de la recherche civile, auxquels s’ajoutent dans le cadre des investissements d’avenir du PIA, des financements d’environ 1 milliard par an entre 2012 et 2020. En octobre, le gouvernement de Jean-Marc Ayrault a lancé un plan Innovation dans lequel figure pas moins de quarante mesures.  » relève La Tribune.

C’est dans ce contexte de promotion de la France comme « terre d’innovation » que de grandes opérations telles que le Concours Mondial d’Innovation ou encore l’initiative « French Tech » ont également été mises en place.

Par le Concours Mondial d’Innovation le gouvernement souhaite soutenir et encourager ceux qui créent, innovent et prennent des risques. Tandis que la French Tech a pour objectif de favoriser l’émergence de startup françaises, de les aider à grandir et à se développer internationalement et de promouvoir l’écosystème français à l’étranger.

Récemment ce sont près de 10 milliards d’euros qui ont été mobilisé par les acteurs publics pour favoriser l’innovation en France.

Des actions qui commencent à porter leur fruit, puisque le pays vient de se hisser à la 9e place du Bloomberg innovation Index.

B – Vers une “start-up nation”

«Une start-up nation est une nation où chacun peut se dire qu’il pourra créer une start-up. Je veux que la France en soit une», expliquait Emmanuel Macron le 13 avril 2017.

Depuis son accession à l’Elysée, la politique d’Emmanuel Macron s’inscrit dans la continuité du gouvernement précédent dont l’une des ambitions phare était de faciliter les démarches pour les créateurs d’entreprises.

Il est nécessaire de rendre l’entrepreneuriat plus accessible, et pas uniquement à quelques personnes disposant des réseaux et des contacts nécessaires. De plus, une culture de l’entrepreneuriat est à développer en France.

Le déploiement des actions en faveur de l’innovation et de l’entreprenariat marque cette volonté de changer profondément le regard de la société sur le sujet et d’insuffler une nouvelle dynamique au pays.

Ces dernières année en France, le numérique a été un des rares secteurs à connaître une croissance soutenue, dans un contexte général de crise et de chômage de masse les startups apparaissent comme des structures qui embauchent.

Pour comprendre l’engouement porté aux start-up, il est important de la différencier d’une “petite entreprise”.

La définition de l’entrepreneur Steve Bank est celle sur laquelle tout le monde s’accorde

Une startup a un potentiel de croissance exponentielle (= rapide et continue) qui repose sur une innovation, une proposition de valeur unique (souvent technologique de nos jours). (Par exemple, AirBnB, Uber, Facebook sont ou étaient des startups. Leur objectif principal est donc de démarrer et grandir vite, de ce fait ce sont des sociétés qui opèrent généralement dans des secteurs technologiques (internet, biotechnologie,…) où les potentiels de croissance sont gigantesques.

Une entreprise classique en revanche, opère dans un domaine mature et ne propose pas d’innovation transcendante. Sa croissance est donc linéaire et plafonne généralement.

Dans un monde angoissé par l’uberisation, l’avantage semble aller aux startups pour l’innovation de rupture : plus agiles et rapides, elles seraient mieux capables de saisir les nouvelles opportunités que les grandes entreprises, freinées par leur taille. Cependant cela peut s’explique surtout par une différence de motivation et d’absence d’activité historique chez les startups. Cette position offre une relative liberté afin de déterminer un modèle d’affaire qui soit conforme à l’opportunité envisagée.

Pour cultiver un écosystème startup et l’étendre au monde entier, les aides se multiplient : programmes de financement, accompagnement, construction de réseaux internationaux d’entrepreneurs… Car pour que la France soit considérée comme une « Startup Nation », il faut que ses “jeunes pousses” deviennent des leaders mondiaux et qu’elles s’internationalisent.

Selon un classement établi par le Wall Street Journal, l’Hexagone se classe parmi les dix économies européennes les plus favorables au développement des start-up. En France, il est possible de cumuler création d’entreprise et allocations chômage, de bénéficier du crédit impôt-recherche et de la qualité des infrastructures du réseau numérique. Lever les contraintes, soutenir l’innovation, attirer les talents étrangers… Autant d’objectifs destinés à imposer la France comme  de terre d’entrepreneur.

Cette dynamique relève aussi d’une mutation du monde du travail : l’entrepreneuriat ne se limite pas à la création de nouvelles entreprises. Il s’agit aussi d’une nouvelle méthode de travail qui tend à compléter, voire à dépasser, le modèle managérial traditionnel qui repose sur des principes anciens comme la bureaucratie ou le taylorisme.

Tandis que l’ascenseur social est bloqué, l’entrepreneuriat apparaît également comme une solution à l’intégration et à la création d’emploi, avec à nouveau l’espoir de progresser.

Afin d’accompagner cette possible solution face à la crise, on relève de nombreux partenaires dans le process de développement d’une start-up : incubateur, couveuse, accélérateur, pépinière, intégrateur… Chacune des ses structures répond à une étape clé ou à un besoin de l’entreprise : validation du business plan, hébergement juridique ou physique, mise en relation, financement de la croissance, visibilité, coaching…

 

II – Quels sont les moyens mis en place afin de booster et encadrer ces innovations ?

Aujourd’hui, chanceux sont les français qui se lancent dans la création d’une start-up, car les aides sont dores et déjà nombreuses et elles ne cessent de se développer pour offrir toujours plus de soutien (financement, solutions techniques, accompagnement personnalisé…). Ci-dessous, une carte de la France représentant l’emplacement de tous les incubateurs existants, dont beaucoup sont réunis dans la capitale (ou autour). Il en existe 80 dans tout le pays, dont 40 au sein-même de Paris.

A – La multiplicité croissante des aides au développement des jeunes entreprises

Les structures d’accompagnement des jeunes entreprises sont nombreuses à travers la France et notamment au sein de notre belle capitale. Elles proposent un soutien spécifique aux entreprises en fonction de leur profil mais surtout de leurs besoins.

Leur multiplicité découle d’un désir toujours plus fort des acteurs publics pour agir en faveur de la dynamique économique française. Ils proposent alors des aides multiples et surtout différentes selon les étapes du processus de création d’entreprise. Mais ils ne se limitent pas à les aider uniquement lors de leur création, mais aussi lors des premières années d’existence, qui sont les plus fragiles.  

Beaucoup sont gratuites mais certaines demandent une participation (cotisation, par mois par poste de travail ou encore un loyer au bout de quelques mois passés au sein des locaux). Cependant, les participations financières demandées ne sont pas élevées. Pourquoi ? Parce que le but premier de ces structures n’est pas de faire de l’argent. Nous considérons qu’il s’agit avant tout d’un but social, en apportant leur aide aux entreprises pour qu’elles se développent et qu’elles aient le maximum de moyens à leur disposition à moindre coût.

Existe-t-il des aides financières pour le lancement de ma start-up ?

Intégrer une structure de lancement/d’accompagnement de start up n’est pas obligatoire (même si elle offre un coup de pouce non négligeable). En effet, un entrepreneur peut également recevoir des aides en se débrouillant seul, du moment qu’il a pris le temps de monter un dossier béton et d’étudier scrupuleusement son business plan avant de se lancer dans la demande d’aides financières. Cependant, cela nécessite tout de même certaines conditions qu’il ne faut pas oublier. En France et depuis plusieurs années, de nombreuses collectivités territoriales ont mis en place de multiples programmes de soutien aux projets innovants, considérant qu’il s’agit d’un facteur clé de développement et de renouveau économique. Si le projet proposé est considéré comme innovant, l’entreprise est alors éligible à une aide à l’innovation. Nous pensons notamment à BPIFrance, qui est un acteur majeur de l’aide aux entreprises, en offrant des bourses, des crédits mais également un service de conseils.  

B – Pourquoi rejoindre un incubateur de Start-up ?

Je me débrouille plutôt bien, alors pourquoi devrais-je rejoindre un incubateur de start-up ?

Avant toute autre chose, définissons rapidement un incubateur : Un incubateur d’entreprises est une structure d’accompagnement de projets de création d’entreprises. Il peut apporter un appui en termes d’hébergement, de conseils et de financement, lors des premières étapes de la vie de l’entreprise.  

Lorsqu’une start-up passe par un incubateur, son projet se transforme en véritable plan d’action, on passe d’une idée à un produit commercialisable. L’incubateur développe également un réseau qui sera nécessaire à la survie de l’entreprise sur le long terme, étant donné la véritable profusion d’entreprises qui a lieu ces dernières années. Mais toutes les start-up n’ont pas les mêmes besoins et c’est pourquoi il est primordial de prendre le temps de bien choisir la structure qui accompagnera notre projet. La philosophie de l’incubateur doit refléter celle de la start up. Si l’incubateur ne correspond pas à votre projet, vous avez alors toutes les chances d’échouer.

Véritable micro environnement, un incubateur n’est pas une “boite magique” mais un coup de pouce pour certains nécessaire et important dans le processus de création et de lancement d’une jeune entreprise.

Selon l’AFE (Agence France Entrepreneurs), intégrer ces structures permettrait à l’entreprise de bénéficier des atouts suivants :

  • Un accompagnement par un chargé d’incubation
  • Le partage avec d’anciens “incubés” qui font alors part de leurs expériences et peuvent conseiller
  • Un hébergement à un prix plus que raisonnable, si ce n’est gratuit pour certains
  • Une création de réseau nécessaire au bon fonctionnement de la Start-up sur le long terme
  • Une mise à disposition de matériel et de ressources
  • Un apport de capitaux

Tous ces coups de pouce autant d’éléments non négligeables qu’une entreprise doit envisager. Cette structure offre une connexion pour agrandir ou bien créer son propre réseau, qui sera nécessaire à la survie de l’entreprise sur le long terme. Il faut cependant distinguer les incubateurs des accélérateurs. Un accélérateur de start-up est un programme beaucoup plus court (environ 3 mois) et qui est consacré aux entreprises déjà existantes. L’incubateur lui, dure de 3 mois à 2 ans et intervient dans la phase de création d’une entreprise.

Intégrer un incubateur labellisé Paris Innovation rend éligible à l’attribution de l’aide Paris Innovation Amorçage (PIA), qui facilite notamment la levée de fonds.

C – Station F, “l’écosystème” au projet fou des 1000 start-up

La France, patrie des incubateurs de Start-up !

C’est du moins comme ça qu’on la perçoit depuis plusieurs années, et encore plus avec la création en 2017 du plus grand campus de start-up au monde : Station F. Implanté dans le 13ème arrondissement de Paris au sein de la Halle Freyssinet, son projet est d’accueillir 1000 start-up, soit 3000 personnes, pour remplir ses quelques 34 000 m2. Xavier Niel, que l’on connait en tant que fondateur de Free, est à l’origine de ce projet titanesque pour lequel il a investi 250 millions d’euros. Le but ? Faire rayonner la high tech française. Emmanuel Macron a d’ailleurs remercié le fondateur en affirmant que “ceux qui ont réussi ont une responsabilité à l’égard des suivants”.

Cette immense structure que l’on peut qualifier de “méga incubateur” est une initiative qui va permettre à la France de se développer dans le secteur du numérique. Les problèmes qui se posent pour les entreprises qui se créent dans la capitale seront bientôt de mauvais souvenirs : trouver un bureau, construire son réseau, échanger avec d’autres entrepreneurs dans le domaine du numérique…Tout cela est désormais possible à un seul et même endroit, Station F.

Un jury de 100 entrepreneurs de 21 pays différents est chargé de déterminer les 1000 start-up qui auront leur place au sein de la Halle. Station F s’annonce alors comme étant le “poumon entrepreneurial” de Paris pour les prochaines années.  

Comme dit précédemment, l’enjeu premier de ce genre de structure n’est pas financier mais social, en aidant les entrepreneurs à fonder et lancer leur société. Le président Macron insiste d’ailleurs sur ce point lors de l’inauguration de la Station F : “réussir ce n’est pas seulement gagner de l’argent, c’est aussi faire réussir ceux qu’on aime, réduire les inégalités, aider à transformer la société”

Plusieurs grands groupes du numérique comme Microsoft, Facebook ou Ubisoft (éditeur de jeux vidéo) ont déjà rejoint l’aventure en tant que partenaires. Et si l’objectif premier de Xavier Niel est de développer l’écosystème numérique français, il ne cache pas son désir de voir de nombreuses start-up internationales s’implanter au sein de Station F.

III – L’implication des structures universitaires dans ce processus de développement de l’innovation par les jeunes : quels avantage pour les étudiants ?

A – Quelles raisons poussent de plus en plus de jeunes d’aujourd’hui vers l’entrepreneuriat ?

L’entrepreneuriat étudiant est une véritable opportunité pour la France et son désir de développement de l’innovation, d’autant que les jeunes semblent de plus en plus nombreux à vouloir se diriger vers la création d’une entreprise (ou du moins s’en sentent capable).

Mais d’où vient cet engouement croissant de la part des jeunes pour la création d’entreprise ? Une des réponses que l’on peut apporter à cette question tient en deux mots et semble bien refléter l’état d’esprit actuel de notre société : désir d’indépendance. Beaucoup de jeunes souhaitent, en se lançant dans la création de leur propre entreprise, affronter de nouveaux défis et exprimer leur désir d’indépendance. Ils veulent être leur propre patron, exprimer librement des idées qu’ils considèrent de nouvelles et les mettre en pratique. Pour eux, il s’agit là d’un choix de carrière plus intéressant et surtout plus motivant.

Depuis les années 2000, des programmes ont été créés et développés en faveur d’une politique de soutien à l’entrepreneuriat étudiant. Le but était de former les jeunes et leur donner envie de se diriger vers cette voie, notamment en implantant des modules pédagogiques au sein des universités qui accompagneraient, sensibiliseraient et formeraient ceux détenant un projet solide.

Les grandes écoles travaillent depuis de nombreuses années à l’accompagnement de leurs étudiants engagés dans un projet d’entrepreneuriat et cela en utilisant des réseaux actifs ainsi que des espaces dédiés au développement des projets : Pépites, incubateurs, accélérateurs…

B – Une jeunesse porteuse d’innovation : encouragement vers l’entrepreneuriat étudiant

En 2013, lors de sa visite de l’incubateur Descartes de l’université Paris-Est-Marne-la-Vallée, Geneviève Fioraso (alors ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche) soulignait  “le constat que nous faisons, c’est celui d’un déficit de culture entrepreneuriale en France, notamment lié au manque de formation à l’innovation et à l’entrepreneuriat des jeunes. Dans la bataille pour l’emploi, pour l’innovation et la compétitivité engagée par le gouvernement, l’enseignement supérieur et la recherche ont un rôle majeur à jouer, avec 2,4 millions d’étudiants en formation. Nous devons davantage stimuler l’esprit d’entreprise, l’initiative des jeunes et la création d’entreprises par les étudiants et jeunes diplômés”.

De ce constat est née l’initiative Pépite, un système d’accompagnement mis en place par le Ministère de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche et de l’Innovation. Des Pépites sont des pôles qui forment les étudiants à l’innovation et à l’entrepreneuriat. Ces structures sont à différencier des incubateurs : Un pôle Pépite forme à partir de projets fictifs tandis qu’un incubateur accompagne une start-up existante et l’aide à se lancer. En soi, nous pouvons considérer ces Pépites comme une “pré-incubation”. Dans un Pépite, l’étudiant est accompagné non seulement par un enseignant mais également par un référent du réseau Pépite. Il ne faut pas oublier que les jeunes sont limités en temps et en ressources. Ces structures sont donc des aides importantes pour eux. Sur l’ensemble du territoire français (n’oublions pas les DOM-COM !), 29 pôles Pépites existent déjà. Cette formation privilégie l’apprentissage par l’action en utilisant notamment des ressources pédagogiques numériques et elle associe les établissements d’enseignement supérieur et les différents acteurs et réseaux nécessaires à la réalisation des projets des étudiants.

La carte ci-dessus provient du site du Ministère de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche et de l’Innovation et nous indique l’emplacement des 29 Pépites qui existent en France. Si ces structures sont visiblement équitablement réparties dans le pays, l’Ile de France semble tout de même se détacher, notamment grâce à la présence de notre capitale. En effet, 6 Pépites se trouvent dans cette zone géographique, dont 3 dans Paris-même.

Un concours pour récompenser les meilleurs projets :

Les pépites ne se contentent pas d’accompagner et de former les étudiants à la création de leur future entreprise. Chaque année, le prix Pépite Tremplin pour l’Entrepreneuriat décerne des prix aux meilleurs projets et soutiennent les jeunes diplômés dans le processus de création d’entreprise. Cette démarche a pour principal objectif d’encourager l’esprit d’entreprendre chez les jeunes et accompagner le développement des Start-up.

Quelques chiffres…

Les prix remis sont loin d’être négligeables. Alors que les lauréats reçoivent soit 5000 euros soit 10000 euros (à la création effective de l’entreprise uniquement, histoire d’encourager jusqu’au bout et de ne pas les perdre en chemin), les trois grands projets les plus prometteurs quant à eux reçoivent la modique somme de…20 000 euros !

L’accès au statut d’étudiant-entrepreneur (SNEE) :

Un jeune qui lance un projet au sein d’un Pépite se voit reconnaître le statut d’étudiant-entrepreneur, instauré lors de la rentrée 2014-2015, qu’il soit encore étudiant ou bien déjà diplômé et si son projet est retenu. Depuis 2014, plus de 4500 jeunes ont bénéficié du statut étudiant entrepreneur (En 2015, 51% des lauréats l’ont obtenu), avec des projets de natures diverses et variées, tous plus innovants les uns que les autres. L’obtention de ce statut permet également aux jeunes de conserver leur statut d’étudiant même s’ils sont déjà diplômés. Ils peuvent alors garder les avantages d’un étudiant : sécurité sociale, réductions, transports… Leur parcours s’en trouve alors un peu plus sécurisé. Le SNEE est également accompagné d’un diplôme (D2E : Diplôme étudiant-entrepreneur), accessible à tout étudiant ayant obtenu le SNEE (quel que soit son niveau d’études).

L’avenir de ces Pépites qui apportent une aide essentielle aux jeunes entrepreneurs repose sur une digitalisation des modules pédagogiques employés. Les Pépites s’emploient également à fidéliser les “anciens” afin de créer une communauté solidaire, au sein de laquelle les jeunes entrepreneurs les plus anciens apportent aide et conseils aux nouveaux. Dès lors, plus nombreux ils seront au sein de cette communauté, plus le système d’entrepreneuriat étudiant pourra fonctionner et donc évoluer. A long terme, la France risque de remonter sensiblement dans la liste des pays les plus entreprenants et novateurs…

En juillet 2017, notre région d’Ile de France s’est vue décerner le label de “Région européenne entreprenante”, récompensant les régions de l’UE qui oeuvrent le plus en faveur de l’entrepreneuriat, de l’innovation et des entreprises. Les années 2000 marquent une montée en puissance de l’entrepreneuriat chez les jeunes français. Entre 2002 et 2014, le nombre d’entreprises fondées par des jeunes de moins de 30 ans a triplé.  

C – La centrIFUgeuse de l’UPEM, entre numérique et innovation pédagogique

 

Lancée en 2016 à l’université Paris-Est Marne-la-Vallée, la centrIFUgeuse est un espace collaboratif autour des innovations pédagogiques et numériques où l’on retrouve des espaces de travail dédiés aux étudiants-entrepreneurs ou entrepreneurs (dans le cadre du dispositif PEPITE) implanté sur le campus de la Cité Descartes. Cette structure rassemble étudiants, enseignants-chercheurs et professionnels autour de la création de projets innovants dans le domaine du numérique. Cet espace de Co-Working de 200 M2 est un véritable lieu de travail collaboratif et d’échange.

 

L’université Paris-Est-Marne-la-Vallée oeuvre en accord avec l’indéniable révolution numérique de ces dernières années et des années à venir et c’est ce qui a donné lieu à la création de la Centrif’, qui permet de nouvelles approches en terme de pédagogie. Ce lieu permet de rassembler de nombreux acteurs au sein d’une même structure universitaire : étudiants, enseignants, entrepreneurs, associations, chercheurs… Elle dispose de nombreuses salles, chacunes pensées et conçues pour apporter aux différents membres (et visiteurs!) le matériel et l’espace dont ils ont besoin suivant l’avancement de leur projet : salle de conférence, ateliers collaboratifs, salle de pré-incubation (pour les étudiants entrepreneurs), salle informatique…

Intégrer ces incubateurs au sein des universités est un réel avantage pour les étudiants qui souhaitent devenir entrepreneurs. En effet, les formations à l’entrepreneuriat sont très prisées par les entreprises, et c’est là un atout à la fois pour les universités qui peuvent ainsi attirer un plus grand nombre d’étudiants mais aussi pour les étudiants eux-mêmes qui s’en trouvent rapprochés du monde du travail et peuvent réaliser leurs projets dans une structure adaptée et encadrés de personnes compétentes. Les incubateurs de l’enseignement supérieur peuvent également tisser des liens entre eux et ainsi proposer un réseau plus grand et plus varié à leurs étudiants, qui ont alors toutes les cartes en main (ou presque) pour réussir.

 

Conclusion :

Les incubateurs font donc partie des maillons de cet écosystème start up en plein essor. Par leur présence au sein des écoles et des universités, il sont partie prenante de l’acculturation à l’esprit d’entreprendre en France auprès de la nouvelle génération. Ces structures sont donc une réponse aux ambitions de l’Hexagone en matière d’innovation et d’entreprenariat. Soucieuse de se détacher de la mauvaise réputation qui l’a suivie durant de nombreuses années, elle se distingue de plus en plus et se fraye un chemin parmi les pays considérés comme étant les plus innovants. Le nombre de structures d’aide et d’accompagnement au sein des universités augmente chaque année et les jeunes entreprises sont de plus en plus encadrées par des professionnels capables de les guider sur la bonne voie. Ainsi, la profusion des incubateurs de start-up est au service d’une redynamisation économique de la France.

On constate également par cet engouement la volonté de séduire la jeunesse avec un esprit “start up” qui se veut loin des codes du monde du travail traditionnel que de plus en plus de jeunes rejettent, en misant sur la convivialité, les échanges, l’expérimentation, l’anti-routine. La jeunesse recherche désormais à mettre du sens dans son travail, une motivation que certaines grandes entreprises ont également compris en cherchant à intégrer ce fameux esprit au sein de leur équipes. Si beaucoup d’étudiants n’ont pas encore conscience des dispositifs mis en place dans ce sens, beaucoup s’avouent séduits à l’idée de monter leur propre affaire (cf. enquête menée sur les incubateurs).

Mais il ne faut pas oublier que les incubateurs (au même titre que les aides financières) créent uniquement un environnement favorable au développement des jeunes entreprises. En aucun cas ils ne garantissent leur succès.

WEBOGRAPHIE :

Annexes :

Lien vers les résultats du questionnaire

 

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