La transformation des modes de consommation de l’audiovisuel chez les millenials

par LOGEROT Benjamin et ZOUANKOUAN Daphnée – M2 CMW Gr2

« La télévision de qualité, c’est une télévision qui essaie d’enrichir plutôt que d’abêtir, qui se veut simple dans son exposé mais qui est ouverte à toutes les curiosités, à toutes les connaissances »

de Jacques Chancel

La télévision est un média en place depuis le début du 20ème siècle dans le monde et depuis 1984 en France. Elle a apporté beaucoup d’aspects positifs aux français, de l’accès à l’information au plus grand nombre jusqu’au divertissements divers avec l’arrivée des offres box et TNT avec plusieurs chaînes au choix. Mais elle a aussi des points négatifs. Réglementée dans ses débuts puis devenue certes diversifiée, la présence de publicités est de plus en plus prépondérante et les programmes proposés sont fixes. Internet, et ses programmes en streaming et à la demande, tente d’une certaine façon de reprendre le meilleure de la TV, de répondre à ses défauts et apporter de nouvelle façon de consommer les programmes télévisuels entre autres.

Internet est apparu au début des années 1990. D’abord réservé aux militaires, aux universitaires et aux chercheurs, puis démocratisé à la fin des années 1990 pour les particuliers, dans leur domicile. Au début, le web est caractérisé par la tenue de blogs personnels par les particuliers, la messagerie électronique, etc., qui fera partie des offres box TV – Internet – Téléphone fixe, qui inclura aussi bien après le mobile et enfin le web 2.0 d’aujourd’hui avec les réseaux sociaux, les commentaires, le partage rapide de fichiers lourds et le streaming.

Le streaming est défini comme étant un système de visionnage de contenus audiovisuels et multimédia divers sur Internet, sans nécessité de téléchargement.

L’apparition et la démocratisation d’Internet coïncide avec la naissance “des millenials” ou “digital natives” ou “génération Y”, termes correspondant aux personnes de 13 – 34 ans, qui ont grandi avec l’arrivée d’Internet, mais aussi de celle des smartphones en 2007, des réseaux sociaux en 2007 – 2008 et du début de YouTube en 2005. Les millennials ont donc pour particularité d’être plus à l’aise avec les nouvelles technologies et sont familiers avec les réseaux sociaux.

Ces nouveaux moyens de communications et de divertissements audiovisuels ont engendré une nouvelle consommation des médias (musique, série, YouTube, etc.) chez les millenials, mais aussi une nouvelle consommation des contenus télévisuels avec le streaming en particulier (replay, téléchargement, live, etc.). Ces chiffres issu de 2 études réalisées sur un panel de 20 étudiants en Master 2 Cultures et Métiers du Web le prouvent. 5 personnes sur les 20 regardent la télévision au moins 2 fois par semaine. Sur un panel de 17 étudiants en Master 2 Cultures et Métiers du Web, 10 regardent la TV et en streaming et 7 ne regardent qu’en streaming. Aucun ne regarde uniquement la télévision.

Problématique : YouTube, le streaming, etc. Quelle transformation des modes de consommation de l’audiovisuel chez les 13-34 ans ?

Pour comprendre les enjeux que pose cette problématique, il est nécessaire, dans un premier temps, d’analyser les nouvelles tendances en termes de consommation audiovisuelle : quelles sont-elles et pourquoi sont-elles utilisées ? Pour répondre à cette dernière question, des témoignages seront menés auprès d’un panel d’étudiants en Master Cultures et Métiers du Web, vivant chez leurs parents ou dans leur appartement, en alternance et qui ont donc les moyens de se prendre un PC et/ou une TV par rapport à un étudiant lambda. Dans un second temps, deux cas d’école seront analysés afin d’identifier les réponses de la télévision traditionnelle face à cette nouvelle tendance, en prenant en exemple la chaîne Arte et les chaînes du groupe France Télévision.

I – Une nouvelle
consommation audiovisuelle

1) Des programmes en streaming aux typologies diverses

Comme évoqué en introduction, nous avons choisi d’évoquer le streaming vidéo qui semble être plébiscité par les jeunes. En effet, selon un article de BFM Eco, se basant sur un sondage Médiamétrie, environ 14 millions de français regardent des videos en streaming via des services avec abonnement (comme Netflix, CanalPlay et Amazon Prime Video), ce qui représente 20% des français.

a) Une offre proposant une grande diversité de programmes…

À l’image de la télévision, le streaming couvre plusieurs catégories de programmes. Par streaming, nous désignons les plateformes en ligne nécessitant un abonnement mensuel, annuel, ou même gratuit avec des publicités comme à la TV, permettant de regarder des vidéos sans les télécharger.. Il y a différentes catégories de vidéos en streaming à distinguer :

  • le replay ou la VOD (Video On Demand ou Vidéo à la Demande) de séries, films et émissions diffusés et proposés par la TV. On ne peut pas les télécharger légalement et les programmes ne sont disponibles que de façon limitée dans le temps. Les plateformes type sont Orange VOD, CanalSat à la demande, etc.

  • Le streaming vidéo permet de regarder des programmes, pas forcément voire pas du tout diffusés à la télévision de prime abord, de façon illimitée s’il on est abonné (si le contrat entre la plateforme et le détenteur des droits du programme diffusé le permet). Certaines plateformes autorisent le téléchargement des vidéos légalement moyennant finances. Les plateformes type sont YouTube (toutes vidéos possibles et imaginables, sauf les séries et films de façon légale), Netflix (séries et films), Crunchyroll (anime et films d’animations japonais), Amazon Prime Vidéo, etc.
  • Le streaming en live (ou en direct), comme la plupart des émissions TV (qui sont plus en différés maintenant), qui permet plus d’interactivité entre le spectateur et le diffuseur, qui peut discuter avec les spectateurs via un chat écrit,via les réseaux sociaux voire y participer en vocal via des applications de micro forum comme Discord. Le replay de ces diffusions en direct est limité dans le temps sur Twitch mais illimité sur YouTube.

Ces différentes typologies de contenus en streaming ont aussi une grande diversité de programmes, quasi similaires à ceux de la télévision :

– séries (Netflix, CanalSat à la demande, etc.)

– cinéma (CanalPlay, Netflix, etc.)

– anime (ADN, Crunchyroll, Wakanim et aussi Netflix)

– documentaires

– vidéos amateurs (tuto, gaming, etc..) surtout sur YouTube, etc.

b)… mais dominés par peu de plateformes

Les plateformes de streaming les plus consultées en termes d’audience, de nombre de téléchargements, d’abonnements, de popularité, etc, sont aussi les principaux générateurs de trafic internet dans le monde, selon cet article de Statista, dont  Netflix et YouTube.

Netflix, plateforme permettant de visionner des films et séries à la demande grâce à une abonnnement et visionnable sur toutes les plateformes :TV, PC, tablette, mobile, PS4, etc.), comptait alors 130 millions d’abonnés au 2nd trimestre 2018 selon Hubinstitute.

Youtube, plateforme permettant de visionner des vidéos de tout genre, gratuitement et de façon illimitée, a eu en Avril 2016 37,5 millions de Français, soit 81% de la population connectée, qui ont consulté cette plateforme, selon ThinkWithGoogle. Les vidéos sont publiées par

Après le streaming de films et séries et le streaming de tout type de vidéo, le streaming en direct ou en live représenté par Twitch. C’est une plateforme permettant à tout le monde de diffuser des émissions en live de façon professionnelle ou amateur, où les spectateurs peuvent interagir avec le diffuseurs via un chat. Twitch est surtout reconnu pour la diffusion de parties de jeux vidéo mais aussi d’autres activités liées au jeu vidéo : live caritatifs, speedrun, etc.  2018 a été la plus grosse année de Twitch en termes de temps de visionnage, à peu près 434 milliards de minutes visionnées, selon Kotaku, notamment grâce à Fortnite, un jeu qui fut très populaire en 2018.

Ces types de plateformes montrent ainsi que la télévision traditionnelle n’a plus vraiment le monopole de diffusion de contenu audiovisuel, vu que Netflix propose ses propres programmes dont il détient seul les droits de diffusion et vu que YouTube et Twitch permettent au quidam de diffuser du contenu librement, gratuitement via les nouveaux outils numériques et mobiles : PC, tablette, téléphones, etc. Malgré que ces plateformes soient gratuites, sur le modèle de YouTube et Twitch, la publicité y est toujours présente mais de façon limitée, avec la possibilité de s’abonner pour ne plus en avoir (YouTube Red pour YouTube et Amazon Prime pour Twitch).

La


2) Pourquoi cette nouvelle tendance ?

Pour étayer nos propos et mieux comprendre ces changements de modes de consommation, nous avons décidé de recueillir des avis de consommateurs jeunes dont l’âge va de 22 à 25 ans, faisant ainsi partie de la tranche d’âge des millennials.

Il est utile de rappeler en premier lieu ce que sont les millennials, qui ont tant fait parler d’eux ces dernières années sur le net et dans la presse. Basiquement, et si on recoupe les différentes définitions du terme que l’on peut trouver un peu de partout sur internet, les millennials sont les personnes nées entre 1980 et le début des années 2000. Des personnes jeunes, qui ont grandi avec l’informatique, internet et toutes les transformations engendrées par ces nouvelles technologies.

Notre méthodologie d’entretiens qualitatifs se présente comme suit : nous avons proposé à une quarantaine d’étudiants en Master présents sur un groupe Facebook de marquer en commentaire d’un post s’ils ne regardent QUE la télévision, QUE du streaming, ou les deux.

Nous avons obtenu 17 réponses. Sur ces réponses, personne n’a répondu ne regarder que la télévision, 8 ont répondu ne regarder que du streaming et 9 ont répondu regarder les deux. On note donc la prédominance de la consommation de programmes en streaming, que ce soient des vidéos Youtube, Twitch, du replay ou autres. En effet, tous les étudiants ayant répondu regardent des programmes en streaming. Et, selon des discussions que nous avons pu avoir avec eux, pour beaucoup, ils passent plus de temps à regarder du streaming que la télé.

Nous avons alors, sur la base du volontariat des personnes interrogées, demandé à leur poser plus de questions afin de savoir plus précisément leurs habitudes et leur avis sur la question. Nous avons recueilli au final les témoignages d’une personne regardant la télévision et des programmes sur le web et d’une personne ne regardant que du streaming. Si certaines explications ne surprennent guère, il a tout de même été intéressant d’échanger avec ces personnes.

a) Lié à leur situation professionnelle / pour des raisons économiques


« Des TV 4K encore bien trop chères et trop grosses pour nos appartements« 


« Moi je me débrouille avec mon seul PC et mon smartphone, c’est bien suffisant« 

Voici des bouts de phrases que l’on a pu entendre ici et là en discutant avec certains étudiants de Master. Qui dit étudiant dit en effet indépendance pour la plupart et budget restreint. La plupart possède déjà un ordinateur au minimum portable pour les études, mais peu ont en plus une télévision fonctionnelle.

Evidemment, il y a des cas différents, comme les étudiants vivant encore dans le foyer familial. C’est surtout chez eux que l’on regarde le plus la télé. Comme Léa, 22 ans, qui regarde, variablement, entre 0 et 4 fois par semaine la télé.

“Cela dépend de l’heure à laquelle je rentre et de si je suis avec mes parents ou pas. Le dimanche et le samedi midi la télé peut être allumée avec des émissions et des documentaires qui passent lorsque nous sommes à table. Si la télé est allumée, je regarde en fonction de ce qui passe, si ça m’intéresse ou pas. Il est à noter que je n’allume pas forcément la télé de moi même”.

Léa précise ensuite qu’elle ne possède pas de télévision dans sa chambre. Elle n’a qu’un ordinateur qui lui sert à regarder les programmes télé si elle le souhaite.

“Pour le direct, je peux regarder le foot sur mon ordinateur grâce au code Canal de mon copain. Si je ne veux pas rater une émission et que je mange dans ma chambre, je peux aussi la mettre sur mon ordinateur.”

Autre son de cloche chez Auxane, 24 ans, qui vit seule dans une résidence étudiante et possédant donc un appartement relativement petit (21m²).

“Moi déjà je ne regarde pas la télé. Ou très rarement, à hauteur d’une fois par mois. Les seules fois que je regarde c’est pour voir Scènes de ménage quand je suis chez ma mère. Sinon, pour que je regarde la télé, il m’en faudrait une très grande sur laquelle je puisse brancher mon PC et qui ait une très belle image. Sinon c’est non.”

Mais ne pas regarder la télé, ou en tout cas la regarder plus rarement, est-il seulement un effet de la situation familiale ou économique ? Non, selon les témoignages que nous avons pu recueillir, cela concerne aussi des questions de fond.

b) Lié à la qualité des programmes et à la présence ou non de publicités

Il n’y a qu’à être présent sur les réseaux sociaux pour avoir un premier aperçu de l’avis des millennials sur la télévision. Comme dans l’exemple ci-dessous, sur Twitter, avec ce post dénonçant les plus gros problèmes de la télévision aujourd’hui à plus de 55 000 like et 30 000 retweets.

Dans la même veine, le youtuber français Squeezie, qui touche un très large public composé en majorité de jeunes personnes, a publié une vidéo sur sa chaîne le 10 février 2019 dans laquelle il “attaque” ou en tout cas dénonce certaines faiblesses de la télévision actuelle et de ses programmes. Au total en un jour : 3,3 millions de vues et 333 000 like. On peut y voir assez facilement une tendance. Les programmes télévisés et la publicité semblent être une cause importante du désamour des jeunes pour la télé. Tendance que tendent à nous confirmer Léa et Auxane lors de nos échanges. Pour Auxane, il s’agit principalement d’un “manque de contenu” global. Pour Léa, le problème vient surtout des journaux télévisés, qui ont parmi les plus fortes audiences encore aujourd’hui.

“Pour moi le journal télévisé est complètement obsolète. Les jeunes se rendent compte qu’on leur raconte des bêtises ou qu’on ne parle pas de ce dont il faut parler. Le format n’a jamais changé et le type d’informations est toujours le même. On n’apprend vraiment pas grand chose. Ca joue beaucoup sur les images et des fois, on se demande même si le contenu est juste. J’ai une méfiance vis à vis des médias télévisés. Avant je regardais le JT de TF1 mais plus maintenant. J’en ai marre des sujets qui reviennent tout le temps (neige, fêtes) alors qu’il y a des infos plus importantes à transmettre. Ils n’innovent pas assez”.

c) Des programmes différents entre les différents supports ?

Connaître le désamour des millennials envers la télévision traditionnelle est une chose. Connaître ce vers quoi ils préfèrent se tourner apporterait un plus large éclaircissement sur la situation actuelle.

Lors de nos entretiens, deux grandes plateformes de streaming utilisées sont ressorties, et pas des moindres : Youtube et Netflix. Séries, films, humour, culture, divertissement… A elles deux, ces plateformes permettent un choix si varié de contenus qu’en faire un tour exhaustif serait contre productif. Et c’est pour cela que ces plateformes américaines rassemblent aujourd’hui autant de monde. En ajoutant Amazon Prime, ces plateformes rassemblent plus de la moitié du trafic internet descendant mondial et comptent des centaines de millions d’abonnés.

Les dires de nos interlocutrices viennent confirmer ce constat.

“Chez Netflix, il y a un énorme pool de séries. Tout est fait pour que tu regarde l’épisode d’après, il sait exactement où tu en es dans ta série donc c’est facile de reprendre. En plus, je peux regarder mes programmes dans la langue de mon choix et je ne reste pas cantonnée au français.”

Auxane, à l’instar de Léa, regarde aussi les contenus en streaming à cause de la langue :

“Je ne regarde que du contenu anglophone, que ce soit sur YouTube, Netflix ou Twitch. Les contenus français sont souvent trop en retard”.

Léa de continuer :

“Sur Youtube, je peux trouver ce que je veux ! C’est super diversifié, je peux regarder plein de trucs différents (sérieux, drôles, les gens qui remettent leurs streams Twitch sur Youtube en VOD). Quand tu regarde un truc, ça te propose des vidéos en relation donc depuis quelques temps mon fil de visionnage est vachement diversifié, ça te pousse à découvrir.”

Nous apprenons également que le temps passé sur ces plateformes est très élevé par rapport à la télé. Pour Léa, YouTube constitue son plus haut temps de visionnage par semaine avec environ 1h tous les jours. Les séries arrivent ensuite avec 2 à 3h par semaine “car je les regarde avec mon copain le week end”.

Auxane, elle, passe entre 5 et 16h par jour sur ces plateformes “5h lorsque je travaille, 16h quand je ne travaille pas”.

Comme nous avons pu le lire plus haut, les contenus regardés sont très variés. Pour Léa, documentaires d’Arte sur Youtube, youtubeuses beauté, un peu d’humour de youtubers populaires et de la vulgarisation scientifique, le tout venant essentiellement de producteurs de contenus français. Pour Auxane : vidéo let’s play sur des jeux vidéo, tutoriels, documentaires et vidéos drôles, exclusivement en anglais.

En lisant ces témoignages ou des réactions d’internautes sur les réseaux sociaux (qui sont, rappelons le, un excellent moyen d’obtenir des tendances), il semblerait que les plateformes de vidéos soient privilégiées à la télévision traditionnelle en France car celles-ci permettent une plus grande liberté, offrent un plus grand choix et reposent sur des modèles économiques moins contraignants (si Youtube met de la publicité dans les vidéos, il est aisé de les contourner, alors qu’à la télé, à part changer de chaîne, il n’y a pas d’autre moyen d’éviter ces longues pubs). Une question se pose alors : les chaînes de télé, dont leur audience moyenne est d’environ 51 ans, doivent elles plus s’adapter aux nouvelles pratiques de consommation des millennials ?

Pour Auxane, non “car la télé répond à des besoins différents. Mais si on doit dire oui, il faudrait alors changer les programmes. Est-ce possible ?”. Léa semble également hésitante.

“Je ne me rends pas compte de ce qui marche le mieux à la télé auprès des jeunes. J’ai l’impression de tomber dans le cliché et de dire qu’il n’y a que la télé réalité. Il y a de grosses facilités avec la télé réalité car les participants sont très actifs sur les réseaux sociaux, et donc plus proches de leur public jeune, qui peuvent s’identifier. Pour les jeux télévisés je ne sais pas. Par contre, je pense à Arte, qui a une grande présence sur le net et participe donc à l’information publique. C’est bien. C’est ce qu’on devrait plus avoir. Des accès facilités à ce genre de contenus.”

II – Réponse de la TV face à Internet, les cas d’Arte et France Télévision

Allons un peu au delà des dires des personnes interrogées pour ce document et regardons d’un peu plus près comment les chaînes de télévision font aujourd’hui pour tenter de s’adapter. Tout d’abord, et nous l’avons dit plus haut, selon Mediamétrie et l’INSEE, l’âge moyen des téléspectateurs en France est en hausse constante. Entre 2005 et 2015, donc en à peine 10 ans, l’âge moyen est passé de 46,9 ans à 50,7 ans. La tranche de la fameuse ménagère de 50 ans si chère aux chaînes. Mais cette tranche là n’est pas suffisante pour faire vivre les chaînes. De plus, et c’est un article d’Ina Global qui nous l’apprend, les millennials passent moins de temps devant la télévision : 1h49 par jour en 2010 contre 1h35 en 2015. De plus, la consommation ne se fait plus majoritairement devant la télé, mais bien désormais sur les appareils mobiles comme les smartphone ou les tablettes.

Changer les programmes ne servirait alors pas à grand chose aujourd’hui, d’autant que la “ménagère” reste une cible de choix. Ce qu’il faut pour les chaînes, c’est aller chercher les plus jeunes sur les nouveaux supports de consommation et donc s’adapter au numérique. C’est pourquoi de plus en plus de chaînes, si ce n’est toutes, possèdent chacune leur propre plate-forme web sur laquelle il est possible d’accéder aux programmes en direct ou en replay. Mais est-ce vraiment suffisant ? Non. Nous allons explorer ici deux types de chaînes qui ont décidé d’évoluer, l’une très tôt et l’autre récemment, du côté du numérique afin de convenir au plus large public possible et s’amener de belles parts d’audience grâce à des mécaniques maitrisées et des programmes attractifs. Il s’agit d’Arte et de France Télévision.

1) Arte, …

Commençons par le commencement. Arte est une chaîne de télévision publique franco-allemande dont la diffusion a débuté en 1992. Elle se veut un vecteur européen de la culture et propose dans cette optique des programmes en grande partie culturels (opéra, documentaires, films, etc). Aujourd’hui, les programmes de la chaînes sont composés à 40% de documentaires et sont disponibles en 6 langues. Arte diffuse 6 films par semaine, de genres et d’époques très diverses (Terminator 2, Cléopâtre, etc).

Mais ce qui fait la grande force d’Arte de nos jours, et les audiences toujours grandissantes de quelques uns de ses programmes le prouvent, c’est sa politique très précoce de transformation numérique. En effet, dès 2008-2009, Arte a pris ce tournant afin de s’adapter aux nouveaux usages. Si au début il ne s’agissait que d’un site web arte.tv qui proposait des programmes en replay, le temps avançant, Arte a continué d’évoluer, pour proposer aujourd’hui une offre unique en France. Depuis 2018, il est même possible de télécharger les programmes de la chaîne sur son téléphone pour les regarder plus tard et sans connexion.

Tout d’abord, le site arte.tv propose quasiment tous les programmes de la chaîne en replay pendant 7 jours. Mais cela, d’autres le font. Le site est aussi très “user friendly” et se laisse naviguer de manière fluide, sans que l’on se perde dans les différents types de programmes proposés (infos et sociétés, cinéma, séries, documentaires, enquêtes, etc). Ca, ce sont des programmes dits classiques. Mais Arte s’est aussi diversifié dans les formes de ceux-ci. La chaîne franco-allemande propose aujourd’hui des expérience en réalité virtuelle, à 360°, des live de concerts visibles uniquement sur le site (opéra, concerts musiques du monde, métal, rock, pop, classique…), une web radio ou encore un service de vidéo à la demande. Élargissons même à d’autres activités d’Arte : production de séries et de films, de jeux vidéo, d’expositions.

Arte a aussi su séduire par ses programmes variés. Pour les plus jeunes, les émissions Tracks (dédiée à la culture pop) ou encore BitS (arrêtée il y a quelques mois mais qui explorait de nombreux domaines comme le jeu vidéo, la BD, le cinéma et la culture geek en général et comptabilise 47 000 abonnés sur la chaîne Youtube dédiée à l’émission) ont eu et continuent d’avoir du succès. Le site web propose même un “Coin des ados” avec des programmes adaptés au public plus jeune.

Mais au delà des programmes proposés, Arte se différencie de ses “concurrents” également par le nombre de canaux sur lesquels la chaîne est présente. Instagram (363 000 abonnés), Facebook (avec plus de 2 millions d’abonnés pour la page française), Twitter (1,15 millions de followers) ou encore Youtube (400 000 abonnés juste pour la chaîne principale). C’est d’ailleurs sur cette plate-forme de partage de vidéos que nous allons nous pencher un peu plus.

Ici, il est possible de retrouver une grande partie des programmes diffusés par Arte. Nous retrouvons en majorité des documentaires mais certaines émissions y sont également visibles. Leurs chaînes Arte Cinéma et Arte Series permettent même de revoir certains films et épisodes de série que le spectateur aurait manqué. Pas tous pour cause de droits, mais certains. Une aubaine pour les allergiques aux players dédiés des sites des chaînes de télévision.

En 10 ans donc, Arte a su s’implanter profondément dans le virage numérique en prenant des décisions audacieuses mais qui ont fini par payer. Le cliché même de la chaîne “qui passe des trucs bizarres dans la nuit” tend à s’effacer au profit d’un tout autre message, autrement plus positif, et venant de la bouche de vingtenaires et de trentenaires avec qui nous avons pu échanger.

2) France Télévision, …

France Télévision est un groupe de chaîne publique : France 2, France 3, France 4, France 5, France Info et France Ô. Étant des chaînes du service public, le contenu se veut ainsi plus culturel pour certaines, plus voué à cultiver les téléspectateurs qu’à les divertir. Chaque chaîne étant spécialisée par type de programmes ou de cibles de téléspectateurs visés :

  • France 2 : Journaux télévisés nationaux, grands événements sportifs, jeux télévisés, ciblant tout le monde.
  • France 3 : Journaux télévisés locaux et régionaux, feuilletons, ciblant les personnes âgées
  • France 4 : Divers programmes jeunesses, ciblant les enfants et adolescents ainsi que des expérimentations de programmes
  • France 5 : Documentaires et émissions ciblant la famille
  • France Ô : Programmes dédiés à la France d’Outre-Mer
  • France Info : Actualités non stop en simultané radio-télévision

France Télévision propose aussi un service de replay de leurs émissions mais dans un temps limité, tout d’abord nommé FrancetvPluzz puis dorénavant France.TV et aussi de la diffusion de programmes en direct avec publicités, qui s’arrêtent quand on sort du site.

La page d’accueil du site FranceTV

Le groupe FranceTV a récemment connu un changement d’identité visuelle, afin d’être plus digital, coïncidant ainsi avec la création de la chaîne FranceTV Info, traitant de l’info en temps réel, à l’image des réseaux sociaux, mais aussi sur différents canaux TV et radio.


Ancienne identité visuelle

Nouvelle identité visuelle

Le groupe France TV propose aussi France TV Slash, une chaÎne 100% numérique, aux contenus visant les jeunes, au format original, très dynamiques et digitaux. La chaîne est aussi présente sur YouTube, en plus de leur présence sur les réseaux sociaux, pour ainsi mieux cibler les jeunes mais permettre de rendre leur contenu plus accessibles sur différents supports, plutôt qu’à la TV seule.

Cette initiative reflète la mouvance de la TV qui se déplace vers les sites de streaming comme YouTube, où l’on y retrouve des replay d’émissions de plusieurs chaînes TV. Mais là, pour FranceTV Slash, le contenu est adapté au web et aux nouveaux modes de consommation, plutôt que de transposer les mêmes programmes qui n’auront pas forcément le même écho en ligne qu’à la TV.

FranceTV a aussi la volonté de créer une plateforme numérique pour contrer Netflix, avec  TF1 et  M6 : Salto. Ce sont ainsi plusieurs grands groupes de  l’audiovisuel français qui s’allient pour avoir des programmes en exclusivité sur cette future plateforme en ligne et qui ne seront pas diffusés par Netflix. Est-ce que le contenu y sera aussi attractif que Netflix ?

Conclusion

Nous l’avons vu tout au long de ce dossier, les millennials tendent à délaisser la télévision au profit de nouvelles plateformes et outils de visionnage plus axés sur le numérique. Que ce soit Youtube, Netflix ou encore Twitch, ces plateformes ont pris une place prépondérante dans le quotidien des 13-34 ans, en témoignent les millions d’abonnements pris sur ces plateformes à travers le monde et en France. Celles-ci ont cela de plus que les chaînes de télévision traditionnelles qu’elles proposent du contenu extrêmement varié, créé la plupart du temps par des personnes indépendantes qui possèdent leur propre vision et leur propre savoir faire.

Mais ce n’est pas pour cela que la télévision est totalement délaissée par cette frange de la population. Même si pour beaucoup des personnes interrogées les programmes ont tendance à trop se répéter et manquent parfois de qualité, la télévision est encore aujourd’hui un des médias les plus consommés. Est-ce pour autant que ses chaînes se moquent des changements de modes de consommation ? Non bien sûr, et nous avons pu voir que celles-ci prenaient sérieusement le virage de la transformation numérique. Mais cela ne semble pas encore suffisant pour les millennials. La télévision, peur eux et les personnes interrogées, souffre encore des maux inhérent au média : publicités longues et nombreuses, reprises de programmes étrangers déjà existants, mêmes personnalités qui apparaissent en boucle, etc.

Cependant, quelques chaînes se démarquent du lot et tendent à proposer des contenus adaptés et sur les réseaux en vogues aujourd’hui sur le net. Mais même avec ces solutions, il existe des enjeux qui sont malheureusement encore trop présents et importants pour entraîner une véritable refonte d’un système cinquantenaire. Les publicités, déjà, apportent les financements nécessaires à la survie des chaînes et à la création de leurs programmes. Si sur internet il est aisé de passer outre, grâce à divers outils comme AdBlock, se passer de revenus publicitaires aujourd’hui n’est pas une option pour les chaînes, même payantes.

De même, sur les plateformes de streaming gratuites (Youtube, Dailymotion) les revenus publicitaires sont un élément majeur à leur survie. De nombreuses solutions sont testées pour éviter les adblockers mais force est de constater que rien n’y fait, et que les pertes (ou le manque à gagner) dues à ces outils ont leur importance. Comment remédier à cela sachant que le ras le bol général des publicités est bien établi et que les plateformes ne comptent pas s’en passer ?


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